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Full text of "Histoire de la Gascogne depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours ..."

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6^ 



HISTOIRE DE LA GASCOGNE 



DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULES 



JISQL A NOS JOURS. 



TOIflE II* 



HISTOIRE . 



DE LA 



GASCOGNE 

DEPUIS LES TEMPS LES PLDS RECULÉS 

JUSQU'A NOS JOURS, 

DÉDIÉE 
A MOKSEIGiNElJR 

li'ARCHKTÊQIJC: D'AIICH 

ET A rfOSSBIGXBORS 

DE BAYONNE, D'AIRE ET DE TAREES. 

Par l'Abbé J. J. MONLEZUN, 

CHANOINE IIONOnAIRB d'AUCII. 

y 

(©^TOME SEpD.g4.2f) 



AL'CII , 

J. A. PORTES , Imprimeur de la Préfi'fliin; el Lilirairc. 

1»/|0 



HISTOIRE 

DE LA 



GASœGNE 

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS 

jusqu'à nos jours. 



lilTRE T. 



CHAPITRE I-. 



Niun d'AsUrae , archevêque d'Aoeh. — Btnoaes. — Légende de Sl-Frix. — Hm. 

— Ste-Dode. — Areheifêqacs d'Aoeh. — AsliDove , comte de Fezensâc. — Durs 
de Gascope. ^ Bernard Tonapaler , comte d'Armagnae. — Centule III , vicooite 
de Béam. —Comtes de Bigorre. — &t-Anttinde, archevêque d'Aoch. — Kélablis- 
sement dei évêchés d'Aire , de Bazas, de Dax , de lesar , d'Oleron et de Bayoone. 

— Reconstrnetion de l'église Ste-Marie d'Ancb. 



Odon (4), le frère de Bernard, remplaça Garsic sur le 
siège d'Auch en 988, et conserva en même temps son 
abbaye , car nous le voyons qualifié à la fois d'abbc vA 
d'archevêque, et recevoir à ce double titre les dona- 
tions faites à sa métropole et à son couvent. C'est le 
premier de nos prélats dont nous connaissions avec 
certitude la famille. Il poitait pour armes ccuricl*'' 

(i)GaHia Chriitiana, Dom Brugcllcs. Manusc«t de M. d'Ai^iMn. 



6 HISTOIRE 

d'azur el de gueules j qui est d'Aslarac. 11 siégeait encore 
en 1020, car en cette année il donna son consente- 
ment à Télection d'un évêque de Barcelonne en Espa- 
gne, et assista avec trois de ses suffragants qui ne sont 
point nommés, à un concile de Toulouse (1) où Ton 
excommunia ceux qui jetteraient ou laisseraient jeter 
des substances détériorées, aliquem usaticum malum^ 
sur la voie publique. 

A peine rentré dans son diocèse, Odon fut témoin 
de la donation que Raymond de Bassoues fit au monas- 
tère de Pessan, de Téglise de St-Frix (2) avec la terre 
qu'il y possédait, à condition quon y érigerait un 
couvent de Tordre de St- Benoît. Cette charte est du 
3 novembre i020, sous le règne de Sanche, comte de 
Gascogne. Bassoues, comme l'indique son nom en langue 
escualdunac (Bossoa broussailles, bois), fut d'abord un 
lieu couvert d'immenses forets où les druides avaient 
placé quelqu'une de leurs divinités. Sous les Romains , 
cette divinité se changea en dieu Mars; le Marsoulès 
nous le rappelle encore. Le temps et la civilisation 
avaient abattu une partie des forêts primitives; la dévo- 
tion à St-Frix vint hâter cette destruction. On ignore 
la vie de ce saint, jadis si célèbre dans toute la pro- 
vince. Un manuscrit très ancien où cette vie était 
relatée s'est égaré au commencement du dernier 
siècle (*). 

Si nous en croyons une vieille tradition très accré- 

(1) Collect. Concil. tom. 7. — (2) Cartulairc de Pessan. Dom 
Brugelles. 

(*) Ce qui rend ceUe perte plus douloureuse, c est qu'il renfermait 
l'histoire de la lutte armée que les catholiques soutenaient contre les 
religionnaires au moment où le copiste transcrivait la vie. 



DE LA GASCOGNE. 7 

ditée dans le pays (1), mais qui renferme plus d'une 
erreur, notre saint, fils de Rabod, roi ou duc dies Fri- 
sons, avait embrasse le christianisme malgré son père, 
et pour fuir son courroux, il sYtait retiré auprès de 
Charles -Martel, son oncle. Charles guerroyait alors 
contre les Maures d'Elspagne qmi, ayant franchi les 
Pyrénées y s'avançaient à travers la Gascogne. Occupé 
ailleurs, il donna à son neveu un corps d'armée, à la 
tête duquel celui-ci vint chercher les ennemis. Ils 
étaient campés au delà de Lupiac sur ces hauteurs où 
le château de Castelmaure témoigne encore de leur 
passage. A la vue dçs mécréants, le saint enflammé 
de zèle et bouillant d'ardeur se jette sur eux et en fait 
un horrible carnage. Tout pliait sous ses coups, lorsque 
Abdérame accourt en personne à la tète de renforts 
considérables, ramène Tordre parmi les siens et force 
les chrétiens à fuir à leur tour. Le neveu de Charles 
protège la retraite. Arrivé près de Bassoues, il plante 
sa bannière , là où s'éleva depuis le moulin de V éten- 
dard^ et rallie autour de lui la plupart des siens. Une 
seconde action s'engage , chaude et vive comme la pre- 
mière; mais comme dans la première, la victoire, après 
s'être longtemps balancée, se décide pour les infidèles. 
Atteint d'une flèche mortelle qui lui traverse les cuisses, 
le brave et infortuné général alla expirer près du pont, 
auquel sa mort fit donner le nom de pont du Chrétien. 
Ses soldats poursuivis par l'ennemi l'enterrèrent à la 
hâte dans l'endroit où il venait de rendre le dernier 
soupir. 

Le martyr dormit longtemps dans sa tombe ignorée, 

{\) Manuscrit de M. ë'Aignan et dora Brugcllcs. 



8 HISTOIRE 

et lorsque Dieu voulut le glorifier parmi les hommes, 
il révéla miraculeusement ses ossements sacrés. Une 
vache allait tous les jours lécher une pierre cachée sous 
d^épaisses broussailles , et quoiqu'elle ne prît pas d'au- 
tre nourriture, elle était plus fraîche et plus grasse que 
le reste du troupeau. «Des pasteurs observèrent le pro- 
dige et le firent observera leurs voisins. On creusa sous 
la pierre et on trouva le corps d'un guerrier armé dii 
casque et de la cuirasse. Au même instant, aux yeux 
de la foule étonnée, de dessous le tombeau s'échappa 
une fontaine qui coule encore de nos jours. Parmi ces 
prodiges, on porta les saintes'reliques sur le penchant 
du coteau voisin et on les enferma dans un tombeau de 
marbre autour duquel on bâtit bientôt une église de- 
venue aussitôt paroissiale. Comme on ignorait le nom 
véritable du saint, on l'appela Frix , du nom de la na- 
tion qui lui avait donné le jour , et on surmonta son 
casque d'une couronne en mémoire de la naissance 
royale qiie lui attribuait la tradition. Le nom du saint 
ne tarda pas à se répandre dans la contrée ; plusieurs 
éghses le choisirent pour leur patron. Le plus ancien 
missel du diocèse que nous connaissions lui consacrait 
une messe particulière. A Vic-Fezensac , où la chapelle 
du cimetière lui était dédiée, sa fête était solennisée 
avec pompe , mais nulle part le concours n'était aussi 
grand qu'à Bassoues ; ce culte a traversé les âges. Dans 
notre siècle positif, alors que toutes les dévotions popu- 
laires , ou plutôt toutes les poésies de la vie s'en vont 
tristement une à une, le culte de St-Frix s'est main- 
tenu, et la muhitude se presse sinon aussi recueillie , 
du moins aussi nombreuse que jamais autour de sa 
tombe quoique veuve maintenant du précieux trésor 



DE LA GASGOGME. 9 

qu'elle renfermait et qui disparut en 93 avec la plus 
grande partie de la basilique (*). 

L'abbe de Pessan s'empressa de remplir les conditions 
imposées et jeta les fondements d'un monastère qui ne 
fut achevé que sous son ^ccesseur , et où furent placés 
trois religieux gouvernés par un supérieur portant lui 
aussi le titre d'abbé. L'abbaye , à laquelle Bernard de 
Bassoues restituait cette ancienne aliénation par une 
anomalie si fréquente dans l'histoire dé cette époque , 
était elle-même ahénée; c'est-à-dire que la plus grande 
partie de ses revenus ou du moins celle du supérieur, 
était possédée par les étrangers ; ce qui n'empêchait pas 
que la maison n'eût sa conmiunauté , ses officiers claus- 
traux et son abbé propre. Cet abus n'était que trop 
fréquent; il atteignait même les sièges épiscopaux. A 
quelque temps de là, Pons, comte de Toulouse, laissait 
à son épouse l'évéché d'Alby, et Roger, comte de Car- 
«rassonne, léguait à son second fils l'évéché deCouserans, 
et à Pierre, le dernier, toutes les abbayes qu'il possédait 
dans les comtés de Carcassonne et de Rasés, à l'excep- 
tion de l'abbaye de Canines qu'il plaçait dans le lot de 
Tainé , son héritier principal. 

Les ancêtres du comte d'Astarac, vraisemblablement 
à l'époque où ils commandaient à toute la Gascogne 
et par conséquent sous Sanche Mitarra ou son fils, s'é- 
taient emparés de Pessan. Guillaume s'empressa de le 



(*j Des trois nefs qui la composaient une seule a été conservée^ 
avec le portail latéral et le tombeau du saint. Le tombeau surtout est 
remarquable. Nous devons cette conservation à M. Tabbé de Belloc, 
aajoardlini vicaire-général de M^i^ l'Arche véque d'Auch et alors curé 
de Bassoues. Voir aussi note 3. 



10 HISTOIRE 

readrc (i) k Forloii II, abbd de Simorre, et reçut en 
échange huit vases d'argent du poids de 900 livres. 
Nous ignorons pourquoi le monastère de Pessan fut 
rendu à Tabbc de Simorre , qui ne s'étaya jamais de ce 
titre pour réclamer même la plus légère suprématie ; 
preuve manifeste que Tabbé ne faisait que prêter son 
nom à cet acte. Peu de mois auparavant, le même comte 
d'Astarac , par le conseil de Dacon , son frère , et par 
Fexprès commandement du vieil Arnaud, son père, et 
de Talèse, sa mère, et du consentement de toute sa 
famille , avait bâti un monastère sur le tombeau de 
Ste-Dode, et l'avait donné encore à Simorre (2) dans 
la personne d'Othon, prédécesseur de Forton. Ce don 
eut pour témoin Garsie de Labarthe, successeur d'Odon 
sur le siège d'Auch. Néanmoins , il tomba bientôt dans 
Toubli, parce qu'à l'acte qui le constatait on n'avait 
pas eu soin, nous dit une vieille chronique , d'appeler 
des petits enfants et de fixer leurs souvenirs en pinçant 
leurs oreilles ou en souffletant leurs joues. L'ignorance 
ne régna jamais sans peser de quelque manière sur 
l'humanité. Ici, pour consolider des témoignages, elle 
tourmentait d'innocentes victimes. Ailleurs pour éclai- 
rer ses j ugements, elle recourait à des voies aussi cruelles 
qu'absurdes. Le nouveau monastère nous en offre un 
exemple. 

A la mort de Dacon, le premier abbé que nous croyons 
frère du fondateur, les religieux ne voulurent plus 
reconnaître la suprématie de Simorre et se déclarèrent 
indépendants. Ils étaient soutenus par Sanche, comte 

(1) Dom Briigcllcs, Preuves, p. 11. Manuscrit de M. d'Aignan.— . 
(2) Les mômes. 



DE LA GASCOGNE. 1 1 

d'Astarac, fils de Guillaume. Pons, qui joiguait le titre 
d'évêque de Tarbes a eelui d'abbé de Simorre, en porta 
ses plaintes à son métropolitain. Celui-ci s'empressa de 
convoquer les évéques de la province : rassemblée se 
tint dans Téglise de Notre-Dame d'Orre (1); ainsi 
s^appelait encore alors la .ville de Tarbes. Les esprits 
étaient trop échauffés, la médiation des évéques échoua; 
la loi civile put seide vider le différend. Il fut décrété, 
je traduis le texte, que la chose serait prouvée par le 
jugement de Veau froide, selon la coutume du pays(*). 
L'archevêque bénit l'eau de sa propre main en présence 
de tout le peuple. L'épreuve ne fut pas favorable aux 
religieux de Ste-Dode , qui , cédant au bon droit , se 
soumirent de bonne grâce. Sanche lui-même, à cette 
vue, dépouilla ses préventions, et la main étendue sur 
l'autel de Ste-Maric , il confirma à jamais la donation 
de son père. 

Longtemps avant ce jugement , Garsie de Labarthe 
était mort en laissant à son chapitre la moitié de la 
terre de Ramensan (2), et il avait eu pour successeur 
Raymond Coppa (3), que le catelogue d'Auch a passé 
sous silence. Ainsi que son prédécesseur , Raymond 
descendait des anciens comtes de Fezensac, car il por- 
tait comme eux dans ses armes d'or au Lion de gueu- 
les. Peut-être toutefois ne leur appartenait -il que par 
les femmes. Il eut du moins, pour sa part des biens 
patrimoniaux, la terre de la T remblade que le comte 
Aymeric I" donna à sa sœur en la mariant au seigneur 

(l)Cartulairc de Simorre. Dom Rrugclles. 
(*) Voir la note 4 à la fin du volume. 

(2) Carlulaire d'Auch. Dom IJrugelles. Manuscrit de M. d'Aignan- 

(3) Les deux derniers, (rallia Christiana. 



1 2 HISTOIRE 

de Préneron {de pratoneronis) ^ ce qui nous fait au- 
gurer que le nouvel archevêque était le fruit Je <^eite 
alliance. A peine eut-il^ reçu ronction sainte , qu j1 
assembla à Dax le Gîncile de la province (1). Cest \v 
premier que nous sachions avoir été convoqué par nos 
métropolitains. Celui-ci avait pour but de terminer une 
autre querelle monastique. L'abbaye de Sordes était 
demeurée longtem*ps soumise à celle de Pessan , mais 
Pacte de suprématie avait été dérobé par un moine de 
Sordes dont Pabbé de Pessan avait fait un sacristain de 
son église, et qui en s'enluyant alla demander Phospi- 
talité au monastère de Puntoux où il brûla la charte. 
Durant la nuit, la chandelle dont il s'était servi pour 
cette ac tion déloyale tomba dans son lit, et le moine 
profondément endormi, et la maison entière qui Pa- 
vait reçu devinrent la proie des flammes. Le Concile 
condamna ses confrères , et les replaça sous Tautorité 
qu'ils déclinaient. Ce jugement subsista peu , Sordes 
ne tarda pas à reconquérir sou indépendance , et celte 
fois pour ne plus la perdre. 

L'empressement qu'avait mis Raymond-Cop[)ri a 
convoquer le Concile attestait son zèle pour la disci- 
pline. Ce zèle, il l'exerça avec succès autour de lui. 
Les clercs de sa métropole avaient été soumis à la 
rrHc de St-Benoît; mais le temps, cet implacable en- 
nemi de toutes les institutions humaines , avait amené 
le relâchement et les désordres qui marchent à sa 
suite. Une nouvelle règle , celle-là même ou à peu 
près que St-Augustin avait jadis prescrite à son clergé, 
commençait à s'introduire en Europe. A la nouveauté, 

(1) Dom BrugoUcs. Manuscrit de 1^1. U'Aignan. Gallia Christ iana 



DE LA GASCOGNF. 13 

clic ajoutait Tavantagc d'être mieux appropriée aux 
besoins de Tepoque. Raymond parvint à la faire adop- 
tci' dans sa métropole (1). II fut serondé dans cette 
pieuse entreprise par un prêtre suscité de Dieu , par 
KajTnond le grammairien , dont la voix puissante re- 
muait alors la Ga.^cogne, T Aquitaine et la Gothie (le 
Lartgitedoc), Astanove, comte de Fezensac , qui avait 
succédé à Aymeric, mort vers 1035, joignit ses efforts et 
ses libéralités aux efforts et aux libéralités de son oncle. 
Ils construisirent de concert Tanciennc maison cano- 
niale pour recevoir la nouvelle communauté qui prit 
alors proprem.ent le nom de chapitre. Restait à assu- 
rer sa subsistance. L'archevêque lui abandonna les 
.irchidiaconés de Jnliac, de Savanes, d'Angles, d'Ar- 
magnac et de Magnoac, avec la moitié des offrandes, 
linsi que Ja moitié du marché et des terres qui appar- 
f envient à l'église métropolitaine. Le comte y ajouta 
Je son côté les églises d'Espax , et de Seran (peut-être 
Caslel-Navet) avec la moitié d'Ornesan et de Ste- 
Cbristie, et quelques autres dons. Nos lecteurs l'ont 
remarqué sans doute: seul mailre dans Auch , l'arche- 
vêquexîonne le marché et le ir'noir urbain. Le comte, 
lui. e<;r obligé de prendre ses dons hors des murs. Cet 
.:.te important pour noire é,:» h se >c passa en 1010. 

Si\ ans après, Raymond, agissant toujours de con- 
'"^ rt a^ec Astanove, icnla \\\\ i euUeprise (juc nous 
•Toirioiis au«îsi facile que nalnrellc, et qui néaîimoins 
jeta durant plus d'un siècle Ir trou!)lo (î'in> Audi et 
abreuva d'amertume les derniers jours du ]>rclat. Auch 



(1) Cartulaire d'Auv;Ii, cité days d(un nni;r<'llrs , Prouvas, p. 17, 
f\ dans le manuscrit de M. d'Aisrnnn. 



^4 HISTOIRÎÎ 

n'avait encore qu un cimetière. C'était toujours le même 
qu'avaient établi les premiers chrétiens autour de l'an- 
cienne église de St-Jean. Quand St-Orens et quelques- 
uns de ses successeurs y eurent choisi leur sépulture , 
on aima à reposer près de cendres aussi vénérées , et 
plus d'une fois sans doute la piété des fidèles se mon- 
tra généreuse et paya largement l'hospitalité qu'elle 
venait demander. Tant qu'il n'y eut dans la cité 
qu'une église paroissiale, dirigée par les archevêques , 
cet ordre de choses s'explique sans peine. Mais au par- 
tage de la ville entre Ste-Marie et St-Orens, érigé 
aussi en cure , il semble qu il eût dû en être autre- 
ment. Les développements qu'Auch avait pris depuis 
cette épo(^ue , rendaient chaque jour ce changement 
plus nécessaire. 

Raymond-Coppa , qui le sentit, ne s'arrêta ni aux 
clameurs, ni aux protestations des moines de St-Orens, 
et choisit un local dans l'intérieur de la ville aux por- 
tes de la métropole , car à cet âge de foi il fallait pour 
les tombes non-seulement l'ombre de la croix qui 
sauve et console , mais encore le voisinage du temple 
sacré d'où s'exhalent les ptières, et où s'immole la vic- 
time de propitiation. Il bénit solennellement l'endroit 
choisi , et l'enrichit d'indulgences le 4 novembre 
i045. L'acte qui nous a été conservé (i) est souscrit, 
on ne sait à quel titre, par St-Austinde qui y prend la 
qualité de clerc de l'église de Bordeaux. Le lende- 
main de cette solennité, l'archevêque y enterra sa 
nièce Candide, fille de son frère, et Richarde, comtesse 
de Bigorre, épouse de Garsie- Arnaud ; ce qui parait 

(1) Dom Brugcllcs, Preuves, page 18. Manuscrit de M. d'Aignan. 



DE LA GASCOGNE. 1:) 

confirmer Topinion qui fait descendre son mari de 
la maison d'Astarac. Pourquoi Richarde eût-elle choisi 
une terre étrangère si elle n'eût pas voulu dormir 
près de la métropole de la famille de son adoption , 
et peut-être à côté de la tombe de son époux? 

Cependant lès moinesdeSt-Orens, repoussés à Auch, 
portèrent leurs plaintes à Rome. Le saint-Siége était 
alors occupé par Léon IX, pontife dévoué aux Bénédic- 
tins, ou plutôt gouverné par le célèbre Hildebrand , 
prieur général de Tordre, que nous verrons plus tard 
ceindre lui-même la tiare. Léon admit leur requête; et 
sousTétrange prétexte que nous ne sommes pas meilleurs 
que nos pères^ et qu'ainsi toute innovation est dange- 
reuse ou du moins suspecte, il ordonna (1) à Raymond 
de fermer son cimetière et de rétablir les choses dans 
Tancien état. Le ressentiment des moines de St-Oreiis 
n'était point satisfait. Ils accusèrent leur premier pas- 
teur d'ignorance et de simonie; c'étaient les deux plaies 
de l'époque. Nous ignorons si ces accusations étaient 
fondées. Nous serions loin d'admettre la seconde sur- 
tout. Quand on s'est fait ouvrir à prix d'or les portes 
du sanctuaire, il est rare qu'on s'y tienne avec dé- 
cence, et surtout qu'on y déploie du zèle, et Ray- 
mond se montra également pieux et zélé. Il avait ra- 
cheté des mains des deux frères Garsie et Raymond 
Arnaud de Panassac l'église de St-Mamet (2) en 
Magnoac. Ses ennemis présentèrent peut-être ce ra- 
chat , quoique chose commune alors , comme un acte 
de simonie. Le pape était prévenu, et sans autre infor- 

(1) Cartalaire d'Auch. Dom Drufi^cllcs. Manuscrit de M. d'Aignan. 
GaUia Christiana. — (2) Dom Dnigellfs, Preuves, p. 19. Manuscrit 
de M. d'Aignan. 



^G HISTOIRE 

mation, il prononça une sentence de déposition (1) à 
laquelle Raymond ne se soumit pas, s'il faut en croire 
un manuscrit que nous avons sous les yeux. Nous aime- 
rions mieux croire que son trépas, arrivé dans cet in- 
tervalle , ne permit pas qu elle lui fût notifiée. Nous 
devons ajouter que cette déposition n'est attestée que 
par des documents tirés de Téglise de St-Orens, et où 
nous signalerons plus d'une trace d'erreurs et de par- 
tialité. Le nécrploge de St-Mont n'en parle nullement, 
et se contente de raconter le décès de Coppa dans les 
mêmes termes que le décès de ses prédécesseurs. Il le 
place au 23 septembre. Ces tristes débats furent long- 
temps éclipsés par une autre lutte bien autrement 
importante. 

En l'absence du comte de Fezensac , un comte Ber- 
langer ou Beranger (2) , s'empara du duché de Gas- 
cogne, on ne saurait trop dire à quel titre , quoique 
Marca le croie tîls d'Alduin II et d'Alausie ; mais il 
jouit peu de temps de sa nouvelle dignité , car il mou- 
rut en i036. Eudes (3), fils de Guillaume IV, comte 
de Poitiers et de Brisce , fille du duc Guillaume et 
sœur du dernier duc Sanche, s'empressa aussitôt d'al- 
ler prendre, selon l'ancienne coutume , l'investiture 
du duché de Bordeaux dans l'église de St-Séverin , et 
ailleurs sans doute des autres états que ce duc laissait 
vacants. Le moyen âge était partout le même. Ce que 
nos rois faisaient à Reims et à St-Denis, les grands vas- 
saux et sous eux les comtes et les barons le faisaient dans 



(1) Dom Bnigelles, Preuves, p. 19. Manuscrit de M. d'Aignan, 
et Gallia Christiana.— (2) V Art de vitrifier les dates. Marca. Oihé- 
iiarl. — (3) Les môraes. 



DE LA GÀSœGNE. M 

leiii*s seigneuries respectives. Eudes ne fit presque que 
se montrer en Gascogne ; il fut tué le 1 mars i 040 
devant le château de Mauzè dans TAunis dont il pour- 
suivait le siège. Comme son prédécesseur, il ne laissait 
point de lignée. A sa mort, deux descendants de Mi- 
tarra se levèrent à la fois ( 1 ) pour disputer cet héritage 
à Guy Geofroy , comte de Poitiers , frère consanguin 
d'Eudes, mais étranger à cette souche. La loi salique 
ou féodale ne fut n ullement invoquée , du moins ici 
encore rien ne prouve que le comte de Fezensac se 
soit mis sur les rangs. 

Centule III , vicomte de Béarn, se présentait au 
nom d'Angela sa femme.* Nous ignorons quels droits 
faisait valoir le comte d'Armagnac, Bernard 11(2), cpie 
son caractère sombre et taciturne faisait surnommer 
Tumapaler ou plutôt TumopaiUès , et qui venait de 
succéder à Géraud Tranche-Lion , son père. Mais ses 
droits devaient être bien évidents puisqu'ils ne tardè- 
rent pas à être reconnus de son compétiteur. Les 
deux parents conclurent une transaction qui assurait 
le duché de Gascogne à Tumapaler, et qui vaisembla- 
blement établissait Tentière et complète indépendance 
du Béarn. Ainsi s'expliquent les paroles du cartulaire 
de Lescar qui qualifie Centule de Grand dominateur 
de la terre (magnum dominatorem terrœ). Le ma- 
riage d'Adélaïs, sœur du comte Bernard, avec Gaston, 
fils aîné du vicomte, vint bientôt cimenter cette tran- 
saction et réunir sous les mêmes drapeaux les forces 
des deux maisons qu plutôt de toute la Gascogne. Leur 

(i)Marca, liv. 4, ch. 7. L'Art de vérifier les dates, tom. 2, p. 236. 
— (2) Grands officiers de la couronne, tom. 2. L'Art de vérifier les 
dates. Manuscrit de M. d'Aignan. 

//. ± 



iS HISTOIRE 

ennemi commun avait profité de leur courte mésin- 
telligence pour se mettre en possession d'une partie 
de Théritage, et tous les efforts de Bernard et de Cen- 
tule ne purent le chasser du Bordelais et de TAgenais. 

Les pays situés en deçà de la Garonne reconnurent 
seuls Tautorité de Tumapaler. La part était rétrécie; 
mais quoique mince, du moins c'était l'Aquitaine pri- 
mitive. Partagée entre les divers rameaux d'une sou- 
che vénérée , elle vivait libre de toute domination 
étrangère sous les lois de ses anciens maîtres. Au-des- 
sus de ces seigneurs , en qualité de leur suzerain, s'é- 
levait celui qui, par l'extinction prochaine de la maison 
de Fezensac, allait devenir l'aîné de la race Mérovin- 
gienne. Cet état de choses, le Tranche-Lion l'eût sans 
doute défendu contre les ennemis du dehors et trans- 
mis à sa postérité. Son fils sut à peine se maintenir 
quelques années. 

Le vicomte de Béarn fut plus courageux,ou plus 
habile. Ses succès passés et sa nouvelle indépendance 
éveillèrent la jalousie d'Arnaud, vicomte de Dax, petit- 
fils d'un Arnaud Loup dont on ignore la famille , et 
qui possédait cette vicomte vers l'an 980. Il attaqua (^) 
ouvertement Centule sous un prétexte assez léger. La 
guerre fut d'abord ardente et vive comme les senti- 
ments qui l'avaient allumée. Heureusement pour les 
peuples , la paix ne tarda pas à être conclue ; mais 
elle laissa au fond des cœurs une haine secrète qui 
ne s'éteignit qu'avec la famille de l'agresseur dont elle 
amena la ruine. 

Pendant la première lutte , un seigneur de la suite 

(()Marca, p. 275. 



DE LA GASCOGNE. ^9 

du vicomte de Dax, et qui habitait ordinairement à 
sa cour (près de lui) , appelé Garsie Guillem de Salies 
se présenta à Centule et lui promit de livrer son en- 
nemi entre ses mains, ou de Ten défaire s'il voulait le 
gratifier des dîmes et des revenus de Tcglise de Caresse 
que le duc Guillaume avait donnés au monastère de 
Lascar. Centule, peu délicat sur les moyens d'assurer 
son triomphe, accepta avec joie la proposition, et croyant 
facilement désintéresser les moines (i), il leur proposa 
cinq églises dans les terres de sa dépendance en échange, 
de Téglise ambitionnée par le traître. Mais les moines 
ne voulurent jamais se prêter à ces arrangements ; le 
vicomte demanda alors a la force ce qu il n'avait pu 
obtenir par la persuasion. Il enleva Caresse au monas- 
tère et en investit Garsie Guillem , sans se soucier de 
donner au monastère la compensation qu'il avait offerte. 
Nous ignorons ce qui advint de la trahison promise, 
nyiis le succès ne dut pas tourner contre Centule , ob- 
serve judicieusement Marca ; car la chronique qui se 
plaint de la violence, ne remarque pas que le ciel l'ait 
punie; ce qu'elle eût certainement fait, si le sondes 
armes eût condamné le vicomte de Béarn. Il en fut au- 
trement de Garsie Guillem de Salies, s il faut en 
croire le cartulaire de Lescar. Privé de la vue qu'il 
recouvra en promettant solennellement de rendre Ca- 
resse, il oublia presqu'aussitôt la promesse jurée, fut 
excommunié par le métropolitain et ses suffragants , et 
mourut peu après emporté par la petite vérole. Mais, 
ni les foudres de l'église, ni l'approche du dernier mo- 
ment n'ébranlèrent son obstination. A son lit de mort, 

(1) Cartulaire de Lescar. 



20 HISTOIRE 

il légua Téglise à sa veuve et k ses enfants; nous retrou- 
verons cette affaire sous le petit-fils de Centule. 

Celui-ci , après s'être servi d'un traître devait finir 
sous les coups de la trahison (^). Il avait entrepris de 
soumettre le pays de Soûle. Les habitants trop faibles 
pour résister ouvertement , en appelèrent à la ruse et 
Tassassinèrent. On place sa mort vers Tan 1058. Son 
fils aîné, Gaston, qu il avait associé à ses états Tavait 
précédé dans la tombe, et Adélaïs, sa veuve, le gage 
^ de Talliance entre les maisons de Béarn et d'Armagnac, 
s'était déjà remariée à un vicomte Roger, après avoir 
eu de son premier mari un fils nommé Centule (2), 
comme son grand père. 

Quoique peu avancé eh âge, le nouveau vicomte 
songeait à venger le meurtre de son prédécesseur. Les 
peuples eux-mêmes n'avaient appris qu'avec indigna- 
tion qu'on eût répandu le sang de leur maître. On 
s'armait de toutes parts. Le vicomte de Soûle, qu'on 
accusait d'avoir soudoyé le meurtre craignit pour sa 
personne; il se lui ta d'abandonner le jiays Soulan et 
courut se réfugier dans le Lavedan sur les frontières du 
Bigorre où il possédait plusieurs terres considérables. 
Mais pour parvenir jusqu'à sa retraite, il devait traver- 
ser le Béarn. L'évoque d'Oleron, son parent, favorisa 
son passage et obtint pour prix de sa protection la 
réunion de la vicomte de Soûle , alors dépendante de 
Dax, à l'évcché d'Oleron, auquel cette vicomte demeura 
annexée depuis. Ainsi le raconte le cartulaire déjà cité 
qui nous paraît toujours empreint de partialité. Nous 



(1) Carlulilirc de Dax. Marca, p. 284. — (2) Marca, Hv. 4. ch. 81. 
L'Art de vérifier les dates, tome 2, p. 258. 



DE LA GASCOGNE. 21 

ignorons oii s'arrêta le ressentiment des Béarnais et de 
Centule leur vicomte, ou si ui(^me ils punirent l'atten- 
tat qui avait provoqué ces changements. 

Les comtes de Bigorre, moins guerriers ou plus pai- 
sibles que les vicomtes de Béarn laissèrent aussi moins 
de pages dans l'histoire. Garsie Arnaud, le dernier dont 
nous avons parle, avait été un des protecteurs du monas- 
tère de St-Pé de Générez, fondé par le duc Sanche ; 
mais peu content de ce titre , il voulut en être aussi 
un des bienfaiteurs (1). Il lui donna le titre des droits 
prélevés au marché de Lourdes , un paysan à Adè et 
une terre produisant pour redevance trente pains et 
deux jambons; et pour assurer ces libéralités il fit jurer 
à Fortaner, vicomte de Lavedan, qu'il ne réclamerait 
jamais rien à raison de sa vicomte. Il n'eut point d'en- 
fants de sa femme Richarde que nous avons vu ense- 
velie dans le nouveau cimetière de Ste-Marie d'Auch. 
Garsinde (2), sa sœur, fut son héritière. Elle était ma- 
riée à Roger Bernard , comte de Carcassonne et tige 
de la Dfiaison de Foix , qui parait avoir une souche 
commune avec la maison de Comminges et descendre 
comme elle d'un Asnaire, ou plutôt d'uu Loup-Asnairc, 
vivant vers l'an 900. Frodoard qualifie ce dernier de 
comte de Gascogne, et dit qu'il fut du nombre des sei- 
gneurs d'Aquitaine et de Gothie (Languedoc), qui vin- 
rent faire hommage au roi Raoul en 932 , lorsque ce* 
prince se montra au delà de la Loire. Il ajoute qu' As- 
naire montait alors un cheval plus que centenaire et 
néanmoins très vigoureux. L'obscurité cjui règne sur le 



(1) Carlulaire de St-Pé. Manuscrit de M. Lnrcher.— (2) M^mc 
manuscrit. L'Art de vérifier les dates. 



22 HISTOIRE 

berceau de ces deux familles s'étend sur leurs prernien^ 
membres (1). Nous n'y trouverions d'ailleurs qu'une 
sèclie et aride nomenclature. A peine si nous savons leur 
nom, celai de leurs femmes ou de leurs enfants, qui tous 
prenaient part à l'héritage de leur jwre et se titraient 
de sa seigneurie. Vienne le Jour sur toutes ces ténèbres, 
et nous nous étendrons davantage. 

Garsinde eut de Roger^Bernard, mort en 1037 (2), 
trois fils et deux filles. Bernard, l'aîné des fils, succéda 
à sa mère dans le comté de Bigorre (3), et se signala par 
sapiété. Roger, le second, est regardé communément 
comme le premier comte de Foix. Il mourut vers l'an 
1064 sans postérité d'Arnia ou d'Arsinde, sa femme, 
et fut remplacé par Pierre I*^ (4), le troisième fils de 
Garsinde qui continua la famille. Les deux filles allè- 
rent s'asseoir sur deux trônes d'Espagne. Etiennette, la 
dernière, épousa en 1036 dom Garsias, roi de Navarre, 
et Ermelsendeou plutôt Gilbergc l'aînc^ s'unit la même 
année à Ramire I*"^, roi d'Aragon (5), frère naturel de 
Garsias. L'évéque de Tarbes, Héraclius , qui venait de 
remplacer sur son siège Richard P", et les deux vicom- 
tes de Lavedan , Garsias et Guillem-Fort, la conduisi- 
rent à son royal époux. 

•Cependant Bernard Tumapaler avait fait accepter 
sa suprématie des Pyrénées à la Garonne. Les seigneurs 
de Lectoure prenaient encore le titre de vicomtes de 
Gascogne. Arnaud II en céda les droits au comte d'Ar- 
magnac par un traité solennel (6) et se reconnut son 

(1) Voir Marca. L*Art de vérifier les dates. Les Grands officiers 
de la couronne et dom Vaisselle. — (2) Les mêmes, moins Marca. — 
(3) Les mômes. — (4) Les mêmes. — (5) Bris Mariinez. — (6; Ar- 
chîves de Nérac. L'An de vérifier les dates, lom. 2, p. 280. 



DE LA GASCOGNE. 23 

Tassai pour le Bniillois et le Cimois. Depuis ce traité 
dont la date est inconnue^ les successeurs d'Arnaud ne 
se qualifièrent plus que de vicomtes de Lomagne et 
d'Auvillars. Arnaud lui-même est appelé ainsi dans une 
charte où il restitua le château de Nérac qu'il déclara 
retenir inji^tement au préjudice du monastère de 
Condom, et où il confirma les largesses faites à ce mo- 
nastère par son aïeul. Bernard ne prit cependant jamais 
le titre de duc ou de prince qu'avaient porté les mem- 
bres de la branche aînée. Il se contenta de celui de 
comte de Gascogne et se montra en cette qualité à la 
consécration de l'église de Lescar ( 1 ) à laquelle il donna 
une terre située dans Salies. Il se montra avec plus 
d'éclat encore à une fondation qui fut presqu'entière- 
ment son ouvrage et qu'il soutint en dépit de Tarche- 
vêque d'Auch. 

Le siège métropcditain était alors occupé par un de ces 
hommes de haute vertu et de noble fermeté, dont le zèle 
actif et courageux^ triomphe de toute résistance. L'ac- 
tion du sacerdoce ne fut jamais plus sociale que sous sa 
houlette pastorale. Austinde (2) , ainsi se nommait le 
nouveau prélat, était né a Bordeaux. Dès ses jeunes 
années, il renonça au monde et se fit inscrire parmi le 
clergé de sa ville natale. Il en faisait partie encore lors- 
qu'il assista à la bénédiction du cimetière de Ste-Marie. 
Malgré cette adhésion aux tentatives de Ck)ppa, lorsqu'il 
voulut se mieux dérober aux espérances du siècle, et 
embrasser une vie plus parfaite, il ne balança pas à sq 
retirer parmi les moines de St-Orens, que sa conduite 

(i) Cartulaire de Lescar. Marca, iiv. 4,ch. 13.— (2) Cartulaire 
d'Auch, de Simorre, de St-Mont, les BoUandistes , dom Dnigellcs, 
Manuscrit de M- d'Aignan. 



24 HISTOIRE 

avait dû singulièrement indisposer; et, chose étonnante, 
c'est lui que ceux-ci choisirent pour le mettre à leur 
tête, après deux ou trois ans de noviciat. La vie du 
nouvel abbë devait offrir une autre singularité plus 
grande que la précédente. L'archevêque d'Auch étant 
mort sur ces entrefaites , le chapitre de Ste-Marie , en 
lutte ouverte avec les moines de St-Orens, plaça d'un 
commun accord leur supérieur sur le siège métropoli- 
tain. Certes, il fallait un mérite bien rare et bien avéré, 
pour triompher ainsi des préventions les plus légitimes 
. et conquérir si vite des suffrages si opposés. 

Ses premiers actes annoncèrent ce qu'on devait atten- 
dre de son épiscopat. Fort de son droit, et sourd à 
toutes les considérations humaines, il reprit l'œuvre de 
son prédécesseur (1); et en dépit d'une bulle dont il 
soupçonnait la nullité constatée plus tard, il rouvrit le 
cimetière de Ste-Marie et y ordonna des inhumations. 
Son ancienne communauté se récria aussitôt et députa 
deux de ses membres à Rome. Le prélat les y suivit; 
et avant de s'éloigner, répandant son âme devant l'au- 
tel de la Vierge et prosterné aux pieds de son image , 
il conjura le ciel de défendre sa cause et de traverser 
les desseins de ses adversaires. Ses vœux furent exaucés. 
Les députés de St-Orens moururent en route sans avoir 
vu la ville étemelle, et lui-même n'eut point de peine 
à justifier ses prétentions aux yeux du Souverain-Pon- 
tife et en obtenir une sentence favorable , qui toutefois 
pe fut point promulguée. Les droits de l'archevêque 
parurent sans doute si évidents, que cette formalité fut 
jugée inutile. Austinde retourna à Auch et y célébra 

(i) Carlulaire d'Auch. Manuscrit de M. d'Aignan. 



DE LA GASCOGKE. 25 

avec pompe les obsèques de Sanche Area, son sacristain. 
Ârea était mort dorant son absence , et à ses derniers 
moments, avec Tobstination d'un membre d'une corpo- 
ration rivale, il avait ordonné qu'on déposât son corps 
derrière l'église , afin cpie le prélat à son retour pût 
Finbumer dans le cimetière contesté. Cet acte de vigueur 
abattit les moines de St-Orens. Ils ne remuèrent plus 
sous son pontificat, ni sous le pontificat suivant. 

Les minces contestations d'un cimetière ne suffisaient 
pas pour arracher Austinde à son troupeau et le con- 
duire au delà des Alpes ; des intérêts plus graves l'appe- 
laient à Rome. Il avait besoin de Tappui du Souverain- 
Pontife pour exécuter une réforme qu'il méditait Deux 
siècles auparavant, quand la Gascogne n'était plus qu'un 
monceau de ruines, le comte Combaud s'était fait don- 
ner Fonction sainte et avait réuni dans ses mains l'ad- 
ministration des évéchés de Bazas, d'Aire, de Dax, 
d'Oleron, de Lescar, de Bayonne, et peut-être même 
de Lectoure. Rien ne s'établit vite comme les abus. 
Ce qui fut au jour de la désolation, se perpétua quand 
les temps furent devenus meilleurs; la religion gémis- 
sait de voir les canons violés, mais la société en souffrait 
encore davantage. 

L'église alors par son esprit , par ses principes, par 
sa constitution , était à peu près la seule providence des 
serfe qui couvraient le sol , car tout ce qu'il y avait 
dliommes libres, d'anciens propriétaires de petits ma- 
noirs , dliabitans attachés par le sentiment de la pos- 
session à la patrie, avait complètement disparu. Le 
manque absolu de garanties sociales avait rendu leur 
situation intolérable. Après le noble, vous ne trouviez 
que le serf, le manant (niancns , demeurant)^ le vilain , 



26 HISTOIRE 

{villanus^ travaillant la villa,) Le peuple n'existait pas 
encore. Le sacerdoce devait le faire naître plus tard , 
et l'élever sous son action bienfaisante. Voilà la société 
qu'avaient faite les Barbares dans presque toute l'Eu- 
rope. Elle était surtout ainsi à l'époque que nous dé- 
crivons. Augmenter 1« nombre des pasteurs, c'était 
multiplier les garanties du faible, du pauvre , de tout 
ce qui souffrait. 

Austinde obtint la déposition de Raymond -le- 
Vieux(i) qui, au milieu du xi* siècle, possédait autant 
de sièges qu'en occupait Gombaud dans le ix*, et pre- 
nait ordinairement comme lui le titre d'évêque de la 
Gascogne. Néanmoins, au Concile de Toulouse, de 
l'an 1056 (2), où il assista avec Héraclius de Bigorre, 
Bernard de Copiminges et un autre Bernard de Gou- 
serans, il ne se qualifia que d'évêque de Bazas, par 
crainte sans doute des censures de rassemblée. Le 
pape lui ravit même cet évêché et ne lui laissa que le 
titre d'évêque honoraire de Lescar, et encore n'accor- 
da-t-il ce^te faveur (3) qu'à sa haute naissance et au 
crédit dont il jouissait dans la province, ou plutôt 
voulut-il empêcher que Raymond ne traversât les élec- 
tions canoniques qui se préparaient. 

Le grand coup était frappé, l'ordre ne tîirda point à 
se rétablir. Raymond, neveu de l'évêque déposé, connu 
dans l'histoire sous le nom de Raymond-le- Jeune, pour 
qu'on pût le distinguer de son oncle, retint (4) les évê- 
chés de Bazas, de Dax et de Bayonne; mais bientôt il 

(1) Gallia Chrittiana, Dom Brugelles. —(2) Dom Vaisselle, His- 
toire du Languedoc, lom. 2. Collectio Conciliorum, toni.9, pag. 1085. 
— (3) Cartulaire de Lescar, Marca, Gallia Christiana.--- (4) Car- 
iulaire de Dai. 



DE LA GASGOGHE. 27 

abandooiia les deux derniers et ne garda que Bazas. Il 
fat remplacé à Dax par Macaire (1), abbé de Saramon, 
qm était entré jeune dans le cloître et qui fit briller sur 
la diaire pontificale la piété, la régularité et surtout la 
plus tendre charité pour les pauvres. Il s'éleva avec force 
cxMitre la simonie, et sut, malgré sa fermeté , conquérir 
Testîme et Famitié des seigneurs et des nobles, pre- 
miers auteurs et surtout chauds partisans d*un désordre 
qui servait leurs intérêts. Mais son épiscopat fut trop 
court pour le bien de Téglise. Il dura à peine deux ans 
et demi; on l'enterra dans l'église de St-\ incent, et c'est 
vraisemblablement sa tombe que recou\Tait la large 
dallescalpteequi git maintenant au fon d d e cette église. 
On lui donna pour successeur Gr^oire (2), ah))é de 
St-Scver. Celui-ci, né dans nos contrées, avait été éle\ é 
â Qanj et s'était longtemps formé sous la main de 
Si-Hugues. Sanche, duc de Cascc^ne. le demanda à son 
iOiistre maître pour lui confier le monastère deSt-Sever; 
mais à peine en eut-il pris l'administration , que les 
bâtiments devinrent la proie des flanunes. Crqgoire 
les fit rebâtir avec magnificence. Il fit plus que renou- 
rder et embeUir les murs ; il changea l'esprit du cou- 
reot et V fit refleurir les vertus monastiques. Ces succès 
rappelèrent sur le siège de Dax. 3Iais les religieux ne 
pouvant consentir à le perdre entièrement, voulurent 
qu'il conservât le titre de leur supérieur. A sa double 
dignité il joignit bien tôt Tévèché de Lescar, car après 
la déposition de RajmondJe- Vieux , on ne jugea per- 
sonne plus propre que lui à fermer les plaies de cette 



(tjGaOia Ckriitkma, Marca.— % Gailia Christiaita. Marca. 
CmUÊÊMn de St-SeTer . 



28 HISTOIRE 

dernière église. Il la garda ensuite et renonça au siège 
de Dax. 

Ce nouveau diocèse et son abbaye ne suffirent ps à 
son zèle. Touché du sort des chrétiens d'Espagne , il 
leva quelques troupes, franchit les Pyrénées et vola à 
leur secours. Avant de quitter la France , il prit dans 
le monastère de St-Pé de Générez, alors dépendant de 
Lescar, deux religieux distingués, Odon d'Espouey et 
Bernard de Bas. Il créa Tun prévôt et Vautre archidia- 
cre de sa cathédrale. Son absence ne dura que iwris 
mois. Les fatigues de l'expédition et les chaleurs d'un 
climat ardent achevèrent d'épuiser ses forces. Il mou- 
rut l'an 1072, chargé d'années et de mérite. Le cartu- 
laire de Dax l'accuse cependant de s'être laissé enlever 
la Soûle. Il eût pu au même titre lui reprocher une 
autre perte que fit cette église vers la même époque (1). 

Héraclius , archidiacre de Soûle , fils d'un BergOn- 
Loup de Janute, s'adressa à Loup-Aner, vicomte d'Ole- 
leron, qui avait épousé sa mère , et l'engagea à faire 
tous ses efforts pour réunir encore à l'évêché d'Oleron 
les quartiers de Garens et de Revezec , où s'élève la 
ville de Sauveterre. Le vicomte opposa d'abord quel- 
que difficulté, ou plutôt il chercha à exploiter sa posi- 
tion. Il fit part des sollicitations qui lui étaient adressées 
à Guillaume d'Orgon, abbé de Sordes et archidiacre 
de Dax, et offrit de les repousser , si Guillaume payait 
largement sa résistance. Mais celui-ci ne s'étant pas 
montré assez généreux, Loup-Aner se tourna vers l'ar- 
chidiacre de Soûle, reçut de lui entr'autres dons, deux 
magnifiques chevaux, et contraignit les ecclésiastiques 

(1) Marca, page 290. 



DE LA GASCOGNE. 29 

de deux quartiers à reconnaître Tëvêque d'Oleron. 
Loup-Aner mourut peu après, et sa vicomte fut réunie 
m Béarn, dont elle avait été distraite. 

L'évêque d'Oleron à qui profitaient ces violences, se 
lommait Etienne. Pierre, tiré de St-Sever comme Gré- 
goire, était à Aire et vraisemblablement Jean à Lee- 
oure; Bigorre, 0)mminges elCouserans avaient depuis 
ongtemps leurs pasteurs, Bayonne seule dut attendre 
încore le rétablissement de son siège. L'église était dé- 
;ruite et tous les biens qui en dépendaient étaient entre 
les makis des vicomtes de Labour , dont on ignore la 
famille, comme on ignore les autres familles vicomta- 
le$ de la contrée. 

Austinde jugea que Raymond-le- Jeune était seul 
propre à obtenir la restitution. Il l'engagea à se*charger 
d un diocèse si tristement abandonné , et à joindre 
ainsi le titre d'évéque de Bayonne (1), à celui d'évêque 
de Bazas. Cette union se fût faite d'elle-même, quelques 
mnées auparavant. Les canons sommeillaient alors, 
nais Sl-Austinde les avait réveillés. Raymond futobligé 
[e traverser les Alpes et d'aller exposer au pape les 
QOti& qui réclamaient cette exception. Nicolas II qui 
•ccupait la cbaire de St-Pierre, prévenu par le métro- 
politain, y donna sa sanction dans le synode de Latran. 
^es prévisions d' Austinde se réalisèrent. Raymond fut 
issez heureux pour faire rentrer l'église de Bayonne 
dans tous ses droits. Le vicomte Fortuné-Sanche et 
Lioup-Sanche , son frère , renoncèrent solennellement 
aux usurpations de leurs ancêtres. 

Le cœur des seigneurs était rarement aussi docile à 

(1) Gallia Christiana. 



30 HISTOIRE 

la voix (le Téquilé et de la religion. La vie d'Austindc 
ne fut presque qu'une lutte continuelle contr'eux. Au 
commencement de son pontificat, il avait néanmoins 
trouvé des dispositions favorables dans Astanove ou 
Guillaume Astanove , comte de Fezensac. L'église de 
Ste-Marie était pauvre et petite, Austinde la fit recons- 
truire sur un plan plus vaste ( \ ). Astanove Taida dans 
cette entreprise et donna à cette occasion trois concades 
de terre voisines de son château d'Audi. L'exemple 
fut suivi de quelques citoyens et en particulier de San- 
che-Beg et de Gouasin, son épouse, qui abandonnèrent 
leurs biens sous la réserve d'une messe annuelle (*). 

Le comte et l'archevêque s'associèrent encore pour 
agrandir la maison canoniale, devenue trop étroite de- 
puis que tous les chanoines habitaient sous le même 
toit, et bâtirent ensemble le cloître régulier. Enfin, 
Astanove soutint Tarchevêque dans ses prétentions con- 
tre les moines de St-Orens; mais il mourut bientôt 
après, et son fils Aymeric II, surnommé For ton, ou le 
Fort (2), n'hérita pas de ses sentiments. Bernard d'Ar- 
magnac, le suzerain de la Gascogne, jaloux de son 
autorité , comme le sont presque toujours les esprits 
faibles, n'était pas moins prévenu contre Austinde. 
L'occasion se présenta de le pouvoir molester. Le comte 
la saisit avec empressement. 

(1) Cartulaire d'Auch. Dom Brugelles. M. d'Aignan. 

(*) Ccst la première fois que nous trouvons mentionnés , et les 
concades, et les services obituaires. 

(2) L'Art de vérifier les dates, tom. 2. Grands Officiers de la cou- 
ronne, tom. 2. 



DE LA GASCOGNE. H 

CHAPITRE II. 



Foialin k St-VMt et k Noftrt.— Débite 4e Benaré Tnapiler. — ÉUigieMit 
k St-Aislii4e.— Su retov , u iirt.— Gnillaue k Mntut, mi sitceiieir. 
RéUklisseieit k la eathé4rale k Leetoire. — Prieiré de &t-Geij et de Mettait. 



Au fond de TArmagnac, dans un point assez central 
de la province, s'élevait St-Mont, patrimoine de trois 
frères. Raymond Taîné, témoin des ravages que la peste 
faisait autour de lui, et troublé par un songe, crut dé- 
sarmer le ciel en fondant un monastère. Mais ne se 
sentant point assez riche pour une œuvre aussi dis- 
pendieuse , il sollicita la coopération (i) du comte 
d'Armagnac. Bernard montra tl'abord assez d'indiffé- 
rence. Vaincu eiîfîn par ses sollicitations , il donna son 
consentement et les fondements furent jetés. A cette 
nouvelle, Alvar et Bernard, soutenus par leur mère 
Aoriole , s'emportèrent contre leur frère Raymond , 
dont la libéralité lésait leurs intérêts, et dans leur fu- 
reur, ils ne menaçaient de rien moins que d'attenter à 
ses jours. Les seigneurs du pays, et à leur tête le comte 
Bernard, s'interposèrent entre les trois frères et rame- 
nèrent la paix dans la famille. 

Libre alors, Raymond abandonna ses biens à la 
nouvelle maison, placée sous l'invocation de St-Jean , 
ei s'engagea même par serment à y prendre l'habit 
monastique. Le comte, de son coté, y ajouta les droits 
seigneuriaux et somma Raymond d'accomplir son ser- 

(1) Gallia Christiana, Dont Brugelles. M. d'Aignan. 



32 HISTOIRE 

ment, mais celui-ci commençait à se repentir de sa 
précipitation. Il ne put se résoudre à quitter un monde 
trop cher à son cœur et demanda un délai. A son dé- 
faut, Bernard réunit de divers côtés douze moines et 
mit à leur tête un homme respectable nommé Trin- 
card. Cependant Raymond continua d'habiter avec sa 
femme; mais privé de son patrimoine, il fut réduit à 
aller demander l'hospitalité à ses parents, et eut sous le 
toit étranger deux enfants, Bernard et Marie. Las en- 
fin de cette vie nomade , et poursuivi par le souvenir 
de sa parole jurée, il alla trouver le comte et lui déclara 
qu'il était prêt à entrer dans le cloître, ce qu'il exécuta 
en effet. 

Son noviciat fut court, car peu d^ mois après il 
avait pris la place de Trincard, et il recevait les immu- 
nités dont Bernard dotait le monastère dans une assem- 
blée solennelle où ce comte parut accompagné de son 
épouse Ermengarde, de ses deux fils , Géraud et Ber- 
nard , de Centule, vicomte de Béarn, son neveu, de 
Guillaume Astanove, comte de Fezcnsac, de Raymond, 
vicomte de Marsan, de Pierre Roger, vicomte de Ga- 
varret et de presque toute la noblesse de la Gascogne. 
On y vit aussi l'archevêque d' Auch qui était loin d ap- 
plaudira la générosité du comte; car, quoique St-Mont 
fût un ancien alleu du comté, les archevêques y avaient 
au^si de temps immémorial des droits particuliers et une 
vaste maison ; et comme ce point était assez central pour 
toute la Gascogne, ils y tenaient les Conciles provin- 
ciaux , lessy nodes diocésiiins et les assemblées du peuple. 
Mais prévoyant que ses protestations seraient inutiles, 
le prélat garda un silence prudent et laissa au temps et 
à ses successeurs le soin d'amener le jour de la justice. 



DE LA GASGOGKE. 33 

La nouvelle communauté, composée d'éléments assez 
bétérogènes , ne prospéra point; Tétat religieux était 
généralement tombé dans toute la Gascogne. Bernard 
voyant que Tceuvre répondait si mal à son attente, et 
atteint d'ailleurs d'une maladie de langueur qui faisait 
craindre pour ses jours, songea à y introduire la ré- 
forme. L'ordre de Cluny , dirigé par le célèbre abbé 
St-Hugues, jetait alors un vif éclat. Le comte d'Arma- 
gnac résolut de lui donner St-Mont. }} fallait avant 
tout obtenir la renonciation de l'archevêque d'Auch. 
Pour mieux le gagner , le comte lui fit part du dessein 
où il était de quitter lui-même le monde et d'embras- 
ser l'état monastique. Mais Austinde se montra sourd 
à toutes les insinuations (1). Nul lieu ne pouvait rem- 
placer St-Mont pour les assemblées ecclésiastiques. 

Obstiné dans son dessein , Bernard fait venir secrè- 
tement des moines de Cluny, et se passant d'une autori- 
sation qu'on lui refusait , il les met de force et par sa 
seule autorité en possession du monastère. Que pouvait 
on faible prélat contre le dominateur de toute la Gas- 
cogne ? Il céda à la violence et se contenta de protes- 
ter. La charte de Nogaro le dit formellement. Si l'on 
devait ajouter foi à un autre document , Tarchevéque 
eut appelé la force au secours de ses prétentions ambi- 
tieuses, et ne se fût retiré que devant la fermeté du 
prieur Armand, qui l'empêcha de chanter la messe sur 
Tautel de St-Jean; c'était répudier sa juridiction. La 
vengeance dans le cœur, mais ne pouvant la faire écla* 
^j Austinde, d'après ce titre, eut alors circonvenu- 

(i) Voir, pour tous ces détails, le Gallia Chriitiana, Initrumentat 
Wï» 160 et 161, etc. 



34 HISTOIRE 

Guillaume-Raymond, de Nogaro, et par ses obsessions 
il lui eût arraché la vente de son alleu pour y bâtir une 
chapelle et un monastère rival de celui de St-Mont. 

Telle est la pièce dont s'est inspiré sans doute un 
historien récent, qui n a su trouver sous sa plume que 
des paroles acerbes ou flétrissantes pour un de ces 
grands prélats du moyen-âge qui se tinrent constam- 
ment à la hauteur de leur céleste mission, et conquirent 
par leurs vertus sociales plus encore que par leur piété 
la place que l'église leur a donnée sur nos autels. Mais 
cette pièce est évidemment ou apocryphe , ou falsifiée; 
elle est datée de l'an 1061 ou plutôt 1062, sous le pon- 
tificat du pape Léon IX , et ce pontife était descendu 
dans la tombe en 1 044. Elle est souscrite de Guillaume, 
archevêque d'Auch, et celui-ci ne succéda à St-Austinde 
qu'en 1068. Elle mentionne plusieurs légats aposto- 
liques qui se réunissent pour sa confirmation, et ces 
légats ne furent pas tous contemporains. Enfin, elle 
prête à St-Austinde le projet aussi absurde que chimé- 
rique d'opposer le monastère de Nogaro au monastère 
de St-Mont. Une seule assertion est vraie , l'achat de 
Nogaro ; mais il n'est pas nécessaire de recourir à l'am- 
bition et à la vengeance pour l'expliquer. St-Mont 
manquant, il fallait pour tenir les assemblées ecclésias- 
tiques un autre point central et ainsi peu éloigné du 
premier. Austinde s'aboucha avec un seigneur du pays, 
qui lui vendit l'alleu de Nogaro {NugaroUum ^ lieu 
planté de noyers)^ pour le prix de 40 sols de monnaie 
courante ; et sans perdre un instant, il fit jeter les fonde- 
ments de l'église et tracer l'emplacement de la ville (1). 

(1) Gallia Christ iana , page 160, déjà cité. Dom Brugelles. 
M. d'Aignan. * 



DE LA GASCOGKE. 35 

La DOUTelle en vint bientôt aux oreilles du comte 
d^Anpagnac. Bernard voulut savoir, comme la coutume 
du lieu lui en donnait le droit, de qui et comment le 
prélat avait acquis la terre. L acte se trouvant rég^ier, 
toute opposition devenait impossible. Forcé de se re- 
plier ailleurs et voyant les ouvrages avancer rapide- 
ment, le comte pressa alors par lui-même et par ses 
affidés, rarchevéqne de se désister de ses prétentions sur 
St-Mont et même d'abandonner à cette abbaye le quart 
des dîmes de douze églises qu il lui signalait. Austinde 
y consentit , mais à condition que Bernard à son tour , 
en sa qualité de suzerain, autoriserait de la main et de 
la voix (manu et voce ^ par écrit et de vive voix) la vente 
de Nogaro, en présence d'Eicius, ûls de Guillaume- 
Eaymond. Bernard rejeta d'abord la condition , mais 
bientôt vaincu par les moines et par le prieur qui me- 
naçaient d'abandonner une maison dont la possession 
était contestée par un prélat aussi illustre, il fit d assez 
mauvaise grâce l'abandon de tous les droits seigneu- 
riaux, tant en- son nom qu'au nom de son fils, de son 
petit-fils et de toute leur postérité ; et s'il nous est 
peraiis d'interpréter ainsi un passage obscur, il s'enga- 
gea pour lui et pour eux à ne jamais réclamer ni baute 
ni basse jnstice, ni coutume quelconque dans la ville 
de Nogaro (*). L'archevêque, de son côté , délaissa en 
fàvenr des moines les dîmes des églises suivantes : 
Jlai^ouet, Castelnavet, Arblade, Thermes, Sarraga- 
ciiies , Lartigue , Bouzon , Justarouaud , Favarolcs , 

(*) (\ee elam^ née saiet.) Clam, pour Clamorem, droit de cbmcur; 
saîet^ j^oat iangumis jactus y droit de sang versé. Dans le moyen 
âge tout se traduisait en argent. Le voleur et le meurtrier payaient 
aafiK. 



36 HISTOIRE 

Balambits , Riscle , et deux autres dont le nom a péri 
dans Toriginal. Les dix églises , avec les biens qui en 
dépendaient, étaient appelées cours com taies {curiœ 
consulares^ domaines du comte). 

Cet accord fut passé sous les auspices de St-Hugues, 
accoilru de Cluny pour rendre à la paix et au repos la 
cîolonie que son abbaye avait envoyée dans la Gascogne. 
Il fut approuvé et souscrit d'une part par rarchevéque, 
par Arnaud , prévôt du chapitre d'Auch , par Tarchi- 
diacre Aymeric, par Garsias et les autres chanoines; et 
de Tautre par le comte, par la com tesse Erçiengarde, . 
son épouse, par Géraud et Bernard, leurs enfants, par 
Fabbé Hugues et le prieur Armand. Le vicomte de 
Béarn et les évéques Grégoire de Lescar, Etienne d'O- 
leron , Pierre d'Aire , Guillaume de 0)userans et Du- 
ran de Toulouse, ajoutèrent leurs souscriptions à celles 
des parties intéressées. Ainsi se termina à la satisfaction 
générale une affaire qui pouvait agiter longtemps la pro- 
vince. Austinde, par sa prudence et sa fermeté, avait su 
triompher de l'obstination du comte, assurer les droits de 
sa métropole et doter notre pays d'une nouvelle cité. La 
dédicace de l'église fut digne de la piété de son fonda- 
teur. Il y appela les évêques, les abbés, les comtes, les 
vicomtes et les autres seigneurs de la pirovince^ A leur 
suite, on y vit accourir un nombre immense de fidèles 
des deux sexes. D'Eauze , on y porta les reliques de 
St-Luper; de Peyrusse-Gran de, le corps de St-Mamet; 
et d'Auch, les ossements sacrés de St- Clair et de 
St-Austregisil de Bourges. Là, en présence de l'assem- 
blée , le comte Bernard , son épouse et leurs fils s''a- 
vancèrent devant l'autel de St-Nicolas , patron de la 
nouvelle église et de toute la cité , et réitérèrent sous 
serment leur premier désistement {\ 062). (Voir note 5). 



DE LA (;ASC0(;>E. 37 

Pendant que le Tumapaler ne s occupait (ju à lutter 
avec Téglise, son compétiteur Gui Geoffroi de Poitiers, 
songeait à profiter de ses embarras. Il rompit, on ne 
sait sous quel prétexte , le traité qui avait fixé la part 
des deux maisons et traversa la Garonne à la tête d'une 
armée nombreuse. Le comte d'Armagnac, pris au dé- 
pourvu, ramassa à la hâte quelques troupes et marcha 
k Tennemi qu'il rencontra dans les plaines de la Cas- 
telle, sur les bords de TAdour (1). Les forces étaient 
in^;ales, aussi la victoire fut complète. Contraint de 
fuir , Bernard ne voulut plus tenter le sort des armes 
et abandonna ses drmts sur la Gascogne, moyennant la 
somme de 15,000 sols et le titre viager de comte de 
Gasoc^e qa^il p(»tait. Alors fut consommé le vasselage 
de la descendante Mérovingienne. Ce que n avait pu 
obtenir la puissance de Pépin et de Charlemagne , un 
seul combat le donna sans retour au chef d'une pro- 
vince, et chez un peuple que nous avons toujours vu 
si impatient du joug étranger, si ennemi de toute 
dépendance; aucune résistance que nous sachions ne 
protesta contre cet asservissement. La date elle-même 
da combat et du traité honteux qui le suivit est incer- 
taine, tant ils laissèrent l'un et l'autre peu de traces dans 
les esprits. 

Gui Geoffroi demeiu*a quelque temps dans la Gasco- 
gne pour y consolider sa puissance. Ray mond-le- Vieux, 
qui vivait encore, profita de ce séjour (2) pour se plain- 
dre à lui que Caresse était toujours retenue; et afin que 
sa plainte fut mieux accueillie , il lui fit présent d'un 



(1) Grands OfGciers de la couronne, lom. 3. Marca, liv. f . L'Art 
de vérifier les dates, tom. 2. —(2) Harca, page 281. 



38 HISTOIRE 

elieval. Le comte ckî Poitiers ordonna aussitôt à la veuve 
et aux fils de Garsie-Guillem , d'ester à droit et de 
donner pour cautions judiciaires Berguasi d^Adit et 
Arremon-Aner de Larbal. Il chargea en même temps ^ 
Garsie-Arnaud, vicomte de Dax, de tenir les plaids en 
son nom. L'affaire fut plaidée avec chaleur, et après 
Une longue discussion on ordonna le dueL Les deux 
champions , Arnaud de Sadirac et Karlariot de Bere- 
gus étaient devant Tautel de St-Vincent-de-Dax , en 
présence du vicomte. Le serment et les autres cérémo* 
nies religieuses qui précédaient les combats judiciaires 
allaient être accomplis, lorsque les héritiers se ravisant, 
acceptèrent une transaction et se contentèrent des re- 
venus de la dîme durant leur vie. Ce terme ne fut pas 
long; deux mois après la veuve expirait tristement, 
et à quelques jours de là les deux enfants s'entregor- 
geaient. (Voir pour les combats judiciaires, note 6), 

Le chapitre de Lescar allait enfin se mettre en pos- 
session , lorsque deux nouveaux prétendants mianifes- 
tèrent leurs droits. Grégoire, qui venait de succéder à 
Raymond, donna caution qu'il répondrait à leurs de- 
mandes et Taffaire s'assoupit. On la réveilla durant son 
voyage en Espagne qui suivit de près son trépas. Ber- 
nard de Bas , son archidiacre , qui le remplaça sur le 
siège de Lescar , se pourvut devant Gui Geoffroi. Le 
comte renvoya le jugement aux seigneurs de sa cour de 
Gascogne qui ordonnèrent le duel. Au jour fixé, l'évé- 
que Bernard se présenta avec son champion ; mais ses 
adversaires qui n'avaient point paru au jugement, ne 
parurent pas davantage au combat. Gui Geoffroi, inspiré 
par des flatteurs, crut un instant avoir lui-même des 
droits sur Caresse comme ayant été donnée par les 



I>E LA r.ASCÂMiSK. i59 

coniles de Gascogne ses prédéccsseut-b. Il renvoya 
l'examea de ses préieDtions à sa cour de Guyenne, et 
sur son avis il y renonça, fit rendre IVglise à Tévequc 
et obligea les vaincus, après lui avoir payé Tamcnde , 
de donner pour garantie de leur désistement Garsie- 
Amaud de Dax, Arnaud Garsie de Mixe, et trois 
dbevaliers. Cest le dernier acte de suzeraineté quaycnt 
£iit les ducs de Gascogne sur cette partie de la vicomte 
deDax. 

Bernard, dans les veines duquel bouillonnaient en- 
core quelques restes du noble sang Gascon, n'osa plus 
se montrer à ses peuples après sa défaite. Dépouillant 
une dignité quil eut du abdiquer avant de la ilétrir, 
il alla s'ensevelir (1) dans le cloître de St-Mont oii il 
«^arrêta à peine. Des souvenirs trop poignants venaient 
peo^-étre y oppresser son âme. Il abandonna la pro- 
vince et alla continuer son noviciat à Cluny. Il y fut 
suivi d'un seigneur du pays , nommé Forto-Brasco , 
cjni, en venant demander Thabit religieux au même 
monastère que son ancien suzerain , avait partagé sa 
terre eùtre son frère et les moines. Mais quand il se fut 
âoigné, le frère retint tout l'héritage, et pour le faire 
céder il Mlut que Porto revint de Cluny avec Ber- 
nard, et menaçât de quitter le froc et de rentrer dans 
le monde. 

Pendant que le Tumapaler cachant sa honte sous les 
livrées de la reUgion se dérobait à tous les regards , 
Tarchevéque d!Auch était appelé au delà des Pyrénées 
pour présider au Concile de Jacca (2). Il y |>arut accom- 



(1) L'Art de vérifier les dates. Grands Oniciers de la couronnas 
iom- 3. — (2) Surita, Mariana , liv. 9, cb. 5. 



40 HISTOIRE 

pagné d'Hëraclius de Bigorre, d'Etienne d'Oïeroil' 
et peut-être de Jean de Lectoure. Il confirma peu après 
rétablissement des chanoines réguliers(< ) dans lacathé^ 
drale de Pampelune. Nous trouverons plus tard encore 
(pielques traces de la suprématie que ûoti^ métropole 
exerça sur quelques églises d'Espagne. Dans le Ckmcile 
de Jacca, on fit des règlements sur l'office divin , mais 
surtout sur la discipline ecclésiastique depuis si long-' 
temps altérée. 

Austindé avait déjà obtenu le rétablissement des 
sièges épiscopaux; résultat immense et qui seul suffirait 
pour honorer une vie d'évêque. Mais après ce rétablis- 
sement, restait l'œuvre la plus difficile ou du moins la 
plus irritante. Nous avons vu qu'à la suite des malheurs 
de tout genre qui avaient pesé sur la Gascogne, les 
seigneurs s'étaient emparés non seulement de presque 
tous les biens du clergé , mais encoflre de la plupart des 
églises, qu'ils faisaient desservir par quelques pauvres 
clercs, à qui ils jetaient une maigre part de leurs reve- 
nus. La pauvi'eté presque toujours amène l'ignorance 
et le dérèglement. Et puis, qu'étaient-ce que deis clercs 
aux gages des barons, qui, lorsqu'ils étouffaient la voix, 
d'une foi sans lumières, n'écoutaient que leurs indomp- 
tables passions ? Sur ces clercs , quelle action pouvait 
avoir l'évêque, leur supérieur naturel ? D'un autre 
côté, concentrés chez les seigneurs, les biens s'isolaient ; 
tandis qu'entre les mains du clergé ils se répandaient 
dans toutes les classes de la société , toutes ayant droit 
d'entrer dans le sanctuaire et de prendre part à ses 
largesses. Enfin, on ne doit jamais l'oublier, le servage, 

(l)Sandova], Dom BrugcUes, M. d'Àignan. 



DE LA GASCOGNE. 41 

et c'est du servage qu'est né le peuple, le servage du 
presbytère et du couvent était infiniment plus doux 
que celui du château* Ainsi, l'œuvre de St-Austinde 
était aussi sociale que religieuse. Bien comprises, la 
religion et la société n'auront jamais et ne sauraient 
avoir qu^un intérêt commun. 

Mais comment arracher aux mains qui les détenaient 
et rendre à leur destination primitive les églises et leurs 
biens inféodés? L'archevêque invoqua les Canons, pria, 
exhorta, pressa; quelques-uns écoutèrent sa voix, le 
plus grand nombre se montrèrent sourds. Austinde 
n^étaitpashommeàs^arrêter devant un devoir reconnu. 
Voyant ses exhortations dédaignées, il menaça du glaive 
que l'église avait déposé dans ses mains. Il y avait du 
courage dans une semblable menace. Les coupables 
étaient nombreux, et à leur tête se faisaient remar- 
quer (<) par leur résistance trois comtes que l'histoire 
ne désigne pas, mais qui ne sont autres vraisemblable- 
ment que les comtes de Fezensac, d'Armagnac et d'As- 
tarac, les plus puissants de la contrée. Les esprits 
s^écfaaufïaient , la rapacité alarmée faisait entendre ses 
Vociférations. Loin de craindre et de mollir , Austinde 
lança la foudre , frappa d'excommunication les coupa- 
l^les , quelque fût leur rang , et livra leurs églises à 
l"*iaterdit. A ce coup, les passions ne connurent plus de 
l3ornes. Les jours du courageux pontife étaient en 
danger. Pourquoi n'aurait-il pas épargné au caractère 
sacré dont il était revêtu des outrages gratuits, et 
j[>eut-être même un dernier crime à des coupables 
cjue leur égarement ne rendait que plus chers à son 

(l)Cartulaire d'Aucb. Manuscrit de M. d'Aignan. Les Bdlandistes. 



42 HISTOIRE 

cœur ? Il s'éloigna, emportant avec quelques haiues 
violentes de nombreux et bien vifs regrets, et alla atten- 
dre sur la terre étrangère que l'orage se dissipât. Il 
se retira auprès du célèbre Gervaise , archevêque de 
Rheims, qui le retint deux ans entiers (1). 

Cependant le souvenir de sa piété , de sa bienfai- 
sance, de toutes ses vertus vivait parmi son troupeau. 
Son zèle et sa fermeté , ces deux qualités qui impres- 
sionnent toujours les masses, leur prêtaient un nouvel 
éclat. L'interdit surtout, alors observé sévèrement, 
pesait à la foi des populations. On s'alarmait d'être si 
longtemps privé des cérémonies du culte et presque des 
bienfaits de la religion. On murmurait contre une 
obstination provoquée par la cupidité et l'orgueil , et 
dans ces temps de rudesse et d'emportement, les mena- 
ces se traduisaient facilement en actes. !^orce fut donc 
aux coupables de plier devant la réprobation générale 
et de promettre la restitution demandée. Les habitants 
députèrent aussitôt vers le prélat quelques-uns de leurs 
principaux concitoyens pour lui en^. porter l'heureuse 
nouvelle et solliciter son retour. Ravi d'un changement 
qui comblait tous ses vœux, Au$tinde ne tarda pas à 
quitter Rheims et à reprendre le chemin de son diocèse. 
Sur sa route, il entra à Paris où il s'arrêta quelques 
jours. De Paris, il se dirigea vers la Provence et visita 
Rimbaud ou Rajambaud, archevêque d'Arles, et assista 
à la consécration de l'église de Tritis, faite par ce prélat. 
Il cousacra lui-même celle du prieuré de St-Zacharie, 
dépendant de l'abbaye de St- Victor de Marseille. 



(1) Cartulaire d'Auch. Manuscrit de M. d'Aignan. Les BoUan- 
distes. Dom Brugelles. 



DE LA GASCOGNE. 43 

L'acte dressé à celte occasion et revêtu de sa signature 
fut conservé à Marseille jusqu'en i 793. 

Enfin, après une si longue absence, il rentra dans sa 
métropole (<) au milieu de Tallégresse générale. Les 
esprits étaient disposés ; il s'empressa de profiter de la 
présence du cardinal Hugues-le-Blanc, légat du St-Siége, 
pour assembler un Gîncile à Auch (2) , qu il présida 
conjointement avec le légat C'est le premier qui se soit 
tenu dans la cité métropolitaine. Tous les sufTragants 
y parurent avec un grand nombre d'abbés. Quoique 
les actes en soient perdus , on sait qu'il y fut statué que 
les évéques prélèveraient le quart des dîmes dans tou*^ 
le diocèse; mais Raymond, abbé de St-Orens ayant ré- 
clamé contre ce décret, le G)ncile et Austinde à sa 
tête lui accordèrent non seulement une pleine et entière 
inmiunité, mais encore le droit d'archidiaconé ou de 
visite sur toutes les églises dépendantes de son monas- 
tère, au nombre desquelles on comptait St-Cric, Lama- 
zère, donnée à l'abbaye par le comte de Fezensac, 
Duran , Ayguesmortes , Goutx, Mirepoix, Lussan, An- 
Iras , etc. , etc. Il pouvait même punir les délits des 
* clercs; mais si ceux-ci ne voulaient pas rentrer en eux- 
mêmes, il devait les traduire devant l'archevêque pour 
que le prélat leur imposât la pénitence qu^il jugerait 
nécessaire. 

Raymond, qui venait d'obtenir ces privilèges et qui 
avait succédé à St-Austinde dans le gouvernement du 
monastère de St-Orens, avait rappelé en Gascogne St-Hu- 



(1) Gartulaire d'Auch. Manuscrit de M. d'Aignan. Les BoUan- 
distes. Dom Bragelles. GalUa Christiana. — (2) Gartulaire noir du 
chapitre d'Aucb. Gallia Christiana^ instrumenta^ page 171. 



44 HISTOIRE 

gues deCluuy (1). La charge de supérieur fatiguait sa 
vieillesse; mais avant de la déposer il voulut introduire 
la réforme parmi les moines. En présence du Concile 
et sous les auspices de Tarchevéque, il remit sa maison 
entre les mains de St-Hugues qui y supprima le titre 
d'abbé, comme il l'avait supprimé à St-Mont, et y subs- 
titua celui de prieur ; mais dans le dernier monastère 
le prieur n'avait sous lui que douze religieux , tandis 
qu'àSt-Orens il en avait vingt-quatre. Il en eut même 
vingt-cinq dcpui s i 399. Aussi, dans les assemblées de 
Tordre, le couvent d'Auch, soit par le nombre de ses 
religieux, soit par ses richesses, soit par ses filiations (*), 
prenait rang immédiatement après les abbayes et au- 
dessus de tous les autres prieurés conventuels. Une 
bulle de Pascal II lui assigna cette place en < < < , et 
depuis il Ta toujours gardée. St-Hugues lui donna pour 
premier prieur Guillaume, fils de Bernard, seigneur 
de Montant, tiré sans doute de St-Mont, où il avait 
suivi le comte d'Armagnac avec quelques autres sei- 

(1) Dom Brugelles, Pièces justificatives. M. d'Aignan. Colleetio 
Conciliorum , tom . 9, p. 1 1^5. 

(*) De St-Orens dépendait, !<> le couvent de St-Martin de Touget* 
fondé à ce qu'on croit par un vicomte du Fezensaguet. Tous les titres 
furent brûlés et ses murs renversés en 1570 par les rdigioimaires 
qui jetèrent les religieux dans le puits du cloître; 2o le monastère 
de St-Orens de Lavedan; 3° le prieuré de Peyrusse-Grande , près de 
Bassoues, d'oii la conventualité a disparu depuis près de deui siècles. 
Il fut d'abord habité par un prieur et quatre religieux. Le nombre 
de ceux-ci fut plus tard réduit à un ; plus tard encore le prieur resta 
seul. Enfin le prieuré lui-même fut mis en commande sur la tète 
d'un clerc séculier. A travers tous ces changements , la nomination 
en a toujours appartenu au prieur de St-Orens; 4o le couvent de 
St- Michel de Montant, où la conventualité subsista jusqu'à la 
tourmente qui emporta les ordres religieux. Mais, depuis 300 ans, le 
bénéfice principal avait été uni à la maison-mère. 



DE LA GÀSœCNE. 45 

gneurs que rexemple de leur suzerain avait entraînés 
dans le cloître. 

Cette œuvre couronna la vie des deux abbés succes- 
sifs de St-Orens. Austinde et Raymond moururent 
dans Tannée. Le premier ne survécut même que quel- 
ques jours au Concile. Dieu ne Tavait appelé sur la 
chaire de la métropole que pour qu il fît rentrer Téglise 
dans ses droits. Ce but atteint, sa mission fut remplie. 
Il s'endormit paisiblement dans le Seigneur le 27 juillet 
<068 (i). La plupart des éviques que sa maladie avait 
retenus près de lui assistèrent à ses funérailles. On Fen- 
sevelit à St-Orens dont il avait été abbé; mais plus tard 
on le transporta à Ste-Marie où son corps repose encore 
dans la crypte souterraine , et c'est sans doute du jour 
de cette translation que sa fête a été placée au 25 sep- 
tembre. Avant la révolution première, on montrait 
son cerveau sans corruption, enchâssé avec sa tête dans 
un buste d'argent donné par M. Etienne d'Aignan du 
Sendat, grand vicaire de Ms^ de Trappes, et le fonda- 
teur de la chapelle des pénitents blancs , aujourd'hui 
la maison des frères des écoles chrétiennes. Austinde 
n'avait occupé le siège d'Auch que dix-huit ans. Le 
terme fut court pour les grandes choses qu'il opéra. . 

Nos lecteurs peuvent juger maintenant s'il mérita le 
reproche de basse jalousie, d'insatiable ambition , d'in- 
tolérant fanatisme que lui prête avec une froide assu- 
rance un de nos concitoyens. Pour poursuivre ainsi un 
saint , honoré des suffrages publics de l'église , il nous 
semble qu'il faut avoir en main des preuves bien fortes, 
€t ici les preuves contraires abondent. A part les pre- 

(1) Gallia Christiana. Dom Brugcllcs. M. d'Aignan. 



46 HISTOIRE 

miers hérauts de Fév^ngile parmi nous , nos pères n'ont 
déféré les honneurs de la sainteté qu à quatre prélats, 
et tous les quatre firent bénir leur ministère de la 
société autant que de la religion. Taurin fonda Téglise 
d'Auch et versa son sang pour sa foi. Orens brilla par 
ses talents et sa dextérité dans les affaires autant que 
par ses vertus. Léothade, moins connu que les autres , 
opposa sa piété et son courage à la fureur des Barbares, 
et Austinde fut le glorieux restaurateur de la discipline 
ecclésiastique. Un ancien marfuscrit sur velin, gardé 
longtemps dans les archives du chapitre de St-Orens , 
nous le peint d'un mot avec la naïveté des temps pri- 
mitifs (1); Austinde, dit-il, archevêque de sainte mé- 
moire, établi pour relever Tétat de Téglise renversée (*). 

Les funérailles de St- Austinde furent à peine ter- 
minées , qu'on s'occupa de lui donner un successeur. 
Toutes les voix se réunirent sur le nouveau prieur de 
St-Orens, Guillaume de Montant (2). Le manuscrit que 
nous venons de citer raconte ainsi sa nomination. « Il 
est demandé par le peuple et élu par le clergé avec 
l'applaudissement des évêques comprovinciaux , des 
comtes et des autres seigneurs de la province de Gas- 
cogne , afin qu'il soit le véritable serviteur du père de 
famille et le fidèle dispensateur dans la maison du sei- 
gneur. Puîsse-t-il être fort , puissant , loué et chéri ! 
Ainsi soit-il. » 

Les assemblées ecclésiastiques se multipliaient ; Fim- 
pulsion était donnée , le clergé s'agitait pour recouvrer 

(1) Manuscrit de irf. d'Aignan. 

{*)Po8t decessumsanctœ memoriœ Austindiy /éusciorumarchie- 
piscopi ad erigendum dirutcB ecclesiœ statum. 
(2)Gallia Christiana^ Dom Brugclles, M. d'Aignan. 



DE LA GASCOGNE. 47 

son indépendance. Caillaume elles prélats qui venaient 
de le sacrer, allèrent aussitôt joindre le légat du pape 
qui tenait un Concile à Toulouse (<). On s y occupa 
spécialement de Tévéché de Lectoure. Ce siège avait 
été rétabli à la fin du x* siècle. Oihénard y place un 
Bernard I*^, vers Tan 990 , sous le duc Guillaume, fils 
de Sanche. A ce Bernard, le cartulaire de Moissac 
donne pour successeur, en 1052, Arnaud P**, qui assista 
à une donation faite à ce monastère, et qui, cette même 
année, consacra Téglise de St-Denis dans le diocèse 
d'Agen. Après Arnaud, nous trouvons Jean I", qui 
accompagna St-Austinde au Concile de Jacëa, si toute- 
fois il faut prendre Févéque Jean du Concile pour un 
évéque de Lectoure. Enfin, à Jean avait succédé Ray- 
mond I•^ Celui-ci est plus connu que ses quatre prédé- 
cesseurs. Il était prévôt de Téglise de St-Etienne de 
Toulouse lorsqu'il fut appelé à Tépiscopat ; et suivant 
un usage dont ses contemporains nous offrent de nom- 
breux exemples, et qui, créé pour des besoins, devien- 
dra bientôt un abus, il garda sa prévôté en s'éloignant 
de Toulouse. Il signa, en 1061 , une donation due à la 
libéralité d'un certain Raymond , fils d'Arnaud. Deux 
ans plus tard , il assista à la consécration de Téglise de 
Moissac que fit St-Austinde, assisté d'un grand nombre 
de prélats. Outre Raymond de Lectoure, on y vit 
Guillaume de Convénnes, un autre Guillaume d'A- 
gen, Héracliusde Bigorre , Etienne d*01eron, Pierre 
d'Aire et Duran de Toulouse , abbé du couvent (2). 



(1) Colîeetio Conciliorum, tom. 9, page 1191. — (2) Pour tous 
cesévéques, voir le Gaîlia Christiana, lom. l»»-, p. 1075. 



48 HISTOIRE 

La mémoiiie de cet événement fut consacrée par une 
inscription en vers latins placés dans Téglise (*). 

Maintenant, Raymond de Lectoure accompagnait 
son nouveau métropolitain dans la cité où il avait com- 
mencé sa carrière ecclésiastique , et où vraisemblable* 
ment il n'avait gardé la prévôté de St- Etienne qua 
cause deTexcessive pauvreté de son siège. Non seule- 
ment les biens en avaient été envahis , mais le palais 
épiscopal et Téglise même étaient dans des mains étran- 
gères. Des débris du palais on avait construit un mo- 
nastère, et l^s autels et les autres objets de la cathédrale 
avaient été transportés par un peuple ignorant et 
grossier dans la chapelle des moines. Le 0)ncile fit cesser 
cet ordre de choses , malgré les protestations de Gré- 
goire, évéque de Lescar et abbé de St-Sever, qui réda* 
mait pour sa communauté le monastère de Lectoure et 
ses dépendances. Il fut arrêté que des clercs réguliers 
de St-Augustin remplaceraient les moines; que si quel- 
ques-uns de ceux-ci voulaient se retirer dans une maison 
de leur ordre, ils le pourraient sans difficulté; que les 
autres seraient nourris et entretenus parmi les chanoi- 
nes, et qu enfin le couvent servirait de demeure à 
Tévéque qui disposerait de tous les revenus (i). Ce 
décret porte la souscription du cardinal Hugues, de 
Guillaume, archevêque d'Auch, des évéques Grégoire 
de Lescar, Pierre d'Aire, Guillaume de Convennes, 
Raymond de Lectoure, Bernard de Couserans, Ber- 
nard de Dax , de quelques autres prélats et de plu- 
sieurs abbés , entre lesquels nous signalerons Huguâ 
de Cluny , Raymond de ,Condom et G)nstance de 
Clairac. 

(*) Voir la note 7 à la fin du volume. 

(1) Gallia Christiana. CoHeet. Conc, tom. 9. 



DE LA GASCOGNE. 49 

On a cru assez généralement que le monastère rendu 
à TévêqueRaymond n'était autre que celui de St-Gény , 
et qu^ainsi le siège épiscopal fut transporté quelque 
temps au bas de la côte sur laquelle s'élève la ville de 
Lectoure. Mais cette opinion ne souffre pas Texamen. 
Le contexte du Concile, quoîqu'obscur, comme tout ce 
qui s'écrivait à cette éix)que , dit formellement que le 
monastère d'où les moines furent expulsés était bâti 
sur les ruines et avec les décombres de l'ancien palais; 
mais un autre document est encore plus précis. 

Le duc Guillaume avait jadis donné l'église de 
St-Gény aux moines de St-Sever , à condition qu'ils y 
bâtiraient un monastère , condition qu'ils avaient scru- 
puleusement remplie; mais la misère avait chassé les 
religieux, et la maison abandonnée était tombée sous 
les coups du temps plutôt que sous la bâche des hom- 
mes. Cet état durait depuis longues années, lorsque 
Vévéque Raymond ( i ), aidé de l'archevêque Guillaume, 
d'Odon, vicomte de Lomagne, et de Vivien, son neveu 
ou son petit-fils , donna à St-Hugues de Cluny, St-Gény 
el St-Clar , libres et francs l'un et l'autre de tout droit 
ei de toute redevance. Cette charte est de \ 07 4, six ans 
après la rentrée de Tévêquc dans son palais et dans sa 
cathédrale. Il ne parait pas que l'abbé de St-Sever ait 
réclamé contre cette donation, quoique ce fût St-Gény 
qui lui appartint et non le monastère de la ville , évi- 
demment différent, puisque le premier était désert et 
le second habité. 

L'ordre de Cluny s'étendait tous les jours ; nul nom 
ne brillait alors à l'égal de celui de St-Hugues. L'ar- 

(I) Gàllia Christianay tom. 1, Instrumenta, pngc 175. 

//. 4. 



50 HISTOIRE 

chevéque d'Auch et ses frères, Raymond, Odon, Otger, 
Géiaud et Bertrand donnèrent à cet abbé Téglise de 
St-Michel de Montant, avec cinq églises qui en dépen- 
daient, entr'autres biens un moulin sur TArçon, une 
foret et dix deniérées de vignes inféodables, c'est-à- 
dire une vigne d'un revenu annuel de dix deniers. 
Leur mère y ajouta la moitié de Téglise de Homps et 
le haut domaine (dominât ionem) d'une autre église à 
Casères, située ainsi que Homps dans la Lomagne (1). 
Durai! , évêque de Toulouse , Guillaume , évêque de 
Couserans et Raymond , abbé de St-Luper d'Eauze , 
confirmèrent de leur présence cette donation. Hugues, 
qui la reçut , mit aussitôt le nouveau couvent sous la 
dépendance de St-Orens , et y laissa quatre religieux 
avec un prieur, dont les revenus furent plus tard réunis 
à la mense priorale de la maison-mère. Cette réunion 
ne laissa à Montaut qu'un prieur claustral. 

(1) Gallia Christiana, Instrumenta, page 160. Dom Brugellcs. 
M. d'Aignan. 



1>E LA GASCOGNE. 51 



CHAPITRE III. 



€R{wrt Vn. — DéptshioB k }\vmn prélits. — Goitn de Tlsle-Joirdiiii. — 
Benari , Mite k Bi^wre , Uit knife de sa tm\é ï Nttre-D»e di Piy. — 
FflriatMi 4i priené de Midiru. — Rijmd, ils de Benird , enUe de Bifom , 
■eut jene et eit reifUeé pir Béatrii u unr. — ObIbU , TkMile de Béin, se 
ûfm de Gisli, u (eiie, et époose la eoitesse de Bisorre. — Goerre de Ceitile. 
— Sturt.— lert de Benard Tuapaler, coate d*Ariapae. — Géraod H S6i 
ils.— Ajverie II , emte de Fezeisae* — BajMid-Ayiene , ekef de la hnlle de 
.—dites de Pardiae. 



Le célèbre Hildebrand venait de s asseoir en 1073 
sur la chaire de St-Pierre, sous le nom de Grégoire VII. 
Les désordres étaient alors à leur comble dans toute 
TEurope chrétienne. De voluptueux monarques ren- 
voyaient sous le plus léger prétexte leurs épouses légi- 
times, et peu contents d'introduire publiquement dans 
leur couche les objets d'une préférence momentanée , 
ils voulaient forcer Téglise à consacrer de ses prières et 
de ses sacrements le caprice de leurs passions. Les grands 
vassaux imitaient leur suzerain ; l'exemple des grands 
vassaux était suivi par les barons et les nobles, et du 
château la licence ne pouvait tarder à descendre dans 
la chaumière. Ainsi, sous la triple action de la violence 
chez les coupables, et de la molle apathie ou delà lâche 
frayeur chez les ministres de la religion , se relâchait 
tous les jours et menaçait de se rompre bientôt entiè- 
rement, l'indissolubilité du lien conjugal, cette grande 



52 HISTOIRE 

couronne du catholicisme. La licence était trop générale 
pour ne pas envahir le sanctuaire. Là, le scandale devait 
être autrement déplorable, et néanmoins il s'y montrait 
avec plus d'audace peut-être qu'ailleurs, surtout en 
Allemagne. Non seulement des clercs d'un ordre infé- 
rieur, mais de hauts dignitaires s'abdiquant eux-mêmes, 
vivaient ouvertement dans le vice, et après une vie si 
contraire à Taustérité des canons et à la sainteté de 
leurs engagements, ils prétendaient livrer ou trans- 
mettre aux fruits d'un libertinage éhonté les bénéfices 
ecclésiastiques dotés par la charité des fidèles pour 
nourrir la piété , la vertu et les talents. 

Dans le haut rang où l'avait élevé la confiance des 
trois derniers souverains pontifes, Hildebrand avait vu 
toute l'étendue des maux qui désolaient la chrétienté, 
et il en avait longtemps profondément gémi. Parvenu 
à la tiare , il crut ne devoir pas se borner à de vains et 
stériles gémissements: il vouera son pontificat à rendre 
à la morale ses droits et au clergé la pureté de ses 
mœurs. Cette noble résolution de son cœur apostolique, 
nulle considération, nul obstacle ne pourra l'ébranler. 
De là cette lutte dans laquelle quelques esprits égarés 
ou prévenus ont affecté de ne voir que l'œuvre d'une 
insatiable ambition. Sans doute quelques actes parurent 
dépasser le but, mais quel homme placé au timon des 
affaires dans des circonstances difficiles et au milieu 
d'une vive résistance se tint constamment dans la limite 
assignée ? Les intentions furent droites et pures, l'en- 
semble des faits imposants , les résultats éminemment 
sociaux. On ne saurait le nier quand on a parcouru 
cette période si digne par son étrangeté de fixer les 
regards des hommes graves et sérieux. Pourquoi alors re- 



DE LA GASCOGNE. 5j 

lever avec amertume quelques traits rares et isolés? 
Aussi, la noble figure de Grégoire VII, que l'église a 
justement placée sur nos autels, poursuivie par les fri- 
voles et inintelligentes clameurs du siècle dernier, est 
maintenant saluée avec respect et amour par la plupart 
des historiens. Le temps même ne nous parait pas éloi- 
gné où elle ne recueillera que d^unanimes suffrages. 

Pour arrêter le mal , il fallait imprimer à Tactioti 
pontificale une direction ferme et parfois sévère ; mdis 
la fermeté et surtout la sévérité entre les mains d'agents 
subalternes, qui presque toujours dépassent leurs maî- 
tres, se changent souvent en rigueur et même parfois 
en injustice. Notre métropolitain en fit le triste essai. 
Le nouveau pontife n^eut pas plutôt ceint la tiare qu'il 
envoya des légats dans tonte la chrétienté pour y com- 
battre la simonie et le relâchement des mœurs, et y 
protéger les lois ecclésiastiques. Céraud, cardinal, évê- 
que d'Ostie, eut pour mission de parooturir le midi des 
Gaules. Il traversa la Provence, le Languedoc, l'Aqui- 
taine et la Gascc^e , et se dirigea vers les Espagnes , 
frappant impitoyablement tout ce qui lui paraissait 
coupable. Sur son passage, il assembla dans notre pro- 
vince un 0)ncile (1) dans lequel il déposa quelques 
prélats, parmi lesquels sont mentionnés l'archevêque 
d'Audi et Tévêquede Tarbes. Héraclius était nuirt et 
avait été remjdacé par Pons, abbé de Simorre, qui en 
montant sur le â^e avait gardé son abbaye. Le» deux 
prélats Bravaient diantre tort que d'avoir eommunkjué 
avec un excommunié, et même Gnilbume [/retendît 



(1) G^lUa CkriMiima , %nm, i'^, CM, CtmtM, Um, 10 ^ fè^ 
1811-13. Do 



DE LA GASGOG»E. 57 

Bernard du moins recueillit toute la succession pa- 
temdle et y ajouta ce qu'avaient possédé les autres 
branches de sa maison. Cest de lui (1) que descendent 
incontestablement les comtes de Comminges dont nous 
parlerons souvent. 

Vers cette époque <07< , nous trouvons un seigneur 
nommé Raymond-Arnaud et son fils Arnaud, faisant 
une donation au monastère du Mas-Garnier , en pré- 
sence de Raymond, évéque de Lectoure et de Guillaume 
Bernard, prince de Savès (2). Ce Raymond- Arnaud est 
vraisemblablement le inéme, qui, en 1089, s'intitulait 
prince de Verdun sur Garonne, et restituait à ce monas- 
tère le quart de la seigneurie de cette ville; et le prince 
de Savès est un vicomte qui possédait des terres le long 
de la Save, sans qu'on puisse assigner sa famille ou ses 
doitiaines. Les titres n'étaient pas encore invariable- 
ment fixés. Dans le même siècle, quelques comtes d'As- 
tarac se disaient tantôt comtes et princes , tantôt comtes 
et marquis d'Astarac. 

Nul seigneur de la Gascogne ne fut plus pieux ni 
plus libéral envers l'église que Bernard , comte de 
Bigorre. Guidé par sa dévotion, il entreprit de concert 
avec sa femme Clémence le pèlerinage de Notre-Dame 
du Puy (3). Dans ce sanctuaire vénéré, il consacra à la 
Vierge sa personne et son comté , en présence du cha- 
pitre réuni, de Bernard de Bazeillac, de Guillaume 
d^ Aster et d' Arnaud-Guillaume de Barbazan. C'était 
le vœu que fit plus tard Louis XIII et que rappelle la 
procession solennelle du 15 août;, mais le comte de 

(1) L'Art de vérifier les dates , tom. 2, page 265.—- (2) Dom Vais- 
sette, tom. 2. — (3) Marca, liv. 9, cb. 4. L'Art de vérifier les dates , 
tom. 2, page 268. 



58 HisToniE 

Bigorre y ajouta une redevance de 60 sols, qu'il s^obli- 
geait de faire compter tous les ans au chapitre, et que 
ses successeurs payeraient après lui. Il n'y avait là 
évidemment qu un acte de dévotion. Les expressions 
sont formelles : hoc doaatwum pietatis et religkmis 
gratiâ peractum. L'évéque du Puy et ses dianoines 
voudront plus tard le changer en acte de vasselage et 
essayeront de bâtir sur cet absurde fondement d'inad- 
missibles prétentions (*). 

Le comte et Héraclius, évêque de Tarbes (^) , pos- 
sédaient le monastère de St-Leser, situé aux portes de 
la ville et que gouvernait l'abbé Frominius aux jours de 
St-Savin. Ils l'avaient eu en héritage de leurs parents 
communs; et malgré leur piété, ils n'avaient pu arrê» 
ter la décadence de la discipline monastique qui s'y 
était introduite. Pour le rendre à son esprit primitif, 
ils l'incorporèrent à l'abbaye de Cluny qui , selon sa 
coutume, le l'éduisit sur-le-champ en prieuré. Etienne 
d'Oleron, Duran de Toulouse, Grégoire de Lescar, 
Pierre d'Aire et Bernard, comte d'Armagnac, signèrent 
cette incorporation qui est du 21 novembre i 064. Héra- 
clius obtint peu après de Bernard l'affranchissement 
du prieuré de Madiran. Loup, surnommé Pichot (2), 
originaire d'Espagne , fut le premier qui s'établit dans 
ce lieu avec la permission de Raymond P*", alors comte 
de Bigorre. Sanche , arrière-petit-fils de Loup et son 



(*) On verra à la fin du volume le document entier tel qu'il se Ut 
dans le Cartulaire de Bigorre , qui du reste n'est lui-même qu'une 
copie que fit faire un trésorier de Bigorre, nommé N. de Malobodiô, 
l'original ayant disparu depuis long- temps. 

(1) Gallia Christiana, instrumenta y page 19i. — (2) Cartulaire 
de Madiran. Manuscrit du Séminaire. 



t)t LA CAWXKiM:. f)t) 

kéritier, ayant dans son enfance perdu son père, fut con- 
traint par sa mère de consacrer quelque temps {\ Tétude 
des saintes lettres, afin qu'après avoir formé son cœur et 
son intelligence, en parcourant les psaumes et les 
hj-mneSj il pût un jour à son gré ou revêtir Vhahit 
clérical^ ou se montrer plus habile dans hi milice sécu- 
lière. Parvenu à son âge d'homme, il s attacha a agran- 
dir et à fortifier son domaine. Il parut souvent a la 
cour des vicomtes de Madiran , et plus srjuvent enairc 
soos lesbannières de Garsie-Arnaud, comte de Bigorre, 
qu'il aida à combattre ses ennemis. Son courage et wi 
fidélité furent largement récompensés. Garsic-Aniaud 
et les vicomtes sachant qu'il n'aimait rien autant que 
la ierre^ lui en donnèrent un grand nombre d'arpents. 
Ces largesses ne satisfirent point son canir, ou plut6t 
oe vbalânt pas perdre devant Dieu le fruit de Mt% tra- 
vaux, il songea sérieusement à abandonner le siècle et 
a se r^irer dans un cloître. Le ciel lui en fourni t bien t(;t 
roocasion favorable. La puissance et le nom de Sa riches 
duc de Gascc^e, et plus encore sa haute réputation de 
ecorage et de vertu avaient attiré pr<;s de lui un grand 
nombie de chevaliers et de religieux. Au nombre de 
CCS derniers, se faisait reu rquer Ktirmne, abb/; rk 
Msrallac dans le Quercy. i he le vit et appréciant 
son mérite, il le conduisit c , lui dér;rmvrjt le 

âemèm qu^il nourrissait secret ut et lui montra les 
terres qu'il possédait En n le temjis il se jeta a se» 
pieds et le conjura d'accepter 3Iadiran avec t/mtes ses 
dépendances^ Quelques jrjurs aphïs cette cnlrfrvae, 
Tabbe amenait à 3Iarsillac le seigneur CfHM:fm : et ave^: 
Taulensation deCarsie-Amaud et du con*4rrit/rrricrit de 
i«* proches rrt de ses yf/mm, îl lui damnait l'habit mo- 



60 HtsToinE 

nastique. Sanche, à son tour, avant de le recevoir, aban- 
donnait au monastère Madiran et tout ce qui en relevait, 
et y offrait son fils aîné, Donat-Sanche, pour qu'il y fit 
un jour profession , ce qui arriva plus tard. Il ne ré- 
serva qu'une légère partie de ses biens pour les enfants 
puînés; encore voulut-il que si quelqu^un d'eux venait 
à mourir sans postérité , sa part entrât au couvent 
Deux frères furent placés dans la maison qu'on bâtit- 
Ils jouissaient depuis longtemps en paix de la donation 
qui leur avait été faite , lorsque quelques voisins abu- 
sant de la force, les expulsèrent et s'emparèrent de 
leurs biens. L'abbé Etienne renvoya aussitôt Sanche à 
Madiran. Il espérait que sa présence ferait cesser 
Tusurpation et profiterait à la colonie. So n attente ne 
fut point trompée. Avec le petit-fils de Loup tout ren- 
tra dans l'ordre. Lui cependant, toujours occupé de son 
prieuré, abattit l'église, et sur ses ruines on en éleva 
une beaucoup plus vaste et plus belle. 

Portant plus loin ses vues ets'aidant de ses proches 
et de ses amis auprès du comte de Bigorre, il conquit 
enfin ce qu'ambitionnaient toutes les maisons religieu- 
ses, un plein et entier affranchissement. Pour l'obtenir 
des deux vicomtes de Madiran , Garsie-Arnaud les dé- 
chargea à jamais du repas annuel que ces seigneurs 
devaient à lui et à cinquante cavaliers de sa suite. Cqtte 
œuvre couronna la vie de Sanche. Sentant sa fin appro- 
cher, il manda auprès de lui un de ses parents nommé 
Bonpar. Celui-ci accourut , et comme il entourait sa 
couche avec quelques autres étrangers, le moribond lui 
raconta tout ce qu'il avait trouvé d'agitation dans le 
monde, et combien il avait goûté de calme et de paix 
dans le cloître ; il ajouta que connaissant sa science et 



DE LA GASCOGNE. 61 

sa vertu, il Tavait fait^appeler pour l'engager à renon- 
cer au mariage , à raser sa barbe et sa tête et à revêtir 
la livrée sacrée comme il Tavait fait lui-même à Mar- 
nllaCy afin qu il pût lui laisser son prieuré. Sa voix fut 
écoutée. Bonpar dit adieu au monde, et devenu moine 
il succéda à son parent. Mais après la mort de Sanche , 
brisant les liens qu'avait formés son prédécesseur, il 
réfusa Tobédience à MarsiUac, et l'abbé Etieilne, qui 
vivait encore, étant venu réclamer ses droits^ il oublia le 
triple respect dû à son âge, à son rang et à ses vertus, 
Taccabla d'injures et le chassa du prieuré. En même 
temps il prit avec lui les vicomtes de Lavedan , Guil- 
laume Fort et Garsie Fort ses parents et Amaud- 
Bajmond, surnommé l'Ours, les trois seigneurs les 
plus distingués du pays , et alla sous leurs auspices 
prier le comte Bernard de convoquer à Madiran l'évê- 
que de Tarbes, ainsi que les comtes et les vicomtes de 
la contrée, et de s'y rendre lui-même à la tête de ses 
chevaliers, afin d'assurer de nouveau et de mettre à 
Tabri de toute atteinte la franchise déjà octroyée sous 
Garsie-Amaud. Le comte accueillit volontiers sa prière, 
et au jour marqué il se trouva à Madiran avec toute sa 
chet^alerîe, L'évêque Héraclius, Aymeric de Fezensac, 
Bernard d'Armagnac , Gaston de Béam s'y trouvèrent 
aussi. Le comte de Bigorre fit en leur présence le ser- 
ment désiré, et tous les seigneurs jurèrent après lui. 

Le zèle de l'évêque et la piété du comte s'employè- 
rent encore en faveur de l'abbaye de St-Pé de Générez. 
Bernard était en lutte ouverte ( i ) avec Dodon de Benac, 
à qui il reprochait une trahison dont celui-ci n'avait pu 

(1) Hannscrit du Séminaire. Marca, liv. 9, ch. 4. 



62 HISTOIRE 

se laver. Héraclius, Boson de Juillan parent du comte? 
et les autres grands du pays s'interposèrent. Bernard 
pardonna à Dodon , à condition qu'il confirmerait Faf- 
franchissement du monastère alors gouverné par Odon 
de Benac, son parent et le second abbé après Arsius; ce 
qu'il fit en présence du comte et de sa suite , et qu'il 
scella en prenant le corps et le sang de Notre-Sèigneur 
Jésus-Christ. Quelques années après, Dodon étant venu 
prier à St-Pé, accompagné de sa femme et d'une suite 
nombreuse, et y ayant célébré splendidement avec 
tous les siens la fête de Noèl, s'avança dans le chœur et 
élevant la voix : ce Écoutez-moi , 6 vous mes barons et 
» mes compagnons d'armes, et aidez-moi, je vous prie, 
w de vos conseils. Le Dieu tout-puissant m'a protégé 
y^ depiiis mon enfance et m'a, comme vous savez, élevé 
)) au dessus de mes e nnemis. Maintenant , si vous le 
)) jugez convenable, je vais abandonner en mon non»- 
» et au nom de mes descendants tous les droits qu& 
>) m'ont transmis mes ancêtres sur le monastère et se^ 
» dépendances. « Tous approuv èrent sa résolution ec^ 
s'approchèrent pendant que Dodon et sa femme ju- 
raient, la main étendue sur l'autel. Enfin , pour sign^ 
de leur complet assentiment, ils embrassèrent Dodon. 
Ipsumque osciilati sunt ut sacramenta Jirmare vide- 
rentui\ 

B ernard gouverna son comté avec sagesse et sut faire 
respecter son autorité. Sa médiation s'interposa avec 
succès entre Bernard de Castelbajac et Arnaud Dodon, 
vicomte de Montanarez, qui troublaient la contrée de 
leur querelle. Bernard fut aidé dans cette œuvre par 
sa femme , et tous les deux amenèrent une réconci- 
liation que garantirent jusqu'à des sommes détermi- 



DE LA GASCOGIS'E. 63 

nées presque tous les seigneurs du Bigorre. Les trouvant 
réunis pour la première fois , nous croyons devoir à 
lenrsdescendantsde proclamer leurs noms. Le cnrtulaire 
les donne dans Tordre suivant (1) : Ebrard de Pcjrrun, 
Arnaud de Monlezun , Odon de Peyrun , Geraud de 
Bazillac , Arnaud-Guillem de Baulat , B. Despouey , 
Bernard de Castelbajac, Bernard de Castera, Raymond 
d'Qssun, Garsie-Bernard de Sombrun, Guillaume- Ar- 
naud d'Aster, Arnaud de Troncens, Tersol d'Expcysse, 
Cuillacune-Bemard d'Arexo , Guillem-Bemard de St- 
Pastou, Raymond- Arnaud de Na vailles, Odon d'Ase- 
reix, Odon d'Arribère, Ebpird de Lartigue-Mozcas , 
Sans de Lourdes , Lop-Garsie de Vidouze, Raymond- 
Garsie de Navailles , Reynaud de Barbazan, Arnaud- 
Carsie de Sarroyria , Guillem de Pontac , Arnaud de 
Gerde et Guillem de LabatuL 

Bernard fut marié deux fois (2). Clémence, sa pre- 
mière femme, fille de Bernard, comte de Comminges , 
morte peu après le pèlerinage du Puy , lui laissa un 
fils, n n'eut d'Etiennette, la seconde, qu une fille. Le 
fils lui succéda en i 065, sous le nom de Raymond II (3). 
Une charte nous apprend qu'il eut un différend avec 
Arramd, comte de Comminges, sans doute à Foccasion 
de la dot de Qémence , sa mère , et qu'il ravagea ses 
terres ; mais qu ensuite voulant le dédommager de ses 
pertes, il lui donna un alleu qu'Arnaud abandonna plus 
tard au monastère de Lésât. C'est tout ce que nous sa- 
vons de son gouvernement qui dura peu. Peut-être 
n était-il pas marié; du moins il ne laissa pas de lignée, 



(l)Cartulaire du Bigorre. Manuscrit du Séminaire. — (2) L'Art 
^ vérifier les dates, lom. 2. — (3) Idem. 



64 HISTOIRE 

et le comté passa à Béatrix , sa sœur, fille de Bernard 
et d'Etiennette {\). Plusieurs prétendants se présentè- 
rent pour réclamer sa main. Centule IV , vicomte de 
Béarn, fut préféré. Marié depuis longtemps, la plupart 
des historiens modernes l'accusent de n'avoir rompu 
son mariage que dans Tespoir de cette riche alliance. Il 
est vrai que la licence des grands lut extrême dans ce 
siècle. A chaque pas vous rencontrez de ces unions for- 
mées et détruites au gré d'un vain caprice ou d'une 
passion passagère, et l'on sent tout ce que devaient ame- 
ner de perturbation ces exemples tombant du sommet 
de la société dans les rangs inférieurs. Honneur ici, 
immortel honneur à Grégoire VII pour avoir su faire 
respecter la sainteté du lien conjugal, source de la paix 
et du bonheur domestique ! Ses prescriptions à cet égard 
étaient inflexibles, et certes, ce n'était pas trop de toute 
sa sévérité contre les hommes qu'il devait soumettre. 
Néanmoins , il savait, quand il le fallait, recourir à la 
douceur et à la prière. 

Centule avait épousé Gisla, sa parente, et en avait eu 
un fils qui fut depuis Gaston IV , le lion d'outre-mer, 
le législateur de son pays , un des seigneurs les plus 
accomplis ie son temps. Grégoire, dont l'œil était «i- 
vert sur toute la chrétienté, lui écrivit une lettre vrai- 
ment paternelle, et l'engagea à rompre une union 
défendue, et à craindre que cette tache ne ternît l'édat 
de ses belles qualités. Amat , évéque d'Oleron et légat 
dusaint-Siége, fut chargé conjointement avec l'archevê- 
que d'Auch, d'appuyer les représentations du souverain 



(1) L'Art de vérifier les dates, tom. 2. Marca. Manuscrit 'du Sémi- 
naire d'Auch. 



DE L4 GXSCOGJiE. GS 

pontife. Le Tioomte se soumit . se sépara de sa femme 
et la remît eotre les mains du l^at et du mélropolitaiu 
qui la conduisirent à Mardoiac, prés deQunj. St-Uu* 
gœs aTait fondé cet établissement dans un de ses biens 
patrimomaux , pour qu*il servit de refuge à une foule 
de nobles dames qui , délaissées par leurs épouK ou 
ourerten^nt répudiées par eux, cbercliaient à oublier 
on monde où elles n*avaient trouvé que déceptions et 
amertume. 

Acxxptant sa destinée, Gisia prit rhabitreligieux dans 
cette maison et en devint plus tard abbesse. S*il fallait 
en croire Pierre4e-Véncrable, auteur contemporain ( 1 ), 
le cid se plut à manifester par un miracle éclatant 
combien les vertus delà nouvelle supérieure lui étaient 
agréables. Cn incendie avait dévoré le village qui en- 
tourait le monastère, et déjà le feu poussé par le vent 
atteignait le doitre. Désespérant de triompher, tous 
les bras qui s'étaient armés pour le combattre s'étaient 
arrêtés. Ecoutons maintenant le célèbre abbé de Clun y, 
traduit par Marca. a Tandis que la voix plaintive de ces 
gens remplit tout d^une clameur confuse , ne sachant 
quel conseil prendre , ils n attendent que la dernière 
des servantes de Dieu. Alors était par basard sur les 
lieux, Hugues, ardievéque de Lyon^ qui pour la pro- 
bité de ses mceurs et sa oonversatibn religieuse avait 
été créé et établi légat de presque toutes les Gaules par 
le pape Urbain, auquel un chacun accourt comme à 
son père, et lui demande conseil; surtout ible supplient 
qu'il persuade les saintes dames enfermées de sortir, et 
cpi'ilne souffre pas qu'un tel bercail des brebis de N.-S. 
périsse par le feu. 

(i: Ifarca, liv. 4. p. 303. 



()() HISTOIRE 

a L'archevêque ému entre à la hâte dans le cloître , 
et assemblant promptement les religieuses, les exhorte 
avec un grand soin d'éviter ce danger; et comme elles 
se refusaient tout à plat et assuraient constamment 
qu elles aimaient mieux mourir que rompre leur vœu, 
l'archevêque leur dit : je vous commande de F autorité 
de St-Pierre et du pape que je représente , et par l'o- 
béissance de votre abbé, que vous sortiez présentement 
de ce lieu, et que vous ne permettiez point d'être brû- 
lées avec vos logements dans cet incendie. A quoi ré- 
pondit une dame d'une grande noblesse et conversation, 
embrasée de foi et d'esprit, nommée Gisla, laquelle j'ai 
vue plusieurs fois : Père, la crainte de Dieu et le com- 
mandement de notre abbé nous a enfermées jusqu'à la 
mort dans les bornes que tu vois, afin que nous pussions 
éviter le feu éternel. C'est pourquoi il ne se peut faire 
en aucune façon que pour aucune nécessité nous sor- 
tions de nos pieds, hors les termes qui nous ont été 
ordonnés pour notre pénitence , si nous ne sommes 
relâchées par celui lequel au nom de Dieu nous a 
enfermées ici. Ne veuillez donc, seigneur, s'il vous 
plaît, nous commander ce qu'il ne nous est pas loisible 
d'exécuter; mais comme vous nous commandez de fuir 
le feu, armé que vous êtes de la vertu de N.-S. , com- 
mandez plutôt à ce feu qu'il se retire de nous. L'arche- 
vêque étonné de la grande foi de cette dame , étant 
aussi lui-même tout d'un coup rempli de foi, sort dehors, 
et devant tous ceux qui étaient là présents, baignant 
son visage de larmes, dit: au nom de Dieu et par le 
mérite de la foi de cette femme qui a parlé maintenant, 
feu pestiféré, retire-toi des logements des servantes de 
Dieu , et ne présumes point d'apporter aucun autre 



DE LA GASCOGNE. Gl 

dommage. Ces paroles <Çtant proférées par Tëvéque 
(ainsi que me Tont témoigné ceux qui le voyaient), 
tout d'un coup, rimmensilé des flammes réprimée 
par une vertu invisible, comme s'il y eût eu une mu- 
raille de fer àlopposile, ne put passer plus outre, et 
sans aucune goutte de pluie , s'éteignit de soi-même 
-avec vitesse incroyable. » 

Pendant que Gisla s'éloignait du Béarn, Centule, 
^ion époux, expiait sa faute en fondant à Morlas le cou- 
rent de Ste-Foi, quil plaça sous la règle de Cluny. 
J^a dime des champs, la dîme des foins, la dîme bien 
xiutrement lucrative de son droit de seigneuriagc sur 
Xa monnaie qu'on y fi*appait déjà (*) , enfin , la ville 
entière avec ses franchises furent abandonnées à la 
crommunauté, représentée par Ilunaud, abbé de Mois- 
sac, le frère vraisemblablement du donateur. L'arche- 
vêque d'Audi, Ifernard de Bas, évoque de Lescar, 
Amat d'Oleron, Bernard Tumapaler et les principaux 
vassaux du vicomte signèrent la donation. On dirait 
toutefois que cette fondation fut inspirée autant par la 
politique que par les sentiments religieux , et que par 
<«s largesses un peu fastueuses le vicomte chercha à 
gagner le clergé et à rendre plus facile son union avec 
« oomtessede Bigorre qu'il épousa peu de temps après. 
î^ns, évéquede Tarbes, avait favorisé celte alliance, 
Centule paya ses services en plaçant sous sa dépendance 
i abbaye de St-Pé de Générez, qui jusqu'alors avait 
<*épendu dé Lescac Bernard de Bas (1) se plaignit en- 
vaiii , envain même lança- t-il plusieurs interdits ; ses 

V*) ^'olc 8. Voir à la fin du volume. 

(^) Carlulaire de Lescrr, l'Arl de vérifier les dates. Manuscrit du 




68 HISTOIRE 

droits furent méœnnus, et lui-même après de longues 
persécutions fut chassé de son siège et alla mourir en 
exil, à Fréjus, selon les uns, à Aire, suivant d'autres, et 
plus vaisemblablement dans un château du Nébousan 
détruit depuis. Ainsi le raconte le cartulairede Lescar^ 
autorité un peu suspecte , il est vrai. 

Centule fut encore assez habile politique pour accep — 
ter les faits accomplis parla victoire, et quoique nevei^t^ 
de Tumapaler il s'attacha à la maison de Poitiers (<),i—- 1 
joignit ses armes à celles de Guillaume, fils de Gu 
Geoffroy, l'aida dans plusieurs entreprises et en obtint 
la propriété de Salies , qu'il tenait en engagement du 
père du duc d'Aquitaine, le château de Caresse, la 
suzeraineté de la Soûle, telle qu'elle appartenait aus 
comtes de Gascogne, et les douze gîtes que ceux-cij 
avaient droit d'occuper depuis Classac jusqu'à Arga- 
gnon en Bcarn , et depuis Argagnon jusqu'à Ste-Marie 
d'Oleron. En un mot , tous les droits qui pouvaient::^^ * 
appartenir au comte des Gascons dans les fiefs du-^^^ 
vicomte sont transportés et cédés à Centule et à sa race. — ^ ' 
Tels sont les termes de cet acte mémorable^ Nous le -^^SK 

regardons, dit M. Faget de Baure, comme Témûnci- " 

pation des vicomtes dé Béarn. De là date leur com 

plète indépendance, conquise sousle comte d'Armagnac, ^ ^ 
reconnue et confirmée par les ducs d'Aquitaine, Tain- — — ' 
queurs du comte. Il faut toutefois l'avouer, les tetmes -^^ - 
sont obscurs, et plus d'un acte est venu infirmer cette ^^^ 
interprétation ; aussi la cour de France se refusa-t-elle ^^^ 

à l'adopter. Quoiqu'il en soit, Centule profita desnoo- 

veaux droits qu'on venait de lui conférer pour faire ^^ 

(1) L'Art de vérifier les dates, tom. 2. 



DE LA GA5COGME. 69 

avec le vicomte de Soûle un traité qui assoupit leurs 
Icmgues querelles. 

Tout entier à l'administra tion de ses états, il rebâtit 
vers la même époque la ville d'Oleron (^), enseveUe 
dans ses ruines depuis les courses des Normands. La 
cathédrale seule avait d'abi^d été restaurée avec le 
palais épÂscopal. Quelques habitations s^étaient ensuite 
agglomérées autour et avaient formé ce qu'on a appelé 
d^Hiis le bourg de Ste-Marie sur la rive gauche du 
Gave. C^itole releva les murs de Fancienne cité, jeu 
le pont de communication qui Tunit au bourg et éleva 
Téglise de Ste-Croix , un des plus beaux édifices reli- 
gieux dpi département des Basses-Pyrénées^ Il fit plus 
encore pour les habitants qu'il invita à venir peupler 
la ville; il leur octroya uue charte , ou pour me servir 
de ses expressions, des fors plus aK^antagcux que les 
^arsdu Béarn (*). Ces firanchisesou saubetats, fsahita- 
tes)y sont écrites en Béarnais. Il les confirma solennelle- 
ment , la main étendue sur les évangiles, et les fit con- 
firmer par cent hommes de la vallée d'Ossau et cent 
hommes de la vallée d'Aspe. 

Peu content d'avoir ainsi rebâti et peuplé Oleron , 
le vicomte de Béarn soutint son évéque contre les pré- 
tentions de Tévéque de Dax (2), dont le diocèse parait 
i* être accru durant la vacance des sièges de Gascogne, 
€i qui réclamait toujours la Soûle et le pays de Sauve- 
terre. Le métropolitain Guillaume de Montant, au 
tribunal duquel on en appela d'abord, condamna l'évê- 
^pe de Dax. Celui-ci, prélat pieux et peu intéressé, se 

(i)Marca, liv. 4, ch. 17. 

{) Note 9. Voir à la fin du volume. 

(2) Marca, liv. 4, ch. 18. 



70 nisTOiuÈ 

fût soumis volonliers; mais les premiers dignitaire* de 
son chapitre s'y opposèrent. L\affaire fut alors portée 
au Concile de Poitiers, puis envoyée à Rome, et enfin 
laissée au jugement du cardinal Richard, abbé de 
S t- Victor, qui parait avoir jligé comme Tarchevi^que 
d'Auch. La lutte avait passé de Téglise dans les cliâ-» 
teaux ; et à la Rcoule , dernier lieu assigné par le légat 
pour une décision définitive, on vit à côté de Tévéque 
de Lescar, Raymond^Arnaud, vicomte deDax, Sanche, 
vicomte de Marennes, Loiip-Garsias, vicomte d'Orthez, 
Guillaume de Pouîllon son frère, Robert, vicomte de 
Tartas, Alain de Mugron, frère de Tévêque, Arnaud 
(le Falgar son oncle, Dodon de Brausi , Guillaume-Esi 
d'Orthez, Bernard de Salies, Arnaud de Caupenne, 
Guillaume du Thil, tous vicomtes ou barons d''élite 
ne le cédant en rien aux vicomtes. L'évêque d'Olerou 
avait pour lui Centule, qui crut faire une diversion en 
attaquant le pays de Mixe, à la tête d'une troupe nom- 
breuse ; mais il fut battu et repoussé. Un de ses parents 
resta sur le champ de bataille avec plusieurs des siens; 
un plus grand nombre tombèrent au pouvoir des enne- 
mis qui prirent aussi cent chevaux. 

Le vicomte de Béarn fut plus heureux contre Sans, 
vicomte de Labarthe (i), qtii lui refusait Yarciut dû 
par lui au comte de Bigorrc. Centule Ta ttaqua, le défit 
et le força à lui jurer fidélité et à promettre de subir 
jugement devant lui pour raison de ses fiefs de Bigorre, 
dans Castelbajac , Mauvezin, ou tel autre lieu où ses 
hommes de Bigorre jugeraient à propos. Aymeric, frère 
de Sans, vaincu comme lui, prêta le même hommage^ 

(l)Cartulairc de Bigorre. Manuscrit du Sémioairo. 



UE LA g.vs<jk;->k. 7 I 

fet Tun et Tautre doaiièrcnt treize oUiges à leurs vain- 
queurs. C'est tout ce que savent nous apprendre sur ces 
deux incursions les pieux chroniqueurs de cette époijue 
si peu historique, mais eu revanche ils nous racontent 
longuement comment Tabbé de la Reoule, jeune enfant, 
faible, maladif et perclus de tous ses membres, après 
être allé demander la santé à plusieurs lieux de dévo- 
tion célèbres, la trouva miraculeusement dans Téglise 
du monastère (1); comment la reconnaissance de ses 
parents le laissa à la communauté, et comment plus 
tard il fut élu malgré lui. Ils nous racontent plus lou- 
guement encore comment, pour fuir les persécutions du 
vicomte de Montaner qui n'avait pu lui arracher un 
acte de vasselage , il dût se réfugier à St-Sever dont 
i'abbé était son oncle. Ils nous apprennent enfin que 
rappelé par le vicomte qui étai t allé le chercher en 
personne, il mourut saintement le jour même où il 
irentra dans son monastère; mais ils ne nous laissent pas 
i^orer l'impression que ce tragique événement fit sur 
son persécuteur. Sa conscience lui reprocliait de n'y 
être pas étranger. Le remords s'éveilla au fond de son 
àme , et bientôt il tomba dans une noire mélancolie 
<]iii dans peu de semaines le conduisit au tombeau. Nos 
lecteurs doivent se résigner quelque temps encore à ne 
eonnaître avec quelque détail que les actes du clergé. 
Tous cependant, nous devons le dire, ne portent pas 
le cachet du désintéressemen t. 

Un seigneur du pays, nommé Guillaume-Ramond 
de Bastre (2) , avait demandé en mourant d'être ense- 

(l)BIanuscrit ri Séminaire. — (2)Marca, liv. 4, cb. id. Gallia 
^hristiana. Cart Taire de St-Pé. Manuscrit du Séminaire. 



72 insToiRt: 

veli dans Tcglise de St-Pé. Les moines avertis anssii&t 
par les parents se rendirent , précédés de la croix «I 
suivis des torches funèbres, dans la maison mortnairei 
et y firent Toffice de la nuit. Le lendemain , ils se di$- 
fiosaient à ensevelir le cadavre, lorsque survint it raain 
armée, Bernard d^Asereix, archidiacre de Tarbes,qiii, 
nonobstant leur opposition, enleva le cerctteîl et lécon^ 
duisit à Lourdes. L'évêque Tattendait sur la p)a6e dû 
marché et le fit transporter dans la cathédrale. Cet 
évêque était Odon ou Dodon I" , successeur de Hu- 
gues I" qui avait remplacé Pons et s'était à peine assî* 
sur la chaire pontificale. L'abbé de Sl-Pé était absent, 
il accompagnait à Rome l'évoque d'Olcrôn où câxA^ 
allait rendre compte de sa légation. Les moines défé- 
rèrent aussitôt la violence au métropolitain et au conittr 
Centùle, qui jugèrent à propos d'attendre le rétour dé 
l'abbé et surtout celui de l'évéque d'Oleron. Amat 
jouissait dans toute k province d'une haute cotosidc- 
tion due à ses talents, à sels vertus et sans doute sinsài 
la confiance dont l'honorait le saint*Siége. Cenlulè cbn 
voqua enfin à Lourdes méniie une assemblée irii-partic 
d'ecclésiastiques et de laïques Cfh^ à côté dû vicotote de 
Béarn et de ses barons, siégèrent Amat et les abbés de 
St-Savin et de la Reoule. L'évéque de Taribes y fut 
condamne d'une voix unanitne , et pour indecnfraser le 
monastère il lui abandonna les dîmes de Séméacèt 
reçut en échange le casai de St-Martial ^e le» moânèi» 
possédaient près de sa cathédrale- 
Peu après cette sentence , nous voyons Gentule et 
l'évéque Dodon s'associer pour donner à St-Victor de 
Marsillac l'abbaye de St-Sever de Rustan. 

Pendant que le vicomte de Béarn s'occupait ainsi 



DB LÀ GASCOGNE. 73 

rouvres de piétë, un orage violent s'était formé contre 
td-ÈU delà des Pyrénées. Sanche-Ramire vint Tatta- 
tKT (1) à la tête de forces considérables. On ignore 
*s événements qui signalèrent cette guerre. On sait 
mleknent que les liabitants du Lavedan prirent la fuite 
evant les bandes Espagnoles^ abandonnant i leur 
ipaDcité leui^ maisons et leurs biens; et que , durant 
ïur fuite, Richard et Guillem de Solon s'emparèrent 
e la vallée de Cauterets et s'y maintinrent durant une 
nnée au préjudice de Tabbaye de St-Savin. Mais sur 
a plainte de Tabbé Ebrard , il fut ordonné un duel 
lans lequel le champion des Solon ayant été vaincu 
Mr celai des moines, la vallée fut restituée au couvent. 
La paix ine tarda pas à se rétablir par la Aiédiation 
d?Alphonse, roi de Castille, de Guy, comté de Poitiers 
et de Gtiillaume, son fils; et Centule rendit honunage 
im roi d'Aragon, soit -pour le Bigorre, soift pour la vallée 
de Tena qui lui appartenait; d'où l'on a auguré que 
Sancbe n'avait passé les Pyrénées que pour l'y con- 
tramdre. Dès ce momctit, le vicomte se montra fidèle 
vassal. Cette fidélité lui coûta même la vie. Il volait en 
^08S, au secours de son suzerain. £n passant dans la 
^4iée de Tena, il demanda l'hospitalité à Garsias, ffls 
^'Asnar-Âthon (2) qui lui devait Yalbergade ; mais 
t>etidant qu'rl se reposait sous la double foi de l'hospi- 
^té et du vasselage, le traître Espagnol l'égorgea avec 
^otite sa suite; et poutj se dérober au juste courroux de 
^^tiche-Ramire , il s'enfuit chez les Maures, entraînant 
torses pas tous ses complices. Galinde, frère du meur- 



Cl) L'An de vérifier les dales, tome 2. — (2) L'Art de vérifier le» 
*te«. Marca, IW.4, ch. 11. 



Î4 HisTomÈ 

txier, accompagnait alors le roi eu Caslille. Ou ne pou* 

vait sévir contre lui; on rasa les maisons des assassins 

et on expulsa à jamais de la yallée toute la descendance 

d'Asnar-Atlion. 

Centule laissait trois enfants. Gaston, le fils de Gisla, 
lui succéda dans le Béarn malgré la tache que le 
mariage de sa mère jelait sur sa naissance. Bernard -, 
Faîne des fils de Béatrix, eut le Bigorre sous la tutelle d^ 
sa mère. On ignore quel fut d'abord Tapa nage d^^ 
Centule le dernier. Nous le verrons plus tard su^ccédie z^ 
à son frère Bernard, dans le comté de Bigorre. 

Bernard Tumapaler Tavait précédé dans la tombe^^» 
Les livrées et les pratiques delà religion ne paraissen — -^^ 
pas avoir rendu la paix à son cœur. La honte se cach^^^ 
mal sous tous les habits, et Thonneur perdu ne se re ^^- 
trouve guère même dans le sanctuaire le plus saintn^B- 
Afin de s'étourdir , il erra à toutes les solennités reU- -- 
gieuses et parut à toutes^ les grandes donations de soi — •^ 
époque. Conduit par cette vie nomade , il retourna jb-^ a 
Morlas, peu après la fondation du couvent de Ste-Foi — » 
pour y visiter son neveu qui habitait le château d^^** 
cette ville , première résidence des vicomtes de Beam — *• 
Il y tomba malade et y mourut le 49 janvier, nous di^ — ^ 
le nécrologe de St-Mont qui n'assigne point l'année. '^' 
Ermengarde lui avait donné deux fils (4). Géraud II > 

l'aîné, gouvernait depuis longtemps l'Armagnac, e^ ^^ 
dans ce long gouvernement nous n'avons pu recueillii^*^ * 
que deux faits. En 1073 il livra, aidé de son frèi 
Arnaud-Bernard , un combat à Centulion , comte oi 



(l)Oihénart, l'Art de vérifler les dates, Grands OfGciers de 
couronne. 



DE LA GASCOGNE. 75 

vicomte de Lescar; mais la cause et Tissue du combat , 
on les demanderait vainement au cartulaire qui nous 
a transmis l'action (i). heU juin de cette même année, 
il transigea avec Odon P', fils et successeur d'Arnaud , 
vicomte de Lomagne, sur Texécution du traité passé 
entre leurs pères. 

Ce traité fut ratifié de nouveau ; et en dédommage- 
ment de certaines conditions qui n'avaient pas été rem- 
plies, Géraud (2) céda à Odon tous les droits qu'il 
pouvait prétendre dans la ville de Lectoure et sur la 
vicomte du chef de sa femme Azeline, fi lie unique d'un 
autre Odon de Lomagne. Cet Odon était le dernier 
représentant d'une des branches vicomtales et peut-être 
le fils d'un Arnaud, qu'Oihénart place entre Raymond 
et celui que nous avons appelé Arnaud I*'. On voit ici 
que dans le x* et xi* siècle, la vicomte était partagée 
entre troid- maîtres : l'abbaye de Condom , héritière de 
Hunaud, fils de Gombaud, les vicomtes de Gascogne et 
les ancêtres d'Azeline. La dernière convention faisait 
disparaître ce dernier lot et concentrait les deux grandes 
parties entre les mains d'Odon P'. Celui-ci vivait en- 
core en i 090 , car il fortifia alors la ville de Lupiac , 
près d'Aignan (3), dépendante de la châtellenie de 
Bats. On ne sait point le nom de sa femnie , on n'est 
pas même bien certain du nom de son fils; mais la des- 
cendance se renoue par son petit*fils, dont la naissance 
est prouvée, et qui s'appela Odon comme son grand- 
père. A celui-ci, Oihénart (4) donne encore pour fille 
Une autre Azeline , mariée à Bernard , seigneur de 

(1) L'Art de vérifier les dates. — (2) Le même. — (3) Le même, 
tom. 2, pag. 281. —(4) Notitia Fasconiœ, pagr. 480. 



IG HISTOIRE 

Fourcés,<5t dom Clément fait remarier celte Aas^ae 
après la mort de Bernard de Fourcés, à Géraud d^Ar- 
magnac. Géraud mourut vers Tan 1 080 et fut rem- 
placé par Arnaud-Beniard ou Bernard III sou frère 
que d'autres appellent son fils. 

Aymeric II , comte do Fczensac, que son père Guil« 
laume-Astanove avait associé à Tadminis tration, est plus 
connu que Géraud. Il eut d'abord un long et vif démêlé 
avec Guillaume de Moiitaut, au sujet de quelques 
moulins quil avait fait bâtir daus la ville d'Aucb) 
malgré Farchevéque et son chapitre. Les villes épisco- 
pales de la province et même d'une grande partie d« la 
France, relevées ou restaurées par les évoques, étaient 
restées entre leurs mains. Cest la première source de 
la puissance féodale de Téglisc. Ellle garda ce qu^elle 
avait créé; de là , la lutte entre les prélats et les sei- 
gneurs. On ne la comprendra bien que lorfli|U'On con- 
naîtra l'origine des propriétés seigneuriales. Vienne 
donc leur histoire ! Notre siècle avec ses idées positives 
nous parait l'appeler de ses vœux. Une transaction 
passée en 4088 consacra les droits de l'archevêque (i). 
Le comte, pour se rédimer des frais de construction, 
conservait la jouissance des moulins , mais à sa mort il 
les abandonnait à Guillaume et à sou chapitre , et si 
même il entreprenait le voyage de la Terre-Sainte, à 
son départ l'église de Ste-Marie entrait en possession 
immédiate. 

La paix fut si complètement cimentée, qu' Aymeric 
restitua presqu'aussilôt à l'église la terre allodiale de 
Gonfalason (2) qu'il tenait d'un seigneur cjui l'avait 

(I) CartulAJrc il'Auch, Manuscrit de M. d'Aignan. — (i) Chroni- 
que du Diocèse d'Auch. 



DE LA GASGOGlfE. 77 

usurpée sur la métropole. La restitution ne fut pas gra- 
tuite. L'archevêque et ses chanoines comptèrent à 
Aymeric 80 sols monnaie d'Auch, porte la charte. Nous 
trouvons quelques autres exemples de semblables ex- 
pressions. Veulent-elles dire qu'A uch avait sa monnaie 
propre, frappée dans son sein et à son coin ? quelques 
auteurs Font cru, et il n'y aurait là rien d'étonnant. Un 
grand nombre de prélats jouissaient dans le moyen âge 
de ce privilège. Toutefois, nous pensons qu'il s'agit sim- 
plement de la monnaie ayant cours à Auch, n'importe 
le lieu où elle aura été frappée. Cettç restitution fut 
suivie de celle de Monbert (i ), qu'Astanove, père d' Ay- 
meric, avait donné à Raymond Buffa pour un cheval, 
et que le fils de ce Raymond avait rendu à Aymeric. 

Vers la même époque, le comte, cédant aux pressan- 
tes sollicitations de l'archevêque , donna à Cluny le 
monastère de St-Luper d'E^uze, fondé par Bernard I*', 
son bisaïeul (2). Le relâchement s'y était introduit , et 
au langage concis et énergique de la charte , on dirait 
cju'il était plus grand que dans la plupart des autres 
maisons de la Gascogne. St-Hugues y éteignit le titre 
d'abbé et n'y laissa qu'un prieuré. Quelques années 
plus lard , le comte ratifia entre les mains de l'arche- 
vêque la donation ou plutôt la vente dp la seigneurie 
de Ste-Christie, faite par son père pour le prix de cent 
«ois morlas. Soixante nouveaux sols payèrent cet acte 
passé à Eauze, sous Tormeau qui s'élevait devant l'é- 
glise de St-Luper , et dans le voisinage du nouveau 
prieuré. Astanove, fils d'Aymeric, ratifia à son tour la 



(1) Cartulairc d'Auch, Chronique du diocô^e d'Auch, Manuscrit 
de M. d'Aignan. — (2) Les mêmes. 



78 lIISTOIttE 

transmission sous 1 ormeau plante à la jK)rte de la salle 
de sa maison comtale d'Auch, en présence de sou père, 
de sa mère, d'un de ses on(^les, de llaymond-Beruard 
de Montaut et de Géraud d'Orhessan (1). 

Aymeric ne fut pas le seul membre de sa famille qui 
combla de libéralités notre métropole. Arnaud, le se- 
cond de ses fils, qui avait embrassé la vie canoniale et 
qui était devenu prévôt du chapitre, donna Lagraulas^^ 
près de Vie, et deux autres terres. Arsius de Montes- 
quiou donna Téglise de Ramouzens (jue lui avait trans- 
mise Aurianne de Lamotlie, sa mère. Arsius prend dans 
la charte le titre de llaymcmd- Aymeric, frère du comte 
Guillaume Astanove. Ego Arsius de Montcsquivo 
filius indélicat liajmuudi Aymcvici frairis comitis 
Giiillelmi Astano\>œ (*). Ccst sur ce titre bien clair 
et bien positif que la maison actuelle de Fczensac bâtit 
des prétentions généralement contestées. Nous les exa- 
minerons plus tard avec les égards dûs à une antique 
famille qui sait rehausser la noblesse de son sang par 
lapins touchante bonté, mais aussi avec Tindépendance 
de riiistoire. Otger de Montblanc et Perdigou de Ca- 
marade signèrent la donation d'Arsius. 

Otger, comte de Pardiac, marchant sur les traces de 
son parent, donna Téglise de St-Christau (1088) (2) 

( l) Cartulaire d'Auch. M. d'Aignan. Chronique d'Auch, Preuves, 
page 24. 

(*) Les deux comles fibandonnèr(înt aussi à Guillaume les droits 
seigneuriaux dûs par quelques tenanciers , savoir : C deniers pour 
un mouton et 12 pour un porc. Le gérant du Chapitre pouvait dincr 
chez ces tenanciers, qui devaient lui servir du pain, du vin, des œufs 
frils et des noix, et qui devaient encore de Tavoine pour un cheval 
et des poules à la Nativité de la Vierge. 

[Vj Cartulaire d'Auch. Chronique , Prouves, page 23, 



DE LA GASCOCNK. 79 

par un acte où nous voyons figurer Odon de Bassoucs, 
Odon de Peyrusse , Audibert d'Aux , Arsius-Fort de 
Mored et Garsias, abbc de Mascaras. Cest tout ce que 
nous savons de cette abbaye qui n^a laissé aucune trace 
dans les souvenirs historiques , ce qui nous porterait à 
croire que Garsias était un de ces abbés laïques si fré- 
quents en Béarn , et que Ton appelait de ce nom, parce 
qu'ails possédaient une partie des droits , biens , rentes 
ou dîmes qui avaient dans Torigine appartenu aux mo- 
nastères. Otger était fils(i) de Bernard Pelàgos, le pre- 
mier comte de Pardiac. Bernard eut cet Otger de Mar- 
quèsc, sa première femme. Après la mort de Marquèse, 
il épousa Biverne , fille de Ramire, roi d'Aragon , qui 
lui donna un second fils, nommé Raymond, et qui de- 
venue veuve, se remaria à son tour avec Aymeric, comte 
de Fezensac. Cest du dernier mariage que niiquirent 
Astanove II, successeur d'Aymeric, et Arnaud, le prévôt 
d'Auch, dont nous venons de parler. Les Pardiac por- 
taient pour armes tï argent au lion de gueules av^ec un 
orle de corbeaux de sable, 

Otger eut d'Amanène, sa femme (2), Urset, mort 
avant son père et sans postérité, Arnaud qui lui sur- 
vécut, mais n'eut point d'enfants comme son aîné, 
Guillaume, qui succéda à son frère et continua la fa- 
mille, enfin Aymeric dont on ignore la destinée. A ces 
quatre fils, il faut ajouter deux filles, Indie et Mar- 
quèse. Leur père est le ^cmier qui ait pris le surnom 
de Monlezun(3), de son principal cliiiteau (*). 

(1) L*Art de vérifier les dates, Grands Officiers de la couronne. — 
C2) Les mômes. — (Ô) Cartulairc d'Auch , Chroniques d'Auch , M. 
cTAignan? 

(*) L'auteur de celte hisloire, né dans l'obscurité d'une faniUlo 
plébéienne , n*a nullement l'honneur d'appartenir ni aux Monlezun* 
• Pardiac, ni aui diverses branches nobles qui portent ce nom. 



80 htstoihe 

A Texemple de leur suzeraiu, les seigneurs particu- 
liers se montraient généreux. En 1078, nous trouvons 
une dame Palumine , assistée de ses fils Guillaume et 
Léon , donnant à Ste-Marie Téglise de Marseillan sur 
TArros , avec le droit de prendre dans la forêt voisine 
le bois nécessaire pour bâtir une église.et des habita- 
tions, et d'y conduire les animaux et surtout les porcs (*). 
Des monastères en nourrissaient jusqu'à 10Q0. .Un 
parent de Tarchevêque restitua St-Mamet en Ma- 
gnoac et St-Aurense en Astarac et reçut cent-dix sols et 
un beau cheval sellé et bridé. Hugues de Ste-Qiristie 
donna la terre de Gavarret , près de Fleurance , avec 
son fils Arnaud pour en faire un chanoine. Il réserva 
toutefois la moitié de la jouissance. A sa mort , cette 
jouissance devait passer à Arnaud si l'état religieux lui 
déplaisait, mais alors il devait rendre à l'archevêque 
douze sols de bonne monnaie que Hugues en avait reçu; 
et si Arnaud ne voulait pas ou ne pouvait pas conapter 
cette somme , l'archevêque était autorisé à garder la 
terre entière, en assurant au fils du bienfaiteur un en- 
trelien conforme à sa naissance. Mais toujours U rente 
ou la jouissance s'éteignait avec Arnaud. 



(*) C'était ranimai le plus généralement élevé dans le pays à cause 
de nos immenses forôts. Sa chair était Taliment ordinaire du. riche 
et presque la seule viande que connût le pauvre. 



DE LA GJiSCOOE. 81 



CHAPITRE IV. 



lirt rAfMk, Mit ée Fonir. --teSe éi Ckmiri. -- iNt ée TinM^ 
rJbA , CëDaM éi liriJit. — St-Bcrtnii ée CiWHcs. -- lirt 4e Béilrii, 
iwifiii éi Ksm. — fmâm aéuk. ~ Us sîra 4'AIM. — Priu éi 
Jéwnki-— PwMg iflhiAHvutw toi.— AsUwTe, fte k Fattac, 
lot I» U amsdt. — BijMié, m frère itérii, éli iràer^w i*AKb. — 
fiopta k CtTimt. — iMisière ie Bismmi.— ÂstuiTi iwl.— AoUm, st 
Hk, éftm Bcnaii m, mit rAmifhtt. 



Âymeric, qui avait si puissamment aide de ses exem^ 
pies à ces j^euses libéralités, mourut de Tan 1088 à 
4090 (1). Sur la fin de ses jours, il voulut expier mieux 
encore la longue excommunication qui avait pesé sur 
loi, et entraîné par les idées de son siècle, il résolut 
d'entreprendre le pèlerinage de la Terre-Sainte; mais 
son âge et ses infirmités le forcèrent à renoncer à son 
dessein. Cuillaume de Montant devait pousser plus 
loin sa carrière. En 1089, il approuva une confrérie (2) 
iérigée dans la paroisse de St^Pierre-de^Lillette-Sori- 
monde. Cest la plus ancienne que nous connaissions 
dans le diocèse ; les statuts , au nombre de onze et Tap- 
probationsonten gascon. Tandis que les rois de France 
et le clergé du nord n'employaient jamais que le latin, 
les comtes de la province et souvent les prélats se ser- 
vaient de la langue du pays. Nos lecteurs regretteront 

(1) M. d'Aignan , Oihénart et après lui les Grands Officiers de la 
couronne le font vivre en 1088. L'Art de vérifier les dates n'assigne 
p^ l'époque de sa mort. — (2) Dora Brugejles, Manuscrit de M. 
4'Aignan. 

//. 6. 



82 HisTOlKE 

peut-être avec nous que ces statuts ne nous aient pas été 
conservés en entier. On ne surprend jamais mieux les 
mœurs d'un peuple que dans les règlements intimes 
qui lient les individus. Par le troisième article, tous les 
confrères, après avoir assisté à la messe le jour de la 
fête patronale, devaient manger ensemble honnête- 
ment tant pauvres que riches. Dans toutes ses insti- 
tutions, Téglise tendait à rapprocher les rangs et minait 
ainsi sourdement et par sa base la féodalité, née dans 
le fond de la Germanie sous l'égide du polythéisme. 
Le christianisme l'avait subie , modifiée , réglementée 
peut-être, parce que sa divine mission était S'améliorer 
et non de détruire ; mais il ne l'avait point fait éclore, 
comme Tinlaginent des esprits superficiels ou prévenus. 
Grégoire était mort (1085) loin de Rome, répétant 
hiunblement ces J^elles paroles du prophète qui racon- 
tent toute sa vie : j'ai aimé la justice et haï r iniquité , 
voilà pourquoi je meurs en exil; mais à travers bien 
des résistances sgn autorité avait purifié le sanctuaire, 
réveillé l'Europe, annoncé les croisades. Urbain II, un 
Français que sa voix mourante avait désigné à la pa- 
pauté et qui monta sur la chaire de St- Pierre après les 
longues hésitations et le court pontificat de Victor III , 
poursuivit avec succès Tceuvre de la régénération. Sous 
son impulsion, les Conciles succédaient aux Conci- 
les. Amat, transféré d'Oleron à Bordeaux et toujours 
revêtu du titre de légat du saint-Siége, en assembla, 
en 4093, un à Bordeaux, où parurent Tarchevêque 
d'Auch (1) avec Dodon de Tarbes et Etienne de Sain- 
tes, qui avait remplacé à Bazas Raymond-le- Jeune , 
mort peu de mois avant Grégoire VII. 

(1) GalUa Christiana, Dom Brugelles. 



DE LA GASGOGME. 83 

Deux ans après, Guillaume, malgré son âge, traver- 
sait les Alpes, accompagné de quatre de ses sufTragants, 
Sanche I" de Lescar, Guillaume de Couserans, Dodon 
de Tarbes et Odon de Benac, qu'Amat avait fait élire 
à Oleron, quand il avait quitté ce siège. Ils accouraient 
aune assemblée qu'Urbain avait convoquée à Plaisance 
et qu'il présida lui-mémo (i). A cette assemblée il fal- 
lut retendue des champs , nul édifice n était assez vaste 
pour la renfermer. On n y compta pas moins de deux 
cents évéques du archevêques, quatre mille clercs. et 
quarante-mille laïques. Sanche de Lescar y réclama (2) 
St-Pé-de-Générez ; mais Tévéque de Tarbes étant mort 
durant le G)ncile , les réclamations furent ajournées. 
Le Souverain Pontife passa bientôt en France et ras- 
sembla, le 18 novembre 1095 , un nouveau û)ncile à 
Qermont(3), en Auvergne. Suivant l'historien Berthol, 
il s'y trouva treize archevêques et deux cent cinq pré- 
lats portant crosse , tant évéques qu abbés ; d'autres en 
comptent jusqu'à quatre cents. La ville ne put contenir 
la multitude : les villages voisins se remplirent de peu- 
ple. Des tentes furent dressées au milieu des champs. 
Parmi les archevêques , on remarquait Guillaume de 
Montant. Nous ignorons le nom de ceux de ses suffra- 
gants qui l'avaient suivi. Les premières sessions furent 
consacrées au maintien de la discipline ecclésiastique et 
au renouvellement de la trêve de Dieu. Mais , quand 
dans la dixième le pape plaçant à côté de lui le pauvre 
et célèbre Pierre flf ermite^ lui eut donné la parole 
(nous citons (4) M. Gaillardin) et l'eut prise lui-même 

(l)Le PèreLabbe, tom. 10. Galli'i Christiana. — (2) GalUa 
Christiana. — (3) Eadem. Le Père Labbe, tome 10. — (4) Histoire 
du moyen âge, 4« cahier, page 27. 



84 HISTOIRE 

avec éloquence au nom des chrétiens d'Asie, ce ne fut 
qu'un cri dans cette assemblée : Dieu le veut, Dieu le 
veut.... u Oui, répondit le pontife, Dieu le veut. Il a 
promis de se trouver au milieu des fidèles rassemblés 
en son nom , et voilà qu'il vous a lui-même dicté cette 
parole. » Il leur présente une croix ; un cardinal pro- 
nonce une formule de confession , tous tombent à ge- 
noux et reçoivent l'absolution de leurs péchés. 

L'évêque du Puy, Adhémar de Monteil, demanda le 
premier à entrer dans la voie de Dieu et reçut la croix 
des mains du pape (*). Les autres décorèrent leurs 
vêtements d'une croix rouge et prirent le nom de 
Croisés, porte-croix. Bientôt, dans tout l'Occident, on 
ne connut plus que cette parole : Quiconque ne porte 
pas sa croix et ne vient pas avec moi , celui-là n'est 
pas digne de moi. 

Les décrets du Concile de Clermont promettaient à 
tous les Croisés la rémission de leurs péchés : l'église 
prenait sous sa garde leurs personnes, leurs familles et 
leurs biens; les dettes étaient suspendues pendant le 
voyage de la Terre-Sainte. Les Croisades étaient une 
grande trêve de Dieu, la première répression du dé- 
sordre féodal. Aussi , de toutes parts , les pauvres, les 
opprimés , sans inquiétude , faisaient bénir des croix 
par les prêtres, comme Dieu avait béni la verge d' Aaron, 
la terreur des rebelles et des impies. 

Pendant que se faisaient les préparatifs du départ 
fixé par le pape à la fête de l'Assomption ^ 1 96 , l'ar- 
chevêque Guillaume de Montaut, à peine rentré dans 

{*) La croix , dans les expéditions d'outre-mer, se plaça sur l'épaule. 
Dans la guerre contre les Albigeois on la mit sur la poitrine, et c'est 
là qu'elle est restée depuis dans toutes les institutions de chevalerie. 



DE LÀ GASCOGNE. 85 

sa province, alla consacrer (1) le grand autel de Téglise 
dç Sos, Tancienne capitale des Sotiates , alors dans le 
diocèse d'Auch et maintenant dépendant d^Agen. Il 
fut assisté dans cette cérémonie par Simon II , évêque 
de ce dernier siège, et par Pierre d'Aire, qualifié dans 
la charte d'évéque de Marsan , sans doute à cau^e de 
Tancienne vicomte de Marsan , qui composait la plus 
grande partie de son diocèse. Le 14 octobre de la 
même année, Guillaume fut appelé à consacrer Téglise 
de St-Pé-de-Générez. La solennité réunit, avec le mé- 
tropolitain, Bernard d'Asereix, archidiacre de Tarbes, 
élu au premier bruit de la mort de Dodon , Sanche de 
Lescar, un autre Bernard de Dax et Odon de Benac , 
qui en succédant à Amat avait conservé le titre dabbé 
du monastère. Béatrix, comtesse de Bigorre, veuve de 
Centule, Gaston, vicomte de Béam et Astanove, comte 
de Fezensac, y parurent à la tête d'une nombreuse et 
brillante noblesse. On y comptait Auger , vicomte de 
Miramont et ses enfants, Bernard de Castelbajac , Ber- 
nard de Benac, Pierre de Juillan et ses frères, Garsias- 
Donat.d'Orbeac et ses frères, Pierre de Vidouze, 
Odon d'Auriabat, Raymond d'Ossun, Comtebon d'An- 
tin et ses frères , Guillem de Seres , Guillem-Bernard 
de St-Pastou , Odon de Barèges , Raymond-Guillem 
d'Asereix, Odon , son frère, R. de Domi, Arnaud- 
Raymond d'Elspouey, G.-R. d'Espouej, Olivier d'Au- 
riac, Cagnard d'Astè, Olivier d'Arbocave, Rolland, 
son frère , Guillaume Garsie de Miossens , Aneloup 
d^Andouins, Rajrmond Garsie deGavaston, Guillaume- 
Raymond de Saulx, Raymond-Ezei de Basicr, Ray- 
Ci) Dom^rugelles, M. d'Àignan. 



86 HISTOIRE 

mond-Auriol de Laruns , Raymond- Arnaud de Buzi y 
Bernard-Guillaume d'Escots, Guillaume- Arnaud de 
Castel, Arnaud- Amery de Montaner et ses enfants, 
Raymond de Lavedan, Arnaud et Bernard de Fiis, 
Bernard-Raymond de Spars et ses enfants, Sanche- 
Garsie de Aléa. 

Après la cérémonie, Béatrix et Gaston confirmèrent 
tous les privilèges octroyés à Tabbaye par leur prédé- 
cesseur. Gaston les avait déjà ratifiés peu après la mort 
de son père, en présence de ses principaux vassaux et 
de Bernard, comte d'Armagnac (i). Il désirait alors 
recouvrer pour son usage treize vases d'arge nt et deux 
pinces ou ciseaux que Centule avait donnés à St-Pé. 
Odon de Benac s'empressa de les rendre, et le vicomte, 
pour lui témoigner sa gratitude , accorda tout ce que 
Tabbé demanda, et y ajouta entr'autres dons quelques 
paysans, les uns appartenant à ses domaines, les au- 
tres engagés temporairement à sa vicomte. L'archevê- 
que d'Auch survécut peu à cette consécration. Il mourut 
le 1 5 avril de l'année suivante \ 096 , comme le por- 
tent les nécrologes de St-Sever , de St-Mont. et de 
St-Orens* 

St-Bertrand remplissait alors la province du bruit 
de ses vertus (2). Né, comme nous l'avons vu, à Ictiwn 
Castrum^ aujourd'hui l'Isle- Jourdain, fils de Raymond 
Alton et neveu du comte de Toulouse, il reçut sous les 
yeux de ses parents une éducation conforme à sa nais- 
sance. On remarqua bientôt en lui, avec les vertus de 
son âge, un esprit vif et des inclinations nobles; mais il 



(l)Mai'ca, liv. 8, ch. 4. — (2) Gallia Christiana, Hisloire ma- 
ntlscritc tirée de la bibliothèque du Séminaire d'Auch< 



DE LA GASCOGNE. 87 

se distingua surtout par sa grâce et son adresse, dans 
tous les exercices corporels qui formaient la principale 
occupation de la jeune noblesse. Guillaume de Mon- 
tant, ami de son père , lui conseilla de placer son fils 
sous la conduite des moines de la Chaise-Dieu en Au- 
vergne, dont St-Bernard venait de fonder Tinstitut. 
Dans ce nouvel asile, ses maîtres cultivèrent avec soin 
son heureux naturel ; mais Télève ne tarda pas à échap- 
per de leurs mains poiur revêtir le heaume et la cotte 
de mailles. A son âge se mêler à la vie des camps , vie 
si facile et si ouverte aux plaisirs, Tépreuve était dan- 
gereuse ; Bertrand en triompha. Les premiers biogra- 
phes nous racontent longuement la piété qu'il déploya 
sous les armes. 

Mais ses goûts Fentrainaient ailleurs. Il déposa le 
casque et alla demander une place à Isarn, évêque de 
Toulouse, qui par le conseil de Tarchevêque d'Auch , 
venait d'établir la vie claustrale dans son chapitre. A 
Tombre des autels , ses vertus brillèrent d'un nouvel 
édat Aussi, Tévéque en fit -il, peu d'années après, son 
archidiacre. Otger, évêque de G)mminges, étant mort 
sur ces entrefaites, Bertrand fut élu d'une voix unanime 
pour lui succéder. Isarn et son chapitre applaudirent à 
ce choix, mais ils ne consentirent à le voir s'éloigner 
qu'autant qu'il conserverait son canonicat et son archi- 
diaconé. On n'est d'accord ni sur l'année de son élec- 
tion , ni sur l'époque de son sacre ; on varie même sur 
celle de sa naissance. On sait toutefois qu il fut sacré à 
Auch par Guillaume de Montant, et que cette cérémo- 
nie précéda l'année i084 , car il assista alors avec son 
métropolitain et les évêques d'Aire, de Bazas et de Tar- 
bes, à l'acte par lequel l'évêque de Dax rendit Punlous 
à l'abbaye de Fleury. 



88 p?§?^^^^IST01RE 

Il s'occupa d abord de sa cathédrale. Elle gisait 
avec la cité deConvennes, sous les ruines où les avaient 
laissées les généraux de Contran ; et quoique les pré- 
décesseurs du prélat eussent depuis longtemps fondé 
la collégiale de St-Gaudens, ils faisaient leurs offices 
dans Téglise de Valcabrère , la plus ancienne basilique 
peut-être de la province , mais certainement une des 
plus curieuses. Bertrand reprit au haut de la montagne 
les premiers fondements assis sur remplacement • d'un 
temple païen et y bâtit son église dont, au reste, il 
n existe plus que quelques faibles parties, Tédifice 
actuel n'ayant été commencé qu'en MOl, Bertrand 
adossa à la cathédrale un cloître qui, malgré de nom- 
breuses mutilations , est le monument le plus complet 
de cette époque. En même temps il releva les murs de 
la ville et leur donna toute l'étendue que comporte le 
rocher sur lequel elle semble perchée. Les avantages 
qu'il offrit, sa naissance, la dignité dont il était revêtu, 
si vénérée alors, et plus encore la haute réputation de 
sainteté dont* il jouissait au loin, y attirèrent en foule 
des habitants dont sa charité nourrissait le plus grand 
nombre. 

Béatrix^ Comtesse dé Bigorre, trouva moins de sym-^ 
pathie autour d'elle. Des affaires l'ayant conduite dans 
la vallée de Barèges (1), elle faillit y être arrêtée parle 
peuple ; mais les notables du pays , plus sensés , firent 
échouer ce projet. La comtesse , échappée à ce danger, 
se fit beaucoup prier pour par'donner, et elle n'accorda 
grâce qu'à condition que lorsqu'elle ou son mari, qui 
vivait encore, iraient dans la vallée, les habitants 
leur fourniraient quarante otages au delà de ceux qu'ils 

(1) Marca, Hv. 0, ch. 77. Manuscrit du Séminaire^ 



t>E LA GASCOGlfC. 89 

^ient obliges de donner suivant les anciens usages. 
Afvès la mort de Centule, Béatrix fut attaquée par ses 
Toisins avec acharnement, (ab prœda et abfueg^ avec 
proie et feu). Elle somma aussitôt les Baràgeois de venir 
à son aide, mais ils exigèrent qu'elle les déchargeât des 
cpiarante otages, et la comtesse %t forcée d'y consentir. 
Ils ne devaient pas plus ménager le fils qu'ils n'avaient 
ménagé la mère: Après la condessa morta que {wian 
escamida la maïré, escamiron léjllh (i). Le jeune 
Centnie étant allé dans la vallée pour y lever les rede- 
vances et se faire payer des amendes, les habiunts de la 
haute vallée se révoltèrent et firent leurs efforts pour 
Tarréter et même le tuer. Ils auraient exécuté ce com- 
plot, si les communautés de la basse vallée ne se fussent 
jointes au comte et ne l'eussent défendu. Le comte ne 
fut pas moins outré que sa mère, et toutefois il n'exigea 
que le rétablissement des quarante otages imposés par 
elle. On ignore l'époque de la mort de Béatrix ; elle 
arriva vraisemblablement au moment où les Croisés 
abandonnèrent leurs foyers. 

L'Europe entières'était ébranlée; l'enthousiasme était 
universeL Hommes, femmes, enfants, prêtres, moines, 
pieuses et timides recluses, tout se précipitait versl'O* 
rient. On porta cette multitude à huit cent mille âmes; 
proie immense qu'attendait la mort. Avant qu'on eut 
atteint les rivages de la Syrie, les maladies, la faim , le 
fer et trop souvent l'excès de leurs désordres en mois- 
sonnèrent plus des trois quarts. Aucun roi ne prit part 
à Texpédition , mais une foule de princes et de sei- 
gneurs suivirent l'impulsion ou la devancèrent (2). A 

(l)lf«misaritduSéinin8ire.— (2)Hiftoirede Franee, par Gabourd, 
tOfli€ 1. 



90 HISTOIRE 

leur tête, on remarquait Hugues de France , frère de 
Philippe I", Robert, duc de Normandie, Robert, 
comte de Flandre , Boémont et son neveu Tancrède , 
Raymond de St-Gilles , comte de Toulouse , le plus 
puissant par ses terres et ses vassaux , et le plus fervent 
sinon le plus' dévoué, dfr il avait fait vœu de ne jamais 
rentrer dans sa patrie et d'employer le reste de ses 
jours à combattre les infidèles; et ce vœu il l'observa reli- 
gieusement. Enfin, au-dessus de tous brillait le pieux, 
le chaste, l'intrépide Godefroi de Bouillon, qui avait 
vendu son duché de Lorraine , et s'en allait avec ses 
deux frèreSjEustache et Baudouin, expier au delà des 
mers les exploits qui l'avaient illustré au service de 
Fempereur Henri IV. 

Autour des bannières du comte de Toulouse, se 
rangèrent Raymqnd (1), seigneur de l'Isle-Jourdain 
et frère de St-Bertrand de Comminges, Gaston, vicomte 
de Béarn (2) et Centule , son fils, Roger II (3) , comte 
de Foix, qui aliéna des terres et vendit ses droits sur le 
Rasez pour pourvoir à son équipement ; enfin , Ama- 
nieu II d'Albret (4), fils et héritier d'Amanieu I", 
qu'une charte de Condom mentionne en 1050. Ces 
deux Amanieu sont les premiers d'Albrets dont l'exis- 
tence soit incontestable, quoique Oihénard (5) qui les 
fait descendre des rois de Navarre, et qu'une ancienne 
généalogie manuscrite (*) du xiv* siècle qui les ratta- 

(1) Dom Vaissette, tome 2 , p. 291. — (2) Marca , TArt de vérifier 
les dates, et Dom Vaissette. — (3) Dom Vaissette, même page. L'Art 
de vérifier les dates. — (4) Les mômes. — (5) Notifia rasconiœ^ 
page 487 et 88. 

(*) Les d'Albrets portèrent longtemps pour armes de Gueules 
pîein ; mais le connétable Charles d'Albret écartela de France et 



DE LA GASCOGNE. 9i 

tache à Garsias-Ximénès, comte de Bigorre, nomment 
avant eux plusieurs membres de cett e famille. La dou- 
ble erreur d'Oibénard et du généalogiste nous fait en- 
tendre qu'ils appartenaient à la souche Mérovingienne, 
peut-être à la même branche que les comtes d'Agen 
et les vicomtes de Lomagne , leurs voisins. Leur sei- 
gneurie, titrée de sirerie et d'abord assez bornée , prit 
son nom du bourg d'Albret , Labret , ou plutôt Labrit 
{Leporetum^ pays de lièvres) dans les Landes, mais elle 
s'agrandit dans la suite, et outre Nérac, sa capitale, elle 
renferma Gasteljaloux , Ste - Bazeille , Castet- Aillas, 
Milhau, Puynormand, Castel-Moron et quelques autres 
villes moins importantes. 

Les seigneurs de Lisle , de Béarn , de Foix et d'Al- 
bret furent suivis de plusieurs de leurs chevaliers. 
Toutefois l'histoire n'en désigne aucun. Pour les con- 
naître, il faudrait aller demander leurs noms aux généa- 
logies des familles^ source à laquelle nous n'avons puisé 
qu'avec une extrême réserve. 

Nous ne suivrons pas les Croisés en Asie. Nous obser- 
verons seulement qu'à la journée d'IcoYiium (i), nul 
chevalier n'éclipsa Gaston de Béarn; -qu'à la bataille 
d'Antioche où il commandait sous Tancrède, il cueillit 



ses descendants suivirent son exemple. On sait que, selon l'opinion 
commune, le blason naquit des croisades, mais ce que Ton sait peut- 
être moins, c^est que les armes des comtes de Tlsle-Jourdain étaient 
les armes du comte de Toulouse, et que celles-ci n'étaient autres que 
le signe apparu à Constantin, une croix cléchée , vidée et pommetéc. 
Raymond de St-Gilles Tadopta en souvenir de son expédition 
d*outre-mer. 

(1) Guibertus abbas. Mbertus Aquensis. 



92'. HISÎOIRË 

de nouveaux et éclatants lauriers ; que lorsque l'armée 
fut arrivée devant Césarée , Raymond de Tlsle- Jour- 
dain (i) saisit un des courriers que le gouverneur dépê- 
chait au loin pour engager les peiçles à s^enfuir en 
resserrant les vivres et amenant leurs troupeaux , et 
qu'ayant ainsi dévoilé sa perfidie, il le força à revêtir 
d'autres sentiments; ce qui procura entr'autres choses, 
aux Croisés, jusqu'à mille chevaux dont ils avaient un 
extrême besoin. Mais nulle part les talents et la bra- 
voure de Gaston ne brillèrent autant que sous les murs 
de Jérusalem, où les troupes Franques arrivèrent enfin 
le 7 juin 1099. 

Suivi seulement de trente de ses chevaliers , le pre- 
mier il en aperçut les tours et en reconnut les environs. 
Durant le siège, il fut chargé des machines de guerre 
par Godefroi et les comtes de Normandie fH de Flan- 
dre , qui prièrent ce magnifique et excellent seigneur 
d'y donner tous ses soins. Ainsi s'exprime Guillaume 
de Tyr (2). Ce Gaston était, ajoute Raymond d'Agiles, 
un très noble prince, très honoré de tous pour ses ser- 
vices et sa probité. Il excellait dans l'art militaire, dit 
un autre chroniqueur (Albert) (3). 

Aussi, le vendredi 14 juillet, à trois heures, lorsque 
Godefroi s'élança le premier dans la ville sainte, lorsque 
Amanieu d^Albret , qu'un document fait, je ne sais à 
quel titre, parent du premier roi chrétien de la Pales- 
tine, y sauta le second, Gaston suivit de près avec Tan- 
crède et quelques autres chefs; et dans l'enivrement de 
la victoire, quand le sang ruisselait de toutes parts , son 



(J) Guillaume de Tyr. Raymond d'Agiles. — (2) Liv. 8, ch. 10. 
— (3) Voir, pour toutes ces citations, Marca, p. 359. 



DE LÀ GASCOGNE. 93 

humanité \int rehausser son œurage. Exx>utons un té- 
moin oculaire traduit par Marca (1). « Les Sarrasins se 
retranchèrent dans le templede Salomon, où il yeutun 
rude et très âpre combat tout le jour. Enfin, les chré- 
tiens s^étant rendus maîtres du temple , tuèrent un 
grand nombre de ces infidèles de tous âges et de tous 
sexes , à la réserve de ceux qui s'étaient retirés sur le 
haut du temple auxquels Tancrède et Gaston de Béam, 
donnèrent la vie et leurs bannières, et s'en allèrent en 
même temps par la ville faisant de grands et riches 
butins d'or et d'argent , de chevaux , de mules et de 
maisons entières remplies de toutes sortes de richesses. » 
(Petrus Tudebodus), 

La prise de Jérusalem fut suivie de près par la ba- 
taille d'Ascalon, livrée le 44 août. Tancrède et Gaston 
y commandèrent le 6* corps, et parmi les mieux com- 
battants de la journée, Tudebeuf (2) remarque le duc 
de Normandie, le comte de Flandre, Tancrède et 
Gaston. Le vicomte ne séjourna pas longtemps sur les 
rives du Jourdain. Le grand sépulcre était conquis , la 
croix brillait sur le calvaire ; le but semblait atteint. 
Dès le mois de septembre , Robert de Normandie , 
Robert de Flandre et Gaston de Béam , retournaient 
par mer à O)nstantinople , d'où ils regagnèrent la 
France. 

Gaston avait rapporté de son pèlerinage des idées 
d'ordre et de piété. Il ne put supporter la vie peu édi- 
fiante des moines de Lescar, et engagea (3) Tévêque 
Sanche à les chasser et à leur substituer des chanoines 



(1) Liv. 5, ch. 8. — (2) Liv. 1, ch. 8. — (3) Cartulaire de Lescer. 
Marca. 



94 HISTOIRE 

réguliers. Âmat de Bordeaux, le légat du saint-Siége, 
approuva hautement ce projet qui fut exécuté en 1 i 0^1 . 
L'évêque de Lescar abandonna à la nouvelle commu- 
nauté, Caresse, objet de tant de contestations, Bordes, 
Assat, Nére, Sévignac, la quatrième partie du pain et 
du vin de Tarchidiaconé du Vicbil, et enfin la justice 
des églises, des dîmes et des autres plaids , c'est-à-dire 
les émoluments qui revenaient à Tévcque , des procès 
intentés pour possessions des églises , ou à raison des 
dîmes ou autres plaids (*). Gaston ne se contenta pas 
d'avoir, avec Talèse , sa femme , provoqué ce change- 
ment. Il combla lui aussi le chapitre de ses libéralités 
et lui donna le gouvernement de Thôpital que sa femme 
et lui avaient fondé à Lescar et largement doté pour 
qu'il servît de retraite aux pèlerins et aux indigents. Il 
ajouta aux rentes primitives la dîme de tous les fruits 
que lui et ses successeurs renfermeraient dans leurs 
greniers avec des terres considérables, près du Gave de 
Lescar. Ce riche hôpital a disparu depuis longtemps et 
ses biens sont entrés dans la mense capitulai re. L'hôpital 
qui existait en i 790, était dû à la piété d'un chanoine. 
Le jour de Pâques de l'année suivante, Gaston ajouta 
en faveur du chapitre le péage qu'il percevait sur le 
pont du Gave , et l'encens ('l) que lui valait son péage 
d'Oleron. Les Sarrasins le faisaient porter d'Arabie en 

(^) Nous trouvons dans une charte de St-Pé de Générez que dans 
le jugement de l'eau bouillante, on donnait une pièce d'argent 
unum nummum pour le fer , pro clave, et quatre pour la chaudière. 
De ces quatre pièces, deux appartenaient au monastère de St-Pé, et 
les autres à Téglise cathédrale. Le prêtre qui bénissait l'eau avec la 
prière , recevait aussi une pièce semblable. La valeur n'en est pas 
indiquée. 

(1) Carlulaire de Lescar. Marca, p. 380. 



DE LA GASœCKE. 95 

Espagne, d'où il venait en France à travers les Pjrré- 
nées. Il y ajouta aussi pour le luminaire dix sols annuels 
sur les droits qu'il levait à la foire de Jacca en Espagne, 
et le vin clairet de sa vigne de Maubec pour le saint 
sacrifice. Il donna en même temps k Thôpital la dlme 
du blé, du vin et du cidre qu'il cueillait dans une partie 
de son patrimoine. Gaston confirma vers la même épo- 
que la donation faite par son père au prieuré deSte-Foix 
de Morlas, et y ajouta cinq sols de rente. Morlas avait 
dès lors tous les ans une course de chevaux. Les con- 
currents, pour y être admis, payaient un droit au 
vicomte. Cest sur ce droit que devaient être pris les 
cinq sols, mais en même temps le prieur (4) devait re- 
cevoir à sa table le cavalier vainqueur à la course, le 
jour de son triomphe , et le défrayer avec deux de ses 
suivants. Un autre acte est plus remarquable (2). a Moi, 
Gaston, vicomte de Béam, pécheur et pensant à mon 
5a/£i^, j^afïranchis et je déclare libre la villç de Morlas en 
rhonneur de Dieu, de St-Pierre de Cluny et de Ste-Foi 
de Morlas, voulant que personne ne puisse prendre un 
logement, enlever vache, porc, mouton, ou toute chose 
quelconque, mais que tout soit sauf. » Presque toutes 
les chartes sont fondées sur le même motif; elles sont 
accordées pour l'amour de Dieu et le salut de l'âme. 
La religion, d'accord avec Thumanité, consacrait comme 
un acte méritoire aux yeux de Dieu l'affranchissement 
des esclaves. Gaston avait sans doute observé combien 
ritalie était florissante depuis que les villes en étaient 
libres. Cette révolution s'était opérée pendant le xi* siè- 
cle. Les croisades avaient mis les princes chrétiens à 

(l)Carlalairede Morlas. Marca, p. 387.— (2) Marca, liv. 5. cb. 13. 



96 HISTOIRE 

portée de reconnaître les avantages de cette innovation. 
C'était sans contredit le moins prévu de leurs résultats. 
Louis-le-Gros suivit Texemple de l'Italie. Il établit les 
communes dans ses états , mais Gaston eut la gloire de 
le précéder dans cette carrière. Morlas était libre avant 
que Louis régnât. Ces justes et belles réflexions de 
M. Faget de Baure, dans son histoire si remarquable 
du Béarn (1) , on aimera à les retrouver ici. 

Peu après l'affranchissement de Morlas, Gaston 
assista à l'assemblée de la Réole (2) qui nous révèle les 
formes judiciaires du moyen âge, et où l'on jugea Ber-» 
trand , comte de Benauges dans le Basadois. Le comte 
avait établi aux portes delà Réole, l'ancien Squirs, un 
nouveau péage sur la Garonne. Or, les péages étaient la 
meilleure source des reveûus seigneuriaux; mais comme 
ils aggravaient le sort des populations adjacentes, enlra^ 
vaient les communications et paralysaient le commerce 
si faible d'ailleurs, leur établissement était soumis à 
certaines formalités dont la première était le consente- 
ment du suzerain. Les moines, habitants du lieu, et pr 
là plus lésés que personne, se plaignirent à Guillaume, 
le fils de Gui Geoffroi. Guillaume se contenta de faire 
des remontrances au comte de Benauges, qui promit 
de détruire son œuvre, et n'en continua pas moins à 
rançonner les passants. De là, nouvelles plaintes au 
suzerain. Celui-ci députa alors des commissaires pour 
sommer son vassal de se désister sur-le-champ. Mais 
cette fois la sommation n'obtint qu'un refus formel. 
Piqué de ce refus , Guillaume se transporta sur les 
Jieux et assembla ( 1 1 03), à la Réole , la cour de Gascogne, 

(I) P/iges 103-10^— (2) Blarca, L'Art de Vérifier les dates, 



DE LA CXSCOGME. 97 

Avec Gaston , on y compta les comtes Astanove de 
Fezensac et Bernard d'Armagnac, et les vicomtes Loup- 
Aner de Marsan , Vivien de Lomagne et Pierre de 
Gavarret , ainsi que les évêques Geraud d'Agen et 
Etienne de Bazas. Bernard de Benanges n'osa pas pous- 
ser plus loin sa résistance ; il s'empressa de comparaître, 
promit non seulement -d'abolir le péage , mais encore 
de donner au duc d'Aquitaine et aux religieux telle 
satisfaction qu il plairait a la cour assemblée d'ordon- 
ner , et comme on exigea des garants de sa parole , il 
donna Gaston' de Béarn et Pierre de Gavarret 

Le duc d'Aquitaine était à la veille de franchir les 
mers à la tête de 30,000 combattants, presque tous 
Gascons ou Aquitains. Astanove , comte de Fezensac , 
ne put résister plus longtemps aux accents belliqueux 
qui retentissaient autour de lui. Il dit adieu (^) à une 
fille unique encore presqu'au berceau et à une épouse 
chérie qu''il ne devait plus revoir, et joignit sa bannière 
aux étendards de Guillaume. Ici , écoutons Bajole (2) : 
« Entr'autres gentils-hommes qui accompagnèrent Asta- 
nove, il y en eut deux, l'un desquels était seigneur de 
Besoles et Fautre seigneur de Beaumont qui s'aimaient 
comme frères. Ils firent donc avant de partir leur tes- 
tament, non deux, mais un par lequel ils se faisaient 
héritiers mutuellement en cas de prédécès l'un de 
l'autre, et se promettaient une société individuelle et 
assistance en toutes choses. Il arriva que le seigneur , 
ou comme dit l'acte , comte de Beaumont mourut au 
voyage et que l'autre en revint. Il fut donc son héri- 
tier en vertu du testament réciproque, et du depuis ces 

(1) L'Art de vérifier les dates. Grands Officiers de la couronne. 

(2) Histoire sacrée d'Aquitaine. 

//. 7. 



98 IIISTOIKE 

deux seigneuries de Besoles et de Beauinont ont de- 
meuré unies en la maison qui porte aujourd'hui le 
nom de Besoles, comme je Tai appris de la bouche de 
celui qui est encore vivant, et m'a dit qu'il en a les actes 
en ses archives. » Le descendant de ce dernier Besoles 
tiendrait aujourd'hui un autre langage. 

Avant de s'éloigner, Astanove vit placer sur le siège 
d'Auch soù frère utérin. Le procès entre les moines 
de St-Orens et le chapitre , assoupi sous Guillaume de 
Montant, s'était réveillé à sa mort. Des deux côtés on 
députa au souverain-pontife pour chercher à lui arra- 
cher une sentence favorable. La lutte soutenue à Rome 
se poursuivit plus vivement à Auch , où il s'agissait de 
nommer le successeur de Guillaume. Les moines accou- 
tumés à donner des prélats à la métropole, intriguèrent 
pour éloigner tout candidat étranger à leur maison. 
Le chapitre, de son côté , maître du choix, repoussait 
tout ce qui venait de ses rivaux et voulait un prélat 
dévoué à ses intérêts. Malgré des prétentions si oppo- 
sées, la nomination ne se fit pas trop attendre. Les 
moines crurent un instant avoir triomphé ; le choix 
s'arrêtait sur un des leurs , mais le temps ne tarda pas 
à dissiper leur illusion. Le nouvel élu (i) était fils de 
Bernard Pélagos , premier comte héréditaire de Par- 
diac, et de Biverne qui avait , comme nous l'avons vu, 
épousé ensuite Aymeric II de Fezeusac et en avait eu 
Astanove et Arnaud, prévôt du chapitre. Il tenait ainsi 
à la fois aux deux plus puissantes maisons de la con- 
trée. Voué au cloître, il avait pris l'habit religieux à 
St-Orens où les vœux du chapitre allèrent le chercheç. 

{i)GaUia Christiana. Dom Brugelles. M. d'Aignan. 



vu, LA CASCOGNE. 99 

Astanovc, dépositaire de ses sentiments secrets , s'était 
rendu garant pour lui et avait entraîné les suffrages. 

Pour échapper aux embarras de sa position , Ray- 
mond , ainsi s'appelait ce frère d'Astanove, ne fut pas 
plutât sacré, qu il se hâta d'aller prendre part au 0)n- 
cilc de Saintes que présidait le légat Amat , de Bor- 
deaux, et de Saintes il se dirigea vers Tltalie. Le pape 
jugeant que sa nomination donnait gain de caiLse aux 
moines, et cédant à leurs importunités, prononça en 
leur faveur et adressa dans ce sens un bref à Tarche- 
véque. Celui-ci était déjà au-delà des Alpes. Sans se 
douter de la décision, il poursuivit sa route, et parvenu 
à Rome , il exposa au saint Père le véritable état des 
choses et le rendit favorable au chapitre. Néanmoins, 
pir respect pour le dernier bref, la sentence ne fut pas 
promulguée, peut-être mémo ne fut-elle que verbale. 
Urbain ne se contenta pas d'ac([uicscer aux sollicitations 
(le Raymond. Touclié de son mérite, il voulut lui 
donner une preuve de son estime et lui accorda le 
pallium (1). Cest le premier de nos prélats que nous 
sachions certainement avoir été revêtu de cet insigne , 
alors presque toujours marque de distinction person- 
nelle accordée par le saiut-siége, mais devenu depuis 
Tomemcnt ordinaire de tous les métropolitains. L'ac- 
cueil si flatteur qu il trouvait à la cour Romaine et les 
honneurs dont il était revêtu, ne faisaient pas oublier 
au prélat le troupeau que le ciel venait de confier à sa 
houlette. Il quitta la ville éternelle après un séjour de 
quelques mois et fut reçu à Auch avec des transports 
de la plus vive joie par le chapitre et les habitants. Les 

(1) Dom Brugelle». M. (rAignnn. 



^ ';\n 



100 HISTOIRE 

moines seuls, se voyant joués, crièrent au traître; mais 
toute réclamation étant inutile, ils attendirent des temps 
plus opportuns. 

Raymond s'était à peine reposé de son voyage, qu il 
fut appelé aux funérailles de Pierre I""" , vicomte de 
Gavarret (1). Cette maison ne se. rattachait nullement 
à la souche Mérovingienne et ne remontait qu'à Roger, 
père de Pierre. Quoique maître de la vicomte, Roger 
ne possédait pas le château de Gavarret qui était tenu 
par les vicomtes de Lomagne (2). Bernard Tumapaler 
le retira de leurs mains par une transaction qui nous a 
été conservée et le donna au vicomte Roger , ainsi que 
Manciet (Mansio^ demeure) et une partie de TEusan 
pour s'en faire un appui contre l'archevêque d'Auch 
avec lequel il était alors en lutte ouverte, à cause de la 
fondation de Nogaro. 

Pierre, fils de Roger, hérita des préventions de son 
père contre le métropolitain et ce qui lui appartenait» 
Jaloux de voir s'élever près de lui une cité nouvelle 
qui en se peuplant enlevait des serfs à ses domaines - 
et peut-être encore plus poussé par cette haine instinc^ — 
tive qui animait trop souvent les seigneurs du moyer^ 
âge contre la bourgeoisie, il fit des incursions nombreu - 
ses contre le territoire de Nogaro et y commit toute;— ^ 
les violences qui accompagnaient ces déplorables expé — 
ditions. Jamais la voix de la justice ne se fait mieu^ 
entendre qu'auprès d'une tombe. Durant les obsèques^ 
l'archevêque se plaignit du mal fait à son église et à I^ 
cité qu'elle protégeait. Les plaintes furent accueillies^ 



(1) Gallia Christiana. Dom Brugcllcs-— (2) L'Art de vérifier le 
dates. 



DE LA GASCOGNE. iO\ 

et pour réparer les violences consommées, Agnès, veuve 
de Pierre , donna au chapitre métropolitain l'église et 
la seigneurie de Dému (1) avec le plus jeune de ses 
fils encore en bas âge pour en faire un chanoine , et 
stipula que s'il venait à mourir, les autres enfants pour- 
raient reprendre Dému, en payantauchapitre 300 sols. 
L'acte fut ratifié par Pierre II, l'aîné des fils du vicomte 
et son héritier, et par Arnaud , heau^frère d'Agnès et 
second fils de Roger , dont nous ne connaissons pas 
autrement la lignée et les possessions. Pierre II épousa 
bientôt après Giscarde (2) , fille unique de Gaston , au- 
quel elle succéda après la mbrt de Centule son frère. 

L'archevêque, continuant ses pérégrinations aposto- 
liques assista, peu après les obsèques du vicomte de 
Gavarret, en 1098, au 0)ncile de Bordeaux (3), pré- 
sidé encore par l'infatigable Amat. Les actes de ce 
Concile se sont égarés; nous savons néanmoins qu'on 
y fit droit aux plaintes de l'abbé de Pessan. Quelques 
années auparavant , un seigneur nommé Arnaud (4) , 
aidé de son frère, s'était emparé , on ne sait trop sur 
quel prétexte, du monastère de Bassoues, avait chassé 
les moines et s'était mis en possession des terres et des 
revenus, après avoir fait abattre tout ce qui dans le cou- 
vent convenait peu à une maison seigneuriale. L'abbé 
et les religieux de Pessan à qui appartenait Bassoues, 
recoururent à l'archevêque Guillaume, prédécesseur 
de Raymond. 

Guillaume ordonna que l'abbé enverrait d'autres 
fehgienx et que le couvent leur serait rendu , ce qui fut 

(1)M. d'Aignan. Dom Brugelles, Pièces justificatives — (2)Marca. 
VArt de vérifier les dates. — (3) CoUect. conciL, tora. 10.— (4)Car- 
^ulairede Pessan. 



^02 HlSTOIllfe 

exécuté sur-le-champ. Les deux frères avaient cède 
iHalgré eux. Irrités de voir relever les murs, ils se 
tuèrent sur les travaux, lés démolirent de fond en 
comble, tuèrent quelques religieux et forcèrent les au- 
tres à s'éloigner. L'archevêque, à qui on se plaignit de 
nouveau, envoya cette fois à Bassoues un moine de 
St-Orens, chargé de vérifier les délits et de statuer à 
cet égard ; mais au lieu de porter une prompte sentence, 
le moine traîna l'affaire en longueur et appliqua cepen- 
dant à sa maison les revenus de St-Frix. L'usurpation 
était criante. L'archevêque, à qui les moines de Pessan 
la déférèrent, leur promit justice, mais il fut prévenu 
par la mort. Le Concile de Saintes instruit à son tour 
de cette affaire, enjoignit aux Orientains de restituer 
dans le délai de huit jours le monastère et les fruits à 
l'abbé de Pessan, et chargea Raymond défaire exécuter 
le décret. A une décision aussi précise il n'était pas 
facile de résister. Néanmoins les Orientains trouvèrent 
moyen de se maintenir à Bassoues jusqu'à ce que le 
Concile de Bordeaux eût renouvelé la sentence portée 
à Saintes. Son autorité fit cesser l'injustice. 

Les Croisades commençaient à porter leurs fruits. 
Tout ce que la chrétienté comptait de plus actif, déplus 
remuant ou de plus intrépide se précipitant en Asie , 
l'Europe goûta pendant quelques années un repos 
qu'elle ne connaissait plus depuis trois ou quatre siècles. 
Raymond profita de la paix qui régnait autour de lui 
pour jeter les fondements d'un palais archiépiscopal ( 1 ) . 
Il le bâtit près des degrés de l'église métropolitaine, 
sur un terrain que lui cédèrent Montarsin de Montant 

(1) Dom Brugelleg, M. d'Aignan, Preuves. 



DE LA OASOOGSE. 103 

et ses deux neveux Odon et Bernard. L'ouvrage avança 
fi rapidement qu^il put j transporter sa demeure avant 
1 an 1100. 

Depuis [Jus de 500 ans, ses prédécesseurs habitaient 
sur les rives du Gers, dans le monastère de St-Martin» 
possédé par les enfants de St-Benolt qui ne tardèrent 
pas à faire place aux chanoines réguliers de St- Augus- ' 
tin« Pour indemniser le nouveau chapitre de tout ce 
que lui enlevait Tabsence du premier pasteur, on érigea 
SirMartin en paroisse, que 1 on démembra de Ste-Marie. 
Cette paroisse existait encore en 1 3 40, comme le prouve 
le pouillé du diocèse, dressé en cette année. Elle 
disparut bientôt sans qu'on sache ni Tépoque précise , 
ni la cause de sa destruction. Nous savons seulement que 
le service paroissial fut transféré à Téglise de St-Pierre, 
qui malgré son antiquité , n était alors qu un simple 
oratoire, et que le chapitre régulier fut uni a celui de 
Sie-Marie. 

Guillaume, comte de Pardiac, neveu de Tarchevéque, 
attristait par ses écarts la vie de son oncle. Jeune en- 
core, il avait demandé et obtenu la maind'nne personne 
de haute condition, nonunée Marie (1 ) ; mais bientôt 
dégoûté de sa nouvelle épouse, il la répudia et en épousa 
une seconde. Raymond protesta longtemps envain; 
mais enfin le coupable rentra en lui-même , rappela 
l'épouse délaissée, se soumit à la pénitence que lui im- 
posa Tarchevéque , et pour gage de ses sentiments nou- 
veaux il donna à Ste-Marie quelques terres allodiales, 
ntuées à Ste-Christie de Pardiac. 

A peine consolé des erreurs d'un neveu , Raymond 

'ij Dom Bruxelles, M. d'Aignao, Preuves. 



-104 HISTOIRE 

fut condamne à pleurer la fin prématurée d'un frère » 
digne de tous ses regrets. Astanove périt dans son expé- 
dition d'outre-mer (1), peut-être même n aborda-t-il 
point à la Terre-Sainte; du lûoins n'est-il nulle part 
mentionné parmi les seigneurs qui combattirent les In- 
fidèles. Il ne laissait qu'une fille Azaline, ou Adalmur, 
que l'on maria au chef de la branche cadette (2). Il 
s'appelait Bernard III ; les uns le disent frère et les 
autres, avec plus de vraisemblance, fils de Geraud IL 
Il gouvernait depuis longtemps l'Armagnac seul ou 
associé à son prédécesseur , s'il n'est pas autre que cet 
Arjaaud Bernard que nous avons vu aux prises avec 
Centulion, comte ou vicomte de Lescar; toujours du 
tnoins possédait-il le comté en M 00. 

Uue étroite amitié l'unissait à Gaston de Béarn son 
cousin. En 1 < 04 , nous les trouvons ensemble auprès 
des autels.de Dyosse (3), sur les confins de leurs sei- 
gneuries. Ils juraient la trêve de Dieu entre les mains 
de l'évêque de Lescar et en présence de leurs vassaux. 
La même année Bernard fonda à Nogaro (4) un hôpital 
ou ladrerie. La lèpre, maladie née en Orient, avait été 
portée en Italie parles armées des empereurs deG)ns- 
tantinople, et en Espagne pai* les Sarrasins. Ltesjbrs de 
Navarre, rédigés en < 07 4, parlent des lépreux qu'ils 
appellent gqfous ; mais jusqu'au xii*' siècle on leis aper- 
çoit à peine. Ils se multipUèrent depuis les Croisades ^ 
et l'église qui à leur première apparition avait été tou-^ 
chée de leurs maux, dilata les entrailles de sa charité 
et leur ouvrit de nombreux asiles. 

(1) L'Art de vérifier les dates, tom. 2. Grands Officiers de la cou- 
ronne. — (2) Les mômes, dom Brugelles, M. d'Aignan. —(3) Marcaj 
Hv. 5. — (î) Gallia Christiana. 



DE LA GASCOGNE. iOl} 

iro était la ville des archevêques depuis la trau- 
passée entre St-Austinde et le Tumapaler; mais 
e Taliénation n'ait pas été complète , soit que 
ses eussent été obscures, les comtes d'Armagnac 
ent encore reconnaître leur autorité. D'ailleurs, 
époque , la féodalité n'ayant pas encore creusé 
les droits étaient souvent mal définis, et aussi 
; encore quand les droits manquaient la force 
pour appuyer les prétentions. Kernard voulut 
« à jamais tout différend, l^ar im acte précis, 
e sa femme et de ses deux fils, il donna (1) aux 
êques et au chapitre delNogaro tout droit, nou- 
ent sur la cité existante, mais encore sur l'cxten- 
'elle pourrait prendre à l'avenir. Naiipasie, fille 
m, vicomte de Turenne, qu'il avait épousée et 
avait déjà eu quatre enfants, siirvécut peu à cet 
n. Veuf alors, le comte d'Armagnac épousa la 
.zeline malgré la disparité de Tàge. Cette alliance 
fruit de la politique; on réunissait ce qui n'au* 
lais dû être séparé. 

mu comte de Fezensac, Bernard voulut être 
lu chapitre métropolitain et se fit recevoir cha- 
lonoraire (2) , titre qui passa à Ses successeurs, et 
rmagnac aux d' Albret, et par Henri IV aux rois 
mce. Il percevait en cette qualité sa portion 
le chaque fois qu'il avait assisté aux offices. Nous 
; plus tard la reine Marguerite, et même Jeanne, 
ble Huguenote, réclamer leur part et fournir 
uittances. Le comte d'Armagnac ne borna point 



nuscritde M. d'Aignan, Preuves. — (2) L'Art de v<Jrifior 
Dom Bnigelles. 



\ 06 HISTOIRE 

là son zèle pieux ; il soumit son comté à Ste-Marie 
d'Auch (1) et s'obligea, pour lui et pour ses successeurs, 
à une redevance annuelle de deux muids de froment, 
de douze setiers de vin, de trois porcs et d'un esturgeon, 
le tout payable à la fête de l'Assomption. Cette souoais- 
sion n'était nullement un acte de vasselage donnant 
des droits au chapitre sur le comté. Dom Brugelles en 
fait la remarque , et nous nous hâtons de le proclamer 
plus haut que lui. C'était un simple acte de dévotion, 
semblable à celui du comte de Bigorre. Nos archevê- 
ques, différents des évêques du Puy, ne s'y méprirent 
jamais. 

La métropole recevait presqu'en même temps de 
Compain d'Ydrac (2) , de Bernard son frère et de Saura 
leur mère, la baylie et la viguerie d'Ydrac avec la mai- 
son conventuelle. Un autre seigneur, nommé Anesance, 
offrait aussi au chapitre, avec son fils dont il voulait 
faire un chanoine, quelques terres situées dans la pa- 
roisse et la moitié de l'église de Seissan. Il lui aban- 
donnait encore le repas que l'églis e devait à sa famille 
le jour de St-Jacques, patron d'Ydrac. Sanche lui aban- 
donnait aussi la terre de Bal ourse. La dlme de cette 
terre appartenait 'à GuiUaume Sarrazin (*) qui en fit 
hommage à Ste-Marie. Ces dons et ceux que nous 

(i) L'Art de vérifier les dates, dom Brugelles et Marca. — (2) Car 
tulaire d'Auch. M. d'Aignan , Preuves. 

(*) La famille de Sarrazin s*est perpétuée jusqu'à Henri IV. U 
dernier rejeton, Guillaume Sarrazin, comme son premier aïeul, 
embrassa l'institut des Jésuites et mourut en odeur de sainteté dans 
le collège d'Auch. Pierre Sarrazin, père du Jésuite, pris par lessoldaW 
de Montgomery et traîné aux pieds de la reine Jeanne , brava la 
fureur des sectaires et aima mieux se soumettre aux amendes et à la 
confiscation que d'abjurer sa foi. 



DE LA, GASCOCKE. 4 07 

âVons recueillis étaient loin d'enrichir le chapitre, du 
moins s'il faut en croire un document que nous avons 
sous les yeux. A peine si les malheureux chanoines 
pouvaient pourvoir aux premiers besoins de la vie; 
preuve manifeste que les hbéralités que nous enre- 
gistrons étaient moins considérables qu'elles nous le 
paraisseût aujourd'hui, ou qu'elles étaient détournées 
et envahies par les seigneurs. Toujours est-il que la 
vue de leur détresse porta Raymond à leur abandon- 
ner à jamais Tarchidiaconé de Pardiac (1) qu'il tenait 
de son père. Cet archidiaconé ne tarda pas à être érigé 
en bénéflce particulier qui subsista jusqu'à Ms'' de 
Trappes. Il fut alors supprimé et les revenus réunis à 
la mense capitulaire. L'acte d'abandon fut dressé en 
présence de Bernard , évéque de Bayonne, de Pierre , 
ahbé de Pessan , de l'abbé de St-Sever et de plusieurs 
dignitaires du chapitre. L'archevêque d'Auch passa le 
reste de ses jours dans la pratique de toutes les vertus, 
et s'endormit paisiblement dans le seigneur le 1*' octo- 
bre <<<8. 

(1) Ortulaire d'Auch. Dom Brugelles, Preuves. 



\0S HlSÎ-OUlÈ 

CHAPITRE P^ 



Bernard de Ste-Gbrlstie , cvèque de Bayonne, passe à TarcbeYêehé d'Âneb. — Vieoitei 
de Labour^ — Gaston , vicomte de Béarn , — Ses fondations , — Ses exploits en 
Espagne. — Hort de St-Bertrand, évèque de Gonniinges. — Mort de Bernard III, 
eomte de Gomminges. — Bernard lY , son fils , possède toat le comté. — Gentole « 
comte de Bigorre. — Noaveaax exploits de Gaston de Béarn, — Sa mort. -> 
Franclûses du Béarn et de la Gascogne , antérieures anx (rancbiseï da reste de la 
France. 



Le ciel lui destinait un successeur digne de lui dans 
Tévêque de Bayonne, Bernard de Ste-Christie (1). Ber-» 
ûard appartenait à la maison d'Astarac , dont quelque 
tameau avait eu dans son héritage une des trois terres 
qui portent ce nom dans notre département , et Tavait 
transmise au prélat. Dans sa jeunesse il avait dit adieu 
au monde, et pour mieux se soustraire aux dignités que 
sa haute naissance eût pu lui attirer dans son pays , il 
abandonna la Gascogne et alla demander l'habit de 
St-Benoit à Tabbaye d'Aleth en Provence , érigée de- 
puis en évêché. Mais souvent, plus nous cherchons à 
nous dérober aux hommes , plus le ciel se pi ait à nous 
montrer à leurs regards* Le prédécesseur de Raymond, 
Guillaume de Montant, n'avait pas vu sans regret s'é- 
loigner de son diocèse un jeune seigneur qui promettait 

(1) Gallia Christiana, Dom Bruxelles , M. d'Aignan. 



DE LA GASCOGNE. iOi) 

(l'en être un des ornements. Il se hâta de rappeler le 
fervent religieux et de le lîxer près de lui en qualité 
de vicaire-général. C'est la première fois que nos chro- 
niques se servent de ce nom. Sans oublier les vertus 
du cloître, Bernard sut y joindre cette douceur et cette 
indulgence qui les font aimer, et qu'inspira presque 
toujours aux belles âmes la connaissance des hommes. 
Chez lui, elles étaient soutenues et rehaussées par une 
science bien rare à cette époque, car après les ténèbres 
des invasions Normandes les premières lueurs de l'au- 
rore commençaient à peine à se répandre. Le xii* siècle 
traînait encore vers sa tin. 

Tant de mérites ne pouvaient pas demeurer toujours 
dans un rang secondaire. L'église de Bayonne était 
veuve d'un Guillaume qui avait succédé à Raymond- 
le-Jeune , et dont un prêtre estimable (1) qui nous a 
généreusement livré le fruit de ses travaux, a retrouvé 
la place et le nom. Des maux sans nombre avaient 
pesé sur elle , et malgré leur zèle actif, deux prélats, 
durant une administration assez longue, n'avaient point 
fermé toutes ses plaies. Ce bonheur était réservé à Ber- 
nard. Arsius Racca, le prédécesseur de Raymond, avait 
fait un dénombrement (2) qui fixait les limites du 
diocèse. Bernard fit ratifier cette délimitation par le 
pape Paschal II, en i 106. La vallée de Thèse jusqu'à 
la Croix de Charlemagne , la vallée de Baygorry, la 
vallée d'Arbevue, la vallée d'Urdache, la vallée de 
Bastan jusqu'au milieu du passage de Belat, la vallée 
de Lerin , Emani et St-Sébastien de Pusique jusqu'à 
Ste-Marie d'Acost et Ste-Friane, formaient le diocèse 

(1) L*abbé Menjoulet. — (2) Manuscrit de Bayonne. 



no HISTOIRE 

SOUS Arsius. Paschal II y ajoutait Téglise de Ste-Marie- 
de-Maye dans le Guipuscoa. 

Durant Tépiscopat de Bernard , sa cathédrale reçut 
de Fortunio Sanche (i) , vicomte de Labour , la moitié 
de la ville, depuis la porte du midi jusque celle qui 
conduit dans le port. Ce même vicomte et Sans-Garsie, 
son gendre , y ajoutèrent plus tard la dîme du port et 
de tout le péage, revenu dont le chapitre de Bayonne 
a joui jusqu'à ces derniers temps, et que lui avaient 
confirmé, en \69i et 1698, deux arrêts du consdl 
d'état. 

La maison vicomtale de Labour n a guère laissé que 
son nom dans Thistoire. Fortunio Sanche (2) , le pre- 
mier que nous connaissions et que nous retrouvons ici 
devait être alors dans un âge très avancé. Il n avait eu 
que deux enfants. Ramire, son fils, entra dans Téglise. 
Reine Torte {regina torta^ reine boiteuse), sa fille, deve- 
nue ainsi son héritière, épousa Sans-Garsie et en eut un 
fils nommé Garsiequi succéda à sa mère dans la vicomte, 
et ne laissa d'Urraque sa femme qu'un fils Bertrand, 
un peu plus connu que ses prédécesseurs. 

Bernard gouvernait le diocèse de Bayonne depuis 
près de 38 ans, lorsque les vœux unanimes de ses con- 
citoyens le rappelèrent à Auch et le placèrent sur le 
siège métropolitain. Un si long épiscopat n'avait épuisé 
ni son zèle , ni ses forces, et pour raccomplisseraent de 
ses devoirs il sut retrouver l'activité de ses jeunes an- 
nées. Le déplorable procès entre le chapitre et les moi- 
nes de St-Orens se trahiait encore, et, il faut l'avouer, 



(1) Manuscrit de Bayonne et Gallia Christianay instrumenta, 
-(2)Oih6nart, page 5î4. 



DE LA GASOOGNE. \\i 

lesvariatioiis de Rome ne pouvaient que ralimenter. 
Cdase II jugea en faveur des moines le 8 décembre 
1118; et le 15 avril 1220 Calixte II, successeur de 
Cdase, à la demande de Bernard, laissait pleine et en- 
tière liberté au chapitre d'ériger son cimetière. Fort 
de cette décision qu'il avait provoquée , Tarchevcque 
s'empressa de bénir de nouveau le lieu choisi, et con- 
voqua pour l'assister Guillaume de Tarbes, Bertrand 
de Convenues, Jourdain de G)userans et Guillaume 
deLectoure ; mais pendant la cérémonie (1), voilà que 
les moines dépouillent leur froc, prennent le casque et 
le hâotbert, et suivis d^une troupe de cavaliers et de 
fantassins*, ils s'introduisent précipitamment dans la 
ville, pénétrent dans les maisons voisines de la métro- 
pole et y pillent ou y enlèvent tout ce qui tombe sous 
leurs mains. 

Enflammés par ce facile succès , les étranges fils de 
St-Benoît se précipitent sur l'église et font pleuvoir 
une grêle de traits dont un va derrière l'autel atteindre 
mortellement, sous l'aisselle gauche, le page du vicomte 
de Latour, dont un autre expire aux pieds de Tévéque 
de Tarbes qui chantait la messe , et dont un troisième 
lancé d'une main plus sacrilège, perce le corporal sur 
l'autel même. On s'empresse aussitôt de toutes parts et 
on force à la retraite ces furieux qui, en s'éloignant, ten- 
tent d'incendier l'église , alors construite en bois. Une 
cause défendue par tant de violences était à jamais 
perdue. Cajixte, peu de jours après, assembla à Toulouse 
un Concile qu'il présida en personne et où assistèrent 
Tarchevéque et ses suffragants. On produisit le corporal 

(1) Carlulairc d'Auch , Dom Brugelles, M. d'Aignan. 



\\2 HISTOIRE 

et la flèche accusatrice. Il n en fallait pas autant pour 
faire condamner les moines et assurer à la métropole une 
sentence favorable. Ainsi finit, au milieu des plus déplo 
râbles excès, une lutte de 80 ans, la plus longue etlaplus 
triste dont les annales de notre métropole aient gardé 
le souvenir. 

L'année qui suivit ce triomphe , Bernard réunit à 
Auch le clergé de son diocèse, et convoqua avec lui les 
évêqiies, les abbés et les principaux seigneurs de la pro- 
vince. Il voulait consacrer devant eux Téglise même 
bâtie par Austinde, avec une pompe qui fit oubher les 
dernières scènes. Pour donner plus d'éclat à lasolen* 
nité, on y porta des lieux où ils recevaient les homma- 
ges des fidèles, les corps de St-Cerat , de St-Julien, de 
Ste-Dode , de St-Maur , de St-Justin, de St-Frix, de 
St-Luper,^ de St-Austregisilde et de St-Sauvy (^). Le 
concours fut immense. On se pressait de tous côtés sur 
les pas des saintes reliques , et, au rapport des témoins 
oculaires, de nombreux miracles signalèrent ces trans* 
lations. Jamais sans doute cérémonie plus imposante 
n'avait frappé les regards des Auscitains. Elle eut lieu 
le i 2 février i i 2 1 , 

Ces soins pieux ne remplissaient pas tous les moments 
de Bernard de Ste-Christie. Sur le siège de Bayonne 
il avait vu de près les dangers dont les Musulmans 
d'Espagne menaçaient l'Aragon et la Navarre. Evéque, 
plus d'une fois il avait prêté secours à Alphonse-le- 
Ba tailleur contre les Infidèles. Devenu métropolitain et 
par là plus puissant , il lui prêta une assistance plus 
grande (2). Il paraît même qu'il conduisit en personne 

(1) Cartulairc d'Auch. Dom Brugclles, Preuves, page 30. M. d*Ai- 
gnan. — (2) Les mt^mcs. 



DE LÀ GASCOGNE. Mi 

ses renforts dans la Péninsule, et que peu content de 
braver ses fatigues, il ne craignit pas d^exposer ses 
)ours aux hasards des combats. 

Mais nul ne servit la cause du prince Elspagnol 
comme Gaston de Béarn, Depuis le serment de Dyosse 
la large et rude épée du héros de Jérusalem s'était 
abattue sur Navarre (i), vicomte de Dax, fils et héri- 
tier de Raymond Arnaud. Navarre, d'un caractère 
violent et emporté, avait trempé ses mains dans le sang 
de Garsias-Marre, son cousin, qui, aussi violent que son 
meurtrier avait lui-même tué en duel un de ses pro- 
ches. Les deux meurtres reçurent leur expiation selon 
les mœurs du temps. Navarre donna à la cathédrale 
de Dax^ Banoles, et son cousin la moitié de la dime de 
St- Vincent-de-Salies. Mais cette expiation ne protégea 
pas plus le vicomte de Dax qu elle n'avait protégé sa vic- 
time. La justice divine qui avait conduit Garsias sous 
ses coups, préparait à celui-ci un vengeur dans Gaston ; 
Navarre alluma lui-même cette vengeance. 

Toujours remuant, il se prit de querelle avec Arnaud, 
archidiacre de Dax ; il l'attaqua à force ouverte , le fit 
prisonnier et le contraignit à lui payer une rançon 
d'environ 5,000^ sols. L'archidiacre tenait d'assez près 
au vicomte de Béarn qui s'empressa de venger l'injure 
£iite à son parent. Il arma ses vassaux et alla à son 
tour attaquer le vicomte de Dax. Navarre se défendit 
avec ccmrage, la lutte s'échauffa et agita bientôt toute 
la Gascogne. Mais enfin le sort des armes fut favorable 
à Gaston. Dans un dernier combat il défit son ennemi 
et le tua de sa main ; il conquit même un instant la 

(i) Oihénart, VArt de rérificrlcs dates, Marca, page 400. 
Jf. «. 



i\i HISTOIRE 

yicomté, qui toutefois ne tarda pas à retourner aux en- 
fants de Navarre, Le pays seul de Mixte et d'Ostabat 
resta entre ses mains (1). Du moins c e n'est que de cette 
époque que nous le trouvons réuni au Béam ; et pour 
le contenir, il fit élever le fort de Montgiscard, souvenir 
vraisemblablement de la Fouille qu'il avait traversée 
et du célèbre Robert Guiscar. En même temps, pour y 
faire aimer sa domination, il y établissait les forts de 
Morlas. Après cette victoire , les annales du Béam se 
taisent sur les exploits de Gaston , mais ce silence est 
largement réparé par les chroniques Espagnoles. Nous 
abrégerons leurs longs récits. 

En il 14, Alphonse-le-Ba ta illeur voulant assiéger 
Saragosse , fit un appel aux seigneurs Gascons. Gaston 
deBéarn, le comte de Comminges, Centule, comte de 
Bigorre, Pierre, vicomte de Gavarret, Tévêque de Les- 
car, Auger de Miramont, Arnaud, vicomte de Lavedan 
qui épousa au delà des Pyrénées Dona Oria , comtesse 
de Paillas , accoururent à sa voix (2). Rotrou , comte 
du Perche, y mena de nombreuses bandes françaises. 
Malgré des forces aussi considérables , cette première 
expédition se borna à la prise de Tudèle , des dissen- 
tions intestines ayant forcé Alphonse à ajourner son 
entreprise. En 1118, il appela de nouveau Gaston (3) 
qui rassembla autour de lui une armée considérable 
composée de ses vassaux et des seigneurs voisins et passa 
avec elle les Pyrénées. 11 alla camper vers le 15 mai, 
près d'Ayerbe, et prit d'assaut la ville d'Almodevar, 
quoique bien fortifiée et défendue par une nombreuse 
garnison qu'il fit toute entière passer au fil de l'épée. 

(1) Marca , liv. 5, ch. 15. —(2) Surita, liv. 1 , cb. 41. Marca, liv. 
5, ch. 18. — (3) Surita, liv. 1, Annales, ch. 44. Marca. 



DE LA GASCOCTfC. 115 

Ce saccès et la sévéritë qui lavait suivi épouvantè- 
rent tcUement ceux qui jadis avaient tenu ferme dann 
lei j^ces voisines, qu'ils les abandonnèrent et les lais- 
sèrent sans défense. Gaston, après s'en être rendu maî- 
tre, passa TEbre sans obstacle et alla assiéger Saragosse, 
qu'il pressa de toutes parts. Après huit jours de tran- 
Aée il emporta (1 ) les faulxmrgs et tous les dehors jus- 
qu'aux murs de la ville. Alphonse, averti de ce progrès, 
aoooorut en toute hâte et donna une nouvelle activité 
an siège. Une armée Maure essaya de secourir la place, 
mais vojant la sagesse des dispositions qui protégeaient 
les assiégeants elle n'osa rien entreprendre et se retira 
de nuit. Le 10 octobre suivant, une seconde armée 
aooonrue avec des forces considérables, ayant attaqué 
les lignes dirétieunes, fut complètement défaite et 
laissa sur le champ de bataille le fils du Miramolin 
arec la j4ns grande partie de ses soldats. Huit jours 
après cette défaite, les assiégés ouvrirent leurs portes 
an irainqoeur. 

Alphonse, pour récompenser le vicomte de Béam , 
. Ini donna le titre de premier ricombre ou pair d'Aragon 
* mtec la seigneurie de Saragosse (2). Cette seigneurie 
ne comprenait toutefois que le quartier occupé par les 
dirétiens et se bornait presqu a la paroisse de l'an- 
denne et célèbre église de Notre-Dame Del Pilar. En- 
conragé par ces bienfaits, Gaston s'attacha de plus en 
pins à Alphonse et le suivit dans ses expéditions. Tarra- 
gone^ Catalayut (Tancienne Bilbilis) et Darroca tombé' 
rent successivement sous leurs coups. Cette dernière 

(i) StfriU. Marea, page 110. — (2) L« mémef. 



H 6 HISTOIRt: 

place ne se rendit qu^après une bataille sanglante où le 
vicomte de Bëarn se couvrit d'une nouvelle gloire (<). 

Quand Theure du repos fut venue, le roi de Castille 
traversa les monts, non comme le prétend Surita pour 
poursuivre le cours de ses triomphes ou faire valoir 
des prétentions, mais pour visiter Gaston et le pays 
d'où tant de bras s'étaient armés pour sa défense. D 
vint (mai 1122) dans la ville de Morlas (2) où rési- 
daient alors les vicomtes de Béarn. Centule II , comte 
de Bigorre, le frère utérin de Gaston et son compagnon 
d'armes, y parut aussi et y prêta hommage à Alphonse. 
Il reconnut tenir de lui le comté de Bigorre et ce qu'il 
pourrait acquérir dans la suite (3). A ce prix, il obtint 
du roi d'Espagne la ville de Rhodes près du Xalon, la 
moitié de la ville de Tarragone avec ses dépendances 
et une pension de 2,000 sols Jacques. On lui promit 
aussi la cité d'Albarasin lorsqu'elle serait conquise sar 
les Maures et quelques autres avantages. 

Dès que le printemps s'ouvrit , la guerre se réveilla 
en Espagne. Gaston y prit une part active ; mais avant 
de s'éloigner de Morlas^ connaissant les dangers qui 
l'attendaient , il voulut se rendre le ciel favorable. Il 
restitua (4) au prieuré de Ste-Foy la terre du bourg 
de St-Nicolas avec la rue qu'il y avait bâtie et le cens 
que lui payaient les habitants. Plus tranquille alors, il 
rejoignit Alphonse et combattit à ses côtés dans les 
royaumes de Valence et de Grenade, et dans TAndalou- 
sie. Enfin, ils allèrent attaquer ensemble G)rdoue, le 
boulevard des Musulmans. Dix de leurs rois avaient 

(1) Surita , Marca , Briz Marlinez , Ordine Vital. — (2) Sarita, 
Marca, p. 417. — (3) Surita, ch. 46, Marca, Manuscrit du Séminaîre 
d'Auch. — (4) Charte de Morlas, Marca. 



DK LA GASCOGNE. Ml 

Wé à sa défense et joint leurs étendards aux bannières 
du roi de. Cordoue. Us offrirent la bataille aux chré- 
tiens qui Tacceptèrent avec joie et remportèrent sur 
eux une bataille plus complète que les précédentes. 
Après cette journée , où il soutint sa haute réputation 
de vaillance (1 ), le vicomte de Béarn parait avoir résidé 
quelques années en Elspagne, soit dans sa ricombrerie 
de Saragosse, soit à la cour d'Alphonse. Nous le voyons 
durant ce temps paraître au conseil du roi ou signer 
les actes de sa munificence. 

Il n^était point rentré dans ses états, lorsque l'arche- 
vêque d'Auch, Bernard de Ste-Christie, termina sa lon- 
gue carrière. Il mourut en 1 126 en odeur de sainteté 
et fut enterré dansTéglise de Ste-Marie, près deTautel 
qu avaient béni ses mains vénérables. S'il faut en croire 
le carttdaire d'Auch (2), plus d'un miracle opéré sur sa 
tombe vint attester que sa mémoire n'était pas moins 
précieuse devant Dieu que devant les hommes. 

La religion venait alors de perdre parmi nous une 
autre de ses gloires. St-Bertraud gouvernait le Com- 
minges depuis près de 40 ans. Durant une visite pas- 
torale , il fut atteint d'une fièvre violente qui le força 
de rentrer au plus vite dans sa ville épiscopale. Son 
mal s'aggrava et ne laissa bient6t aucun espoir. Mais 
plus il approchait de ses derniers moments , plus s^ac- 
croissaient sa ferveur, sa piété et surtout sa confiance 
en Marie. Il se fit porter par les chanoines aux pieds 
de l'autel de la Vierge , patronne de sa cathédrale (3), 
et y mourut entre leurs bras après avoir donné à son 



(I) Surita, ch. 47.— (2) Voir Dom Brugelles et M. d'Aignan. — 
(3) Vie manuscrite de St-Bertrand, Bibliothèque du Séminaire. 



418 HISTOIRE ^ 

clergé, avec sa dernière bénédiction, de pieux et salutai' 
res avis. C'était le (6 octobre 1123ou1124. Les mira- 
cles qui avaient signalé sa vie , continuèrent après sa 
mort. Ils ont été recueillis par un auteur contemporain, 
né dans le Comminges et habitant le diocèse d'Auch. 
Nous ne citerons que ceux qui se rattachent aux mœurs 
de Tépoque. 

Un homme qui avait été connu particulièrement du 
saint fut jeté par un chevalier au fond d'une tour où 
plusieurs chaînes Tattachaient à une pièce de bois. 
Bientôt il se sentit dévorer par la vermine. Dans son 
délaissement et ses souffrances il se recommanda à la 
protection de St-BertrandquHl croyait au nombre des 
bienheureux. La vermine disparut aussitôt et, quelques 
jours après, le saint lui ayant apparu le délivra de la 
prison. Un homme nommé Arnaud, enfermé dans le 
château de Campan , et trois pauvres enfants, qu'un 
chevalier avait plongés dans un cachot, furent délivrés 
de la même manière. Un chevalier nommé Pierre, mil 
un homme en prison et le chargea de chaînes. Ajoutant 
Tinsulte à la cruauté , il disait à son prisonnier que 
St-Bertrand était tout-puissant pour rompre ses fers, 
qu'il pouvait s'adresser à lui avec confiance. Le malheu- 
reux captif l'ayant fait , le saint vint briser ses chatnes 
et le conduisit lui-même hors de la prison. Transporté 
de reconnaissance, cet homme vola au tombeau de son 
libérateur et publia partout le miracle. 

Une vieille tradition (1) raconte encore le fait sui- 
vant, que nous sommes loin de garantir. Bertrand était 
revêtu du caractère de nonce apostolique, lorsque les 

(1) Vie manuscrite, Manuscrit sur le Bigorre, Marca. 



DE LX GASCOGNE. \ \9 

liabitaiits de la vallée d'Azun maltraitèrent quelques- 
uns de leurs voisins. A cette nouvelle, le saint se trans- 
porta chez les aggresseurs et les exhorta à réparer les 
dommages. Non seulement sa voix fut méconnue, mais 
tandis qu'il jwéchait, les habitants de la paroisse d^Azun 
portèrent la bcutalité jusqu'à couper la queue à la mule 
qui lui servait de monture. Bertrand, forcé de sortir de 
la vallée, la frappa d'interdit. Aussitôt les arbres perdi- 
rent leurs fleurs et leurs fruits, la terre ne porta plus 
de semences , les femmes et les femelles des bestiaux 
devinrent stériles. Le fléau dura cinq ans. Domptés par 
leur malheur, les coupables vinrent demander pardon 
à St-Bertrand et s'obligèrent à donner annuellement à 
Féglise de G>mminges le beurre qu'on ferait dans la 
vallée durant la semaine de l'Ascension. Quoiqu'il en 
soit de ce fait, la redevance fut payée jusqu'en i 790. 

Le souvenir de Bertrand remplit la vallée de Ba- 
rousse. On y montre le rocher qui, détaché de sa base, 
obstruait la route, et que la voix du saint fit reculer 
pour laisser le passage libre aux voyageurs. Dans la nef 
de la cathédrale on voit appendu le squelette d'un lé- 
zard ou crocodile , dont on assure que le saint délivra 
le pays. Ce monstre dont les cris ressemblaient aux 
vagissements d'un enfant, avait, dit-on, choisi sa retraite 
dans le quartier appelé de Labat, et dévorait ceux que 
la pitié ou la curiosité attirait près de son antre. St-Ber- 
trand le mena comme un agneau sur la place de la 
Cité oii il expira. Dans la sacristie on garde la corne du 
saint, son anneau pastoral, ses gants, ses sandales et sa 
chappe, magnifique brocart d'or. 

On croit que le pape Alexandre III , élevé sur la 
chaire de St-Pierre en i i 59 , lui déféra les honneurs 



i20 HISTOIRE 

publics de la sainteté. Le nécrologe de la Case-Diea 
porte expressément que Guillaume d'Andofielle, arche- 
vêque d^Auch son neveu , le fit canoniser , eumfecit 
canonisari. Clément, à qui Ton attribue généralement 
cette canonisation, ne fit que relever de terre le corps. 
On le garde dans une châsse d^argent, achetée en 1 748 
par les libéralités du clergé de G)mminges. La tête, 
garnie de presque toutes ses dents, est dans un buste 
d argent , ornée de la croix pastorale de M^ Barthé- 
lémy Donadleu, mort en odeur de sainteté au commen- 
cement du XVII* siècle. Ce buste est promené dans la 
ville dans certaines processions générales. La châsse 
ne parait qu'à l'ouverture et à la clôture du jubilé pé- 
riodique de St'Bertrand. Un bénéficier de Comminges 
ayant arraché quelques dents du chef, le chtapître ne 
lui pardonna point une dévotion aussi outré^e, et le fit 
condamner à être fustigé par le vîguier autour du 
cloître (4); ce qui fut exécuté sans miséricorde Nul 
nom dans nos Pyrénées n^est aussi populaire que celui 
de St-Bertrand ; et toutefois, le fait est assez étrange 
pour que nous en fassions ici la remarque, aucune église 
ne lui est dédiée non seulement dans le diocèse dont 
il fut longtemps la gloire , mais peut-être même dans 
toute la Gascogne. 

Bernard III , comte de Comminges , avait précédé 
dans la tombe son premier pasteur. Il était mort vers 
Tan H 20 et avait laissé plusieurs enfants sous la tutelles 
de Fortaner, son frère. Bernard IV (2), l'un d'eux, n^ 

(1) Vie manuscrite de St-Bertrand; elle était destinée à Yoir 1^» 

jour. — (2) La Généalogie des comtes de Comminges est pleine d'obs 

curités. Les Grands Oftîciers de la couronne, FÀrt de vérifier le— 
dates et dom Vaisselle ne s'accordeni ni sur le nom , ni sur le nQ 



DE LA GÀSœGHE. 42 1 

tarda pas à réunir entre ses mains les parties depuis si 
longtemps éparses d^un pays assez borne; preuve mani- 
feste que Fortaner et tous ses autres neveux étaient 
morts sans enfants. Il possédait seul le comté en 1 i 30. 
La haine qui divisait sa famille et la maison de Bigorre 
s'était réveillée plus ardente que jamais sous un de ses 
parents, et vraisemblablement sous son père. A son ins- 
tigation, Sans Garsie d'Aure refusait à Centide, comte 
de Bigorre, Thommàge qu'Odon , père de Garsie, avait 
rendu au père du comte. Centide recourut à la force et 
obligea son vassal à reconnaître ses lois. Arnaud Lau- 
dic (i), parent dû rebelle et le comte de 0)mminges, 
qui avaient épousé sa querelle avec chaleur , furent si 
piqués de cette soumission , qu'ils armèrent leurs vas- 
saux et provoquèrent Garsie à un combat. Mais Cen- 
tule étant accouru à son secours , ils n^osèrent point se 
mettre en campagne, ni se rendre au lieu assigné. 
Laudic offrit d^ester à droit par devant le comte de 
Bigorre, et le duel fut ordonné par la cour du comte 
entre Sans Garsie et Laudic. Celui-ci, au mépris de ses 
offres, déclina la sentence, abandonna à la discrétion 
du comte les otages qu'il avait donnés et n'en poursui- 
vit pas moins vivement son ennemi qu'il chassa de la 
vallée de Larboust. Centule, pour dédommager Garsie, 
fit bâtir le château de Laubespin et le lui donna ; mais 
malgré ce don, Garsie ne tarda pas à se réconcilier avec 
son cousin. Le comte , à qui ce projet avait été caché , 



de ces seigneurs. Nous avons adopté le sentiment de Dom Vaissette. 
L'iiistorien du Languedoc est plus explicite et parait avoir mieux 
débrouillé ce cahos que ses doctes confrères. 

(1) Manuscrit du Séminaire d'Auch, Marca, p. ^16. 



^22 HisTOIRE 

demanda qu^on lui remit son château. Le seigneur 
d'Aure, sans se presser d'obéir , se rendit en Bigorre 
avec Raymond d'Aspect, prêta de nouveau serment de 
fidélité et obtint que le château resterait entre ses 
mains, après toutefois avoir donné douze otages et pro- 
mis de le rendre à la première réquisition du comte, 
en colère ou non, irato vel non irato. 

Garsie, comme la plupart des seigneurs de son épo- 
que , était inconstant et léger. Peu de jours après , il 
s'accommoda avec le comte de Comminges, ennemi 
déclaré de Centule, et se retira sur ses terres. Le comte 
de Bigorre requit l'évêque et le cointe de G>niminges 
d'obliger Garsie de lui rendre son château. L'évêque 
ne voulut pas employer les foudres de l'église et le 
comt^protégea hautement le coupable. La querelle 
s'envenima et on arma de part et d'autre. Gaston de 
Béarn, rentré alors d'Espagne, embrassa la cause de 
son frère et lui envoya des secours sous les ordres de 
Sans Parra d'Oltia, chevalier de la vallée d'Aspe. Cet 
officier ravagea le pays de G)mminges (i) , et s'étant 
approché de la cité, il enleva des bestiaux appartenant 
à l'évêque. St-Bertrand, car c'était lui-même, alla en 
personne les réclamer, mais Parra répondit que n'ayant 
fait que ce qui lui était permis par le droit de la guerre, 
il n'était tenu de les relâcher qu'autant qu'on lui en 
paierait la juste valeur. Le saint insista et assura le gé- 
néral de la part de Dieu qu'il serait récompensé de sa 
générosité avant sa mort. L'auréole de sainteté qui en- 
vironnait le prélat donnait du poids à ses paroles; Parra 
se laissa gagner et rendit les bestiaux. 

(1) Vie manuscrite de St-Bertrand. 



DE L4 GAS00C5E. 123 

Nous ignorons , et nos lecteois ne s'en étonneront 
fwjnt, lesaolres événements de cette guerre. Noos savons 
seulement que les deux comtes éunt allés à la cour 
d'Aragon, j trouvèrent Laudic qui s'était rendu vassal 
du roi, et Sans Garsie, qui à leur vue implora la pro- 
tection du prince contre Centule. Alphonse, sur les 
plaintes de ce dernier, ordonna un duel , et statua que 
sioeduel était contraire à Garsie, son corps seraityb//a£r, 
e^ert^-dire que sa vie et son honneur seraient à la dis^ 
crétion du suzerain irrité. Le seigneur d'Aure n^osa pas 
en courir les risques. Il aima mieux se soumettre, remit 
le château, prêta encore hommage et donna des otages 
pour assurance qu'il servirait Centule contre tolis les 
hommes du monde. Cette nouvelle promesse ne fut pas 
mieux gardée que les précédentes. Centule ayant été 
fait prisonnier, on ne sait en quelle guerre ni en quelle 
occasion, Carsie ne vint pas à son secours; mais en re^ 
vanche, quand le comte eut recouvré sa liberté, il 
réitâra ses protestations en présence (\) d'Arnaud de 
Lavedan, d'Auger des Angles, d'Odon de Benac , de 
Fortancar d'Asté , de Ramond d'EUvilar , ou plutôt de 
Viéhu Odon d'Aure, fils de Garsie, rendit en même 
ten^M hommage pour toutes $es terres. 

Le frère de Centule de Bigorre , Gaston de Béam , 
signalait son retour d'Espagne par des fondations 
pieuses. Le 6 avril 1117, de concert avec Talèse sa 
femme et Centule son fils, il bâtit le monastère de Sau^ 
balade (2) dans le diocèse de Les car, et le donpa aux 
Cisterciens. U le dota du territoire de Saubalade, alors 



(1) Manuscrit du Séminaire d'Auch. — (2) Chartes, Silva Lata, •» 
Marca, p. 411. 



\ 



<i^ 



124 HISTOIRE 

vaste forêt comme son nom l'indique {de sjhâlatd)^ 
et y ajouta cent sols de rente, trente gourbillons, c'esl- 
à**dire cent cinquante conques de sel à prendre au lieu 
de Salies et soixante barriques de cidre qu'il assignasur 
toutes ses terres. Guy de Lot , évêquede Lescar, For- 
taner d'Escot, Garsias de Monens et une foule d'autres 
seigneurs signèrent x^ette donation avec le vicomte. 
Malgré l'adhésion de son évêque, le chapitre de Lescar 
y mit quelque opposition, mais il se désista quand le nou- 
veau monastère eut promis le tribut d'une livre d'encens 
à la cathédrale et une subjection spéciale au prélat 

Gaston reprit peu de jours après le chemin de la 
Péninsule, laissant le gouvernement de ses états à Cen- 
tule son fils, et conduisant (\) sous ses bannières une 
foule de guerriers nés dans les provinces voisines des 
Pyrénées. La prise de Molina est le seul fait d'armes 
qui nous soit resté de cette campagne. En H 30 , 
Alphonse, on ne sait trop pourquoi, vint assi^r 
Bayonne. Martinès (2) nous montre près de lui les 
comtes de Béam et de Bigorre , mais il est peu vrai- 
semblable que le premier ait paru dans les rangs de 
l'armée Espagnole. Nous préférons l'autorité de Ferre- 
ras. Celui-ci prétend que tandis qu'Alphonse assiégeait 
Bayonne, Gaston et l'évêque de Huesca défendaient 
ses états contre les Sarrasins de Lérida, de Tortose et 
de Valence qui voidaient profiter de l'absence du prince 
pour y pénétrer. A la vue des ennemis, les deux géné- 
raux n'écoutèrent que leur courage, et malgré l'inéga- 
lité des forces, ils acceptèrent une bataille rangée , où 
ils périrent après des prodiges de valeur; on croit même 

(Ij) Surita, Garibay. — (2) Liv. 5. 



DE LÀ GASCOGIIE. 'llZS 

tfae la trahison ou la ruse aida au triomphe des Infi. 
dèles (1). Ainsi mourut le héros de Jérusalem comme 
sans doute il désirait mourir, du moins comme il a tou- 
jours été beau de mourir , mais surtout au xii* siècle , 
en combattant les ennemis de la foi. Transporté à Sa- 
ragosse , son corps fut déposé dans Téglise de Notre- 
Dame del Pilar, et Ton dit que le trésor de cette église 
montre encore avec orgueil les éperons et le cor de 
guerre du valeureux chevalier. 

Il mourut en 1 1 30 ; une charte de son fils constate 
Tannée. Il eut de Talèse, fille unique et héritière du 
vicomte de Montaner, cinq fils dont le dernier, Centule, 
lui survécut seul avec une fille nommée Guiscarde. Sa 
piété égala son courage. Les fondations que lui doit l'é- 
ghse sont sans nombre. On lui attribue communément 
la gloire d'avoir bâti le monastère de Ste-Christine (2) 
sur le point culminant de la montagne qui sépare la 
France de l'Aragon, vraisemblablement parce quil 
l'avait restauré. Ce fut longtemps le St-Bemard des 
Pyrénées, destiné à donner asile aux pèlerins, aux 
marchands, aux laboureurs, aux pauvres qui s'égaraient 
souventparmilesneiges ouïes orages. S'il faut en croire 
l'ancienne légende trop gracieuse pour que nous ne la 
recueillions point, les bâtiments ne s'élèvent pas à l'en- 
droit où l'on avait d'abord résolu de les construire. Un 
ramier (3) portant une croix en son bec , s'alla percher 
un matin sur un buis. Les ouvriers accoururent pour le 
contempler, mais il s'envola à une légère distance, 
et de vol en vol, il les entraîna ainsi jusqu'au lieu où il 

(1) Marca, liv. 5, ch. 23. —(2) Marca , ch. 24. — (3) Charte de 
Gabas , Marca^ 428 et 29. 



\ 



^ 26 HISTOIRE 

laissa tomber la croix, et qu'ils crurent désigné du ciel 
pour y bâtir l'église. Ils* y transportèrent les matériaux 
et gravèrent sur l'autel un ramier blanc avec la croix 
en son bec. Ce furent depuis les armes du monastère. 
Gaston éleva encore dans le passage des Pyrénées 
l'hôpital de Gabas, dans la vallée d'Ossau, à trois 
lieues de Ste - Christine. Guillaume , prieur de ce 
dernier monastère et évoque de Pampelune, né lui- 
même dans le Béarn, y conduisit les clercs qu'il pritdans 
sa communauté, et Gaston fournit les rentes et octroya 
les immunités nécessaires. I/évéque d'Oleron, Arnaud 
de Bas, consentit qu'on érigeât à Gabas une chapelle, 
en bénit l'autel et permit à ceux qui habitaient la mai- 
son d'y établir un cimetière. Peu de temps après , les 
clercs de Ste-Chrisline achetèrent de Brun et d'Auger 
de Bidouse et de Bernard de Nay, une grande étendue 
de terre, appelée à Nay, au milieu de laquelle s'élevait 
jadis un bourg alors complètement ruiné et démoli. Ils 
firent cet achat pour trois cents sols et un cheval. Ber- 
nard de Nay voulant ensuite retenir par ruse un paysan , 
ils ajoutèrent trois cents sols Morlas. A cette querelle 
en succéda une autre plus vive avec le chapitre de Les- 
car pour le territoire de la Pause, donné successive- 
ment et au chapitre et à leur monastère. La transaction 
qui survint leur permit de bâtir une église à Nay (^) j 
c'est la première origine de la ville qui porte ce nom et 
qui ne prit son développement que sous la comtesse 
Marguerite, alors veuve de Roger Biernard, comte de 
Foix. La transaction se fit sous les auspices de Gaston 
entouré de sa cour majour, où figuraient Odon de Cade- 

(i)Marca,liv. 5, cb. 24. 



DE LÀ GASCOCIIE. ^127 

Ion, R. Garsias de Cavaston, Assieu de Navailles, 
<ïarsia8 de Mieussens, G. Odon d^Andouins, R.-A. de 
Gerderez, Bernard de Coarase, Bernard et Fortaner 
d'Espouey , Gautier de Meillon , Odon d'Enguy , Si- 
card d'Assat et Raymond de Bidanos. 

Gaston, durant sa longue et brillante carrière, avait 
aggrandi les états de Béarn , des vicomtes de Monta- 
ner et de Soulc. Talcse, sa femme , lui avait porte la 
3)remière. Ses armes avaient conquis la seconde, sans 
qu^on puisse assigner ni Tépoque, ni les causes, ni les 
événements de cette conquête. Chrétien pieux, preux 
<;1ievalier , un dernier rayon manquait à sa couronne, 
^t pour que sa gloire fût complète , Gaston sut l'y ajou- 
ter. Il octroya les franchises de Morlas et celles d'Ole- 
7on , les plus anciennes qui nous soient connues. Dans 
les premiers jours de son administration , il avait con- 
firmé les ybr^ ou coutumes de Béam dont la compila- 
tion était antérieure, et dont l'origine se perd , dit-on , 
dans la nuit des temps. La cour majour assemblée en 
^240, déclara que les diverses peuplades du Béarn s'é- 
taient réunies dans le principe sous les auspices du for 
général. 

A part ritalie , notre Gascogne devança le reste de 
TEurope dans la carrière de la liberté. Elle n'oublia 
jeut-étre jamais complètement les formes du gouver- 
Tiement Romain , ou du moins ce souvenir se réveilla 
l)ientôt. Aussi, longtemps avant que les provinces du 
iiord, secouant enfin les chaînes pesantes sous les- 
<pielles les avait comprimées la hachç des Barbares, 
"fissent entendre le noble cri d'émancipation, le Béarn, 
le Bigorre et sans doute aussi nos autres grandes sei- 
gneuries étaient émancipés. Le Bigorre surtout avait 



\ 



128 HISTOIRE 

son droit écrit. A peine Bernard III, le frère puiné de 
Gaston eut-il succédé à sa mère Béatrix, que Guillaume, 
évéque de Tarbes (i), Grégoire, abbé de St-Pé, Pierre, 
abbé deSt-Savin, Guillaume, prieur de St-Lisier, 
Arnaud , vicomte de Lavedan et toute la cour de Bi- 
gorre lui demandèrent de faire rédiger les coutumes, 
du pays, comme elles avaient été ordonnées par Ber- 
nard II , son aïeul (*). Le jeune seigneur fit assembler 
ceux qui avaient vécu sous le vieux comte; le nom de 
ces vieillards nous a été conservé : c^étaient Raymond- 
Guillaume de Seméac, Raymond - Guillaume d'Ase- 
reich, Garsias-Donat d'Orbeac et Arnaud -Aner de 
Montaner. Sur leur rapport , Bernard III fit colliger 
quarante-trois articles. La noblesse, le clergé, le tiers-état 
même concoururent à cette rédaction qui s'est conser- 
vée jusqu'à nous, et où l'on trouve des détails précieux. 
N'osant point la donner toute entière, à cause de sa 
longueur, on nous permettra d'en analyser rapidement 
les principales dispositions. Nous empruntons ce travail 
à M. Faget de Bore (2) ; nous ne saurions choisir un 
meilleur maître lorsqu'il s'agit de législation Gasconne. 

Art. i". Après le serment du comte, tous les che- 
valiers doivent lui prêter serment de fidélité et lui 
donner caution , s'il l'exige. Tous les habitants des 
vallées, soit chevalier, soit fantassin ou roturier, doivent 
faire le même serment en personne ou par procureur. 

Art. 2. Nul ne peut élever un fort sans l'aveu du 
comte. Si le fort existe, nul ne peut le reconstruire en 

(1) Marca,liv. 9, ch. 6. Manuscrit du Séminaire d'Auch. — 
(2) Histoire du Béarn. 

(*) Voir la note 9 à la fin du volume. 



DE LA GASCOGWE. 1 2î) 

3)ierre sans la permission du comte. En cas de contra- 
-venlion , le fort sera démoli ou remis au comte. Les 
:forts bâtis avec son consentement seront livrés une fois 
-^îhaque année au seigneur apaisé ou courroucé; mais le 
seigneur ne pourra les retenir au mépris de la loi terri- 
toriale. 

Art. 3. Les domaines aliénés pendant la minorité 
^u comte, ou pour subvenir aux dépenses d'une guerre, 
seront restitués au comte à la première réquisition. 

Art. 4. Si quelqu'un prétend avoir reçu quelque tort 

<iu comte, au préjudice de la loi , il s'adressera d abord 

^SLVL comte par le canal de ses secrétaires familiers. S'il 

^obtient pas justice, il aura recours aux gentilshommes 

^upajs qui semondront le comte deux fois. Si ce moyen 

-«st employé sans succès, il portera sa plainte à la cour 

^u pays, fera ses preuves et laissera s'écouler quarante 

jours. Après ce délai, s'il n'obtient aucune satisfaction, 

il pourra se retirer hors du pays. S'il revient dans la 

«uite après avoir fait sa paix, le comte lui pardonnera 

les dommages qu'il aura causés pour se venger du déni 

de justice, et tous ses biens lui seront rendus. 

Art. 5. Les franchises , les exemptions , les sauve- 
gardes et la paix seront conservées aux monastères, 
^insi qu'aux églises paroissiales dans les limites fixées. 
IfGs voleurs publics seront arrêtés, malgré le droit 
d'asile. Les monastères , s'ils acquièrent des alleux , se- 
yant obligés de fournir un homme d'armes de service. 
L^ paix sera gardée en tout temps aux clercs , aux 
"Moines, aux voyageurs, aux dames et à leur suite. 
Si quelqu'un se réfugie auprès d'une dame, il aiura 
^^•^■^eté de sa personne en réparant le dommage. 

^rt. 6. Que la paix soit toujours avec le ruslique 



i 



i 30 HI$TOIRE 

que ses bœufs et ses instruments aratoires ne puissent, 
jamais être saisis. S'il est caution de son seigneur, quB% 
ne soit jamais contraint de payer au delà de ce qu'm^ 
doit lui-même à son seigneur. 

Art. 7. Le comte aura droit d'exiger des gens libr 
trois corvées par an, un repas, une poule à Noël, 
agneau à Pâques. Les rustiques assujettis au cens, ains- i 
que les gens libres , ne seront tenus de suivre le comt^^ 
à la guerre que dans le cas d'une invasion et pour 1^^^ 
défense du pays ; les habitants des vallées seront tenu, ^g^ 
de s;iivre le comte dans les expéditions légitimes. 

Art. 8. Si les personnes libres reçoivent quelque tor^Mt 
de leur seigneur particulier, elles lui demanderont jus — -^ 
tice; et vingt jours après le déni, elles pourront, sous l^i^^ 

protection du comte , choisir le seigneur qu'elles vou 

dront. Si quelque homme libre, à la mort de son sei 

gneur, quitte la seigneurie, il sera tenu de.choisir uu^^ 
seigneur dans le délai de trois semaines. S^iln^apa^^^ 
fait un choix après le terme, un chevalier, quel qu'il^V 
soit , mettra sur lui le plaid du comte et le dénoncera. - — 
Le comte attribuera l'homme libre à l'un de ses chcva— — 
liers, qui deviendra le seigneur légitime de cet homfte, ..^ 

et le dénonciateur recevra cinq sols. Il est défendu ^ 

d'acquérir un alleu dont la franchise est ignorée. Toule^^ 
recherche tendant à faire revivre cette franchise est — ^^ 
interdite. En cas de contravention, l'acquéreur sera -^ 
assujetti au service envers le comte. 

Art. 9. Si quelqu'un trouble la paix et refuse une '^ 
composition amiable, on s'adressera d'abord/au seigneur ^^ 
du délinquant, et si l'on n'obtient pas justice, le recours 
au comte est ouvert. Ou ne recevra dans le Bigorre '^■ 
aucun champion étranger. Si quelque Bigordan possède "^ 



DE LA 6ASGOOICE. 431 

un fief hors du comté, que les Bigordans le tiennent en 
paix. 

Art 10. Défense à tous de pêcher, de chasser, avoir 
autour, etc. etc., et tenir taverne, sauf aux monastè- 
res et aux chevaliers allant à l^irmée, et gardant plaids 
et cour. Ce qui est écrit des chevaliers s'entendT seule- 
ment de ceux qui suivent par état Tarmée, la cour et 
les plaids. 

Art. H . Le comte a seul le droit d'armée et de che- 
vauchée. Les amendes au dessus de cinq sols lui appar- 
tiennent^ et lui seul exerce la haute justice, même dans 
les terres de ses barons. La confiscation des biens n^a 
point Ueu , eto. etc. 

Telle est Fancienne coutume du Bigorre; la plupart 
de ces articles sont répétés dans le for du Béarn , et les 
droits du souverain y sont stipulés à peu près de la même 
manière. Une disposition propre à celle du Bigorre, 
est Fobligation imposée aux personnes libres de choi- 
sir un seigneur et la prescription des alleux. Elle nous 
apprend par quel moyen les seigneurs parvinrent à 
classer les biens et les personnes dans le système féodal. 
.:,Une disposition non moins remarquable est celle qui 
met sous la sauve-garde publique le laboureur, le 
voyageur, Tecclésiastique et les femmes. On y recon- 
naît avec plaisir la voix de Thumanité qui protège les 
faibles. Un sentiment plus délicat encore a dicté cette 
loi qui permet au coupable de se réfugier auprès d'une 
fenuxie, et qui donne à cette espèce d'asile le privilège 
dets temples. Les Germains croyaient sentir dans les 
femmes la présence de la divinité. Est-ce à ce respect 
religieux qu'il faut rapporter l'usage adopté par le Bi- 
gorre, ou faut-il l'attribuer à l'esprit de la chevalerie ? 



} 



ii2 HISTOIRE 

CHAPITRE II. 



Évêques de Tarbes , — de Lescir , — de Dax , — d'Oleron , — de Buts , - 
Biyonne , — d'Aire , — de Leetonre. —Fondation da monastère de Bonillas. 
Gaillaone d'Andozille passe da siège de Leetonre à rarehefèelié d'Audi. 



L'ëvêque Guillaume, qui avait provoqué la rédaction 
des coutumes du Bigorre, avait succédé sur le siège d e — = 

Tarbes, à Pons II (4). Pons avait eu besoin de toute sa ^ 

sagesse pour rétablir la régularité et la «paix , sa com 

pagne inséparable, dans le prieuré de Madiran , quu — 
Bonpar avait laissé à sa mort à Guillaume Par son fils. 

Celui-ci (2) , après quelques années d'une administra 

tion brillante et prospère, se laissa aller à l'orgueil et: — ^ 

aux vices que Torgueil amène. Le scandale fut si pu 

blic, que l'évéque Pons et Centule I®', Tépoux de Béa 

trix, le chassèrent du prieuré et mirent à sa place un^^ 
religieux, tiré d'une maison étrangère. Ce religieux*nc^^ 
vécut pas longtemps. A sa mort, et avant que l'élecflfeu^^ 
nouvelle fût terminée , Pons et le sénéchal du comte^^ 
survinrent et firent reconnaître les droits de l'abbayc^^ 
de Marcillac. La maison fut renouvelée et confiée an^^ 
prieur Boson qui, par son zèle, sa prudence et son^^ 
habileté, parvint à guérir les plaies faites à la discipline 
et à ramener les vertus dans un sanctuaire d'où le 
exemples de son ancien supérieur les avaient bannies^ 



(1) Gcdlia Christiana. — (2) Carlulaire de Madiran, Manuscrîfl 
du Séminaire d'Auch. 



DE LÀ GASOOGNE. 433 

Guillaume eut à soutenir une lutte contre Tévéque de 
Lescar. 

Guy de Loth, ou plutôt de Loos, ainsi se nommait le 
dernier prélat , était né dans le Béarn (<) d'Arnaud- 
Guillemde Loos, seigneur de ce village, et de Sanchéa 
Vacca (Sanchie la Vaché), sa femme. Son père le fit 
admettre dans le chapitre de Lescar , sous Tépiscopat 
de Sanche, et lui donna pour son entretien une dîme 
et quelques domaines. Le nouveau chanoine s'appelait 
Galbert; il prit à son sacre le nom de Guy. Un de ses 
premiers soins fut d'assurer au chapitre qui lavait élu 
les donations que lui avait faites son père, et qu il aug- 
menta , quand la mort de Cajard de Loos son Irère , 
eut accru ses richesses. On dirait qu'il consacra s a vie 
entière à agrandir les revenus de son église , soit en 
provoquant de nouvelles libéralités, soit surtout en 
faisant restituer celles qui étaient usurpées ou déte- 
nues. Trois frères, sous Tévêque Sanche, avaient donné 
à Lescar la moitié de l'église de Tèse; mais bientôt ils 
avaient eux-mêmes fait naître au sujet de ce don des 
difficultés que le chapitre leva, en leur comptant cent 
sols Morks. Alors leur neveu réveilla l'instance , et 
pour acheter son désistement, Guy se chargea de son 
entretien. Raymond de Bizanos remit à l'évêque, en 
vertu du testament de son père , le quart de l'église 
d'Abos; mais après la mort de Raymond, son fils voulut 
reprendre la dîme de vive force. Toutefois, il ne tarda 
pas à se repentir de ses violences , et confirma la dona- 
tion en présence de la vicomtesse Talèse. A cette occa- 
sion, il reçut de Guy cent-cinquante sols Morlas, et ses 

(1) Gallia CAmtiawa, Marca , liv. 5, ch. 30. 



<34 HISTOÏRÊ 

trois pleiges OU cautions en reçurent quarante. La raisoif 
de cette libéralité s'expliquera sans peine , si Ton se 
rappelle que, d'après la coutume de Béarù, les cautions 
payaient les infractions garanties. 

Raymond de Sévignac, chanoine de Lescar, peu 
après la mort de sa sœur , et selon son désir, donna la 
moitié de Téglise de Sévignac. Arnaud et Guillemat , 
ses neveux, et Sans-Garsie, leur père , y consentirent, 
mais Odon de Sévignac s'y opposa et interdit à ses tenan- 
ciers l'entrée et la sortie de l'église par sa terre. Mais 
enfin, s'étant trouvé présent à la consécration de l'églisse 
de Serigos, il abandonna ses prétentions entre les mains 
de Guy, leva, les défenses faites à ses hommes et accorda 
à jamais la libre entrée et sortie de l'église. 11 vint en- 
suite à Lescar, entra dans la salle capitulaire, fut reçu 
en société de bonnes œuvres et confirma sur l'autel son 
désistement L'évéque lui délivra en même temps cent- 
trente sols et en délivra vingt à Jourdain de St-Leser, 
frère d'Odon, et quarante à trois pleiges, dix àGuillem- 
Arnaud de Montaner, dix à Pierre de Semacourbe et 
vingt à Bernard Garsie de Cadelon. Les témoins sont 
Cérébrun de Cadelon, Arnaud d'Espouey, Brun de 
Bidos, Odon de St-Jean-Poutge avec son fils Amkud^ 
Garsie, Ramond de Carrère et G. de Lanafrancon. 

Nous avons déjà vu que les seigneurs savaient rendre 
nul le don des églises fait au clergé quand ce don 
leur déplaisait. Maîtres du village entier, et par là 
des terres qui environnaient l'église, ils interceptaient 
le passage, et ainsi l'exercice des cérémonies religieuses 
devenait impossible. Le clergé transigeait alors presque 
toujours et levait l'obstacle à prix d'argent. La vie de Guy 
tious en offre un exemple. Comme le prélat se rendait 



DE LÀ GASGOGMiu 135 

k StrPë de Générez, Aramond-Garsie de Mont, accom- 
pagné de Q>rnélie^ sa femme, lui donna les deux tiers 
de relise de ce lieu , en présence de Pierre des An- 
gles et d'Esdour Guiraud de Juranson , et en reçut deux 
cent cinquante sols Morlas. Quelque temps après , Ra- 
mond de Clarac, parent du donateur, et qui possédait 
la seigneurie du village de Mont et de Tentrée et de la 
sortie de Téglise, {fui liabebat dominium yillœ (T Es- 
mont et super introïtum et exitum ecclesiœ , céda tous 
les droits héréditaires qui lui appartenaient sur Féglise 
et en assura les voies à perpétuité. 

Gnj savait, quandillefiillait, recourir aux formes 
judiciaires. Bernard de G>rbères retenant le casai de 
Luc, que Galinde, son frère, chanoine de Lescar, avait 
légué an chapitre, Févéque en appela au vicomte Gas- 
ton, qui en ordonna la restitution, moyennant seize sols 
Morlas. Raymond de Bisanos ne voulait point rendre 
le quart de Féglise de ce nom, sous le prétexte que son 
père avait donné un cheval à Bernard.de Bas, un des 
{Hrédécesseurs de Guy, et en avait reçu cette dlme en 
paiement. Guy Fattaqua devant la cour majour et ob- 
tint qu'on en viendrait au jugement du fer chaud. Le 
chevalier n^osa pas tenter l'épreuve , il rendit la dime 
et prit dix sols pour la valeur du cheval. Guillaume de 
Lanafrancon retenait la dime de Pau, alors encore sim- 
ple château, à peine entouré de quelques champs en 
culture au milieu d'une inunense lande (1). Sur la 
plainte de Févéque, le duel fut ordonné et Guillaume 
céda. Guillaume, ëvéque de Dax, disputait à Lescar 
le fief ou honneur de Sault. Le combat judiciaire eut 

(1) Marca , page 4{M). Garlulaire de Lescar. 



136 Histoinfi 

lieu, mais comme le succès était égal entre les deu^ 
champions , les prud'hommes accordèrent les parties et 
les obligèrent à partager les revenus du fief. La sen- 
tence fut placée sous la sauve-garde du vicomte de 
Sault. 

Dans les combats judiciaires, la victoire teirmînait le 
procès, le ciel ^vait prononcé lui-même ; mais il y avait 
transaction quand le succès se balançait. Les habitants 
de Lescar réclamaient l'usage d'un bois des héritiers 
de la maison d'Arrigaloube. Gaston, saisi de la plainte, 
ordonna le duel qui dura huit jours sans avantage pour 
aucune des parties. Elles s'accordèrent en présence du 
vicomte et de Fortaner d'Escot, d'Arnaud de LescureS) 
d'Odon de Cadelon, de Ramond Garsias, de Gaston, de 
Guillemod d'Endouins , d'Arnaud de Mieussens et 
d'Espagnol deMonens. 

Quand la justice des hommes était impuissante ou 
menteuse , Guy en appelait aux foudres spirituelles 
que la religion avait déposées dans ses mains. Un juge- 
ment rendu au nom de Gaston par Forton de Pau, 
viguier héréditaire du vicomte, lui avait ôté l'église de 
Lar, près de Morlas, donnée au chapitre par Guillaume 
Gassie de Lar et l'avait transportée à Garsias, abbé laïc 
de Romas. L'évêque frappa Garsias d'excommunication 
et mit l'église sous l'interdit ; le vicomte s'interposa en 
qualité de bon baron. Garsias garda l'église durant sa 
vie, mais promit de la rendre à sa mort , ce qui fut exé- 
cuté par ses héritiers , qui y ajoutèrent les droits qu'ils 
avaient sur Romas. 

Des libéralités volontaires vinrent en grand nombre 
enrichir la cathédrale sous son épiscopat. Arnaud de 
Coarrasc , pour le prix de cent sols Morlas, donna la 



DE LA GASCOGKE. 437 

dtme de onze maisons situées dans son lieu du Bas , 
depuis incorporée à Coarrase. Talèse et son fils Centule 
assistaient à cette donation. Le chanoine de Caubios 
lui légua la moitié de Téglise d'Osse avec deux dîmiers 
(desmers, decimarii) dans Monens. Arnaud de Gardè- 
res , par Favis de Gaston et d'Auger de M iramont^ 
donna la moitié de l'église deCazenave et reçut de Guy 
cinquante sols Morlas et un cheval de prix , que son 
père Aremon-Amaud avait légué au chapitre. Guisle 
d'Andouins, veuve d'Aner-Loup d'Andouins, fut en- 
core plus généreuse. De concert avec son fils Bertrand, 
elle abandonna à Téglise de Lescar la propriété des 
abbayes laïques d'Arthez et d'Occures , et plus tard 
elle y ajouta en société avec Guillaume Odon et Gassie, 
ses deux autres fils, deux paysans dans Arthez. On sait 
que les d'Andouins finirent à la célèbre Corisandre qui 
porta les biens de cette opulente maison dans la famille^' 
de Gramont Parmi les bienfaiteurs , le cartulaire de 
Lescar cite encore Arnaud-Garsias d'Arbeis, Fortaner 
de Lagor, Guillem-Fuert son fils, Bernard de Livron , 
Garsias-Sans de Gelos, Bernard d'Abon, Odon d'Ar* 
zac, Pierre de Luc, Sans-Aner de Bomort, Bertrand de 
Lanuce, et plusieurs autres dont il serait trop long de 
recueillir les noms. 

Guy ne fut pas aussi heureux contre Tévêque de 
Tarbes et le prieur de Ste-Foy qu'il l'avait été contre 
les seigneurs Je Béarn. Le premier garda la supréma- 
tie sur St-Pé de Générez, malgré une longue procé- 
dure qui parut un instant donner gain de cause à son 
adversaire, et le second les dlmiers de Ste-Foy, en 
payant toutefois à l'évoque de Lescar vingt conques de 
forain. Guy'se consola de ce noble échec en allant combiit 



438 msToïKÈ 

ire les Infidèles ( 1 ); il s'arma du casque, prit la conduite 
d^un corps d'arinée et parut au siège de Saragosse, à 
côté de Gaston et de Centule. Blanca, qui nous a con- 
servé ce fait , nous le montre ensuite confirmant Tin- 
dulgence accordée à tous ceux qui aideraient de leurs 
deniers la reconstruction de Téglise de Notre-Dame 
del Pilar, qu on a appelée ainsi parce qu'on y. montre 
le pilier sur lequel la Ste- Vierge apparut à Tapôtre 
St-Jacques, patron de TElspagne. Lui-même , à son re- 
tour, fit paver en mosaïque le chœur de son église. Il 
vécut longtemps encore et ne termina qu'en HH une 
carrière que ses contemporains approuvèrent et béni- 
rent, mais qui parait pour le moins très-étrange à nos 
mœurs. Il fut enterré dans le chœur qu'il avait orné ; 
mais sous Montgomméry , sa tombe fut profanée et ses 
cendres jetées au vent. Cinquante ails après, Ms' de 
Salettes, un de ses successeurs, recueillit la pierre tu- 
mulaire et y grava une inscription qui nous apprend 
que le corps fut trouvé entier. 

Pendant que l'évêque de Lescar disputait à Tarbes 
l'abbaye de St-Pé, Tévéque de Dax revendiquait la 
Soûle et le pays d'Agarenx. Bernard de Mugron (2), 
qui les avait vainement réclamés, était mort vers la fin 
du XI* siècle, après avoir vécu soixantequinze ans et en 
avoir siégé vingt-quatre ou vingt-cinq. Il n'avait pas 
mieux réussi contre l'abbé de la Reoule que contre 
l'évêque d'Oleron. Il revendiquait sur celui-ci le prieuré 
de Puntous, qui dans l'origine avait appartenu au 
monastère de Florac. Otger , un des moines de cette 
maison , étant devenu prieur de la Reoule, ses anciens 

(1) Marca , page 451 et suiv. — (2) Gallia Christûma , Marca. 



DE LA GASCOGNE. 439 

confrères lui cédèrent Puntous, et Tabbë de Florac 
soutint la cession faite par sa communauté. Cette cession 
fut maintenue après de longs débats. Bernard, vaincu 
ici comme il Tavait été dans la Soûle , mourut peu 
après. Le chapitre élut à sa place Raymond Arnaud, le 
même vraisemblablement qui avait défendu avec ardeur 
les prétentions de Téglise de Dax, et qui avait mérité 
ainsi de s'asseoir sur le siège dont il avait voulu augmen- 
ter la splendeur. 

Néanmoins, le catalogue des évéques de Dax donne 
à Bernard, pour successeur, Arnaud de Seucrai, qui 
après avoir été blessé dangereusement en combattant 
contre les Maures d'E^spagne, s'était voué à la vie reli- 
gieuse dans Fabba je de Divielle. D'nn autre côté , un 
acte de la cathédrale prouve que le successecir immé- 
diat de Bernard , s'appelait Raymond de Saintes. Ces 
trois nomé désignent'-ils un même prélat ? M. Tabbé 
Dutems (i) n'ose pas le déciden Nous imiterons sa 
réserve. Moins encore oserons-nous affirmer que Ray- 
mond de Saintes fut le frère de Roger de Saintes, qui 
avait remplacé sur le siège d'Oleron Odonde Benac (2)* 
Le nom semble indiquer une parenté, mais la vivacité 
des débats qui s'élevèrent enir'eux au sujet de la Soûle 
et du pays d'Agarenx , n'annonce rien moins que des 
sentiments fraternels. Etienne, évéque de Bazas , sur- 
nommé aussi de Saintes, et que quelques-uns disent 
aussi leur frère, attaqua en même temps Rajrmond de 
Dax et envahit quelque recoin de son diocèse. Il était 
assez triste de voir des prélats lutter pour agrandir 
leurs diocèses comme les seigneurs luttaient pour élen- 

(1) Le Clergé de France, tom. 1. —(2) Gallia Chtistiana. Ma- 
nuscrit de» érôques d'Oleron. 



Ho HISTOIRE 

dre leurs fiefs , sans que nous soyons forcés d'ajouter 
que ces prélats oubliaient dans cette lutte les liens du 
sang qui les unissaient. 

Raymond recourut à Rome pour se défendre contre 
Etienne de Bazas, et fit confirmer par le pape Pascal les 
limites de son diocèse. Il en obtint encore un rescrit, 
adressé à Raymond de Pardiac , archevêque d'Auch, 
pour qu'il assignât devant lui non seulement Tévêque 
de Bazas , mais encore celui d'Oleron. Néanmoins le 
métropolitain ne parait s'être occupé que de la pre- 
mière affaire. Elle dura sept ans. Mais enfin, après bien 
des efforts et des dépenses, Raymond de Saintes gagna 
sa cause et recouvra ce qu'Etienne lui avait enlevé. 
Encouragé par ce jugement, Raymond retourna à 
Rome , en rapporta un nouveau bref qui chargeait 
Gérard, évêque d'Angoulême, légat du saint-siége , de 
vider son différend avec Tévêque d'Oleron. Roger n'é- 
tait plus (*) et son siège était occupé par 'Arnaud I**, 

(*) On avait conservé jusqu'en 1790, dans la cathédrale d'Oleron, un 
tabernacle en forme de tour carrée , couvert de lames d'argent artis- 
tement travaillées, autour duquel on lisait les vers suivants qui attes- 
tent la foi de notre province touchant le mystère de rEuchafistie. 

Sur le devant : 

Jîes super impositas commutât spiritus almus , 
Fit de pane caro, sanguis substantia vint, 
Sumpta valent animœ pro eorporis atque scdute. 

Sur le derrière : » 

Dantur in hac mensa sanguis caro potu^ et esca. 
P^erba refert cœnœ super hœc oblata sacerdos , 
Munera sanctificat , et passio commemoratur. 

Au-dessus : 

Hanc Morlanensis Haynaldus condidit aram ou arcam , 
Prœsul Âogerius Olorensis jussit ut essem. 



DE LA GÀSCOGME. 141 

qui sut défeadre l'œuvre de ses prédécesseurs; du 
moins cette querelle s'éteignit alors {>our toujours, et 
Arnaud garda le pays contesté (1). 

Raymond de Saintes, rendu enfin au repos après 
ces longues contestations, se livra tout entier à Tadmi- 
nistration de son diocèse qu'il partagea en quatre archi- 
diaconés. Il siégea près de dix-huit ans , et il vivait 
encore en 1107, puisqu'il reçut alors de Gaston de 
Béam et d'Olivier son baron , l'église qu'ils avaient 
fondée dans le bourg de Castellc , non loin de Mont- 
giscar. Ce fut sous son pontificat que fut établi le 
Saintou (2). On appelait ainsi une rente de froment 
que les diocésains s'engagèrent à payer à leur évéque, 
comme une offrande qu'ils faisaient à Dieu. Ce nom 
lui vint sans doute de ce prélat.Le nécrologe marque 
sa mort au 28 mars sans assigner Tannée. 

Guillaume de Falgars, Fulgarsou Furgars, Falga- 
riensis , qui lui succéda , est nommé dans les lettres 
où Guillaume, duc d'Aquitaine, confirma tout ce que 
son père avait donné au monastère de Sordes, placé au 
confluent du Gave de Pau avec le Gave d'Oleron. 
L'abbaye de la Cagnote existait depuis la fin du ix* siè- 
cle. Othier, évéque de Dax,lui avait faità cette époque 
quelques donations , mais elle avait partagé le sort des 
autres abbayes et était tombée comme elles sous la 
hache des Normands. Elle ne s'était point encore com- 
plètement relevée, lorsque Raymond, vicomte d'Or- 
the (3), dont la famille s'est depuis longtemps fondue 



(l)Pour tonte» ces contestations, voir Marca, fiv. 5. — (2) Dutems, 
le Clergé de France', lom. 1. — (3) Gallia CKriitiana, loin, t, 
page i065. 



1 42 HISTOIRE 

dans celle d^Aspremont , entreprit de la restaurer. Il 
donna à cet effet à Tabbé Guillaume de Borets et à ses 
religieux, enfants de St-Benoît, toute Tétendue de 
terre qu'ils voudraient dans la forêt de la Cagnote ; et 
pour que sa libéralité fût moins contestée, il la fit entre 
les mains de Bernard de Ste-Christie , archevêque 
d'Auch, et de Guillaume de Fulgars, évéqùe de Dax, 
et en présence de tout son clergé qui faisait la proces- 
sion accoutumée dans le cloître, le jour de la Pentecôte, 
4 4 mai i 1 22. Guillaume fut lui-même très généreux 
envers les églises. Il donna à sa cathédrale la terre de 
son nom qu'il acheta de Bernard de Fulgars , son pa- 
rent, sous la réserve pour celui-ci et poui: sa femuifi 
d'être enterrés dans le cloître de Téglise. Ce prélat 
fut aussi humble que libéral. Entraîné par la dévotion 
de son temps, il fit le pèlerinage de Rome. A son retoor 
il tomba malade dans la ville d'Aquapendente. Sentant 
son mal s'aggraver, il se fit porter à Fhôpital (1 ) et voulut 
mourir parmi les pauvres de J.-C. Sa mort arriva au 
plutôt dans les derniers jours de septembre 1 142, sui- 
vant la charte de la fondation de TEscale-Dieu, et plus 
vraisemblablement deux ans plus tard. 

Etienne de Saintes, évêque de Bazas, se distingua 
aussi par sa générosité envers les maisons religieuses du 
pays (2). En 4087, il donna au monastère de la Sauve- 
Majeure Féglise de Branens avec ses revenus , en pré- 
sence de Garini , doyen de sa cathédrale , de Garsias 
d'Aguiron, son archidiacre, et de Garsias de Benquet, 
sacristain. Il y ajouta plus tard, avec le consentement 



(l) Gallia Christiana, Dutems. — (2) Gallia Christianay 
Tabbé Oreily. 



DE LA CASœCBIE. 143 

du chapitre, la rente d^un tonneau de i^in. Cette rente 
arait été servie par Ra jmond-le-Jenne ; Etienne la 
rendit perpétuelle. En 1098, il confirma en fa vêtu* de 
la Reole le quart de la dlme de Gajac {Gothgiacum^ 
terre des Coths) que Guillaume de Lartigue avait faite 
à cette abbaje. D'après M. Fabbë Oreily, sous son' 
pontificat on retrouva la conque d'argent qui renfer- 
mait la relique de St-Jean-le-Précurseur , c4>jet de la 
dévotion particulière de Téglise de Bazas. Un prêtre 
Tavait cachée pour la soustraire à la profanation des 
Normands. La cathédrale venait alors d'être rebâtie à 
neuC Etienne pria le pape Urbain II de vouloir la con- 
sacrer de ses mains. Le souverain pontife , après le 
Gmcile de Clermont, se rendit à ses prières, et la consé- 
cration terminée , il vérifia la relique et en permit 
Texposition^ S'il allait en croire la chronique Baza- 
dcôse, Urbain aurait vainement sollicité une partie de 
cette relique et n'aurait obtenu que la conque ou le 
r eliquaire qui la renfermait* 

Quoiqu'il en soit de ces faits, Etienne vivait encore 
en \ 103 : mais en 1 108 il était remplacé par Bertrand 
de Badade , qui marchant sur les traces de son prédé- 
cesseur, donna à la Sauve-Majetu'e les églises de Ruchx, 
de Gistds, de Qourac et de Blagnac, et confirma toutes 
les donations faites déjà à ce monastère par les évéques 
de Bazas. Les moines de la Réole reçurent de lui Fé- 
g^ise de StrEparch, vulgairement St-Cibard de Meilhan, 
avec, des drmts paroissiaux assez mal définis, pour une 
diapdle nouvellement construite dans leur cloître. A 
SCO exemple , Amanieu III d'Albret et son frère Ber- 
trand, fils du héros de la croisade mort Tan 1 100 , et 
d^Arsinde de Narbonne sa femme , donnèrent la dlme 



144 HISTOIRE 

entière de la paroisse de la Goulade. Ce don et un 
autre fait à Tabbaye deG)ndom sont les seuls actes que 
nous sachions d'Amanieu III , qui prenait le titre de 
sire d'Albret, et eut pour fils Bernard I*' , qualifié de 
sire comme son père , dans un titre de Tabbaye de 
Souche en Bordelais. Bernard vivait en i 140. 

Bertrand de Baslade eut à se plaindre des empiéte- 
ments de Tévéque d' Agen qui voulait reculer les limites 
de son diocèse aux dépens de celui de Bazas. Le pape 
Pascal chargea ré véque d'Angouléme, son légat, d'arran- 
ger ce différend ; mais le légat s'étant prononcé en fa- 
veur de Tévéque d'Agen , Bernard en appela au pape 
Calixte II , successeur de Pascal, qui lui fit restituer 
la ville de Gistel-Jaloux {Castrum Gelosum , château 
sur la Gélise) avec ses dépendances déjà adjugées à son 
compétiteur. Cependant Tévêque d'Agen nç pouvait 
oublier d'avoir été repoussé du Bazadois; son ressenti- 
ment était si public , que quelques personnes crurent 
lui plaire en mettant le feu à la ville. L'incendfe se 
manifesta d'abord avec une effrayante intensité, dans 
Téglise de St-Martin qui fut entièrement consumée (1 ); 
à peine si Ton put retirer le corps du saint évêque 
Alain, que Ion retrouva frais et entier comme le jour 
où il s'endormit dans le Seigneur, et que Ton transporta 
dans la cathédrale. Ainsi le raconte le grave et estima- 
ble auteur de l'essai sur la ville de Bazas ; mais nous 
ignorons sur quel document il élaye son récit. 

L'église de Bayonne, si longtemps troublée dans ses 
possessions, jouissait d'une paix que ne connaissaient pas 
ses sœurs de Tarbes, de Lescar , de Bazas et de Dax. 

(i) L'abbé OrciJy, Essai sur les Bazadois. 



DE UL GASCOGlfB. 445 

Garsias avait ëté placé k 8a tête , quand Bernard de 
Ste-Christie fut appelé sur le siège métropolitain eu 
iM9 (1). Il donna à sa cathédrale plusieurs terres qu'il 
avait achetées dans le Bastan, son pays natal , ou qu'il 
tenait de sa famille, et fut remplacé par un Guillaume 
qui, avec Guy de Lescar, fut témoin lorsque Guillaume, 
duc d'Aquitaine, confirma une donation faite par son 
père à Tabbaye de Sordes. Raymond de Martres est 
plus connu. Sous lui , le duc d'Aquitaine donna à la 
cathédrale la moitié de la ville de Bayonne , ou plutôt 
en sa qualité de suzerain il en ratifia la donation. Mais 
il y ajouta de son chef lepadouan, le droit de mouture, 
et celui de pèche dans la mer et dans les e^ux douces. 
L'acte en fut dressé à St-Sever, d'où Raymond de Mar- 
tres avait été tiré pour être promu à l'épiscopat. Afin 
de le rendre plus solide, le duc toucha l'évèque de son 
gant (2)yguanto nieo suprà memoratum episcopum con^ 
JirmOj en présence d'Etienne de Giumont, de Geoffroi 
de Roquefort, d'Aimar d'Archiac, de Bardon de Cau- 
nac, de Gaston de Béarn, de R.-G. de Gensac, de Ro- 
bert, vicomte de Tartas, de Pierre de Mugron , de 
Loup, vicomte de Marennes, de Guillaume de St-Marti n 
^de B. de Bayonne. Malgré cette formalité, Raymond 
de Martres le fit encore confirmer par l'archevêque de 
Bordeaux, le vicaire-général de l'archevêque d'Auch et 
les évèques de Lescar, d'Oleron , de Dax , d'Aire et de 
Bazas, qui apposèrent chacun leur sceau à sept cordes , 
comme on le voit encore dans l'original. 

La fin de son épiscopat fut marquée par la fondation 
de l'abbaye de Font-Guillem (3), près de Flaujaques 

(1) GalUa Chrùtiana. MaDuscrit de Bayoone. — (2) MaDuscrit 
déjà cité. — (3) GitUia Chrùtiana , initrumenta, page 190. 
//. 10. 



146 HISTOIRE 

(Grignols), fille de celle de G)ndom, et due à Pierre, 
vicomte de Castillon ou Castels. Le fondateur et toute 
sa famille furent reçus eu participation de tous les biens 
spirituels et temporels de la nouvelle communauté. 
Bonnefille, épouse du vicomte, Giraude et Garsias 
Guillaume, ses enf;^nts, Cénébruu de Masseille et Gar- 
sias Guillaume, ses neveux, Arnaud -Bernard de Sauviac 
et plusieurs autres seigneurs approuvèrent cet acte de 
religion. On le jura entre les mains de Tévêque qui fit 
bâtir lui-même la maison et la bénit. Parmi les témoins 
nous trouvons Etienne de Lebret ou Albret, archidiacre 
de Bazas , qui avait été honoré de l'épiscopat. Quel- 
ques-uns soupçonnent que c'est le même qu'Etienne 
de Saintes. Avec le haut rang qu'occupait cette maison, 
on conçoit que trois de ses membres se soient à la fois 
assis sur trois sièges voisins; mais pourquoi Etienne 
aurait-il abdiqué Tépiscopat pour se réduire à un sim- 
ple archidiaconé ? Comment surtout aurait-il prolongé 
de plus de vingt ans une carrière déjà avancée ? Nous 
n'essayerons point de le dire , car rien ne l'indique. 
L'année suivante Bertrand chanta la première messe 
dans une église de Navarre et bénit le cimetière à la 
prière d'Alphonse Y Empereur, roi d'Aragon. Il mourut 
peu après le i 7 septembre \\26. 

Les voix unanimes du chapitre s'arrêtèrent aussitôt 
sur Geoffroi (f), abbé de la Sauve-Majeure, dont les 
talents et les vertus jetaient un vif éclat. Le nouveau 
prélat n'oublia pas le monastère qu'il abandonnait. Il 
lui céda l'église de Langon {de Lingonio) , à condition 
que les moines la rebâtiraient. Quatre ans plus tard, 
il se rendit médiateur entre les religieux et les enfants 

(1) Gallia Christiana. 



DE LA GASCOGNE. <4; 

de Raymond de Lagardèrequi se disputaient quelques 
biens. Il approuva aussi et confirma la donation qu'a- 
vait faite Guiraude , fille du vicomte de Gistillon, en 
faveur de Font-Guillem , et aida à la construction de 
l'église de pierre que ces religieux substituèrent à la 
chapelle de bois bâtie par le premier abbé, et encoura- 
gea les libéralités de ses ouailles par une indulgence 
de quarante jours. On nous a conservé la lettre qu'il 
écrivit à ce sujet aux fidèles du diocèse. Pour éviter 
toute contestation avec les moines de la Réole , il leur 
délaissa, en 4 430, Téglise de Gironde (gifus undœ, 
toumoieme nt des eaux), sans se réserver d'autres privi- 
lèges que la nomination du chapelain et les contribu- 
tions qu^elle payait ordinairement à l'occasion de la 
visite du pape. 

Le duc Guillaume affectionnait Bayonne ; il lui oc- 
troya des coutumes (1) et commença à agrandir son 
enceinte en y ajoutant ce qu'on appela depuis le Bourg- 
Neufavecquelqu'autre quartier. Quand l'ouvrage fut 
terminé, le nom de Labour disparut insensiblement et 
fut remplacé par celui de Bayonne. Les évcques et les 
vicomtes n'en prirent pas d'autre. Bertrand, fils de 
Garsie Sanche, possédait alors la vicomte. Il s'associa à 
Raymond de Martres, et convoqua avec lui les barons 
et les nobles du Labourdan, et du pays voisin. Dans 
cette assemblée on établit une confrérie pour bâtir la 
cathédrale, mais la mort ayant frappé bientôt le prélat, 
les fondements n'en furent jetés que sous Arnaud-Loup 
de Bassabat , né de Tancienne maison de Bassabat au 
diocèse d'Agen. 

fl) Manuscrit de 31. Compaignc. 



i 48 HISTOIRE 

Pierre d'Aire, le prélat le plus zélé de la province, 
et que nous avons trouvé à toutes les assemblées eœlé- 
siastiques de son époque, n était plus depuis longtemps. 
Le nécrologe de St-Sever place sa mort au < 5 juillet 
i092, tandis quOihénard la recule^ jusqu'en i095. 
Avant de descendre dans la tombe, il vit* fonder le 
prieuré de Gavarret (1). Pierre I", vicomte du Gavar- 
dan , qui l'établit en Thonneur du St-Sépulcre, le mit 
sous la discipline de St-Guiraud, premier abbé de la 
Sauve-Majeure, et en fit confirmer les franchises par 
Guillaume, archevêque d'Auch, par Pierre, évêque 
d'Aire, et par Guillaume , duc d'Aquitaine. A Pierre 
succéda Guillaume, moine de Ste-Croix de Bordeaux. 
Celui-ci fut , dit-on , sacré par Pascal II ; mais si cette 
assertion est vraie , le siège vaqua assez longtemps, car 
Pascal ne ceignit la tiare qu'en i099. On prétend qu'il 
existait au trésor de Pau une charte d'après laquelle 
Guillaume consentit à ce que Gavarret et le pays en- 
vironnant, alors dépendant du diocèse d'Aire, passassent 
sous la houlette de l'archevêque d'Auch. Cette charte 
porterait pour date l'an i 104. Ce qui est incontestable, 
c'est que la réunion s'opéra dans ce siècle. Le nécro- 
loge de St-Sever fait mourir Guillaume le 2 1 novem- 
bre i i i 5 , et donne après lui Vital de St-Hermet ou 
Hermette , dont l'existence est assez problématique, et 
dont au moins le pontificat ne se prolongea guère ; car, 
dès 1120, un monument authentique montre sur le 
siège d'Aire l'évéque Bonhomme , dont nous parlerons 
souvent. 

Guillaume I*' et Jourdain I*' qui avaient remplacé 
successivement sur le siège de Couserans (2) Raymond 

(1) Dom Brugelles, M. d'Aignan, Marca , Manuscrit d'Aîrc. — 
(2) Gallia Christiana, 



DB LA GASCOGNE. H9 

Pelet, mort vers Tan 1078, n ont pas laissé plus de tra- 
ces dans les souvenirs publics que Guillaume et Vital 
d'Aire. Jourdain gouvernait le diocèse en 1 1 i 7, et trois 
ans après il avait pour successeur Pierre I"' dont Fadmi- 
nistration d'abord calme et paisible devait rencontrer 
de nombreux et violents obstacles. 

Le restaurateur du siège de Lectoure, Raymond 
Ebbon, après avoir triomphé de ceux*qu'il avait trou- 
vés sous ses pas, fournit une longue carrière (i). En 
4091, il confirma la donation que Vivien , vicomte de 
Lomagne, vraisemblablement fils d'Odon I*', et Béatrix 
sa femme , firent à Tabbaye d' Uzerche en Limousin , 
de la terre et de l'église de Gaudonville. Parmi les té- 
moins , nous nommerons Raymond-Arnaud de Fau- 
douas, le premier seigneur de cette illustre maison 
qui nous soit parfaitement connu. En 1075 , il assista 
à la consécration de Téglise de lîrioude en Auvergne , 
et en 1097, il reçut un bref d'Urbain II qui le char- 
geait de travailler à faire restituer àFabbaye de Moissac 
quelques églises de son diocèse détenues par les laïques. 
Cette année fut la dernière de son épiscopat et sans 
doute aussi de sa vie. L'année suivante, nous trouvons 
son siège occupé par Pierre I"" qui parut en 1 1 03 à 
une nouvelle donation faite par. le vicomte Vivien aux 
religieux de Moissac. Après cet acte , Tévêque et le 
vicomte disparaissent ; ils sont remplacés , Vivien par 
Odon II , vraisemblablement son fils, mais très-certai- 
nement petit-fils d'Odon I" (2) , et Pierre par Garsias. 
Celui-ci n'a laissé que son nom dans l'église de Lee- 
toure. 

(i) Gallia Christiana. —(2) L'Art de vérifler les dates, Manus- 
crit de M. d'Aignan. 



1 50 HISTOIRE 

Après lui vint Guillaume, fils du seigireur d'Ando' 
zille ou Audoufielle, selon les uns , frère , et selon les 
autres avec plus de vraisemblance , beau -frère de 
St-Bertrand de Comminges, mais d'après tous issu des 
seigneurs de Montaul. On raconte que sa mère, qur 
avait déjà eu plusieurs enfants et les avait tous perdus 
en bas âge, se plaignit de son malheur à Guillaume- 
Bernard de Montant, archevêque d'Auch , son parent. 
Le prélat lui conseilla de consacrer à Dieu le premier 
fruit qu'elle concevrait et de le vouer à Téglise ou au 
cloître. Guillaume d'Andozille, qui naquit bientôt après,^ 
fut d'abord élevé sous les yeux de St-Bertrand dans sa 
ville épiscopale (*). On l'envoya ensuite dans le monas- 
tère de St-Paul de Verdun, d'où il passa à Toulouse 
pour y être admis dans le chapitre de St-Etienne où 
vivait encore le souvenir des vertus de son oncle. C'est 
là que les vœux du clergé de Lectoure vinrent le cher- 
cher pour le placer à la tête du diocèse. A une haute 
naissance , Guillaume joignait toutes les qualités qui 
font les grands prélats : piété sincère, connaissance pro- 
fonde des sciences divines et humaines-, sens profond , 
prudence consommée, sage fermeté, constance inébran- 
lable dans les projets ; nous nous laissons aller au plaisir 
de traduire les vieux cartulaires (i). 

Peu après son sacre , en 1122, nous le trouvons à la 
donation de Bragayrac (2). Ce monastère, situé dans 

(*) Dom Bruxelles fait élever Guillaume dans le Chapitre de St- 
Etienne avant la promotion de son oncle à l'épiscopat. II lui donne 
ainsi bien plus de 100 ans de vie, puisqu'il mourut en 11T7, et que 
St-Bertrand monta sur le siège de Comminges vers Tan 1073. 

(i) Carlulairc d'Auch. Dom Vaissettc.— (2) Histoire du Langue- 
doc , lom. % page 392. 



DE LA GASCOGNE. 151 

Fancien diocèse de Lombez, aux limites de notre dé- 
partement, avait été fondé pour une communauté de 
filles et dépendait, au milieu du Xi^ siècle , de Fabbaye 
de Moissac. Il fut détruit dans la suite et rétabli pour 
des hommes. Aymeric,qui en était prieur, le donna eu 
1 1 22 à Pétronille, abbesse de Fontevraud, et lui promit 
obéissance de Fagrément d'Amélius , évêque de Tou- 
louse, et en présence de Guillaume, évoque de Lectoure, 
et de Béatrix, vicomtesse de Lomagne. 

En H25, Guillaume, de concert avec Fortanier, 
prieur de St-Geni, engagea Ârdouin de Souillas à fon- 
der un monastère en Fhonneur de la Ste-Vierge. L'Or- 
dre de Citeaux venait d'être institué par St-Robert de 
Molesme. Le nouvel Ordre aimait les lieux solitaires, et 
dans les possessions d' Ardouin de Bouillas, aux portes 
de Lectoure, s'étendait une vaste foret nommée Porte- 
Glands. Arnaud en abandonna une portion à Bernard, 
abbé de G)ndom. Bonne, sa sœur, et Raymond de Cas- 
telar (peut-être Gistarède), époux de Bonne, Guillaume 
et Garsias del-Perul y ajoutèrent quelques possessions 
voisines (1). 

Après la mort d' Ardouin survenue sur ces entrefaites, 
Abrin son frère , Bonne et Castelar firent de nouvelles 
donations, et les fondements du monastère furent jetés; 
mais Guillaume ayant été transféré ailleurs , son ab- 
sence se fit sentir. Les travaux avancèrent lentement et 
Fédifice demeura inachevé durant quelques années 
Dégoûté de ces lenteurs, Fabbé de Condom abandonna 
la maison et Faffilia à Fabbaye de FEscale-Dieu en Bi- 



(1) Gallia Christiana , page 1024 , tom. i. Dom Brugcllcs. M. 
d^Aignan. 



1 52 HISTOIRE 

gorre. Garsan ou Galin, le premier abbé, reçut des biens 
œnsidérables d'Airard de Saussède , en Mi\. Le cou- 
vent était alors terminé. Il s'appelait Porte- Gland» 
comme la forêt au milieu de laquelle il avait été bâti ^ 
mais ayant été consumé deux fois par les flammes, iE 
perdit ce premier nom et ne s'appela plus que Bouillas^ 
du nom de son bienfaiteur. Nous ne saurions assignée* 
l'époque de ce changement. C'est la première maisons 
que la congrégation de Citeaux ait comptée dans less^ 
diocèse. L'année qui suivit cette fondation, l'évéque de^ 
Lectoure fut appelé selon la volonté et le choix de Dieu^^- 
Deo dolente et eligente (i ) , à remplacer Bernard d^^ 
Ste-Christie sur le siège métropolitain d'Auch- 

Guillaume d'Andozille écrivit aussitôt au pape pom- "" 
lui demander le pallium. Honoré II était alors assis î 
la chaire de St-Pierre. Il répondit à Guillaume par une 
bulle du mois de mars, dans laquelle il confirmait non 
seulement la sentence portée par son prédécesseur en 
faveur du cimetière de Ste-Marie, mais encore toutes -=^ 
les possesions dont jouissait cette église (*). Cette bull e*— ^ 

(1) Carta fundationis Portaglonii vulgo Bouîllas. 

(*) C'était l'église de Nogaro avec sa paroisse, l'église de Sos avec-^^^ 
les paroisses qui en dépendaient, l'église de St-Pierre de Vie ave c^—*" ^ 

toutes ses dépendances. Hors de la ville d'Audi, les églises de St- 

Martin, de St-Pierre et de St-Laurent (chapelle de l'archevêché) avec^^^ 
les dîmes des terres qui y étaient attachées. Dans le Pardiac, l'église -^^ 
de St-Christaud et de Marseillan; dans l'Astarac, l'église de Ste-Au- - — 
rence avec la ville entière ; dans le Comminges, l'église de St-Fenréol; "^S 
dans le Magnoac, l'église de St-Mamet; dans l'Ëusan, l'église de ^=^ 
Raraousens ; dans le Savanez , l'église de St-Giles de Peyrusse 
ses dépendances , toute la ville de Ste-Christie avec ses terres, : 
vignes et ses vilains (habitants), l'église de St-Jean d'Espax, l'é- 
glise de St-Martin de Goyne, l'église de St Jean de Berdale (mainte- 
nant Aubiet) avec ses dépendances, ses terres et ses dîmes, enfin 
l'église de Ste-Marie d'Eauze, l'ancienne Cioutat. 



DE LA GASCOGIfE. 153 

{vlV suivie d'une seconde par laquelle le pape Tétablis- 
sëàxtson légat dans la Gascogne et la Navarre. Ses quatre 
sucxesseurs(l) Thonorèrent de la même confiance et lui 
continuèrent sa légation : Innocent II en 1 130, Céles- 
tin. II en 1 1 43 , Léon II en 1 1 44 , et enfin Adrien IV 
en 1U5. 

l'Eglise , nous avons besoin de le répéter souvent, 
était, durant ces trois ou quatre siècles, la seule sauve- 
garde du faible et du malheureux. L'Europe entière 
semblait vivre sous les armes. Au haut de l'échelle, 
le monarque attaquait le monarque; sur les degrés, le 
seigneur luttait contre le seigneur, et au bas, le village 
se ruait sur le village, le hameau sur le hameau. Trou- 
bles, périls, larmes et sang partout, paix et surtout sé- 
curité nulle part Après s'en être pris aux honmies, on 
s'*en prenait aux bois , aux vignes , aux champs , aux 
maisons, aux animaux utiles. Le feu achevait de dévo- 
rer ce que le fer n avait pu détruire. ' A une religion 
d'union et de charité il appartenait d'atténuer d'abord 
le mal et de le guérir ensuite. Trop prudente pour 
l'attaquer sur-le-champ de front, elle commença bientôt 

* Ordonner une paix momentanée ; on l'appela du nom 
si juste de Paix ou de Trêve de Dieu. A ces fiers barons, 

* ees indomptabks chevaliers, il n'y avait que Dieu qui 
pû.t commander. Surtout il n'y avait que lui qui pût 
s en faire obéir. D'ailleurs la trêve était venue du ciel- 
Un ange l'avait dictée à un évêque d'Aquitaine. Diver- 
^^s révélations avaient confirmé les paroles de l'ange. 
-Wid ne douta ni des révélations, ni de la vision an- 
Sélique. Conmient ne pas croire que Dieu ne prît en 

Cl) Bmd Bnigelles , M. d'Aignan. 



151 HISTOIRE 

pitié la détresse du genre humain. Le vicaire de J.»C^ 
donna le signal ; la trêve Ait solennellement promul — 
guée au Concile de Clermont. Mais la voix du souve — 
rain- pontife, d'abord couverte d'applaudissements, s^ 
perdit bientôt dans le lointain. On n'arrêta jamais 
tout-à-coup les débordements d'un siècle ; il faut dma 
temps aux passions pour se calmer. Aussi, presque toii.s 
les Conciles renouvelèrent la prescription. GuillaunLC 
profita du double droit que lui donnait son titre i^ 
légat et de métropolitain. Il fit l'ordonnance suivante 
que nous transcrivons toute entière. Mieux que nos 
paroles, elle nous peindra et le mal et les mœurs d« 
l'époque. 

« Guillaume (1), par la grâce de Dieu, archevêqiEe 
d'Auch et légat dusaint-siége, à ses très-chers frères en 
J.-C.,les vénérables évêques et le> autres prélats des 
églises, à ses chers fils les comtes, vicomtes et barons, à 
toutle clergé et les peuples de la province ecclésiastiqixc 
d'Auch , salut et bénédiction. Tenu par le devoir <1« 
notre charge de pourvoir au bien des fidèles commis à 
nos soins, et pressé par les ordres du souverain-pontift 
à qui il appartient de veiller à l'avantage de toute la 
chrétienté, nous devons nous occuper plus spécialement 
de la paix et trêve de Dieu. Ainsi, d'après les statuts 
du Concile général récemment tenu à Rome , nous or- 
donnons de la part de Dieu, du seigneur pape et de la 
nôtre qu'elle soit inviolablement observée de tous; en 
voici la forme. Il y aura trêve depuis le mercredi après 
le coucher du soleil jusqu'au lundi après son lever-, 
depuis le dimanche de l'A vent jusqu'après l'octave de 

(1) Gartulaire de Lcscar, Marca, page 397. 



DE LA GASCOGIIE. 155 

VElpiphanie, et depuis la Septnagésime jusqu'après Toc- 
lave de Pâques. Si quelqu'un la viole, que son suzerain et 
îévêque avec le peuple le forcent à réparer le dommage 
selon le jugement de Tévêque, du su zerain et des autres 
barons. Si le suzerain, les barons ou le peuple ne s'en 
mettent point en peine, que les suzerains et les barons 
soient excommuniés, et toute leur terre soumise à l'in- 
terdit, nonobstant tout privilège contraire. Durant ce 
temps, durant toutes les fêtes de la Vierge, ainsi que le 
jour qui les précède et les suit , les fêtes de St-Jean- 
Bapiiste, de St-Pierre et de St-Paul, et de la Toussaint, 
cl durant l'octave de la Pentecôte, que tous ayent paix 
et sécurité. Que les chanoines, les moines, les prêtres et 
les clercs, toutes les personnes vouées à la religion, les 
pèlerins, les marchands, les paysans allant et venant et 
se livrant à l'agriculture, les anima ux dont ils labou- 
rent et avec lesquels ils portent leurs semences aux 
champs, en jouissent en tout temps , aussi bien que les 
^mesavec ceux de leur suite, pourvu qu'ils soient sans 
armes, et toutes les femmeaet toutes les propriétés du 
dergé, et des religieux et les moulins. Toutefois , nous 
û entendons point aller contre les droits et les coutu- 
Dies des suzerains et des seigneurs des terres. Que les 
églises aient une franchise ou sauveté de trente pas de 
circonférence, et les monastères une de soixante. Pour 
que ces injonctions soient mieux observées, nous ordon- 
nons que depuis l'âge de sept ans, les comtes, les vicom- 
tes, les barons et le clergé prêtent entre les mains de 
févêque, et le peuple entre les mains des prêtres le ser- 
ment d'observer la paix et la trêve de Dieu selon la 
teneur prescrite , d'en poursuivre les violateurs et de 
n'acheter sciemment aucune de leurs rapines. Si quel- 



1 56 HISTOIRE 

qu^un attente contre ce décret, soit en ne prêtant pas 
le serment, soit en ne poursuivant pas les violateurs, 
soit en les prenant à leurs gages, soit en les favorisant, 
soit en leur donnant asile , soit en achetant les choses 
volées par eux , que le suzerain du coupable et toute 
sa terre, s'ils n'en tirent pas une juste vengeance, soient 
soumis à Tinterdit et à Texcommunication, nonobstant 
tout privilège contraire. Que les excommuniés ne soient 
point salués, qu'on ne coupe point les cheveux de leurs 
têtes, qu'on ne leur offre point l'eau pour se laver, 
qu'ils ne mangent point sur une nappe , qu'on ne les 
reçoive pointa la communion chrétienne, excepté pour 
le baptême des enfants et pour leur donner la pénitence 
à leurs derniers moments. Que le seigneur et les fidèles 
qui auraient aidé à la paix, de leurs bras ou de leurs 
, conseils et combattu contre ces violateurs, s'ils meurent 
dans une vraie pénitence, occupés au service de Dieu, 
ne doutent point d'avoir, par l'autorité de Dieu, du sei- 
gneur pape et de toute l'Eglise , l'indulgence de tous 
leurs péchés et les récompenses éternelles; aux autres 
qui auront pris les armes et combattu contre eux, nottS 
accordons deux ans d'indulgences et donnons à leur évo- 
que le pouvoir d'en octroyer une plus longue s'ils 1^ 
jugent convenable. Nous ordonnons que tous ceux qcH 
refuseront d'obéir aux évêques à cet égard soient priv^ 
de la communion; enfin, que les évêques ou les prêtres 
qui ne s'opposeraient pas fortement à ces violation^? 
soient privés de leurs charges jusqu'à ce qu^ils aieï»-^ 
obtenu le pardon du siège apostolique. » 

L'Eglise, en arrêtant les combats journaliers, voulais 
non seulement protéger le sang de ses en&nts , m»-"*' 
encore multiplier les soldats de la croix. Les bostilit^^ 






DE LA GAS00G9E. 157 

ataîent recommencé en Espagne. Centule ne pouvait 
longtemps rester oisif dans le Béam. A Texemple de 
ses pères, il s^empressa d'aller se ranger sous les drapeaux 
d'Alphonse II prit part à toutes ses expéditions et périt 
a?ecliii le 17 juillet 1134 à la journée de Fraga, si 
fatale aux armes chrétiennes (1). 

Sans-Parra , qui avait suivi le vicomte, fut fait pri- 
sonnier ainsi qu'un grand nombre de ses compatriotes, 
et comme eux il allait être transporté en Afrique d'où 
Paient venus tme partie des vainqueurs. La nuit qui 
précéda le départ, St- Bertrand (2), mort alors depuis 
dix ans, apparut environné de lumière dans l'affreux 
cachot où il gémissait , et lui dit qu'il venait acquitter 
la promesse qu'il lui avait faite au nom du ciel. En 
même temps il lui ordonna de le suivre. Les chaînes 
tombent aussitôt d'elles-mêmes, les portes de la prisOn 
s'entr ouvrent et ils se mettent en marche. Parra crut 
d'abord être le jouet d'un de ces rêves flatteurs qui 
viennent quelquefois caresser Tinfortuné sur la couche 
de sa douleur. Mais quelle ne fut pas son agréable 
«Brprise, lorsqu'au jour naissant il se trouva à Esquitto 
ààns la vallée d'Aspe. Le saint lui recommanda alors 
<l'aller rendre grâces à Dieu sur son tombeau^ etdispa- 
nit. L'ancien captif prit à peine le temps de se faire 
reconnaître de ses parents et de ses amis, et s'achemina 
^ers le Gnnminges, dont Téglise célébra depuis celte 
^âivrance par une fête particulière. 

(1) Sorita, Ut. 1 , th. tf2. Orderic Vital , li?. 13. Marca , liv. 5, 
^t 27. — (2) Vie manuscrite de St-Bertrand. Bréviaire du diocèse 
^ CouTennes. 



158 HISTOIRE 

CHAPITRE III. 



Guiscarde, sœur de Centole, vicomte de Béara, succède à son frère.— Cenlule, coniedc 
Bigorre, ne laisse qu'une fille mariée an vicomte de Marsan.— Mort de Bernard III, 
comte d'Armagnac. — Âdalmur , comtesse de Fezensae , la veuve , meurt sass 
postérité. — Géraud , comte d'Armagnac , s'empare du Fezensae. — Maison de 
Montes([uion. — Fondation des abbayes de Berdoues et de Gimont. — Comtes d'As- 
tarac. — Fondation de la Case-Dieu. — Comtes de Pardiae. — Comtes de GoiB- 
minges. — Comtes de Poix, -r Zèle de l'arcbevèque d'Aucb. — Incendie de U 
ville de Simorre. 



Centule, vicomte de Béarn, ne laissa point d'enfants; 
avec lui finissait la descendance masculine des premiew 
vicomtes. La maison de Béarn ne comptait plus qu une 
fille, Guiscarde, née, comme Centule, de Gaston et de 
Talèse, et veuve de Pierre II, vicomte de Gavarret, 
dont elle n'avait eu qu'un fils encore en bas âge. La 
mère et le fils (i) furent appelés à recueillir la succes- 
sion. Plusieurs actes de ce temps, dit M. Faget de 
Baure (2), présentent les noms réunis de Talèse, de 
Guiscarde et du jeune vicomte Pierre. La vicomtesse 
Guiscarde conserva la seigneurie de Notre-Dame-du- 
Pilier ; mais la ricombrie de Saragosse sortit de sa maison. 
C'était une dignité personnelle qui ne se transmettait 
point encore aux héritiers. Talèse avait part au gou- 
vernement, et peut-être exerçait-elle une juridiction 
indépendante dans le pays conquis par Gaston. On eu 

(!) L'Art de vérifier les dates. Marca, liv. 5, ch. 28. — (2} Essais 
historiques Fur le Béarn. 



DE LÀ GÀSCOGVE. 159 

Toit an exemple dans le bailliage de Mixe. Espagnol 
de Labour, partant pour le siège de Saragosse, vendit 
a Tabbé de Sordes la moitié de Fëglise St-Félix-de- 
Garris. Arnaud de la Cuingue allant à Jérusalem en- 
gagea à Fabbé Ta utre moitié de la dlme, et la lui vendit 
à son retour pour quatre cents sols Morlas, cinq marcs 
d'argent, une mule et un mulet. Muni de cet argent, il 
repartit et alla se faire tuer à Campodoliente. La fille 
unique delaGuingue attaqua cette vente; l'instance 
fut portée à la cour de Talèse. Les juges qui la compo- 
saient étaient Sauh, Domy, Beaumont et Cassabé. 

S*il fallait en croire un cartulaire (1), Centule de Bi- 
gorre aurait été alors en lutte avec la dame de M ira- 
mûad et Garsie Arnaud de Navailles , au sujet de 
quelques terres, et Guiscarde se serait engagée à garan- 
tir son oncle de tout trouble, et lui aurait même donné 
des otages pour sûreté de son engagement* Mais le fait 
est supposé, ou plutôt les dates sont fausses. Il s'agit 
non de ce Centule , mais d'un autre Centule son petit- 
fik. Le grand-père mourut avant 1128^ ne laissant 
d^Amable, safenune, qu'une fille nommée Béatrix (2), 
mariée k Pierre, vicomte de Marsan, fîlsde Loup Aner 
que nous avons mentionné, et dont la famille, comme 
toutes ces maisons vicomtales, ne remontait qu'aux pre- 
miers jours du X* siècle. Le comte de Bigorre^ à l'exem- 
ple de Bernard, son frère , s'appliqua à faire fleurir la 
fustke dans son comté. Cest lui qui donna aux villes de 
Tarbes et de Lourdes les premières coutumes que nous 
leur connaissons. Les trois fils de Centule de Béam fu- 
rent ainsi les législateurs de leurs peuples. 

(i) OntoUare Ôt Bigorre. !llamiscrit da Sëminairc d^Afjcb, — 
^2) Même vumofcrit, lâ^aty TA ri de rérifier les dalef. 



160 HISTOIRE 

L'archevêque d'Auch, longtemps avant la journée de 
Fraga, avait envoyé des secours au roi d'Aragon. Ce 
prince, pour lui témoigner sa reconnaissance, dota le 
chapitre d'Auch deTéglise d'Alagon (i)etde quelques 
biens situés dans le diocèse de Saragosse. Notre métro- 
pole ne jouit pas longtemps de cette libéralité. A la 
mort d'Alphonse, l'évéque de Saragosse réclama Ala- 
gon et les terres données. La contestation fut portée à 
Rome ; mais quoique Eugène III et Anastase IV , son 
successeur, eussent jugé en faveur de notre église, l'évé- 
que Espagnol garda ce qu'il avait envahi en donnant à 
l'archevêque d'Auch une faible indemnité. 

Guillaume fut plus heureux avec Adalmur, veuve du 
comte d'Armagnac; Bernard III était mort sans qu'on 
puisse assigner Tannée. Il avait laissé de sa première 
femme deux fils (2) : Géraud, qui lui succéda dans le 
comté d'Armagnac, et Othon dont on ignore le sort, et 
qui eut pour apanage la vicomte de Magnoac, c'est-à- 
dire la ville de Mauléon et quelques terres voisines. 
Le reste du Magnoac était partagé entre la maisotî 
d'Astarac et celles d'Aure et de Labarthe. Ces diver 
partages ne jettent pas peu d'obscurité sur l'histoi' 
des seigneurs de Magnoac. D'Adalmur, Bernard n'e 
qu'une fille, Béatrix, que les uns (3) marient au vicon 
de Béarn, et d'autres, sans nul fondement, à un seign 
d'Armagnac ou peut-être même à Géraud , mais 
vraisemblablement mourut sans avoir contracté * 
liance. 

Adalmur, sa mère , en perdant son mari, rer 



(1) Cartulaire d*Auch. — (2) Grands OfOcicrs de la coi 
VXvl de vérifier les dates. — (3) Oihénarl. 



DE LA GASCOGNE. 161 

maîtresse du comté de Fezensac. Les chanoines de 
Ste-Marie avaient été dépouillés injustement des mou- 
lins de Chélère. L'archevêque revendiquait encore Té- 
glise de Ste-Marie d'Eauze que le pape venait dans sa 
bulle de relater parmi les possessions archiépiscopales. 
Les moulins avaient été engagés au comte de Fezensac 
pour la somtne de cent sols. Le chapitre rendit le prix 
de rengagement et recouvra ses moulins. Adalmur res- 
titua (1) aussi la moitié de Téglise réclamée et garda 
Tautre. Elle traînait une vie languissante lorsqu'elle 
souscrivit à cette restitution. Elle ne tarda pas à des- 
cendre dans la tombe, et sa mort fut suivie de près de 
celle de sa fille. Avec celle-ci finissait la descendance 
d'Astanove et peut-être dp la maison de Fezensac. 

Le cartulaire d'Auch (2) lui donne pour ligue colla- 
térale les barons de Montesquiou^ les termes sont for- 
mels : « Moi, Arsius de Montesquiou, fils de Raymond 
Ajmeric, frère du comte Guillaume Astanove. » Ray- 
mond Aymeric est désigné dans un acte comme un des 
grands seigneurs du comté de Fezensac. Son fils Arsius 
possédait des droits sur plusieurs églises aux environs 
d'Auch, et ces droits il les tenait de son père {expaternâ 
successioné). Il avait un territoire aux portes de la 
ville par droit héréditaire des comtes de Fezensac (jure 
hereditario consulum}. Enfin , le domaine de Montes- 
quieu, sans être très large, n'était pas sans importance. 
Fourcés donné jadis à un autre puiné et la partie de 
Magnoac qui vient d'écheoir à Othon ne le valaient 
. peut-être pas. Ajoutons que la filiation légitime a été 

(1) Cartulaire d'Àuch. — (2) Cli. 37. Dom Brugelles, Pièces jus- 
tificatives , p. 24 et suiv. M. d'Àignan; aussi Pièces justificatives. 

Il: ii. 



162 HISTOIRE 

adoptée parles ouvrages les plus justement estimes, ks 
grands Officiers de la couronne^ VArt de v^érifier les 
dateSj Moreri et Marca, et proclamée par dom Merle, 
dom Clément, dom Poirier, Bretigni, Garnier , Bejot 
et Daeier. 

Certes, ce n'est pas nous qui attaquerons ce qui a pour 
soi toutes les autorités que la science vénèré^et renomme. 
Cependant l'impartialité de l'histoire veut que nous 
le remarquions : si cette descendance est admise, les 
barons de Montesquiou avaient des droits pour le moins 
aussi naturels que qui que ce soit au comté de Fezen- 
sac; et toutefois, non seulement ils ne s'en mirent pas en 
possession, mais aucun monument connu n'atteste qu'ils 
aient fait le moindre effort pour le revendiquer. Tout, 
au contraire, semble prouver que Géraud III, chefde 
la branche cadette, recueillit paisiblement l'héritage de 
sa sœur consanguine. Voici ce que nous lisons dans la 
seule charte (i) qui nous parle de cette succession. 
Après la mort de la comtesse Adalmur et de sa fille, le 
comte Géraud désirant avoir le comté de Fezénsac, eut 
soin de confirmer ainsi que Bertrand son fils la resti- 
tution faite par la comtesse; et au milieu d'un immense 
concours de peuple, la main étendue sur l'autel de la 
bienheureuse Marie, le père et le fils jurèrent qu'ils 
renonçaient à jamais pour eux et leur postérité k toute 
prétention sur les moulins. C'est alors sans doute que 
Géraud et son fils renouvelèrent l'hommage voué à 
Ste-Marie par le comte Bernard III. Seulement la re- 
devance établie en nature, ils la changèrent en douze 



(1) Cartulaîre d*Auch , ch. 99. Dom Bragelles et M. d'Aîgnan , 
Pièces justificatives. 



DE LA GA8G0GIIE. 163 

sols Morlas qui devaient se prélever aux foires de No- 
garo sur les péages des deux portes de rancicn bourg. 
Ces ëv^nements eurent lieu vers Tan 1140. Depuis 
cette époque les deux comtés ne furent plus séparés. 
Géraud et ses successeurs écartelèrent leurs armes de 
l'un et de Tautre. Dans les titres et les actes TArmagnac 
eut le pas, mais dans les états du pays le Fezensac 
garda sa prééminence. De la quiétude avec laquelle les 
.barons de Montesquiou acceptèrent ce fait ^ plusieurs 
ont auguré, o^ que le cartulaire postérieur à Févène- 
ment a été induit en erreur, ce qui certes n est pas sans 
exemple, ou que la (ilintiou venait de la main gauche. 
La baronie de Montesquiou leur parait d^ailleurs trop 
petite pour un puiné de Fezensac, les apanages étant 
, toujours proportionnés à la grandeur de la famille. 
Enfin, disent-ils, si les Montesquiou eussent appartenu 
à la branche aînée, ils auraient même après avoir été 
évincés, conservé une place à part au dessus de la no- 
blesse de Fezensac, et toutefois ils ne paraissent jamais 
les premiers, mais toujours les seconds (*). 

(*) On connaît lo proverbe qui fltait le rang de nos quatre dcr- 
iiieri grands barons. 

Parla Mcntaout : Àrreipond Monteiquiou. 
EtcoHto PardeiUan : Que ditet tu, Lahillo? 

Parle, Montant, et réponds Montesquiou. 

Écoute Pardcillan; toi, Tlsle, que dis-tu? 
Nous aurions cru faillir aux devoirs sacrés do rhistoiro, si nous 
n*avions mis sons les yeux do nos lecteurs les pièces d'un procès qui 
arrêta à la fin du dernier siècle les regards do la France entière. 
Que chacun prononce; mais quel que soit le jugement, la place est 
belle pour les barons do Montesquiou. Nulle famille de la province 
n'a eu plut d'Illustrations. NI la pourpre romaine , ni le bAlon do 
maréchal, ni les ambassades , ni le ministère, ni la pairie, rien ne 
Jour a manqué. 



164 HISTOIRE 

Pendant que la branche aînée se mourait, la branche 
d'Astarac poussait de nombreux rameaux. Bernard I*, 
chef de cette branche, fut marie (i) deux fois. De sa 
première femme, morte j eune, il eut Sa nche et Bernarcl^ 
et de Longue-Brune la seconde, Bibelmont, Bëamoad 
ou Boémond. Ces trois frères su ccédèrênt ensemble à 
leur père. Cliacun d'eux prit le titre de comte d'Asla- 
rac, ce qui prouve qu'ils gouvernaient par indivis. 
Sanche II, appelé quelquefois Asnaire-Sanche, avait été 
associé au gouvernement vers le commencement du 
siècle. En 1134 , il fonda avec son père, sous la juri- 
diction et entre les mains de Walter , abbé de Mori- 
mont, et de l'agrément de Guillaume d' Andoufielle , 
archevêque d'Auch, Tabbaye de Berdoues près de Mi- 
rande (de Bardonis, terre des Bardes). Les deux comtes 
donnèrent la terre de Berdoues avec ses dépendances, 
les bois de Violes et quelques autres possessions. Les 
seigneurs de Sariac, de Barbazan, d'Orbessan, de Mau- 
léon et une foule d'autres s'empressèrent d'y ajouter 
leurs libéralités. Parmi cette noblesse, ceux qui ne pu- 
rent pas confirmer leurs dons par leur signature l'attes- 
taient en jetant en l'air de légères branches d'arbres, et 
tous disaient : Je donne (2). 

Le nouveau monastère, achevé en 1138, devin! 
bientôt un des plus riches de la contrée, et eutpresqu'à 
sa naissance deux filiations : Eunes dans le diocèse de 
Toulouse et Gimont dans le diocèse d'Auch. Géraud 
du Brouil, seigneur du Brouil, de Castelnau, deMar- 

(1 ) L'Art de vérifier les dates , Manuscrit de M. d'Aignan. — 
(2) Principes et priores miliies Astarcuii qui suum donum non 
potuerunt ipsâ manu firmare illud affirmabant jactu ramorum , 
singuli clamantes : ego dono. 



DK LA GASCOGNE. 165 

mont ou Miramont et de Florensac, Gaulsens, sa femme, 
Guillaume, Raymond et Géraud, leurs fils, etMathilde, 
épouse de Guillaume, donnèrent à Albert, abbé de Ber- 
doues, établi par Walter, toute la terre de Cahusac, d'Ar- 
tigues et de Planseuve avec Téglise rurale de Cahusac, 
bâtie par leurs ancêtres en Thonneur de la Ste- Vierge. 
Cette libéralité fut pour condition qu'on bâtirait dans 
la forêt de Planseuve ou de Laplagne une abbaye qui 
prendrait le nom de Gimont (*), de la Gimone qui bai- 
gnait la forêt, et lui assurèrent une entière immunité, 
ne réservant que Thommage et le serment de fidélité 
au comte d* Armagnac ou Fezensac. L'acte fut passé au 
château de Miremont près d'Aubiet , le 7 avril 1 i 42 , 
en présence de l'archevêque Guillauftie qui approuva 
et ratifia la donation, et devant Anez, chapelain deMi- 
remont, Bernard Aner d'Aubiet, PieiTC de Larroque, 
chanoine d'Auch, Thibaud de Maravat, Sanche d'Arca- 
mont, Garsie de Pessoulens, Guillaume dWrné et 
Assinde St-Guiraud, presque tous chevaliers. Les fon- 
dements en furent jetés le 1 7 octobre i 1 45, et les tra- 
vaux avancèrent si rapidement, qu'à la fin de Tannée 
suivante la maison fut habitée. Sa prospérité s'accrut 
sous Arnaud de St-Justin, son premier abbé et ses suc- 
cesseurs; et plus féconde que Berdoues, sa mère, elle 
compta bientôt quatre filles, Sauvelade dans le diocèse 
de Lescar, Roter, Buxère et Junquère en ÏIspagne. 

Après la mort de Bernard I*', arrivée peu après la 
fondation de Berdoues, Longue-Brune, sa veuve, se sen- 
tit pressée de quitter le monde. Sanche et Tarchevéque 



(•) Charte de la fondation de Gimont , Gallia Christiana , 
page 1028, 



i66 HISTOIRE 

d'Auch lui bâtirent {i) le monastère de Bonlieu (de 
bonoloco^ d'où nous avons fait Boulau) sous la règle de 
Fontevrauld, et Ten étaUirent prieure. Deux ans après, 
Sanche donna à la prieure et à ses religieuses une forêt 
considérable dans le voisinage avec quelques terres 
adjacentes, en présence d'Odon de Semerie», de Pierre 
Desbarats , de Vesian de Marrast et de Sanche Forto 
«on paysan {Sancicus Forto uillicus cornais). Sa vie se 
prolongea jusqu'en H61. On ignore s'il fut marié, niais 
on est assuré qu'il ne laissa point d'en&nts. Bernard II, 
son frère germain, ne fut pas moins généreux que lui 
pour féglise. Toutefois, sa piété ne lui fit pas oublier 
les soins du gouvernement. Il fit bâtir (2) de concert 
avec Guillaume Arnaud Desbarats ( de J^allatù) , la 
ville et le château de Castelnau-Barbarens. Les deux 
fondateurs donnèrent (3) ensemble à la nouvelle ville 
des coutumes que nous verrons renouveler j^us tard. 
Bernard dut précéder son frère dans la tombe quoiqu'en 
dise l'Art de vérifier les dates, qui le fait vivre jusqu'en 
f 204, le confondant ainsi évidemment avec Bernard III 
son fils. Bernard ne paraît que jusqu'en 1 148. II laissa 
deux fils, Sanche et Bernard ; le second seul nous est 
connu. Quelques-uns attribuent à ce Bernard et à San- 
che son fils , la fondation de Berdoues que d'autres 
donnent à son frère et à son père. La simiUtude des noms 
et des titres a fait naître cette confusion et ne permet 
guère de la débrouiller avec assurance. 

Boémond, frère consanguin de Sanche II et de Ber- 
nard II, et co-seigneur (4) avec eux de FAstarac , fit 



(1) Dom Brugelles, M. d'Aignan.— (2) L'art de vérifier les dates. 
(S) Manuscrit de M. d'Aignan. — (4) L'Art de vérifier ks dates. 



DE LA GASCOGNE. 167 

plusieurs donations au monastère de Boulau, gouverné 
par Longue-Brune , sa mère. Rouge {Rubea) sa femme 
et ses trob filles, Marie, Marquèse et Bëatrix s'associè- 
rent à ses générosités. 

Guillaume de Pardiac, chef de la branche puinée 
d^Astarac, entraîné parles passions et suivant des exem- 
ples encore assez fréquents dans ce siècle , répudia (1) 
sa femme et épousa Constance. Bientôt, touché de re- 
mords et cédant à la voix de Raymond , archevêque 
d^Auch, il donna à Ste-Maiie, en expiation de son di- 
inorce, la terre quUl possédait à Anch avec les paysans 
{cum rusticis) qui M travaillaient II y ajouta ensuite 
en son nom et au nom de tous ses parents les rentes et 
la propriété dont il jouissait à Ste-Christie. Pour mieux 
expier sa faute il contribua puissamment, en 1 135, avec 
Bernard, comte d'Armagnac, à la fondation de Tabbaye 
de la Gise-Dieu (2). Chrétien, maître d'une chapelle 
dédiée à la Ste- Vierge, l'abandonna à Guillaume d'An- 
doufielle. L'archevêque eut recours à Gautier, abbé de 
St-Martin de Laon, qui mena dans le Pardiac une co- 
lonie de ses religieux. Bernard de Troncens, seigneur 
de Peyrusse, de Tourdun et de Juillac, donna le local 
pour bâtir le monastère qui appartenait à l'ordre de 
Prémontré. Cet ordre était récent dansPéglise : St-Nor- 
bert son fondateur était mort l'année précédente sur 
le siège de Magdebourg. 

Les nouveaux religieux furent à peine connus dans 
le pays, qu'ils reçurent des dons de toutes parts. Pierre, 
comte de Bigorre et vicomte de Marsan, les introduisît 



(!) Le P. Hontgaillard , Manuscrit de M. dMigoao. — ^2) Ha- 
Duscrit de la Case-Dieu. 



168 HisTOIRB 

dans Tabbaye de la CasteUe occupée par des chanoine» 
réguliers de St-Augustin dont la vie n^était pas trè^ 
édifiante. Pierre , évoque de Couserans, et Arnaud^ 
comte de Pailhas, »* unirent pour établir une abbaye 
dans une vallée nommée Combelongue. Ils obtinrent 
de Bernard I",abbé de la Case-Dieu, des religieux pour 
la peupler. L'hôpital de Notre-Dame de Vic-Fezensac 
fut donné par un prêtre nommé Forton. Vital connu 
par le nécrologe de la Case-Dieu fonda Tabbaye de 
Lacapelle^ diocèse de Toulouse. Kabbé Bernard, chargé 
de pourvoira quelques autres établissements, ne put pas 
en prendre possession sur-le-champ. Néanmoins il en fît 
confirmer, en 1 1 43, la fondation par Bernard, comte de 
L'Isle- Jourdain, fils de Jourdain I". Celui-ci (i) était né 
sans doute. dans l'expédition d'outre-mer, où son père 
se signala et avait été baptisé dans le Jourdain. Cest 
de lui et de ses descendants que la ville de Tlsle a pris 
son surnom , ou plutôt sur les ruines du château de 
Sillio, Jourdain en bâtit un second que Ton appela 
bientôt du nom de son fondateur. Comme son père, 
il s'attacha aux comtes de Toulouse, et ne laissa d' Al ver 
de Muret ^ fille de Gcoffroi , seigneur de Muçet , que 
Bernard. C'est ce Bernard qui venait de succéder à son 
père quand il donna sou assentiment à la fondatioQr de 
Laça pelle. 

L'abbaye de la Case-Dieu fut encore mère de celle 
de Divielle dans le diocèse de Dax, de la Honce dans 
celui de Bayonuc, de Font-Caud dans celui de St-Pons. 
Elle enfanta aussi le prieuré de Labarthe et les abbayes 
de Betpouy , de Ilctortc, de Lidan et d'Ourdaclie en 
Espagne. Ces développements lui méritèrent longtemps 

(0 Grands orAciors de lu couronne, tom. 2. DomYaisscttc^toni. 2^ 



DE l\GA8COGJHE. 169 

Thonneur d'occuper le premier rang parmi les monas- 
tères de Tordre de Prémontré dans la province de 
Guienne. 

La religion ne tarda pas à triompher dans le cœur 
du comte de Pardiac , si déjà le triomphe notait pas 
consommé en i 1 35. Du moins, en 1 i 42, Marie, sa pre- 
mière femme , avait reconquis ses droits et sa place* 
Elle accompagna son mari à Auch, et durant ce voyage, 
Guillaume transigea avec le vicomte de Gavarret sur 
certains fonds qu'ils se disputaient. Un échange accepté 
des deux seigneurs ramena la paix entre leurs maisons. 
Cet acte est le dernier trait connu de la vie de Guil- 
laume H), Il mourut le quatre avril selon le nécrologe 
de St-Mont qui ne fixe pas Tannée. Les auteurs se divi- 
sent sur son successeur. Dom Clément (2), dans TArt de 
vérifier les dates, le fait remplacer par Boémond son 
(ils qu'il conduit jusqu'en 1 182, et à qui il ne donne de 
sa femme Rouge que deux filles, Marie et Marquesie, 
et à Boémond il fait succéder Otger son parent et peut- 
être son gendre. Il s'appuie de Tautorité d'Oihénart 
qui nomme Boémond après Guillaume et le soupçonne 
d'être le même que Boémond d'Astarac. Alors s'expli- 
quent le nom de Rouge donné à sa femme , et les 
noms de Marie et de Marquesie donnés à ses filles. 
Mais ce soupçon est peu vraisemblable. Aussi Oihénart 
est-il loin d'affirmer comme dom Clément. Dom Bru- 
gelles (3) place après Guillaume, Bernard Licier, un des 
bienfaiteurs du couvent du Brouil dont nous parlerons 
plus tard, Odet de Biran, et enfin Otger II ou Auger 



(1) L'Art de vérifier le» dates. — (2) Ouvrage précité, tom. 2, 
page 286. — (3) Chroniques d'Auch. 



MO HISTOIRE 

» 

qu'il croit avoir épousé rhéridère du Pardiac. Le Père 
Anselme (1) est plus explicite. A Guillaume, il donne 
deux fils, Boémond, et Bernard dont il fait l'aîné et qu'il 
dit avoir été présent à Téchange fait entre son père et 
le vicomte de Gavarret. Ce Bernard aurait possédé le 
comté en 1 174 et vécu jusqu'en i i 82, époque où il fit 
une donation du consentement d'Amélie sa femme et de 
ses six enfants dont Otger était l'ainé. Enfin, M. l'abbé 
d'Aignan (2) dont le travail nous a été si utile, est plus 
prudent dans ses assertions. Il s'arrête après Boémond 
et prétend qu'il n'y a qu'incertitude pendant près de 
cinquante ans; mais lui aussi, comme tous les autreis, se 
rattache à Otger. Après une pareille divergence, et 
quand un nouveau titre ne saurait être produit, à quoi 
bon hasarder des conjectures ? Mieux vaut adopter 
Otger de prime abord. 

Celui-ci était-il étranger à l'ancienne famille de 
Pardiac, parvint-il au comté par son mariage avec l'hé- 
ritière du dernier comte; était-il surtout petit-fils de 
Guillaume ? nous n oserions rien décider. La donation 
qu'indique le Père Anselme dissiperait bien des doutes, 
mais nous n'avons pu la vérifier; nous savons seulement 
que les grands comtés ne passèrent jamais en des mains 
étrangères sans que ce changement ne fût enregistré 
dans l'histoire. Les comtes de Pardiac eurent d'ailleurs 
toujours rang parmi les hauts et puissants seigneurs du 
pays. Ils prirent le titre de comte par la grâce de Dieu. 
Enfin, ils se placèrent constamment à côté des comtes 
d'Astarac et des vicomtes de Fezensaguet. Toutes ces 

(1) Grands Officiers delà couronne, tpm. 2, p. 627. —(2) Ma- 
nuscrit d'Auch. 



DE LA GASCOGNE. 171 

preuves démontrent irréfragablement, ce nous semble > 
qu'Otger appartenait à la grande soucbe de Mitarra et 
tenait à la famille qu il devait perpétuer. 

Les longues hésitations de Thistoire sur les comtes 
de G)mminges s'étaient, comme nous Pavons vu, fixées 
à Bernard II qui possédait seul le comté en 1 1 30. U s'en- 
tremit (i) avec le comte de Toulouse et avec Roger III, 
fils et successeur de Roger II, comte de Foix, pour ré- 
tablir la paix entre Ramire, roi d'Aragon, et Alphonse, 
roi de Castille qui le combla de libéralités. Il assista 
ensuite avec eux au couronnement d'Alphonse en qua- 
lité d'empereur de toutes les Espagnes. Une origine 
vraisemblablement commune, ou du moins des liens 
de parenté qui unissaient les principaux seigneurs de 
l'Aquitaine aux souverains delà Castille, expliquent 
assez dans cette occasion leur présence au delà des Pyré- 
nées, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des hommages 
ou à un vasselage que révent les auteurs Espagnols, et 
dont on ne trouve nulle part un acte authentique. En 
4138, Bernard fut témoin (2) d'un désistement assez 
étrange. Jusqu'alors les comtes de Toulouse avaient 
joui du droit de se saisir de la dépouille de leur évêque 
après sa mort. Alphonse renonça solennellement à ce 
droit en présence de tout le peuple de Toulouse, assem^- 
blé un dimanche dans l'église de St-Etienne. Roger de 
Foix et Gautier, vicomte de Tarride, le premier sei- 
gneur de ce nom qui nous soit connu , assistèrent aussi 
à cette cérémonie. La vicomte de Tarride s'étendait 
dans le Gimois, ainsi nommé de la Gimone qui l'arrose, 
vers le confluent de cette rivière avec la Garonne. Se» 

(i) Dom Vaissette, tom. 2. — (2) Le même. 



172 HISTOIRE 

maîtres prenaient indifTëremmeut le nom de vicomte 
de Gimont ou de Tarride, cliâteau qui était le chef-lieu 
de leur domaine. 

Roger III venait de fonder (i), en 1 i 36, de concert 
avec la comtesse Ximène sa femme, la commanderie de 
Ville-Dieu, la première que les Chevaliers du Temple 
crées à Jérusalem en 1 1 20 aient possédée dans nos con- 
trées. Trois ans plus tard, Tabbé de Lesat assembla les 
nobles du pays, et à leur tête les comtes de Foix et de 
G>mminges, et leur exposa le triste étal où les courses 
des gens de guerre avaient réduit son monastère. Pour 
le mettre à l'abri de toute attaque, on Tentoura de murs 
ainsi que le bourg, et on y ajouta un château fortifié. 
Ainsi naquit la ville de Lesat. Le comte de Foix renonça 
à cette occasion à tous les droits qu'il avait sur Tabbaye. 
Le comte de Comminges et les autres seigneurs imitèrent 
cet exemple et tous promirent de ne Jamais se faire la 
guerre dans les limites de l'abbaye et de ses dépendan- 
ces. Au nombre de ces dernières se trouvait le prieuré 
de St-Béat où l'on possédait alors les reliques du saint. 
Roger de Nur , successeur de St-Bertrand , en avait 
fait la translation en 1 132. Cet évêque était frère de 
Bernard de Montant qui se joignit à lui pour donner 
l'église de Nur à Raymond, évêque de Toulouse et à 
son chapitre. Il s'employa, en i i 36, à la fondation de la 
plus riche]abbaye du Comminges. Flandrine de Mont- 
pezatet ses trois fils, Bernard, Fortaner et Guillaume, 
donnèrent à l'abbé Walter , que nous avons vu rece- 
voir Berdoues, la terre de Bonnefond (2). L'abbé de 
Morimont y envoya des religieux qui y vécurent quel- 

(1) Dom^Vaisgette, tom 2.— (2) Gallia Christ iana. 



DE LÀ GASCOGKE. 173 

que temps de racines, d^herbes et de feuilles d'arbres, 
et purent h peine y ëlever quelques murs à demi cou- 
verts de broussailles et de pampres de vigne sauvage. 
Encore furent-ils troublés dans leur possession, ce qui 
les obligea de s'ëloigner; mais Tévéque, aiïligd de ce 
d(^*part, leur envoya divers messagers, et parvint à force 
d'instances h les faire rentrer dan.^ Bonnefond ou se fit 
une nouvelle assemblée plus nombreuse que la pre- 
mière. On y confirma les libéralités précédentes et on 
y en ajouta de nouvelles. 

Roger , qui s'était montré si actif pour Bonnefond, 
fonda encore le prieuré de St-Laurent de Tordre de 
Fontevrauld, et le donna à Longue-Brune, prieure de 
Boula u. L'acte en fut passé en 1 1 1 i , en présence de 
l'arclievécjue d'Auch et des comtes de Toulouse et de 
Commingcs. L'évéque mourut Tannée suivante. 

Le comte de Commingcs avait épousé (i) vers Tan 
1 136, Diasj(*), fille et héritière de Godefroi, seigneur 
du château de Muret. Il en eut quatre fils, Bernard, 
Roger , Odon surnommé de Samatan parce qu'il eut 
vraisemblablement cette châtellenie pour apanage, et 
Fortanier. Il en eut aussi une fille nommée Bernarde 
qu'il maria presqu'au berceau avec Roger, vicomte de 
Carcassonne. Il la dota des châteaux deTIsle et deCa- 
selas dans le Commingcs. Sou beau-père y ajouta le 
château de Muret; mais ce mariage ayant été stérile, 
tous ces châteaux rentrèrent dans la maison de Com- 
mingcs. Bernarde survécut à son mari et retourna au- 
près de son père, qui mourut en 1 140 , assassiné dans 

(1) Grands Ofnciers de la couronne. 
(*} Voir la noie 10 h la fin du volume. 



174 HISTOIRE 

une embuscade près de St-Gaudens. Bernard IV avait 
eu de longs et vifs démêlés avec Pierre > évéque de 
G)userans, auquel il voulait arracher le parcage de 
St-Lizier. Ayant trouvé le moyen de s'introduire par 
ruse dans la ville (i), il la pilla, la livra aux flammes 
et en amena les habitants prisonniers à St-Girons. St-Li- 
zier demeura sept ans désert, parce qu'il ne voulut 
jamais permettre qu'on en réparât les murs si on ne lui 
en donnait une portion. 

Las de ne pouvoir rien obtenir , il attaqua Vévêque 
lui-même quoiqu'il lui fût lié par les liens de l'affinité, 
le prit et le retint captif sous une garde étroite, jusqu'à 
ce qu'il lui eût arraché un traité qui lui abandonnait 
la moitié de la ville. Cet accord trouva de nombreux 
contradicteurs dans tout ce que le chapitre comptait de 
plus honorable; mais bientôt l'auteur de ces violences 
ayant été blessé à mort dans une embuscade près de 
St-Graudens; fit appeler près de lui les évêques de Tou- 
louse, de Comminges et de Couserans, et les abbés de 
l'Escale-Dieu et de Bonnefond, et entre leurs mains il 
rendit à Pierre et à ses successeurs les deux parties de 
la ville qu'il avait extorquées et lui légua même vingt 
chevaux en réparation de ses injustices. Il fut enterré 
dans l'abbaye de Bonnefond où il avait choisi sa sépul- 
ture, et fut remplacé par Bernard Odon ou Dodon son 
fils aîné. Ses deux frères se contentèrent de titres sei- 
gneuriaux et laissèrent à la branche atnée la qualité 
de comtes de Comminges. Dodon gouverna le comté 
trente-un ans et mourut dans l'abbaye des Feuillants, où 
il avait pris l'habit de Cistercien (2) et où il fut inhumé. 



(1) L'Art de vérifier les dates. Gallia Christiana. — (2) L'Art 
de vérifier les dates. Graads Officiers de la couronne. 



DE LA GlflOOGHE. 175 

limoger, comte de Foix, avait précédé son cousin dans 
la tjombe. Avant sa mort, il oonsaera la restitution que 
son. père avait Êiite en faveur de Fabbé et des moines 
de ^>t-ÂDU>nin, du village de Frédelas avec le château 
et C[^ielques hameaux voisins. Il s'engagea en outre à 
pay^^r aux moines une rente annuelle d'un demi-muid 
de Aroment, d'un demi-muid de bon vin, d'une vache 
grasse, de quatre cochons et de quatre sols. L'abbé, de 
soa oôté, pour empêcher le comte et ses successeurs dVn- 
\ah.ir les biens de l'abbaye , leur donna ta g^arde du 
c\à.teau et du village de Frédelas et des terres adjacentes 
a^ec la moitié des droits féodaux et de la justice. Sous 
ce paréage (1) le nombre des habitants s'accrut, et du 
village et des hameaux voisins il se forma une ville 
qu'on appela Pamiers, en souvenir vraisemblablement 
delavilled'Apaméeen Syrie, où s'était signalé Roger IL 
Bernard Roger, fils et successeur de Roger III, fit un 
traité d'alliance avec Raymond Trincavel, vicomte de 
Béziers, et épousa Cécile sa fille, le 12 juillet i <5i. Ce 
mariage fut brillant. Cécile lui apportait en dot dix 
mille sols Melgoriens , savoir : cinq mille en deniers et 
cinq mille en sols, les deux châteaux de Ste-Gabelle et 
de Montant, et quelques autres terres. En < 167 , Ray- 
mond, comte de Toulouse, irrité de ce que Roger, fils 
de Raymond Trincavel avait, quoique son vassal, rendu 
hommage au roi d'Aragon , le dépouilla du Carcasses 
et de tous ses domaines , et en investit Bernard Roger, 
son beau-frère; mais Roger ne tarda pas à se réconcilier 
avec le comte de Toulouse , et l'investiture demeura 
Sans effet. Durant cette querelle, le comte de Foix fut 

(1) Dom Vaissette, tom. 2. 



176 HISTOIRB 

appelé en paréage de la ville de Foix par Tabbé de 
St-Volusieti , et lui-même accorda à Tabbé quelques 
avantages. Ces deux événements sont à peu près les seuls 
que nous ait transmis Thistoire sur sa longue adminis- 
tration. 

Plus heureux que plusieurs de ses suffragants , Tar- 
chevêqiie d'Auch ne recueillit durant sa longue carrière 
que des témoignages d'une sympathie que rien n'alte'ra. 
Sous son épiscopat , Pierre , abbé du Mas-d'Aire et sa 
communauté s'obligèrent à faire à la métropole une 
rente de dix livres de cire pour un cierge pascal, et 
obtinrent ainsi d'être admis par le chapitre en partici-' 
pation de bonnes œuvres, ou en confraternité, comme 
on disait alors. Le chapitre (1 ) s'enrichit vers la même 
époque de plusieurs autres dons considérables. Deux 
frères, dont l'un voulait être reçu chanoine, lui donnè- 
rent Antissan et ses dépendances avec la moitié des 
dîmes qu'ils tenaient de leurs ancêtres; ils y étaient 
autorisés ^ar Bernard de Bassoues et ses frères qui étaieflt 
seigneurs de l'église et des dîmes. Milacon de Lama- 
zère offrit aussi aux chanoines l'église du lieu dont il 
portait le nom, à condition qu'ils instruiraient son fils 
Bertrand dans les belles lettres et l'admettraient dans 
leur sein. Les conditions agréées, le jeune Bertrand fut 
conduit dans le cloître; mais, après la mort de son père, 
il se dégoûta des lettres et de la vie claustrale, il em- 
brassa la carrière des armes et signala sa valeur sur plus 
d'un champ de bataille. Cependant, au milieu des com- 
bats et surtout dans ses nuits solitaires , l'image de son 
père irrité , les vœux de la religion qui l'attendaient) 

(1) Carlulaîrc d'Auch, Dom Brugelles, M. d'Aignan. 



DE lA CASCOCNE. 177 

k béiiédiction du prélat descendoe sur son jeane front 
se présentaient à son esprit et pesaient sur son cœur. Il 
ne put tenir à ces reproches ; il revint se jeter aux pieds 
du chapitre assemble, demanda et obtint d'être reçu 
de nouveau. On lui permit même de disposer de Tëglise 
et de ses revenus, et de distribuer de ses mains deux 
sols aux pauvres chaque Jeudi-Saint. L'archevêque , 
entre les mains duquel il remit son ^Use , la confia 
aussitôt à un chanoine qui , trouvant Tëdifice bâti en 
bois, rabattit et jetai les fondements d'une église en 
pierre, la même qui subsiste encore. 

Qiaque siècle a ses travers' et ses faiblesses. Voués à 
la religion presque dès leurs berceaux par des parents 
qui ne consultaient le plus souvent que Jeur piété ou 
les intérêts de leur famille, de malheureux enfants 
sentaient plus tard naître dans leur cœur des inclinations 
peu religieuses. D^autres Ibis, jetées dans le cloître par 
le malheur, par une passion trompée, par une ferveur 
peu réfléchie, par le besoin d'expier une vie coupable , 
des âmes ardentes oubliaient quelque teinps leurs maux 
dans le calme de la retraite ; mais bientôt le d^oùt et 
le repentir venaient saisir ces tristes victimes. La plupart 
luttaient contre elles-mêmes et finissaient sans doute 
par trouver le repos. Le fleuve le plus impétueux en 
battant toujours les mêmes rives parvient à se creuser 
un lit qui emprisonne ses ondes et calme leur fareur. 
Ek d'ailleurs, au sortir du cloître, que leur eût donné le 
monde, surtout à cette époque ? D'autres, plus faibles 
ou plus passionnés rejetaient le froc, mais il était pres- 
qu'inoui qu'après quelques années d'une vie orageuse, 
ils ne retournassent pas mourir près des autels qui 



178 BiffroiBB 

avaient re^ leurs premiers serments. L^ëpisôcpat de 

Guillaume nous en offre encore un exemple. 

Raymond-Guillaume des barons de Salbazan ou 
Sabazan (1), poursuivi par Tesprit malin, dit la chroni- 
que, et ne trouvant nul remède ailleurs, se jeta entre 
les bras de la religion et en revêtit les livrées dans le 
chapitre d^Auch. Néanmoins, la reconnaissance ne Ten- 
chaîna pas longtemps dans le doltre. Le noviciat com- 
mencé sous de si heureux auspices ne fut point achevé, 
et le château de ses ancêtres revit bientôt le jeune sei- 
gneur plus brillant et plus dissipé que jamais. Là aussi, 
continue le chroniqueur^ Tattendait Tesprit malin pour 
le tourmenter avec une nouveUe force. Ramené par 
ses souffrances , Raymond-Guillaume rentra dans le 
cloître , recouvra de nouveau sa santé , et dans Texcès 
de sa gratitude, il abandonna tous ses biens au corps 
qui Tavait ad(^té. Le cartulaire d^Âuch raconte seule- 
ment que Raymond-GuiUaume, atteint dW mal très- 
grave, vint à Âuch où il demeura longtemps alité, et 
que son état s^aggravant, il confessa tous ses péchés, 
reçut la pénitence et (itson testament; et comme il avait 
commis de nombreux excès, il donna à Ste-M arie pour 
le remède de son âme la moitié de la dîme de Montes- 
quiou que ses ancêtres avaient partagée entre lui et son 
frère Centule. Ce don fait entre les mains de Tarchevê- 
que fut consenti par Gausion, mère du malade, par B. 
de Marestan, son frère, et par Guillaume Garsias d^Or« 
bessan, et eut pour témoins Bertrand de Lisle, Bernard 
de Biran, Guillaume Fuert de Biensan Cellerier, Guil- 
laume de Montant, Fortaner de Labadens, Pierre 

(1) Cartulaire d'Auch, Dora Brugellcs, M. cVAignan, Preuves. 



DB LA oamogub. 179 

d^Ântissans, Vidus de Lasserre, chanoines, et Raymond 
de Merens ou Marrens (de Marenis) , écuyer de Ray- 
mond-Guillaume de Salbajan. Le malade survëcut peu 
à ce dernier acte de ses volontés, et le chapitre dans sa 
reconnaissance lui fit faire des obsèques magnifiques. 

La seigneurie de Montesquiou était alors et fut long- 
temps encore divisée. L^antique famille qui porte ce 
nom avait pour chef Raymond Aymeric, fils de Ber- 
trand I*' et arrière petit-fils de Raymond Aymeric I*^ 
Raymond guerroyait avec Géraud d'Orbessan, le parent ' 
sans doute de ce Guillaume Garsias dont nous venons 
de parler, si toutefois il n^est pas le même. La lutte 
fut longue et les chances diverses; mais enfin trahi par 
la fortune (1), le baroù de Montesquiou tomba au pou- 
voir de son ennemi, qui le diargea de fers et le confina 
dans lechàteau de Lavardens. Bernard de Montesquiou, 
^véque de Tarbes, onde patemd du prisonnier, et 
Géraud de Labarthe , archidiacre d'Auch , son oncle 
maternel, s'employèrent aussitàt pour le rendre à la li- 
berté , mais le vainqueur fut sourd à toutes les sollici- 
tations. Il exigea sept cents sds Morlas, sonrnie bien 
forte pour un simple sdgneur. Ne pouvant autrement 
briser les fers de son neveu ^ Tarchidiacre d'Auch se 
dédda & les prendre à sa place et se constitua captif au 
château de Lavardens. Sorti de sa prison, Raymond 
visita successivement ses parents et ses amis, et implora 
leur assistance; mais tous les coffres étaient vides ou ils 
se fermèrent à sa prière. Dans sa détresse il se retourna 
vers Tarchevéque d'Auch et son chapitre, et les conjura 
avec les plus vives instances de lui prêter le prix exigé 

(1) GartuUire d'Àuch. GaiUa Chriitiana, M. d'Aignan, Preuve*. 



180 fliàroiRB 

poar sa rançon en acceptant en gage toute la terre de 
Berdale aujourd'hui Aubiet avec les droits qui y étaient 
attachés. L'offre fut acceptée, et pour preuve qu'elle fut 
faite de bonne foi, l'infortuné seigneur se cimsacra hii- 
méme à Stè-Marie et demanda à être reçu chanoine 
sans néanmoins en prendre l'habit. Dès ce jour, en effet, 
et tant qu'il vécut, il reçut sa part comme les autres 
membres du chapitre. Cest sans doute à cette occasion 
que les barons de Montc^squiou devinrent chanoines 
laïques de notre métropole. 

Des dissensions bien autrement déplorables que ces 
écarts individuels attristèrent l'archevêque Guillaume, 
grand délateur de la paix de l'Église et de la discipline 
ecclésiastique. Les chanoines delà métropole ne vivaient 
pas en bonne harmonie avec les moines de St-Martin. 
Les bornes des deux paroisses assez mal fixées jusques 
là servaient de prétexte à ces troubles. Guillaume lès 
éteignit (1) dans le Concile provincial qu'il assembla à 
Auch, en 1 i37. Ce jugementfut signé de Guillaume de 
Tarbes, Guy de Lescar, Arnaud d'Oleron, Guillaume 
de Dax, Bonhomme d'Aire, Vivien de Lectoure, Roger 
de Comminges et Pierre de Couserans. Mais là n'était 
pas le procès le plus difficile. Les moines de St-Orens 
ne pouvaient oublier leur condamnation, et dans leur 
dépit ils se plaignaient que la paroisse de Ste-Màrie 
envahissait leurs droits. Leur prieur Garsias Eis fit en 
personne le voyagé de Rome pour porter ses plaintes jus- 
qu'aux pieds dû saint-Père. L'archevêque députa de son 
côté deux de ses archidiacres pour exposer ses raiscms 
et combattre les prétentions des Orientains. Eugène , 

(i) Gartulaire d'Auch, Dom Brugelles. 



DE LA GASGOGME. 181 

qui gouvernait alors TégUse, après avoir entendu les 
deux parties, ne voulut point prononcer et renvoya 
l'affaire devant Farchevéque de Bordeaux, les ëvéques 
d'Agen et de Tarbes, et Tabbé de Faget. Guillaume 
accepta volontiers ces juges et les pressa par écrit et de 
vive voix de venir prononcer leur sentence. Ils le pror 
mirent tons, maiç au joi^r iixé Tarchevéque de Bor* 
deaux fut retenu par une maladie qui le conduisit peu 
de temps après au tombeau, L^évéque d^ Agen et Tabbé 
4e Faget me voyant point paraître celui qui devait pré- 
sider l'assemblée se désistèrent. Seul Tévéque de Tar- 
bes se rendit sur les lieux et, assisté de quelques abbés 
et de quelques personnes prudentes, il fit agréer à 
Farchevéque et au prieur de St-Orens deux arbitres qui 
établirent une démarcation que les cartulaires nous ont 
conservée, mais que nous chercberions vainement au- 
jourd'hui (*). 

C) Ces deux affaires terminées, GuiHaamefltciuelques règlements 
particuliers à sa métropole, et voici à quelle occasion. Près des murs 
de-Ste-lfarie s'élevait la chapelle de St-Laurent sur les ruines de 
lacpiélle a été bfttie depuis la chapelle de Varchevâché. Le sacristain 
de la métropole y prétendait exercer sa charge, tandis que le celle - 
rier^ curateur du Chapitre , en réclamait toute l'administration. Le 
différend fut vidé par les deux archidiacres, Vital de Camasses et 
Antoine de Logorsan,d'un côté, et Arnaud de Jegun et Raymond de 
Pouy de Fautre. Les prétentions du cellerier furent condamnées et 
les droits du sacristain maintenus. La part de celui-ci fut alors réglée 
comme il suit : chaque année il devait , durant cinq jours, recevoir 
du pain à l'église pour acheter le jonc dont était parsemé le pavé du 
cloître le dimanche des Rameaux et les dimanches qui précèdent 
FAscension, la Pentecôte, la Toussaint et la Purification de la Vierge. 
Au sacristain appartenait aussi la dtmedu pain, du blé et de tous 
les légumes qui se percevaient aux fêtes do TAssomplion et de la 
Nativité. A lui encore revenaient les cierges déposés sur Vautel de 
St-Etiennc, et tout ce qui était placé ces jours-là sur l'autel de St-Jean. 



482 BisToms 

Pendant que le prëlat ramenait la paix dans le cloître, 
an inœndie, fléau si commun alors, menaça le monas^ 
tére de Simorre. La ville entière fut détruite. Elle s'élè- 
Tait sur une petite éminence qu^on appelle maintenant 
St-Nicolas, du nom d'une cliapelle qui y fut bâtie plus 
fard et que les Calvinistes détruisirent en 1 573. Après 
Tincendie on la transporta jiAus bas dans Tenclos du 
couvent et on rentoura d'un mur de terre et d*ane pa- 
Icsade. Ce cban^ement fut an^té dans une assemcblée(1 ) 
où Bernard, comte d'Astarac, parut entouré de ses deux 
fils SancHe et Bernard. On y arrêta des coutumes que 
le comte et ses fils jurèrenf , et quer jurèrent après eux 
tous les boui^eois. 



BnÛDf le ceMerfor devait lof payer dent sok pour acheter les cordet 
des cloches. A la mort d'an' chanoioe, (mis les membres du Cha- 
pitre devaient, pour fe repos de Tàme du défunt, s'ils étaient prêtres, 
dfre dfx messes dans le mois; s'ils étaient diacres, sous-diacres ou 
simples clercs, lire cinq psautiers ; mais si quelque dianoine ne savait 
pas lire, il n'était obligé qu'à des psaumes ou à des Paldr jusqu'à la 
concurrence de trois psautiers. Olv devait encore admettre pendant un 
an un pauvre à la table claustrale et lui servir une Hvre de pain, une 
obe de vin et une portion suffisante de viande et des autres mets. Air 
bout de Tan on devait chanter le grand office des mc^ts et une 
messe solennelle, mais surtout on ne devait pas oublier , ce jour, le 
pauvre au réfectoire. 
(1) Dom Brugelles, Preuves, p. 14. 



DE LA GASCOGNE. 183 

CHAPITRE IV. 



FMiatin k llNl-4e-lina. — CkâtMi 46 Vic-BigtfN. — Plem , i ieMite de 
Béin. — ÉTè^ é'Olerai , — le Du. — Piem, licMle le Béin, mwI. 
— Gntii, IM lit.— Mie Pierre, ceitede Kferie. — Geitile, m lli.* 
if ifM k Bajene. — L*trclMf èfie d'Aiel idiet Benird , eoite d'Anupie , 
u piréiie 4e U Tille.— ÉTèfm 4e Biai. — 6irai4 4e Libirike , irdMièfie 
4*Aick.— TieleMU èi ceite 4*Anipae el 4e m Ut. 



L^annëe 1141, qui vit rebâtir Kmorre , vit s'élever 
les murs de Mont-de-Marsan. Pierre, comte de Bigorre, 
maître de la vicomte, s'adressa aux habitants de St-Ge- 
niez et de St-Pierre, leur découvritle dessein où il était 
de bâtir un château et les engagea à venir le peupler 
les premiers, leur promettant des franchises et une ami- 
tié constante. Les habitants répondirent qu'ils avaient 
pour seigneur selon Dieu Tabbé de St-Sever, et qu^ils 
ne pouvaient pas se transporter ailleurs sans sa per- 
mission. Ainsi, le comte Pierre alla trouver Tabbé de 
St-Sever et le pria de permettre aux habitants de 
St-Geniez de s'établir dans son château , situé hors de 
la paroisse de St-Pierre qui appartenait au monastère* 
U s'engagea à lui donner dans les nouveaux murs > 
outre l'église, une maison libre de tout cens, et autant 
de pouvoir qu'il en avait au dehors. L'abbé répondit 
d'abord qu'il perdrait encore beaucoup, parce qu'il 
prélevait à St-Geniez six deniers par feu, qu'il y avait 
droit de justice et plusieurs autres avantages. Mais à la 
fin il céda aux vosux des habitants et permit au comte 
d'attirer chez lui ses vassaux, à condition qu'il garde- 



184 HISTOIHE 

rait sur eux tous les droits dont il jouissait à St-Geniez* 
Pierre lui accorda toutes ses demandes et lui confirma sa 
promesse par un serment prêté sur Tautel de St-Pierre, 
et conGrmé par tous les futurs habitants du château. 

Bonhomme, évêque d'Aire, et son chapitre n'avaient 
pas été consultés. Le prélat se prétendit lésé par cet 
arrangement et soutint avec quelque raison que toute 
église paroissiale nouvellement bâtie appartenait à Té- 
véque. Les esprits s'aigrirent <et on en viiit bientôt à 
une inimitié déclarée, qui fut enfin suivie d'une guerre 
ouverte. L'abbé et l'évéque plaidèrent devant l'arche- 
vêque d'Auch et les «évêque de Gascogne i Perquies et 
auconeilede Nogaro. Des prêtres faux témoins se levè- 
rent et accusèiient l'abbé de plusieurs délits/ mais les 
Pères du concile necmrent pas à.leur déposition parce 
que leur témoignage se combattait Longtemps après, 
les deux parties s'accordèrent. L'abbé donna à l'évéque 
et à Téglise d'Aire cent trente sols Morlas, et l'évéque 
et son chapitre abandonnèrent à l'abbé et à son couvent 
tout ce qui)s pouvaient réclamer sur la nouvelle église. 
Vital de St-Germier, archidiacre de Marsan, Vital de 
la Bouheïre, archidiacre de Tursan , Garsias Dufour , 
.sacristaintCt plusieurs autres signèrent avec l'évéque là 
transaction dont la date est incertaine» 

L'année suivante, Pierre et Béatrix, sa femme, aidè- 
rent à transférer Tabbaye de TEscale-Dieu sur les bords 
de TArroSp Cette abbaye, une des plus fécondes des 
filles de Citeaux, puisqu'elle enfanta dans le diocèse 
d'Auch, Souillas et Flaran, et au delà des Pyrénées une 
muhitude de monastères, et que tous les grands Ordres 
de chevalerie d'Espagne la reconnaissent pour mère » 
celte abbaye était née en H 36. Forton de Vie, son fon- 



DE LA GASCOGNE. 485 

dateur, TiitaUit à Cap-à-Dour ; mais Bernard, son pre- 
mier abbë, tnmvant la situation trop pénible, s^employa 
auprès du comte et de la comtesse do Bigorre (1), et 
par eux il obtint de transporter sa maison dans la gorge 
pleine d ombre, de fraîcheur et de verdture, où s'élè- 
vent encore ses murs. Pierre et Béathx la prirent sous 
leur protection, lui firent des brgesses et approuvèrent 
celles que firent à leur exemple divers seigneurs. Cette 
translation et plus encore çans doute cette protecti^on et 
ces largesses portèrent lIEscale-Dieu {scala, Dei^ Të- 
chelle de Dieu) & un degré de splendeur que ne lais- 
saient guère présager ses commencements jusqufs là si 
précaires. 

Pierre passa bientôt les Pjrrénées. Nous le trouvons 
en 1 1 43 à la cour du roi d^ Aragon. Il signa avec le 
comte de Comminges les privilèges que ce prince donna 
aux Templiers. A son retour il eut à se défendre contre 
Raymond Garsie, vicomte de Lavedan. Ce seigneur 
avait épousé Comélie(2), fille unique d'Arnaud de 
Rarbasan, qui lui apporta en dot les garçons^ les filles 
et ensuite tous les hommes de son père^ c'est-à-dire 
qu^dile fut établie son héritière universelle. Guillaume 
Arnaud de Barbasan, cousin germain de Comélie, ou- 
tré de voir cette riche succession lui échapper, fit assas- 
siner le père, déclara la guerre à la fille et la dépouilla 
de tous ses biens à main armée. Cependant le comte 
Pierre s'étant mêlé à cette querelle, Guillaume Arnaud 
retint six casaux ou terres , la moitié de Vendomenju" 



(1) Gallia Christiana, Manuscrit du Séminaire d'Auch. — 
(2) Pièce manuscrite du Séminaire. Larcher. 



186 HISTOIRS 

dure de Marquerie et six cai^eries (*). Il renonça xu 
reste , et pour que sa renonciation fût plus assurée, il 
donna pour cautions , Aner Sans des Angles et Hiq^r 
d^Asté. Cet arrangement ne satisfit pas le vioomté de 
Lavedan. II s^en prit au comte de Bigorre qa*il aocii« 
sait d^avoir favorisé son ennemi. Pierre ëtaatyenupea 
après en Lavedan, Raymond Garsie se porta en armes 
contre lui et chercha à le tuer ou du moins à se saisir de 
sa personne. Le comte, ëchappë de ce danger, se mit à 
la tête de ses troupes et courut assiéger le vassal fék», 
dans son château de Barbasan, et pressa Tattaque avec 
toute Tardeur d^un suzerain hautement outragé. Mais 
les seigneurs du pays s^étant mis à la traverse, le comte 
s^apaisa moyennant la promesse que lui fit Raymond 
Garsie de lui remettre tous ses châteaux trois fois Tan- 
née avec ou sans forfait, avec on sans colère. 

La proximité du Béam et du Bigorre occasionnaient 
de fréquents désordres dans ces temps où les suzerains 
eux-mêmes manquaient souvent de forces pour répri- 
mer des excès qui retombaient toujours sur leur peuple. 
Pierre de Marsan, sensible aux msiux de ses sujets, 
permit aux habitants de Vic-Bigorre (4) de bâtir un 
château auprès de leur bourg, afin de réprimer les 
courses des Béarnais, et accorda plusieurs privilèges à 
ceux qui viendraient Thabiter. Il les exempta de payer 
aucun leude dans tout le comté de Bigorre, s^engagea i 
les nourrir lorsqu'ils iraient faire des corvées dans ses 



{*) L'endomenjadure et la caverie , indominicatura ei eavaUria 
étaient deui fiefs nobles; le second remportait sur le premier, soit 
par le rang qu'il donnait, soit par le service qu'il imposait 

(1) Arch. de Vie, Manuscrit du Séminaire. 



DE LA GASOOGME. 187 

champs et dans ses vignes, et promit de ne pas les con- 
traindre à lui vendre des draps ou du vin si ce n'est 
de gré à gré. En même temps pour mieux punir 
le vol, il voulut que celui qui en serait convaincu fût 
puni de vingt sols d'amende, ou qu'il eût Toreille cou- 
pée. Sous ces faveurs, Vic-Bigorre s'agrandit et devint 
bientôt une des villes considérables de la contrée . 

Comélie de Barbasan, aïeule de la vicomtesse de 
Lavedan, avait une grande dévotion pour St-Savin (1). 
Elle donna au monastère de ce nom la moitié de 
Tabbaye de l'église d'Âgos {*) , en présence de Guil- 
laume de St-Pastou et de plusieurs autres personnes 
de condition. L'autre moitié de l'abbaye de la même 
^lise était entre les mains d'Arnaud de Tors. Ce sei- 
gneur n'avait que deux enfants, l'un et l'autre sourds 
et muets; il les offrit à Dieu et à St-Savîn, et s'oQrit 
ensuite lui-même avec sa femme et tout ce qu'il possé- 
dait 

Arnaud-Guillaume de Barbasan (2), époux de 0)r- 
nélie, lui survécut. Se trouvant près de mourir, il de- 
manda aux rdigieux de St-Savin Fhabit de religion 



(1) Cartnlaire de St-Savin. 

(*) L'abbaye d'Agos , dont il est question , n'est nullement un 
monastère, mais une abbaye laie ou plutôt des biens ecclésiastiques. 
Presque toutes les dîmes en Béarn étaient inféodées. Les Seigneurs 
laïques, qui les possédaient, se nommaient abbés, lès terres et les 
domaines qui composaient leurs fiefs s'appelaient terres abbatiales, et 
ces fiefs eux-mêmes abbayes. Ces abbés percevaient les dîmes de la 
paroisse, à l'exception du quart , revenant de droit au curé comme 
portion congrue. Ils jouissaient des bonneurs de Téglise et présen- 
taient au bénéfice. Le nombre de ces abbés n'était point fixé ; dans 
certaines paroisses il y en avait jusqu'à quatre. 

(2) Manuscrit du Séminaire. 



188 HISTOIRE 

et leur abandonna ce qu'il possédait encore dans Ages. 
La comtesse de Bigorre, Guillaume Raymond de Ba- 
seillac, Raymond Arnaud de Lacase et plusieurs autres 
familiers de Béatrix assistèrent à cet acte suprême. La 
vicomtesse de Lavedan, de Faveu de son mari , ratifia 
toutes ces donations dès qu^elle se vit maîtresse paisible 
de la plus grande partie des biens de ^ maison, 

L^Ordre des Templiers^ ne sous le ciel de TOrient > 
quoique récent encore , s^étendait dans toujte la chré- 
tienté. Pierre de Marsan voulut Tétablir dans sou comté 
de Bigorre. U lui abandonna tout son dom^^iiie de Bpr- 
dères (1) sans aucune réserve, et y ajouta les û»û et les 
maisons qu^il possédait à Saragosse. Pierre de Roxera^ 
Maître de la înilice et Frère Arnaud de Villeneuve, re- 
çurent cette libéralité au nom de TOr dre . L^acte en fut 
passé au château de Lourdes, le 7 février 1<4t8, en pré- 
sence de Bernard, abbé de TEscale^Dieu. Le>oomtele 
revêtit de son sceau sous les yeux de Béatrix, sa femmC) 
et de Centule, son fils , qui s'associèrent à sa bienfai- 
sance. Greffier des Angles, Arnaud Guillaume d^Âugut, 
Pierre d^Astugues, Raymond de Casamate, Raymond 
Garsie de Lavedan et Dodon de Benac , le scellèrent 
après leur suzerain. 

L^évéque de Tarbes , Lobat de Montesquieu , qui 
avait succédé à Guillaume, mort à la fin de 1143, 
luttait alors (2) pour l'église de Rive-Haute {ripa àUa)^ 
devenue plus tard Plaisance , comme nous le verrons. 
Raymond de Sarraute (Lasserrade), donna la moitié de 
celte église à Forton de Vie, le même qui fonda TEs- 



(1) Manuscrit du Séminaire. —(2) Cartulairc delà Case-Dieu, 
Gallia Christianay Histoire manuscrite des abbés de la Case-Dieu. 



m LA GAiBCOCllE. 189 

cale-Dieu , et donna i la Gise-Dien Thâpital de Vic- 
Fezensac. Uautre moitié était disputée par les moines 
de St-Pé de Générez, auxquels leur ancien abbé Odoii 
de Benac, oncle de Raymond de Sarraute, TaTait lé- 
guée. Guillaume, archevêque d'Auch, apaisa cette dis- 
pute, et les mèines de St-Pé la relâchèrent à Forton et 
à ses compagnons. Ceux-ci en firent un don à la Case- 
Dieu, et alors naquit un nouveau différend entre les 
sibbés de ce monastère d^un c6té et les évéques de Tarbes 
et les archidiacres de Rivière-Basse de Fautre. Les ar- 
chidiacres réclamaient sept sols Morlas pour leur quart 
de dime. On leur en accorda deux, et Lobat de Mon- 
tesqniou retira ses prétentions, mais elles ne moururent 
pas avec lui. Uarchevéque d^Auch s'était mêlé aussi à 
ce différend et avait soutenu vivement les moines* 

Pierre , vicomte de Béam, a laissé moins de traces 
dans I*histoire que le comte de Bigorre* Raymond de 
Crème disputait à Yahbé deSt-Pé (1) un casai ou fief. 
Le différend futi^emis au jugement du jeunevicomte et 
de Guiscarde sa mère, qui condamnèrent Fabbé à payer 
cinquante sols Morlas , et Raymond de Crème à aban- 
donner le casai et à donner pour caution Arnaud d^Artix 
et Bernard de St-Jean d'Abos. Parvenu à sa majorité, 
Pierre gouverna seul et tint en personne , en 1 147 , sa 
cour majour à Morlas. Il y confirma Taccord passé en- 
tre les frères hospitaliers de Gabas et le prieur de 
Ste-Christie. Raymond, évéque de Lescar, et Arnaud, 
évéque d^Oleron, confirmèrent avec lui cet accord. Le 
premier avait remplacé Gui de Loos, et le second Roger 
de Saintes (2). 

(i) Marca, liv. 5, ch. 29. — (2) GaUia Chrittiana. 



490 HISTOIRB 

Le cartolaire de Dax qui a attaque ce dernier pré- 
lat durant sa yie , le poursuit jusques dans la tombe. 
SuiYant%lui , Roger fut enlevé durant le G>ncile de 
Nogaro, par Teffet d'une potion violente qu'on lui ad- 
ministra , et mourut sans testament et sans confession. 
L'archevêque d'Auch, après avoir présidé à ses obsè- 
ques, apprit ces circonstances de la bouche des chanoi- 
nes. Âce récit, poussant plus Imn ses questions, il apprit 
encore qu'entr'autres méfaits, le prélat avait interpolé 
une bulle accordée à une église et en avait fait écrire 
une seconde. Un témoin déclara l'avoir vu transcrire 
sous ses yeux. L'archevêque s'étonna que Roger se fût 
oublié à ce point; néanmoins, par respect pour sa mé- 
moire, il Ordonna le silence et se contenta de livrer aux 
flammes le document falsifié. Quoiqu'il en soit de cette 
anecdote, dont la source nous parait très suspecte , Ar- 
naud I*' , successeur de Roger , ne survécut pas long- 
temps à l'assemblée de Morlas. Il fut remplacé par un 
second Arnaud , surnommé Dizeste. Celui-ci avait em- 
brassé dans sa jeunesse l'institut de Clunj; il devint 
successivement prieur de Morlas et abbé de Sordes, où 
il réforma divers abus. On le tira de son abbaye pour 
le placer sur le siège d'Oleron (1). Son nom est men- 
tionné dans la fondation de l'hôpital d'Urdos, provo- 
quée par Arnaud Guillaume de Sort, évéque de Dax. 

Arnaud Guillaume était fils de Guillaume Arnaud, 
seigneur de Sort et de Jeanne de Rostain. Il succéda 
à Guillaume de Falgar, en < i 44, et s'établit le défen- 
seur des biens de son église. Il frappa sans pitié d'ex- 
communication ceux qui les retenaient, et en obtint 

(l)Marca,liv. 5, ch. 29. GaUia Christ iana. 



DE LA GASGOGHE. 494 

dinîB la restitntkm. Bernard de Falgar, le parent de son 
prédécesseur , s^était repenti sans doute du pacte con- 
clu, et au méfMris d^une Tente consommée, il avait repris 
la terre dont il portait le nom. Malgré les liens qui 
Tunissaient à Guillaume , il ne fut pas traité avec plus 
de douceur, et comme les autres il céda à la crainte. 
Mais Arnaud Guillaume ne sut pas s'arrêter; il se crut 
maître absolu de ce qui appartenait à Téglise dans son 
diocèse, il toucha aux biens du chapitre, et étonné de 
la résistance qu'opposait le corps , il voulut déployer 
une rigueur nouvelle. Les chanoines crièrent à Farbi- 
traire et à Tavarice, et «e constituèrent ses ennemis. 
Leur haine et leurs intrigues ne lui firent néanmoins 
rien perdre de son crédit auprès de se» Ouailles. La 
fondation du nouvel hôpital en est la preuve (1). 

Trois Normands de haute naissance se rendant en 
pèlmnage à St-Jacques de Compq^telle, furent égoigés 
dans la forêt d^Urdos par quelques brigands qui jetèrent 
leurs corps dans un lac voisin. Mais Dieu qui a toujours 
les yeux ouverts sur le crime ne laissa pas celui-ci impuni. 
Les brigands, arrêtés plus tard, périrent sous les coups de 
la justice du seigneur du lieu. D^un autre côté^ la bonté 
divine qui ne faillit à personne, révéla le meurtre par 
le ministère de TÂrchange Gabriel à un saint prêtre, 
nonuné Raymond Porchet de Scendos, et lui ordonna 
de retirer les pèlerins du lac et de les ensevelir à Ten- 
droit même où il avaient été massacrés. Porchet obéit 
avec joie à cette injonction. Mais bientôt le même envoyé 
céleste vint l'avertir par trois fois d'avoir à bâtir en l'hon- 
neur de Dieu une maison sur la tombe des pèlerins. 

(i) Marca, liv. 5, ch. 28. GcUlia Chriêtiana. 



492 HIST¥)I11Ë 

Le prêtre n'osant pas résister à celui à qui tout obëit, 
se hâta de ^e présenter à Arnaud Guillaume de Sort et 
de lui raconter la mission qu'il avait reçue. Le prélat 
l'exhorta à la remplir au plutôt. Cest pourquoi Porchet 
demanda à Pierre , vicomte de Gavarret et de Béam , 
qu'il lui donnât Urdos afin d'y bâtir une maison pour 
les pauvres qui entreprenaient le pèlerinage de St Jac- 
*ques, transformant ainsi un ancien repaire de brigands 
en un refuge d'indigents et une demeure de pèlerins. 
Pierre acquiesça volontiers à sa demande , et donna 
avec joie la terre d'Urdos avec tous les droits qu'il y 
possédait, en présence de toute sa cour, et en particulier 
d'Arnaud Bornio , abbé de Sordes , de Vivien de Gra- 
mond, de Pierre de Luxe, d'Arnaud Aramon de Garris 
et de Fortaner d'Escot. 

Pierre passa bientôt en Espagne et alla prendrie pos- 
session de la dignité et des terres qui lui appartenaient ; 
mais la seigneurie de Saragosse ayant été enlevée à 
Centule V , son oncle , il reçut en échange celle de 
Huesca. Comme ses ancêtres, il combattit contre les In- 
fidèles dans les rangs Espagnols. Surita le nomme à la 
tête des Ricombres d'Aragon, qui emportèrent le 24 
octobre \M9 la ville de Fraga. Pierre mourut au 
retour de cette expédition , vers 1 < 50 , laissant de sa 
femme dont le nom est resté inconnu, mais qu'on croit 
avoir été parente du roi d'Aragon, deux enfants en bas 
âge, Gaston et Marie. Guiscarde, $a mère, vivait encore» 
Elle reprit l'administration du iBéam jusqu'aux pre- 
miers jours de i 454 où se termina sa longue vie. Peu 
après cet événement, Odon de Cadeillan ayant épousé 
Armesinde de Benac, qui lui porta en dot la seigneurie 
du village de Serres, s'empara de l'église que le chapi- 



DE UL GASCOGNE* 493 

tre de Lescir possédait en paix depuis longnes années. 
L^éréqofi et les chanoines ne pouvant s^en plaindre à 
leur seigneur, car ik ^a\f aient pour vicomte que Gas^ 
ton, encore enfant^ en appelèrent ii Fardievéque d^Auch, 
qui excommunia l'usurpateur (1) ; mais ses foudres 
furent méprisées. D^autres faits semblables firent sentir 
le besoin d^'un chef pour protéger les droits et punir 
les violences. 

Les prélats et les barons jetèrent les yeux sur Ray- 
mond, comte de Barcelonne Arnaud, évéque d'Oleron, 
Raymond, évéque de Lescar, Raymond, abbé de St-Se- 
▼er Cap de Gascogne , Fortaner d'Eschot , Raymond 
Caisie de Gavaston , Raymond Arnaud de Gerderest , 
Garsias-Amaud de Domi , Gajard de Morlane , Ray- 
mond Garsias d'Espalunque , Raymond Guillaume de 
Larre , Othon de Caslillon , Raymond de Vielle , à la 
tête d^un grand nombre de Béarnais , de Morlanais, 
d'Aspaix et d'C^lais , se rendirent au lieu de Camp- 
Franc en Aragon , et là agissant pour eux et pour les 
absents, ils firent hommage k Raymond , lui prêtèrent 
serment de fidélité , et Félurent pour leur seigneur et 
gouverneur, sous la réserve expresse de la fidélité due 
aux enfants de Pierre , vicomte de Béam (2). L'acte 
daté du mois d'avril 1 1 54, Ait passé sous les yeux de 
Pierre, comte de Bigorre. 

Le jeune Gaston grandit sous cette tutelle, et obtint 
du roi d'Aragon la Ricombrerie de Fraga, au lieu de 
celle de Huesca. Mais lorsqu'il fut parvenu à sa majo- 
rité, le comte de Barcelonne déposa son autorité entre ses 



(1) Marca, liv. 5, ch. 31. —(2) Le même cl l'Art de vérifier les 
dates. 

//. 13. 



<94 HISTOIRE, 

mains et lui rendit fidèlement son vaste patrimoine. 
Gaston parait Tayoir administre avec sagesse, quoiqu'on 
ne connaisse avec détail aucun fait spécial de son admi- 
nistration. On sait seulement qu'il termina -sa vie en 
< < 7 ( 4 ). Il avait ëpousë en premières noces Bëatrix, hé- 
ritière de Fezensac,si toutefois ce mariage rapporté par 
Oihénart n'est pas supposé, et en secondes , Léofas, ou 
plutôt Sancie, fille de Garsias-Ramire, roi de Navarre, 
et il n'eut point d'enfants de ses deux femmes. 

Un ancien raconte (2) que Sancie était enceinte à la 
mort de son mari, et qu'elle accoucha d'un avorton, ce 
qui répandit la consternation parmi les grands et le 
peuple. Déjà on croyait voir plusieurs prétendants se 
disputer le pays et le livrer au meurtre et au pillage. 
On s'en prit à la vicomtesse qu'on accusa d'être l'auteur 
de son avortement , comme si elle n'avait pas double- 
ment à le déplorer comme mère et comme future gou- 
vernante d'une vaste contrée. Le roi de Navarre, San- 
che IV, son frère , au tribunal duquel on la déféra , la 
jugea avec son conseil. On était au siècle des épreuves. 
Sanche condamna sa sœur à être précipitée pieds et 
poings liés du haut du pont de Sauveterre dans le 
Gave qui coule au dessous; mais Sancie, dit l'écrivain 
que nous abrégeons, après l'Art de vérifier les dates , 
ayant appelé la bienheureuse Vierge au secours de son 
innocence, fut portée sur les eaux à la distance de trois ^ 
jets d'arc et s'arrêta sur le sable. Ce prodige lui rendit 
son honneur, et pour réparer d'injustes soupçons on la 
reconduisit en triomphe dans son palais. 

Pierre, comte de Bigorre, qui consacra de sa présence 

(1) Marca , Oihénard. — (2) L*Art de vérifier les dales. 



DE LA GASCOGNE. 195 

le serment prêté à Camp-Franc, avait précède Gaston 
dans la tombe. Les derniers traits de sa vie, parvenus 
jusqu'à nou3, sont des hommages que lui rendirent 
Guillaume Arnaud de Omet pour Cahusac et Cane t ( 1 } , 
et Arnaud d^ Aragon pour les châteaux d'Ourbeville , 
Pouyferré et Beaucens. Il mourut en 1 163, ne laissant 
qu'un fils de son mariage avec Béatrix. Cette union 
n'avait pas toujours été heureuse. Une charte nous 
apprend qu'ils vivaient séparés et en mauvaise intelli- 
gence, en 1151. Pierre échangea alors avec labbé de 
la Recule le village de Luerry contre celui de Peyrct, 
et s'obligea à faire ratifier cet échange par Centule, son 
fils et par sa femme, dès que la paix et la concorde ser- 
raient rétablies dans sa maison. Après cet acte , nous 
retrouvons encore quelque temps le nom de Béatrix, 
mais nous ignorons l'époque précise de sa mort. 

Centule, que quelques-uns nomment Pierre Centule, 
ou même simplement Pierre, succéda (2) à son père 
dans le Marsan et à sa mère daiis le Bigorre , et posséda 
en outre un quartier de Saragosse. Il épousa Matillc , 
parente du roi d'Aragon qui donna aux deux époux 
en faveur de celte alliance et aussi pour reconnaître les 
services que Centule avait rendus et rendait tous les 
jours à sa couronne, la vallée d'Aran et la seigneurie de 
Bordères ; mais il'y avait pour condition que le comte 
et ses successeurs se reconnaîtraient à jamais vassaux de 
TAragon. 

Pendant que les rois d'Aragon s'efforçaient d'affer- 
tnir et d'étendre leur suzeraineté sur le Bigorre, un 



(1) Manuscrit du Séminaire. Marca, liv. 9, cb. 8. — (2) Le même, 
l^Art de vérifier les dates. 



<96 HISTOIRE 

nutre roi bien autrement puissant commençait à faire 
sentir la sienne à l'autre extrémité des Pyréaée^. Louis^ 
le-Jeune, se soui^enant dignement sans doute du inari 
outragé, mais oubliant trop le roi de France, avait 
répudié Théritière du dernier duc d'Aquitaine , et la 
volage Eléonore avait presqu'aussitôt (i 142) donné sa 
main à Henri Plantagenet , duc d'Anjou, qui ne tarda 
pas à monter sur le trône d'Angleterre. Avec sa main 
elle apportait à son nouvel époux l'Aquitaine, le Poi- 
tou, le Limousin, le Périgord , la Saintonge, TAunis et 
l'Angoumois. 

L'ancien Labour avait toujours dépendu de l'Aqui- 
taine. Forlaner (1), successeur d'Arnaud Fermatel, 
occupait alors le siège de Bayonne. Sous son épiscopat, 
Bertrand , vicomte de Labour, arrêta par le conseil, 
l'assentiment et la volonté des barons du pays et de 
tout le peuple, que celui qui aurait deux montures en 
laisserait à sa mort une à l'évéque ; que celui qui n'en 
aurait qu'une et quatre bœufs , laisserait là monture 
ou le meilleur bœuf; que celui qui n'aurait que quatre 
boeufs de travail laisserait aussi le meilleur ; que celui 
qui n'aurait que deux bœufs de labour et dix autres 
têtes de bétail laisserait, à son choix, une vache pleine 
ou son veau ; enfin, que celui qui avec deux bœufs de 
travail n'aurait pas dix têtes de bétail , mais des porcs 
et des brebis, laisserait cinq sols. Au prix de cette rede- 
vance, l'évéque devait une messe au défunt ; il était 
même obligé de la porter dans la paroisse où gisait le 
corps , si les parents ou les amis le désiraient. Il fat 
encore arrêté que les dîmes des juments, des vaches, 

(1) Gallia Christiana , Manuscrit de Bayonne. 



\ 



DB lA GASGOCriE. 197 

des porcs et des brebis seraient exactement payées , et 
que s'il y ayait plainte de fraude par 1 evéque pu son 
délégué, Thabitant dlmé jurerait avec deux notables 
de sa paroisse avoir agi loyalement. Ainsi statuèrent en 
présence de Fortaner et de tout sou chapitre, Bertrand, 
vicomte de Bayonne, G. de Bayonne, P. de Bonionet 
ses fils, B. d'Uitubie, Arnaud de Naubies, Antoine de 
Sailli, A. d^Artttcega et Brasc de Saoce. 

Fortaner enrichit encore son église de la dime de 
Biarrits, et lui assura les quarts décimaux du Bastanque 
lui dispuuit le vicomte. Sept chanoines jurèrent que la 
cathédrale de Bayonne avait de tout temps joui de cette 
rente. Leur serment termina la contestation. Le prélat 
siégeait encore en 1166, lorsque fut fondée Tabbaye 
de St-Bemard (1) placée aux portes de Bayonne vers 
les côtes de la mer. Bâtie pour des religieux, die porta 
d'abord le nom de St-Etienne de Rive^Adour^ de la 
rivière qui la baignaiL Bientôt, et au moins dès 1245, 
changeant de destination et de nom , elle fut occupée 
par des religieuses, et s'appela tantôt abbaye de Bet- 
hezè ou Beïbèdé (bello visu) , à cause de son taste et 
riche horizon, tantôt de Notre-Dame ou même de 
Ste3rron, mais le plus souvent de St-Bernard. 

La fin deTépiscopat de Fortaner fut troublée par un 
long et vif procès qu'il eut à soutenir contre les bour-- 
geois de Bayonne, et qu'il légua à son successeur, Pierre 
Bertrand d'Elspelette , dont la famille s'éteigniivsous 
Louis XIV qui accorda la baronnie au duc de Gra- 
mond. Nous ferons plus tard mieux connaître le procès. 
La ville d'Auch prit vers cette époque un nouveau 

(1) ManuBcrit de Bayonne. 



<98 HISTOIRE 

développement. Les archevêques avaient plusieurs fois 
cherché à accroître son étendue , mais ik trouvaient 
toujours des obstacles dans la rivalité des comtes de 
Fèzensac qui faisaient tous leurs efforts pour amener 
Téglise à les admettre en patéage. Quand le Fèzensac 
fut entré dans la maison d'Armagnac , ces efforts re- 
doublèrent. La reconnaissance toutefois et la haute 
piété dont ils faisaient professsion forcèrent Bernard III 
et son £ls Géraud à des ménagements ; mais celui-ci 
mourut au plus tard en H60 ^ sans laisser de ses deux 
épouses, Sancie dont on ignore la famille, et Anizette de 
Lomagne , que Bernard IV qui lui succéda {i ). Jeune 
et impétueux , ou plutôt violent et emporté, Bernard 
ne pouvait s'accommoder d'une lutte sourde. L'arche- 
vêque avait son marché , le seul que possédait la ville. 
Le comte en établit de son chef un second à lui propre. 
C'est vraisemblablement là l'origine du marché de 
Latreille. Une enceinte d.e inurs commençait à s'é- 
lever au nom du prélat. Les travailleurs furent insultés 
et les ouvrages détruits par les soldats de Bernard. 

Gufllaimie protesta d'abord contre ces violences ^ 
mais voyant que ses protestations étaient méconnues , 
pacifique comme il était, il céda et admit le comte au 
paréage , non seulement de son marché et des impôts 
qu'on y prélevait , mais encore de la cité elle-même ; 
ou jdutôt le paréage de la cité ne fut pas d'abord com- 
plet/' Guillaume n'abandonna au comte qu'une partie 
du terrain de la ville, et encore à la double condition 
qu'il la clorait de murs et qu'il la peuplerait dTiabi* 
tants; il se réserva spécialement toute la paroisse. Mal- 
Ci) Chroniques d'Auch, Cartulaire d'Auch, M. d'Ai^Dan, 



DE LA. GASCOGME. 199 

gré cette réserve, la puissance des comtes sut bientôt 
établir l'équilibre et même faire pencher la balance de 
leur côté. 

Bernard , après avoir arraché la première concession , 
s'^empressa de remplir les conditions exigées. II éleva 
des remparts dont on retrouve quelques légers vestiges, 
et attira dans leur enceinte les habitants de quelques 
liame^ux voisins. Les moines de St-Orens, toujours peu 
l>ienveillantspour la métropole, l'aidèrent dans son en- 
treprise , et pour prix de leur secours ils réclamèrent 
une part dans la cité. SUl fallait en croire un ancien 
document (1), leur réclamation aurait été accueillie, et 
au lieu d'un seigneur , Auch en aurait compté trois : 
l'^archevéque , le comte d'Ârmagnac et les moines de 
St-Orens. Mais les droits de ceux-ci , sUIs en eurent 
<pielqu un, se perdirent bientôt, ou plutôt rien n'atteste 
cju'ils aient jamais été reconnus. 

Peu content d'avoir accordé à Bernard d'Armagnac 
c:e qu'avaient vainement recherché jusques-là et ce 
<x>mte et ses prédécesseurs , Guillaume s'attacha à lui , 
le soutint contre quelques seigneurs voisins et pro- 
digua pour lui son argent et ses vassaux. Ces bien- 
faits amollirent cette âme de bronze, et tant que vécut 
Cnillaume, Bernard respecta son caractère sacré et les 
propriétés de son église. 

La mission d'homme de modération et de paix qui 
sied si bien aux pasteurs des âmes, personne ne la com- 
prenait mieux que l'archevêque d'Auch. Sa voix, nous 
tlisent les vieilles chroniques , se mêlait aux difTéreiids 
qui divisaient ses ouailles, et elle arrêtait les contes- 
Ci ; Manuscrit de St-Orens. 



200 HISTOIRE 

talions, rapprochait les cœurs, ramenait la concorde. 
Quelquefois elle se faisait écouter au loin. Le chapitre 
de St-Etîenne de Toulouse se plaignait que son évéque 
eut disposé arbitrairement de Téglise de la Daurade, et 
il était prêta en porter ses plaintes au Concile de CIct^ 
mont présidé par le pape Innocent III en personne. 
Guillaume , que le3 chanoines consultèrent, les en dé- 
tourna, et ils suivirent son avis. 

Cependant une affaire préo(x:upait vivement notre 
prélat. Neveu de St-Berti*and (<), et élevé sous ses 
yeux, il avait vu de trop près les vertus de son onde 
pour ne pas désirer de les transmettre à la postérité. II 
intéressa à son pieux dessein le cardinal Hyacinthe, et 
à la prière de ce cardinal. Vital qui avait vu le jour dans 
la province ecclésiastique d'Auch, et que son mérite et 
sa science avaient conduit à là cour Romaine, où il rem- 
plissait les fonctions de notaire apostolique, écrivit la 
vie du célèbre évéque de Comminges. Là ne s'atréta 
pas le zèle de Tairchevêque d'Auch: il mit sous les yeux 
des souverains pontifes qui se succédèrent assez rapi- 
dement les preuves de sainteté qu offrait une vie si 
belle, et avant de descendre dans la tombe il eut le 
bonheur de voir ses efforts couronnés du succès. La 
bulle de canonisation fut publiée par Alexandre III , 
vers Fan ] 160, et non par Clément V, comme le porte 
par une erreur inexplicable le bréviaire d'Auch. Cest 
une des premières canonisations faites solennellement 
par les papes. Innocent II, en H34, en canonisant 
St-Hugues, évéque de Grenoble, avait réservé au saint- 
siège un jugement et une appréciation qui intéressent 

(1) Gallia Christiana , Bréviaire d'Auch. 



DE LA GASCOGNE. 201 

â un si haut degré la religion tout entière. Jnsques là 
on reconnaissait publiquement pour saint celui dont le 
tOQilïeaa était honoré par des miracles ; et alors , sans 
autre formalité, on retirait le corps sacré du sépulcre 
pour le placer stu: les autels et lui rendre un culte pieux . 
Xant de soins devaient, ce semble, épuiser tous les 
monients de Guillaume. Néanmoins sur la fin de ses 
jours on le vit se charger de l'administration du diocèse 
de Basas, durant le pèlerinage de la Terre^Sainte en- 
trepris par Garsias du Benquet (1 ), qui venait de mon- 
ter sur ce siège. Godefroi était mort depuis longtemps 
et avait été remplacé, au plus tard, en 1138 , par Fort 
Garini , un des archidiacres de la cathédrale. Garsie 
donna alors à son chapitre Téglise de St-Gôme; il y 
ajouta deux ans après la moitié de la justice de Bazas. 
Il ne se montra pas moins généreux envers Fontguilhem , 
qui reçut de lui Véglise de Masseille, et envers la Réole 
^i eut St-Vibien, Il apptDuva encore en faveur de oe^ 
monastère la donation qu^'avait faite Amanieu de Bu^ 
glon , du quart de sa terre du MiraiL II mourut etï 
^^ 43 , et eut pour successeur Raymond III (2) , omis 
par les auteurs de la Gaule chrétienne. Sous lui, Tévê- 
qued'Agen renouvela ses anciennes prétentions et cher- 
chia à envahir quelques paroisses limitrophes de son 
diocèse. Raymond s'en plaignit au pape Lucius II ; 
^ais voyant que ses plaintes n étaient pas assez tôt 
accueillies, il se transporta à Rome et obtint d'Eu- 
gène III, successeur de Lucius, que Varchevéque de 
"Ordeaux serait chargé de tracer définitivement les 
^imes qui sépareraient désormais Agen et Bazas. 

Cl) G€Ulia Christiana. — (2) Mentionné dans le travail sur i'ar- 
rondissement de Bazas, par Fabbé Oreilly. 



\ 



202 HISTOIRE 

Raymond recueillit à peine les fruits de son voyage, 
car il mourut Tannée suiyante. Guillaume-Arnaud de 
Tonsalon (1), qui vint après, est plus connu. En 4154, 
il approuva la fête qu'Adon, prieur de la Rcole, avait 
établie (*) dans son monastère, en faveur de Vlmmaculée 
G)nception de Marie. Le pieux abbé de la Réole ob- 
serva à cette occasion que cette solennité se célébrai.% 
très-dévotement par le peuple chrétien dans toute 1^ 
Gaule. Il était digne d^une province dont presqu.^ 
toutes les cathédrales sont dédiées à Marie, de proda^— 
mer la première le cidte qui parait plaire le plus â 
son cœur maternel. * 

Peu de temps après, Amanieu IV d'Albret, fils ^* 
successeur de Bernard I" , mort vers Tan i i 40, se jet^* 
sur les paroisses situées à l'extrémité méridionale di^k- 
diocèse, en enleva un large butin , et ne trouvant poia ^ 
de résistance, il continua ses déprédations jusques sou^^ 
les murs de Bazas. Enhardi par ses succès, il osa mém^^ 

attaquer la ville. L'évéque était alors absent. Les cha 

noines alarmés appelèrent à eux tout ce qu^ils purent d^^ 
de défenseurs, et tombant à Timproviste sur ces hardi^^ 

maraudeurs, ils les battirent complètement et leur en 

levèrent leur butin. Amanieu n'échappa à la vengeance^ 

du peuple qu'en prêtant le serment solennel de ne ja 

mais plus molester les Bazadois. Cet événement, l'ap^ 

probation donnée à Tabbé de la Réole et quelques libé 

(4) Gallia Chrittiana, tom. 1. 

(*) A ToccasioD de la nouvelle solennité, les moines devaient à la ^ 
grand-messe revêtir leurs chappes ou l'habit de grande cérémonie, 
à moins que le temps ne fût pluvieux ; et au réfectoire , le syndic ou 
cellerier devait servir un premier repas meilleur que le repas ordi- 
naire. Le prieur s'obligeait à en ajouter un second à ses frais. 



DE LA GASO0G9E. 203 

T^lés disuiboées à diverses communaatés religieuses« 
imi les seuls traits connus de son ëpisoopat , qpî se 
'ennina en 1 165 ou 1 166. Caisias du Benquet le rem. 
pbça (1 ). n avait été chanoine sons Fort Carsie et avait 
£ût le voyage de Rome pour y défendre les droits de son 
^lîse. n composa un ouvrage intitulé (2) : le Baptiste 
du, Sauveur (c^est-à-dire le ministre de son baptême, 
BaptistaSah^atons)^ sorte de chronique religieuse de 
B^zas, s'arrétant au prélat qui Tadmet dans son chapi- 
*i^ Après avoir vu Rome , il voulut visiter la Terre- 
^nte, et durant son absence il confia son troupeau à 
VHi métropoliuin. Son absence ne fut pas longue; nous 
ie retrouverons à Bazas en H 70. 

L^archevéque d'Auch, en acceptant Tadministration 
^a diocèse de Bazas, n avait consulté que son zèle. Il ne 
résista pas longtemps à ce nouveau travail, et mur pour 
le del, il alla se reposer dans le sein de Dieu, en 1 1 70 . 
11 portait pour armes, au premier et au quatrième, de 
gueules au sautoir d'or, et au deuxième et au troisième, 
ëcfaiqueté d'or et d'azur. Dom Brugelles, s'éta jant d'une 
charte du couvent de Boulau , le fait vivre jusqu'en 
H 77, et veut qu'en 1170, épuisé par l'âge et accablé 
sous le poids des travaux désormais supérieurs à ses for- 
ces, il ait résigné son siège entre les mains de son succes- 
seur, tout en se réservant l'administration, comme s'il 
eAt fallu des forces pour siéger et non pas pour admi- 
nistrer. Un autre acte puisé aussi dans les archives de 
l'Ordre de Fontevrauld, nous parle, sous l'épiscopat de 
CuiUaume, d'un Sanche de Fenogret ; mais s'il n'y a 
pas erreur dans le nom , ce n'était là qu'un évéque in 

(i) Gallia Christiana. —(2) L'abbé Oreilly. 



204 HISTOIRE 

partibus, faisant les fonctions de vicaire-génëral. Des 
monuments nombreux et irrécusables attestent que 
Guillaume d'Andozille gouverna sans interruption U 
métropole, depuis Tan 1 126 jusqu'^en MIO. 

A sa mort, Bernard , comte d'Armagnac , voulut lu 
donner pour successeur un de ses nombreux enfants 
mais ses brigues furent inutiles. To ites les voix se réu 
nirent aussitôt sur Gëraud de Labarthe (\ ) , cet ond 
de Raymond Aymeric de Montesquiou que nous avon 
vu prendre les fers de son neveu. Géraud appartenait 
Tancienne famille des comtes d'Aure , qui "posséda î 
longtemps les quatre vallées, et dont plusieurs rameau: 
subsistent vraisemblablement (*) encore dans le pays 
Il était fils d'Arnaud Esparc de Labarthe et de Coa 
dorine d'Aure, son épouse. Il embrassa d'abord la vi* 
canoniale à Aucli; puis il passa à Toulouse, dont Tévéqu' 
le fit son archidiacre. Guillaume d'Andozille l'avai 
vu s'éloigner avec regret. Il se Mta de le rappeler au 
près de lui et de lui confier le même emploi qu'il exer 
çait à Toulouse. Sa courte administration laissa de 
souvenirs dans cette dernière ville , et quand la mer 



(1) GalUa ChrisUanaj Dom Brugelles, M. d'Aignan. 

(*) Nos lecteurs voudront bien comprendre, et aussi , nous Fespé 
tons, approuver notre excessive réserve touchant les prétentions jiu 
DU moins fondées des famiiles qui habitent ou ont habité la (M- 
cogne. Nous ne pouvons ni ne devons étayer ou inûrmer aucuni 
généalogie. Nous disons, sans eh taire aucun, les noms que nous trou 
vous devant nous. Là finit la mission de l'histoire. A chacun à re 
connaître et à proclamer ses ancêtres. Seulement, nous sommes ioti 
mement convaincu qu'il y a dans nos quatre départements bien plu 
de familles anciennes qu'on ne le croit communément. A cet égard 
comme sous beaucoup d'autres rapports , la Gascogne a peu de chos 
à envier aux autres provinces. 



DE hk GASCOGNE. ' 205 

vint, en 4 164 ^ frapper Tévéque Bernard Banhamme , 
lechafâtre de St-Etiennç élut à sa place son ancien 
archidiacre. A celé des puissants omîtes de Toulouse 
€t des seigneurs, presque tous riches, du Languedoc, ce 
chapitre plus qu'aucun autre avait souffert des mal- 
heurs du temps. Ses biens avaient été en partie aliénés 
ou envahis. Géraud ('l ) dégagea les uns et obtint la res- 
titution des autres. Il fit plus, il se dépouilla lui-même 
et ajouta à ce qu'il avait fait rentrer le cens annuel que 
les Juifs de Toulouse payaient à Tévéque. Cinq ans 
s'étaient écoulés à peine, et déjà sa sagesse avait changé 
son diocèse ; mais.la province qui lui avait donné le jour 
et où il s'était formé aux vertus ecclésiastiques, devait 
le voir à sa tête. Guillaume venait de descendre dans 
la tombe, et pendant que le terrible Bernard IV mani- 
festait ses désirs et les appuyait de sa puissance, les cha- 
noines se dérobant à ses obsessions , et sans doute aussi 
Iwayant ses menaces, nommèrent levéque de Toulouse. 
Géraud était beau-frère du comte, qui avait épousé 
E^tiennette de Labarthe , sa sceur. Une parenté aussi 
étroite ne permettait pas à Bernard de faire éclater son 
ressentiment avec quelque honneur. Aussi dissimula-t-il 
quelque temps ; rien du moins ne prouve qu'il ait d'a- 
bord troublé l'archevêque dans l'exercice de son minisL 
tère. En Hlij nous trouvons Géraud transigeant paisi- 
hlement avec l'abbé de Berdoues , et réduisant la rede- 
^ftnoe promise pour l'abandon des dîmes d'Artigues. 
Cette même année il fut nommé légat du saint-siége par 
'^ pape Alexandre III. Il en prend le titre dans l'achat 
^u'il fit des terres de Lamaguère et d'Arcagnac (2). 

(1) M. d*Aignan. — (2) Carlulairc d'Auch. Dom Brugelles , Preu- 
^'^8, page 38. M. d'Aignan. 



206 HISTOIRE 

Les guerres et les folles passions appauvrissaient sou* 
vent les seigneurs. L^église pacifique et économe savait 
mieux administrer ses revenus. Tout d^ailleurs lai 
faisait un devoir de ménager des biens qui apparte- 
naient aux pauvres et à la religion. De là cet excé- 
dant que les châteaux enviaient et auquel ils étaient 
forcés de recourir quelquefois. 

Guillaume de Lamaguère et Arnaud, surnommé 
Magur, son frère, vendirent leur héritage pour le prix 
de six cents sols, dont trois cents sols leur furent 
comptés, et dont le reste fut donné à leurs créanciers. 
La vente comprenait avec les biens les hommes qui les 
travaillaient. Elle fut consentie par Boémond , comte 
d^Astarac, en sa qualité de haut seigneur, par Rosé 
Blanche , sa femme , et par Marie et Marquesie , leurs 
filles. Le comte et tous les siens abandonnèrent en leur 
nom et au nom de leurs successeurs tous les droits qu ils 
pouvaient prétendre sur les terres achetées. L'acte fut I 
passé à Montcassin , dans la maison d'Arnaud de La- | 
palu (mars 1174), et signé des abbés Guillaume de Si- 
morre, Pierre de Pessan, Arsiusde Saramon, Pierre 
de Faget , Bertrand de St-Dode , et Pierre de Sère* 
Parmi les seigneurs on comptait Guillaume ou Guirautî- 
d'Orbessan et Guillaume Garsiîis , son frère , celui-1^^ 
même qui avait retenu prisonnier Tarchevêque avan ^ 
sa promotion, Bernard de Panassac, Gmllaume-Bernar(^' 
de Lamazère , Arnaud Desbarats , Guillaume-Arnau(^ 
de Labarthe, Jourdain de St-Romain, Sancéd'Aguin 
Guillaume de Marrast, et parmi les chanoines d'Auch^ 
Bertrand de Biran et Guillaume de Rouede. 

Béatrix , la dernière fille de Boémond , n'est poinPf 
nommée dans Tacte. Elle avait pris le voile dans le mo"^ 



DE LA GkSOOGVE. 207 

nàstère de Boulau, que gouvernait encore Longue- 
Brone,sd grand-mère. Rose Blanche, sa mère, ne tarda 
pas à Vj suivre, etBoémond (1) lui-même, imitant leur 
exemple, abandonna à son ton;: le siècle, et alla revêtir 
rhabit religieux dans Fabbaye de Berdoues ; ce qui ne 
dut arriver qu'après 1183, car, à cette année, on datait 
encore de son administration. Avant d'être admis parmi 
les religieux, il renonça en leur faveur à tous les droits 
qu'il pouvait prétendre sur les biens possédés par 
Fabbaye, et leur donna dans tout le comté le droit de 
chasse et de pacage. On ignore ce que devinrent ses 
deux filles. On sait seulement qu'elles n'eurent point 
de part à l'héritage paternel , ou plutôt nous croirions 
volontiers qu'elles communiquèrent leurs prétentions 
aux divers seigneurs que l'on vit prendre à la fois le 
titre de comtes d'AsUrac. Bernard III, qui partageait 
alors ce comté avec Boémond , mourut vers la même 
époque que son oncle , après avoir fait comme lui des 
donations à Berdoues. Il laissa deux fils , Amanieu et 
Centule. Nous verrons le premier prendre une part 
brillante à la Croisade de Philippe- Auguste. 

Après l'achat de Lamaguère, Géraud alla présidera 
Bordeaux un Concile où assistèrent les évêquesd'Agen, 
de Saintes, de Bazas et de Dax, et où il termina quel- 
ques différends ecclésiastiques. Il partit bientôt après 
pour Rome , où il allait rendre compte de sa légation 
et diercher le pallium. 

Bernard profita de son absence pour donner cours à 
toute la violence de sa haine (2). A peine l'archevêque 

(1) L'Art de vériGer les dates, tom. 2. Grands Officiers de la cou- 
ronne. — (2) Cartulaire d'Auch. Dom Brugelles , Preuves , p. 40. 
3f. d'Aignan. 



208 HISTOIRE 

eut-il traverse les monts, qu'il attaqua à main armée 
Féglise métropolitaine, en détruisit une partie, sac- 
cagea la maison canoniale , abattit les trois tours qui 
défendaient les cloîtres ^es chanoines et se jeta sur le 
palais archiépiscopal qu il démolit après Favoir pillé. 
Un vieux cartulaire {*) lui reproche d'avoir enlevé en 
particulier du grenier de Ste-Marie trois cents conques 
de millet et de maiture. Il les vendit , et de leur prix 
il fît bâtir la tour de Jegun ; et avec les débris de Tar- 
chevêché, du cloître et de Téglisc métropolitaine, il fit 
construire les murs de la ville. Cependant Géraud, 
après avoir reçu à Rome Taccueil que lui assuraient 
son mérite et le caractère dont il était revêtu, et visite 
les lieux chers à la piété chrétienne , reprk le chemin 
de la Gascogne. Sur sa route il apprit les excès auxquels 
s^était abandonné son beau-frère. Il n'en hâta pas moins 
son retour, et sans se laisser effrayer des violences pas- 
sées, il se présenta, acçpmpagné d'une partie de sessuf- 
fragants et suivi d'une multitude de fidèles, devant 
l'église métropolitaine , pour y célébrer avec pompe le 
saint sacrifice sur le maître-autel , comme le prescri- 
vaient les lois ecclésiastiques après un long pèlerinage. 
Malgré son titre d'archevêque, les portes se fermèrent- 



(*) Le Cartulaire lui reproche encore d'avoir enlevé du dortoir d*^ 
cloître 24 lits ; de la cuisine , des chaudières , un grand pendant c^^ 
feu en fer, un chenet aussi en fer; enfin, une longue chaîne de puit^ 
et de l'archevêché, d'avoir enlevé des chaudières et des pendants ^ 
feu, deux conques ou mesures d'airain, des armoires où Fod gardai 
les livres et les habits de l'archevêque , une table ronde sur laquelE^ 
mangeait le prélat , en un mot , tous les ustensiles que renfermaient 
le cloître et l'archevêché. Qu'on juge par ce reproche du luxe d^ 
12*' siècle. 



DE LA GASGOGNE. 209 

devant loi , et il dut aller pontifier dans Téglise de 
St-Martin , moins maltraitée que Ste-Mari^ Mais là 
aussi le poursuivit la haine aveugle du comte d^ Arma- 
gnac Le sacrifice s^achevait à peîtie lorsque ses gens 
forcent Tenceinte sacrée, culbutent et dispersent les 
fidèles, et s^élançant à Tautel , y enlèvent le pain de 
Toffrande destiné au clergé. 

A cette audace sacrilège Tarchevéque n'eût dû op- 
poser que la modération et tout au plus les armes spi- 
rituelles , les seules que la religion eût déposées dans 
ses mains. Mais il se laissa entraîner par les perfides 
conseils de Raymond Aymeric, son neveu, et il résolut 
de défendre ses droits par la force. Il lève quelques 
troupes, et jugeant la résistance plus difficile dans une 
vaste cité, il court se renfermer dans Téglise de Marsan 
qu'il fortifie à la hâte , et sur le sommet de laquelle il 
fait construire une tour. Son ennemi ne lui laisse pas 
le temps de l'achever; il se présente bientôt à la tête 
d'un corps nombreux de cavalerie et d'infanterie. De- 
vant des forces si supérieures toute lutte était impossi- 
ble. Géraud eut à peine le temps de s'échapper. L'église 
prise et pillée fut détruite de fond en comble ainsi que 
la tour qui la dominait. Le reste du clergé n'était pas 
mieux traité que le premier pasteur. L'habit sacerdo- 
tal ne trouvait partout qu'outrages et violences. Deux 
ans entiers l'archevêque et les chanoines errèrent d'asile 
en asile dans la province. Enfin, des amis communs 
s'interposèrent et parurent avoir amené une espèce de 
réconciliation. 

L'archevêque retourna à son siège et travailla à répa- 
rer les brèches faites à sa métropole et à son palais; mais 
le cœur de son ennemi était trop ulcéré pour lui laisser 



210 HISTOIRE 

goûter longtemps les douceurs de la paix. Sans aucun 
prétexte plausible il fit arrêter et jeter dans un cachot 
le secrétaire {scriptorem) de rarchevêque , et lorsque 
celui-ci voulut se plaindre, il leva tout-à-fait le masque. 
Géraud, son fils aîné, entra dans son ressentiment et le 
fit partager à Raymond, comte de Toulouse. Raymond 
ne pardonnait pas à Tarchevéque d'avoir retiré de ses 
mains, de gré ou de force, les biens du chapitre. Aussi 
n'eut-il pas de peine à prêter ses troupes au fils du 
comte d'Armagnac, tandis qu'il irait attendre à Lee- 
toure l'issue de cet événement. Le jeune Géraud ne 
perdit pas un instant et courut assiéger le cloître même 
de l'église métropolitaine. S'en étant rendu maître sans 
grands efforts, il mit le feu aux maisons des chanoines, 
brûla ensuite le palais archiépiscopal, démolit une 
partie de l'église et s'en appropria les meubles les plus 
précieux. Le sacristain ayant voulu opposer quelque 
résistance, fut fait prisonnier et condamné à payer cent 
vingt sols pour sa rançon. 

Ivres de ce facile succès, les soldats se jetèrent sur 
l'église de St-Martin qui disparut dans les flammes 
avec son monastère. Leur rage n'épargna pas même les 
vignes qui s'élevaient sur les coteaux voisins. De là ils 
se répandirent dans les domaines de rarchevêque , et 
partout ils commirent les mêmes violences. Castin, Je- 
gun , Vie surtout éprouvèrent leur fureur. Le prélat 
contraint de fuir de nouveau, s'était renfermé dans le 
château de Lamaguère avec une poignée de soldats. Le 
bayle du comte , Forton de Labatut , osa l'y assiéger ; 
et ne pouvant l'y forcer, il mit le feu au château et à la 
tour où s'était réfugié l'archevêque avec un de ses a Ai- 
dés, et d'où il ne s'échappa que par une protection spé- 



DB LÀ GA800GVE. 211 

GÎale du ciel. Furieux d^avoir manque sa proie, Forton 
s^acbama sur le château, pilla tout ce qu^il renfermait, 
amena les chevaux du pontife et ne laissa après lui 
qu^un monceau de ruines. Ces vexations durèrent en- 
core deux années. Il parait qu on en vint ensuite à un 
nouvel accommodement , car nous ne voyons pas que 
Bernard ait continué ses violences , au moins avec la 
même fureur, pendant le reste du pontificat de Géraud. 



212 HISTOIRE 



IiIVRK VII. 



CHAPITRE I- 



Mirie, Tieointesse de Bém. — Réyolte des fiéinais. — Ils plieent sueeessivenieDl 
i leur tète quelques seipeors , et ippellent enfin Giston , fili de Marie. — RéToIle 
des seipnenrs d'Âqaitaine contre Richard. — Siège de Dax , — de Rayonne. — 
PriTiléges octroyés i ces deux villes. — Soumission dn yicomte de Lonafie* 
— Fondation du couvent du Rronil. — Évèques d*Âire. — Troisième croisade sous 
Richard. — Comtes d'Âstarac. -- Gaston , vicomte de Béarn , épouse Pétronilie , 
comtesse de Bigorre.— Comtes de Comminges. -- Évèques de Couserans. — Fon- 
dation du Sallegrand. — Géraud, comte d'Armagnac. — Bernard de Sériliae, 
archevèqi^ d'Àucb. 



Le Béarn et les pays limitrophes de la Guyenne n'é- 
taient pas plus paisibles que l'Armagnac et le Fezensac. 
Après la mort de Gaston ses états passèrent à Marie, sa 
sœur, à peine âgée de dix-huit ans (i). La jeune vicom- 
tesse vivait en Espagne. Alphonse II , roi d'Aragon , 
profita de sa faiblesse et de son inexpérience, et surtout 
de la parenté qui les unissait pour s'établir son protec- 
teur; et sous le voile de cette protection il lui arracha 
un acte de vasselage inconnu aux anciens vicomtes de 
Béarn. Use transporta dans la vallée de Jacca, voisine 
des Pyrénées. Marie s'y rendit aussi le dernier d'avril 
i i 70 , et lui fit hommage pour elle et ses successeurs de 
toute la terre de Béarn et de Gascogne que lui avaient 
laissée Pierre de Gavarret, son père, et Gaston, son 

(1) Marca, liv. 6, ch. 1. L'Art de vérifier les dates. 



DE LÀ GASCOGNE. 213 

frère. File lui promit de ne pas prendre de mari sans 
son consentement, mais toutefois en se réservant qu^elle 
ne serait point contrainte dans le choix. Bernard de Sa- 
dirac, abbé de St-Pé-de-Générez, qui avait remplacé 
sur le siège d'Oleron, Pierre, successeur d'Arnaud 
dTseste, et Sanche Asnaire ou plut6t Sans de Gerde- 
rest qui, après Odon et Guillaume dont les noms seuls 
sont restés dam les dyptiques de Téglise, avait succédé 
à Raymond d'Assade, Arnaud d'Alascun, Fort Dat, 
Arnaud de Cadellon, Rey d'Arbus, Og de Gabias, 01- 
debert de Morlas, Peregrin de Bordel, Pierre Arnaud 
et Brun de Ste-Croix, Arnaud de Maslac et (Guillaume 
de Busi, s'engagèrent aussi au nom et parle comman- 
dement de la vicomtesse. EUe-méme promit de faire 
ratifier cet acte par cent des plus notables de Morlas, 
cinquante d'Oleron, cinquante d'Aspe et cinquante 
d'Ossau; elle promit encore de remettre pour Fassu- 
rance de cet accord , les châteaux de Gavarret et de 
Manciet, et un des trois châteaux qu'elle possédait dans 
le Vicbilh : Cadelon, Ëscure ou Maubec, celui qu'elle 
pourrait le mieux auoir, 

Alphonse, de son côté, prit Marie et toute sa terre 
sous sa protection, et s'engagea à la défendre contre 
tout agresseur. Il lui confirma en même temps la pleine 
possession des domaines et des honneurs , dont les vi- 
comtes de Béarn jouissaient dans son royaume. Quel- 
ques nobles Aragooais se rendirent garants de la parole 
de leur roi. Les termes de l'acte et les garanties que 
l'on réclame prouvent l'indépendance du Béam alors 
même qu'on l'asservit. Aucun pays , dans notre vieille 
France, ne fut libre comme cette vicomte. Peu de mois 
après Alphonse fit épouser à Marie, Guillaume de Mon- 



DE LA GASCOGNE. 215 

tt Après, ils entendirent parler avec éloge d'un che- 
valier en Catalogne, lequel avait eu de sa femme deux 
enfants en une seule fois, et les gens du Béarn eurent 
conseil entr'eux et envoyèrent deux prud'hommes de 
la terre pour demander un de ses enfants pour leur 
seigneur; et quand ils furent là, ils allèrent les voir 
et les trouvèrent tous deux endormis , Tun les mains 
fermées et Tautre les mains ouvertes. Ils s'en vinrent 
avec celui qui avait les mains ouvertes (4). » Ils rele- 
vèrent dans le Béarn qu'il gouverna sous le nom de 
Gaston. Nous aimons à voir ces terribles justiciers, ces 
honmies d'une sauvage énergie, s'arrêter devant un 
berceau et fixer leur choix du côté où un léger indice 
semblait leur promettre largesse et libéralité (2). 

Mais, quel était le père de l'enfant élu? le cartu- 
laire et le for affectent de le taire. Il est toutefois facile 
de le deviner. Le fils de Centule que nous verrons 
bientôt occuper la vicomte, s'appelle de Moncade , 
comme l'époux de Marie. D'un autre côté, un acte 
passé en iMS nous montre Sance de Larrun dans la 
Soûle et sa mère Anderenique, cédant leurs droits sur 
cette paroisse au monastère de la Sauvelade, Raymond 
Guillaume étant vicomte de Soûle , le vicomte Gas- 
ton, fils de Marie, dominant en Béarn : Gastone vice- 
comité filio Mariœ dominante in Bearno, On voyait 
aussi dans les titres du prieuré de Morlas , après la do- 
nation &ite à ce couvent par Gaston IV , la confirma- 
tion de Gaston V, fils de Pierre de Gavarret et «de 
Guiscarde, et à côté étaient ces mots : « Moi aussi, Gas- 
ton III ^fils de Marie^ le confirme, et fais ce signe de 
croix de ma main, au château de Pau, en présence des 

(1) Marca, idem. V^oir tout le chapitre 6.— (2) M. Faget de Baure. 



216 HISTOIRE 

évêques de Le^car et d'Oleron, de Guillaume- Pierre 
de Béarn , de Sans Aner de Maubec et de toute la 
cour. î) 

Cette élection explique pourquoi Marie, quoique 
assurée de Tappui que lui eût prêté le roi d'Aragon, ne 
tenta pas de faire valoir ses droits sur les vicomtes de 
Béarn, de Bruilhois et de Gavarret. Tranquille au delà 
des Pyrénées , elle en abandonnait la possession à son 
fils. Du reste , sa vie fut courte , et elle ne survécut pas 
longtemps à sa déchéance ou à son désistement. Gaston 
n'avait que deux ans lorsqu'on l'enleva à sa tendresse 
maternelle. Il fut placé sous la tutelle de Peregrin de 
Casterazol(i), d'une ancienne et illustre famille d'Ara- 
gon. Peregrin parait avoir réuni les fonctions de régent 
du Béarn avec le titre Me tuteur du jeune vicomte. 
Géraud de la Sauvelade acquiert, en i i 77, de Bergaud 
de Cos , la terre de Labrige, et fait confirmer la vente 
par le vicomte de Tartas , Gaston étant prince de Béarn 
sous Peregrin de Casterazol : Gastone principante m 
Beamo sub Peregrino de Casterazol, 

Mais, comment les Béarnais choisirent-ils un étran* 
ger pour protéger et élever l'enfant de leur seigneur , 
et comment surtout allèrent-ils le demander à une na- 
tion suspecte ? Crurent-ils mieux prévenir les rivalités 
en prenant un tuteur au dehors; ce choix leur fut-il 
imposé par Marie; voulurent-ils donner à la mère et au 
roi d'Aragon une garantie après les scènes sanglantes 
dont leur pays venait d'étrq le théâtre ? Nous ne pour-' 
rions émettre à cet égard que des conjectures plus ou 
moins plausibles. 

(l) Marca , l'Art de vérifier les dates. 



DE LA GASCOGhE, 219 

moins que les précédents. Enflés de leur victoire , les 
Anglais se montraient plus arrivants et plus cupides. 
Le joug parut intolérable et une nouvelle révolte 
éclata en 11 7 5. G)nduite par le comte d'Angouléme 
et de la Marche , en peu de jours elle s^étendit dans 
toute la province. 

Richard, accouru de FAngleterre où il se trouvait 
alors, soumit d'abord les deux principaux chefs de la 
haute Aquitaine. Il descendit ensuite vers la Gascogne. 
Son épée y chercha Pierre II vicomte de Dax (1 ). 
Pierre I*', son grand oncle, le fils de Navarre I", était 
m<Mt sous les coups de Tennemi etavait laissé la vicomte 
a Giraude, sa sœur, qui survécut peu à son frère, et fut 
remplacée par Navarre II, son fils ; celui-ci vivait encore 
en 1 1 56. Il fut marié à Béatrix , sœur de Centule III , 
ccHnte de Bigorre, et en eut Pierre II et Navarre, 
d^abord chanoine de Dax, puis abbé de Combelongue, 
et enfin évéque de Couserans. Oihénart donne avant 
Béatrix une première femme à Navarre II et la fait 
mère de Pierre. Il donne encore Béatrix pour fille et 
non pour sceur de Centule, et la confond avec Stéphanie 
ou Etiennette dont nous parlerons bientôt. Dom Clé- 
ment (2) confond aussi Béatrix avec Stéphanie, mais il 
la fiiit épouser à Pierre II. Malgré le respect du à lau- 
torité de ces deux grands noms, nous pensons que leurs 
sentiments ne sauraient se soutenir. Dans le premier 
cas, Tévêque de Couserans n'eût pas été voué à Féglise 
et eut hérité du Bigorre. Dans le second, le jeune Na- 
varre , fils de Pierre II et de Béatrix , eût du moins 



(1) Oihéiiart, page 472.— (2) L'Art de vérifier les dates , tom. 2 . 
PH^209. 



220 HISTOIRE 

partagé rhëritage paternel avec Pétronille, sa sœur uté- 
rine. Pour échapper à ces difficultés, nous avons cru 
que Béatrix et Stéphanie devaient être distinguées; 
que l'une fut soeur et l'autre fille de Centule , et que la 
première épousa Navarre et non Pierre. Comme tou- 
jours, nous nous empressons de livrer notre opinion à 
l'appréciation de nos lecteurs. 

Quoiqu'il en soit de notre dire et de leur jugemeat, 
une étroite alliance unissait les maisons de Dax et de 
Bigorre; car Centule se joignit à Pierre contre Bichanl. 
Mais à l'approche des armées anglaises, les deux sei- 
gneurs n'osèrent pas tenir la campagne et coururent se 
renfermer dans la ville de Dax qu'ils avaient fortifiée. 
Richard parut sous les murs de la place le lendemain 
de Noéi», et après dix jours de siège il la contraignit à 1 
lui ouvrir ses portes et à recevoir sa loi. Mais à peine 
le vainqueur se fut-il éloigné , que le vicomte de Dax, 
toujours soutenu par le comte de Bigorre, se révolta de 
nouveau. 

Richard retourna en toute hâte sur ses pas à la tête 
d'une armée nombreuse pour sévir avec toute la rigueur 
qui le caractérisait. La place fut vaillamment atta- 
quée et plus vaillamment défendue. Malheureusement 
Pierre fut tué en repoussant les assaillants. Cette mort 
termina la résistance. Les habitants craignirent que le 
prince anglais m fit tomber sur eux le poids de son 
ressentiment. Ils se soulevèrent contre Centule qu'ils 
accusaient sans doute d'avoir excité leur maître à sa 
folle tentative , se saisirent de sa personne , l'enfermè- 
rent dans leur prison et le remirent dans les mains de 



DE LA GASCOGNE. 221 

Richard. Non seulement ils achetèrent ainsi leur par- 
don, mais ils obtinrent la confirmation et Textension 
des privilèges octroyës à leur ville par Henri II. Dès 
H 53, le père de Richard, presqu'en venant de recevoir 
la main d^Eléonore, accorda à Dax Texemption de tout 
subside. Vingt ans plus tard , il y ajouta le droit de 
mairie et de jura de, et raflranchissement de tout cens 
coutumier en Poitou, Guyenne et Gascogne. Richard 
n^abusa point, cette fois encore, de sa victoire. Al- 
phonse II, roi d'Aragon, s'intéressa au sort de son 
parent. Il vint trouver le duc d'Aquitaine dans son 
camp et obtint que Centule serait rendu à la liberté 
en abandonnant au vainqueur Glermont et le château 
deMontbrun. Le comte de Bigorre vécut jusqu'après 
1189, mais on ignore l'époque de sa mort. Il ne lais- 
sait qu une fille nommée Stéphanie. Pierre II ne laissa 
lui aussi qu'une fille appelée Navarre qui épousa Ray- 
mond , fils d'Arnaud , vicomte de Tartas , et lui porta 
tous les biens de sa maison. 

De Dax , Richard marcha sur Bayonne dont le vi- 
comte Arnaud (1) , suivant les traces de son voisin, lui 
refusait l'hommage. Arnaud était le second fils de Ber- 
trand et venait de succéder à Pierre, son frère aîné, 
mort sans enfants peu après son père. Le vicomte de 
Bayonne se confiait dans la force de ses remparts, mais 
quelques jours suffirent pour les faire tomber devant 
les forces, le talent et le courage du prince anglais. Ici 
encore nous ignorons le sort du vaincu. Après lui la vi- 
comte échappa à sa maison et passa à Guillaume Ray- 
mond de Sault, fils de sa sœur. 

(I)0ihénart,ptge545. 



222 HISTOIRE 

Richard s^ëtait dëjà montré à Bayonûe, en 4470, 
sous le vicomte Bertrand. Il accorda alors à la ville 
quelques privilèges que signa avec lui Tévêque Pierre- 
Bertrand d'Espelette. Le prélat réclamait toujours k 
moitié de la justice en vertu du don fait à son église 
par le duc Guillaume. Richard ratifia le don et ne 
garda pas moins pour lui toute la justice. Seulement , 
pour dédommager Tévêque, il lui abandonna tous les 
droits de boucherie. Pierre Bertrand mourut peu après 
la prise de Bayonne et fut remplacé par Âdhemar (4), 
qui s^arréta ^à peine sur le siège et eut pour successeur 
Bernard de Lacarre, d'une des plus nobles et plus an- 
ciennes familles de la Navarre. 

Le sort des vicomtes de Dax et de Bayonne n'inti- 
mida nullement le vicomte deLomagne (2). Avec toute 
l'imprévoyance de son époque, il refusa de reconnaître 
Richard pour son suzerain alors que la soumission di 
reste de l'Aquitaine ne laissait aucune chance à son 
refus. Richard accourut en toute hâte et assiégea Lec- 
toure. Le vicomte n'attendit pas d'être forcé ; il s'offrit 
de prêter le serment de vasselagequi fut accepté, et la 
réconciliation fut si complète que le Cœur-de-Lion 
l'arma chevalier au mois d'août suivant (4484). Le vi- 
comte se nommait Vesian et était fils d'Odon II , qui 
s'intitulait : par la grâce de Dieu vicomte de Lomagne 
et d' Auvillars. Odon eut pour frère Arnaud qui épousa 
Rose ou Rogie , sœur d'Amanieu IV , sire d'Albret, et 
fut la tige de la maison de Bats (3). La filiation a été 
reconnue par les Bénédictins dom Clément et dom 

(1) Gallia Christiana, Manuscrit de Bayonne. — (2) L'Art de 
vérifier les dates, tom. 2. Oihénart. — (3) L'Art de vérifier les dates, 
lom. 2, p.-^go 281. 



DE LA GASOOGHE. 223 

Poirier, par le docte Brequigni et par quelques autres 
oâébrités. Les deux frères donnèrent, le 28 octobre 
4160, des coutumes à la \iUe de Lupiac dépendante 
de leur chàtellenie de Bats dont ils se disaient sei- 
gneurs. Ils confirmèrent en même temps les concessions 
qu^Odon l'^leur aïeul avait faites aux habitants de cette 
petite Tille (1). La chàtellenie de Bats resta quelque 
temps indivise entre les fils d'Odon et d'Arnaud, comme 
elle Tavait ëtë entre leurs pères ; mais le 29 novembre 
1 195 Yesian céda les droits qu'il y avait à son cousin 
Odon en faveur de son mariage avec Miramonde, fille 
du comte de Magnoac. Cest depuis cette concession 
qu'^Odon prit le surnom de Bats que sa postérité a con- 
servé. 

La maison d'Armagnac ne se mêla nullement aux 
troubles de l'Aquitaine ; elle était assez occupée de sa 
lutte avec l'archevêque Céraud. Odon d'Orbessan , 
archidiacre d'Auch , voulut rédimer la métropole des 
violences.du comte Bernard et de Céraud son fils. Il 
loi donna tout ce qu'd possédait au Rieutort; mais 
qudque temps après l'archevêque et son chapitre cédè- 
rent cette terre au couvent du Brouil, moyennant une 
rente annuelle de six conques de blé. Ce couvent, de 
Tordre de Fontevrauld , avait été fondé vers Fan 4 1 40 (2) 
par Tarchevêque Cuillaume d'Andozille et par Ber- 
nard III, comte d'Armagnac Lider, comte de Pardiac, 
s^associa à leur œuvre et contribua à la dotation. Sanche 
de Fenogret, cet évêque in partibiis dont nous avons 
parlé, s'inscrivit aussi parmi les bienfaiteurs. Condo- 



(i) L'Art de rérifier les dalcs, (om. 2, page 281. — (2) Carta- 
aire d'Auch et da Brouil. I>om Bragclks, i>fige 411. M. d'Aignan. 



224 HISTOIRE 

rine de Labarthe, sœur de Tarchevéque, y prit le voile 
et en était prieure en M 70. Néanmoins elle avait cédé 
sa place à Marie de Béarn lorsque , dix ans après, sa 
communauté reçut la libéralité de Géraud et de son 
chapitre. 

L'archidiacre Odon d'Orbessan ne tarda pas à mon- 
ter sur le siège d'Aire. Bonhomme était mort le < 4 dé- 
cembre iUl et avait été remplacé par Antoine (1) 
qu'ont omis Oihénart et la Gaule chrétienne. Animé 
des mêmes sentiments que son prédécesseur pour l'or- 
dre de Prémontré , Antoine fit venir quelques moines 
de Joui près de Sens et les conduisit, le 8 mai i 15< , 
dans le désert de Pontaut en Ghalosse, où il leur avait 
préparé une maison. Il mourut ayant 'l 167 et eut Odon 
d'Orbessan pour successeur (2). On ignore l'époque 
certaine de la mort de celui-ci , mais on sait qu'il fut 
remplacé par Fortanier Bertrand qui avait embrasse 
dans sa jeunesse la règle de St-Benoit et était abbé de 
Guistres dans le diocèse de Bordeaux lorsqu'il fut élevé 
à l'épiscopat. On le dit de la maison de Marsan, ce qui 
est assez problématique. Fortanier siégea six ou sept 
ans et fut remplacé en 1 188 par Guillaume Bernard. 
Le nouveau prélat dut employer les censures pour obh- 
ger Guillaume de Marsan et Antoine de Sault à déposer 
les armes et à cesser des hostilités qui désolaient une 
partie de son diocèse. 

Parmi ces troubles, l'hérésie des Albigeois, née dans 
Tombre , se répandait dans le Midi. C'était moins une 
hérésie particulière qu'un amas d'erreurs empruntées 
à presque tous les siècles , et où dominait le dualisme 

(1) Manuscrit d'Aire. — (2; Gallia Christiana , Oihénart. 



DE LÀ GiksooeirE. 225 

de§ Ifanichéeiis avec les tristes et déplorables con- 
sécjoeiioes qui en sont toujours déooulées. Le pape 
Alexandre III envoya k Toulouse, dès 1 178 , le car- 
dinal de StrChrysogone avec quelques légats pour com- 
primer lliérësie à sa naissance. Gëraud de Labarthe se 
joignit à eux, nous ne saurions dire à quel titre. Henri 
abbé de Clairvaux, qui accompagnait le légat du saint- 
ai^;e et qui fut bientôt promu au cardinalat et à révéché 
d'^Albano, après avoir raconté les aberrations des nou- 
veaux sectaires, ajoute en finissant (1): toutes ces erreurs, 
les bérétiques les ont confessées devant nos vénérables 
frères Géraud, archevêque d^Anch, Géraud, évéque de 
Cahon, et Gosselin , évéque de Toulouse. Trois ans 
après, le cardinal Henri devenu légat à son tour as- 
sembla le Gmcile provincial de notre métropole à Ba- 
sas (2). Ce lieu fut choisi à cause de son voisinage d^A- 
gen où Thérésie avait &it tant de progrès que ses 
adeptes furent, suivant un auteur, d'abord nommés 
Agenais, nom cpi^ils changèrent depuis pour cdui 
d'Albigeois. Les actes de ce Concile sont perdus ; nous 
savons seulement que Géraud y assista à la tête de ses 
soffragants. Garsias du Denquet occupait encore le siège 
de Bazas; il ne mourut qu'en i 186, et fut remplacé 
par Gaillard de Lamothe. 

L^Europe était alors plongée dans le deuil, Jérusalem 
venait de retomber (1187) sous le joug des Musulmans. 
Urbain III, successeur d'Alexandre, était mort à cette 
£itale nouvelle. Des chants lugubres retentissaient dans 
toutes les villes. Bientôt du sein de la consternation 
générale un long cri se fit entendre des bords du Tage 

(i) Dom Vaiftsetle, tom. 3, page 31 . — ^2) Dom Brugelle». 



22G HISTOIRE 

aux rives du Bosphore : la croix! la croix! Plusieurs sou' 
verainsla placèrent sur leurs ëpaules, mais aucun ne la 
prit avec plus d'enthousiasme que Richard, devenu roi 
d'Angleterre par la mort de Henri II son père, qu'avait 
précédée celle de Henri 0)urt-Mantel, l'aîné des trois 
fils du monarque anglais. Violent, emporté , brave jus- 
qu'à l'extrême témérité, licencieux souvent, fils de Yé- 
glise quelquefois assez peu soumis et surtout assez peu 
respectueux et néanmoins toujours fortement croyant, 
sacrifiant même à sa religion ses trésors, son repos et sa 
vie , Richard était le véritable type du chevalier du 
moyen âge; car à nos yeux , Godefroi de Bouillon n'en 
est que le beau idéal. Il publia lui-même la Croisade, 
il vint à Bazas et se rendit ensuite à la Réole , où il 
avait convoqué les prélats et les seigneurs du pays. On 
s'enrôla en masse sous ses bannières. Le rendez-vous 
général fut assigné à Chinon. 

Richard, prenant le commandemeut de la cavalerie, 
s'achemina vers Marseille , où l'infaBiterie , placée sur 
des vaisseaux, eut ordre de le venir joindre. L'arche- 
vêque dlAuch, Tévêque de Rayonne, et peut-être celui 
de Bazas voulurent prendre part à l'expédition. Les 
deux premiers avaient su se faire aimer et estimer du 
roi d'Angleterre. Le prince, avant de quitter Chinon, 
leur confia le commandement des troupes de mer (i) , 
en leur adjoignant trois seigneurs anglais. Les deux 
corps ne se réunirent qu'à Messine. Durant le séjour 
qu'on y fit, Géraud de Labarthe eut une dispute publi- 
que avec le fameux abbé Joachim, espèce de visionnaire 
dont les prophéties avaient alors et eurent quelque 

(l) Roger Lovedcn. 



DE LA GASGOGKE. 227 

temps encore un immense retentissement  ses pro- 
phéties , Joachim avait mélë quelques erreurs sur la 
nature divine, sur la Trinité et sur la durée de TËvan- 
gile. L'archevêque les réfuta (i) victorieusement, et sa 
réfntation fut depuis consacrée par le Concile de La- 
tran qui condamna le moine Sicilien. L'évéque de 
Rayonne fut un des garants du traité de paix conclu 
entre le roi Tancrède et Richard et assista aux noces 
de son roi célébrées dans Ttle de Chypre. 

Nous ne suivrons pas la Croisade ; nous observerons 
seulement qu^après la prise de Ptolémaïs, seul résultat 
ou à peu près d'un^ expédition qui épuisa l'Europe , 
Tarchevêque d'Auch et Tévêque de Rayonne sont nom- 
més parmi les prélats qui purifièrent les mosquées et 
les vouèrent au culte chrétien. Géraud mourut peu 
après. Le nécrologe de la Case-Dieu place sa mort au 
24 août. Il portait pour armes, d'or à quatre pals de 
gueules, qui est d'Aragon de Labarthe depuis le com- 
mencement du XII* siècle. 

De celte foule de seigneurs Gascons qui se pressèrent 
sous les bannières de leur suzerain, Thistoirene désigne 
que le comte de Foix. Mais dans la Croisade précédente, 
sous Louis-leJeune, elle signale Amanieu d'Astarac (2), 
fils de Bernard III , qui se distingua par ses exploits 
contre les infidèles et mourut dans File de Chypre en 
rétournant dans sa patrie. On Tensevelit dans File 
quoiqu'il eût demandé à Tétre dans Tabbaye de Ber- 
doues. Les moines s'en plaignirent au pape LuciuslII 
et obtinrent que le corps leur fût rendu, ce qui fut 
exécuté avec la pompe que méritait un seigneur illus- 

(i) Gallia Christiana. —(2) L'Art de v<irificr les dates. 



228 HISTOIRE 

tre mort en combattant pour la Croix. Par honneur^ 
on plaça son tombeau dans le sanctuaire , du côté de 
Tépltre. OnPy vit jusqu'en 4793, avec un bas relief où 
cette translation était représentée. 

Son père vivait encore , et bientôt à sa place et à la 
place de Bernard, son oncle, nous trouvons (i)Roderic 
ou Rodrigue, de ^^82à 1496; Essemène dont quel- 
ques-uns font le mari de Marquèse, fille aînée de Boé- 
mond, et Bernard , fils aîné d'Essemène, vers 4188; 
Vital de Montagut ou Montaigu, de H 93 à 4 206, sui- 
vant dom Brugelles, et jusqu'en 4233 suivant l'Art de 
vérifier les dates , sans parler de Bernard V , comte de 
Comminges , qui prit le titre de vice-gérant de TAs- 
tarac de 4494 à 4208. D'où vient cette multiplicité 
de seigneurs ? nous le demanderions vainement aux 
auteurs contemporains. Peut-être faut-il l'attribuer au 
défaut de partage sous Bernard I^. De ses trois fils 
naquirent des filles qui portèrent à leurs maris les titres 
de leurs pères. Quoiqu'il en soit, Centule, frère d'Ama- 
nieu, devait voir disparaître toutes ces prétentions 
rivales. Il avait été associé au comté dès 4 4 7 5. Le car- 
tulaire d'Auch nous le montre gouvernant l'Astarac 
avec Bernard III , son père , en 4 4 83. Peu après il se 
ligua avec le comte de Toulouse et quelques autres sei- 
gneurs contre Richard , alors duc d'Aquitaine , dont 
l'ambition et la tyrannie soulevaient les craintes et les 
mécontentements; mais la confédération s'étant dissi- 
pée l'année suivante, il fut des premiers à rentrer dans 
le devoir. 

Les troubles qui venaient d'agiter le Béarn ne per- 

(1) L'Art de vérifier les dates. Dom Brugelles. M. d'Aignan. 



DE LA. GASCOGNE. "229 

mirent pas à Gaston de se mêler à la lutte contre le duc 
d^ Aquitaine. Dès qu'il eut atteint sa seizième année , il 
dut traverser les Pyrénées pour aller faire hommage à 
Alphonse (1 ) des terres qui lui appartenaient dans T Ara- 
gon. Le prince es^gnol étendit cet hommage à toutes 
les terres que possédait le jeune vicomte. C'était y com- 
prendre le Béam et ainsi s'exposer à réveiller les justes 
susceptibilités ou plutôt la noble indépendance des 
Béarnais. Une clause vague fut destinée à apaiser les 
esprits. Gaston s'avouait vassal pour toute sa terre» 
excepté celle qu^il tenait de Richard, comte de Poitiers. 
Tels furent toujours les actes diplomatiques. A ses peu- 
ples il pouvait faire entendre qu'il combattrait l'une 
par l'autre les prétentions des deux princes voisins , 
tandis que, avec Alphonse, il pouvait se prévaloir de 
ce qu'il devait à Richard , et contre Richard il pouvait 
s^étayeide ce qu'il avait juré à Alphonse. Celui-ci fut 
néanmoins si satisfait de cet acte de vasselage, qu'il lui 
ménagea la main de l'héritière du Bigorre, jeune enfant 
presqu'au berceau. 

Alphonse l'avait retenue près de lui sous prétexte 
de parenté. Les fiançailles eurent lieu au mois de sep- 
tembre 1192. Alphonse y parla en suzerain ou plutôt 
en maître, et y inséra des clauses d'une injustice révol- 
tante (2) ; mais l'avenir devait tromper sa cupidité. Il 
donna son comté de Bigorre et sa chère cousine à Gas- 
ton, à condition que le vicomte de Béam tiendrait 
d^Alphonse et de ses successeturs en hommage et fidé- 
lité le comté avec toutes ses appartenances, villes , châ- 
teaux, forteresses, nobles et autres hommes depuis le 

(1) Marca, Ht. 6, ch. 8. L'Art de vér J6er let date».— (2) Idem. 



'i3Ô HISTOIRE 

plus grand jusqu'au moindre, et qu'il épouserait la 
comtesse dès qu'elle aurait atteint Tâge nubile. Si elle 
mourait avant le mariage, Gaston pouvait épouser une 
de ses parentes, avec laquelle il jouirait du comté aux 
mêmes clauses; mais si la comtesse ou sa parente mou- 
raient après le mariage et sans enfants, ou si les enfants 
décédaient avant la mère , alors toutes les terres de Bi- 
gorre revenaient de plein droit à la couronne d'Aragon. 
Seulement Alphonse devait à son choix donner à Gaston 
cinquante-cinq mille sots Morlas ou lui abandonner 
pendant sa vie la jouissance du comté. Enfin , Gaston 
devait remettre entre les mains du roi ou de ses com- 
missaires le château de Lourdes et les autres forteresses 
chaque fois qu'il en serait requis. Ea imposant ces con- 
ditions, lé roi d'Aragon gardait la vallée d'Aran précé- 
demment cédée^à la maison de Bigorre, et toutefois le 
faible Gaston , non content de les jurer lui-même, s'en- 
gageait à les faire jurer par les seigneurs et les. nobles 
du comté , et par cent notables de chaque ville. 

Péronnelle ou Pétronille , ainsi se nommait la jeune 
fiancée de Gaston , était petite-fille de Centule III et 
devait le jour à Stéphanie (1) qui, après son veuvage, 
si toutefois elle entra dans la maison de Dax, épousa 
en 1 1 85, Bernard V, comte de Comminges, fils aîné de 
Dodbn. Bernard n'eut pas plutôt pris en main l'admi- 
nistration du Comminges , qu'il fit revivre les préten- 
tions de son aïeul sur la ville de Couseranset renouvela 
ses violences. Depuis la victime de Bernard IV , trois 
prélats s'étaient assis (2) sur la chaire de St-Lizier. Ro- 
ger II , le successeur immédiat de Pierre, aima la pai% 

(1) L'Art de vérifier les dates, Marca. — (2) Gallia Ckristiano^- 



DE LA GASCOGNE. 231 

et la rctablit entre l'abbë de Bonnefond et les Tem- 
pliers. Augustin vint après; il siégeait en 1 1 7 7 . Etienne 
de Tournay , dans une lettre adressée à Tarchevéque 
de Tours, l'appelle dans le style de son siècle, le fils de 
la concorde^ Vhéritierde la douceur^ le citoyen de tou- 
tes les vertus. A Augustin succéda Auger, d'abord 
chanoine, puis archidiacre de Toulouse. C'est lui que 
persécuta Bernard. 

Le comte, peu content d'armer ses vassaux, s'adjoi- 
gnit une troupe de routiers (1), soldats mercenaires 
qui sous ce nom et celui de Brabançons , infestaient 
alors le Midi et sfi montraient toujours prêts à vendre 
leurs bras et leur rapacité à qui voulait les acheter. 
Fort de ce secours , il attaqua Auger et ses chanoines , 
les chassa de la ville et livra au pillage et à la dévas- 
tation tout ce qui leur appartenait. Ces vexations ne se 
terminèrent pas avec l'épiscopat d' Auger. Laurent, qui 
le remplaça après Arnaud , fut obligé de donner en 
[îef le château de Tortose au seigneur de Tarsac pour 
ju'il le défendit contre le comte ae Comminges. Il 
:;hercha même un appui plus haut et plaçai son église 
avec toutes ses possessions sous la protection du saint- 
iiége , mais la sauve-garde du pape fut méconnue et 
les violences continuèrent. 

Bernard ne traita pas sa femme avec plus d'égards 
jue son évéque ; à peine en eut-il une fille, que dégoûté 
le la mère, il la renvoya sans autre forme de procès 
;t épousa Contors (2), fille d'Arnaud-Guillaume de La- 
3arthe. On ignore ce que devint Stéphanie. Elle vivait 



(1) L'Art de vérifier les dates. — (2) Idem. Grands Officiers de la 
« couronne. Marca. 



232 HISTOIRE 

en 1 190, mais elle dut mourir peu après, car elle ne 
parut point aux fiançailles de sa fille, et depuis ce mo- 
ment Gaston prit le titre de comte de Bigorre, ce qu^il 
a'eùtpu faire durant la vie de sa belle-^nère. Quelques 
auteurs prolongent toutefois encore la carrière de Sté- 
phanie, car ils accusent son mari d^avoir eu trois fem* 
mes à la fois. Nous pensons que* letur accusation man- 
que de preuves. 

Le mariage de Gaston se câébra à Massac le 1^ juin 
1 196. Il fut béni par Bernard, abbé de la Sauvelade, 
en présence de Tévéque d^Oleron et de quelques sâ- 
gneurs. Le vicomte de Béam venait ab>rs de conclure 
la paix avec Arnaud-Raymond de Tartas. Celui-ci, en 
mariant son fils à Théritière de la vicomte de Dax, 
soc^ea à revendiquer les droits de sa belle*fille sur les 
pays conquis jadis par Gaston IIL L^occasion était bdk 
et il sut en profiter (1). Eln peu de jours la Mixe, TO»* 
tabat, Orthèset quelques quartiers voisins se soumirait 
à ses armes. Gaston, devenu majeur, ne pouvait, sans 
ternir son honneur, souscrire paisiblementà ses pertes. 
Il arma à son tour, reprit Orthès et eut poussé plus loin 
ses succès , si le vicomte de Tartas ne se fût empressé 
de lui offrir des conditions assez honorables qu'il ac- 
cepta. Orthès et ses dépendances lui furent assurées. 
A ce prix il abandonna la Mixe, TOstabat et le reste du 
pays contesté. 

Tandis que Gaston sacrifiait à son amour pour la 
paix une partie des conquêtes de ses ancêtres, Ber- 
nard, comte d'Armagnac, cherchait à expier selon les 
mœurs du temps les excès ou l'avaient entraîné le res- 

(1) Marca, liv. 6, ch. 12. 



DE LA GASCOGNE. 233 

sentiment et la jalousie. Suivi de Géraud, son filsi 
çpiWaient sëduit ses exemples, il se rendit en 1188 
dans lliApital de Serregrand (1), bâti sur le chemin de 
StJacques pour la subsistance des pauvres pèlerins et 
des autres voyageurs qui allaient y demander Thospi- 
talité. Après le souper , k la prière dQ3 religieux , le 
père et le fils donnèrent à Dieu, à St-Jacques de Serre- 
grand, au frère Vital, prieur, et à la communauté toutes 
les terres de leur dépendance qui avoisinaient ThApital. 
Ils ajoutèrent que si quelque personne noble voulait 
y donner en tout ou en partie son héritage , ils y con- 
sentaient et affranchissaient le don. La libéralité de 
Bernard et de Céraud eut pour témoins Fort Loup 
d^Auxion, Amanieu de Broquère et Garsie Arnaud de 
Larroque. L'h^ital de Serregrand ou plutôt de Salle- 
grand se cachait au fond d^une vallée profonde et in- 
culte, à une certaine distance de la petite ville de Barran. 
Cest le premier acte authentique de son existence. 
L^Art de vérifier les dates et après lui tous les auteurs, 
trompés par le chemin de StJacques, Font placé sur les 
frontières d^E^spagne et dans les gorges des Pyrénées. 
Seulement, ils s'étonnaient que le vieux comte allât 
expier si loin ses longues erreurs, et surtout qu'il y 
possédât des propriétés. 

Bernard mourut peu après cette expiation , car son 
fils lui avait succédé lorsque Céraud de Labarthe s'em- 
barqua pour la Palestine. Il laissait trois fils, Gé- 
raud (2) , Arnaud et Roger. Quelques-uns y ajoutent 
Pierre Géraud qui, après la mort de Géraud et de Ber- 



(i ) Cartulaire d'Auch. Chartes du Séminaire. — (2) Grands Officiers 
de la couronne. L'Art de vérifier les dates. 



234 HiSTOias 

nard, se regarda, au rapport d^Oihénart , comme comte 
d^ Armagnac. Outre ses fils, il laissait aussi une fille qui, 
plus heureuse que ses frères, renonça de bonne heure au 
monde et fonda le monastère de Ste-Marie de Carrizo 
où elle prit le voile et où son exemple attira une foule 
de jeunes personnes de distinction. Devenue supérieure, 
elle gouverna sa communauté avec tant de sagesse et de 
piété qu'elle mérita d'être placée parmi les saints {\), 
Sa mère, Stéphanie de Labarthe, Ty alla joindre après 
la mort de son époux. Elle eut la douleur de survivre à 
sa fille et fut ensevelie près d'elle dans le chceur de 
l'église. 

Géraud portait le titre de vicomte de Fezensaguet, 
petit pays démembré duFezensac, ayant la viUedeMau- 
vezin pour capitale, et s'étendant des portes de Fleu- 
rance et de St-Clar aux environs d'Auch et de Cologne. 
En succédant à son père il céda ce titre et la vicomte à 
son frère Roger. Esprit souple et artificieux, il sut, mal- 
gré la répulsion que devait inspirer sa conduite passée, 
capter tellement la bienveillance de Géraud de Labar- 
the, son oncle, que le prélat, lorsqu'il s'éloigna d'Auch, 
plaça ses ouailles sous sa protection. Peut-être Géraud 
cherchait-il par là à désarmer son neveu et espérait-il 
le forcer à la paix; mais, quels que furent ses sentiments, 
son attente fut trompée, et Géraud, libre désormais, 
renouvela toutes ses violences (2). La nomination de 
Bernard de Sédirac ou Sérilhac vint mettre un terme 
à ces excès. Il appartenait à la noble famille de ce nom 
qui exista longtemps dans le département du Gers , et 



(1) Grands Officiers de la couronne. Oihénart, page 493. 

(2) Grands Officiers deJa couronne. 



DE LA GASCOGNE. 235 

peut-éiren était-il pas autre que ce Bernard de Sédirac, 
abbé de St-Pé de Générez, qui gouverna celte abbaye 
depuis n 70 jusqu'en << 79 où il fut élevé sur le siège 
d'Oleron. 

. Sa prudence et sa modération étaient si connues (1), 
que Géraud de Labarthe^ dans les circonstances diffi- 
ciles où il se trouvait, le choisit pour son vicaire-général 
en 1188, et lui laissa ladministration de son diocèse 
lorsqu'il partit pour la Terre-Sainte. Ennemi de toute 
réaction, à toutes les violences du comte d'Armagnac 
il n'opposa que la douceur et la justice des droits de 
l'église confiée à ses soins. Cette modération était sans 
doute un acte de haute sagesse, du moins le jugea-l-on 
ainsi; car les vœux de la plus grande partie du chapitre 
le placèrent sur le siège archiépiscopal. Avec les senti- 
ments connus du nouveau prélat, la réconciliation ne 
pouvait se faire attendre. L'année n'était pas encore 
écoulée que le calme régnait dans Auch et dans le 
diocèse. Le comte avait-il reconnu et surtout réparé ses 
torts ? nous l'ignorons. Nous pensons plutôt que l'ar- 
chevêque avait cédé sur tous les points. Aussi , sa con- 
sécration fut -elle retardée quelque temps. Le pape 
hésita à le reconnaitre , soupçonnant peut-être sa fai- 
blesse, mais il lui avait rendu son estime en 1 195. Il 
lui adressa la bulle qui fixe les droits de l'archevêque 
d'Auch (♦). 

Bernard méritait celte faveur par sa piété et par son 
zèle pour la religion. En H98 il écrivit au pape (2) 

(t)Doin Bnigelles. M. d*Aignan. 
(*) Voir la note 11 à la fin du volume. 
(2) Dora Vaisselle, tom. 3. 



236 HISTOIRE 

Innocent III pour Tinformer des progrès que Thërésie 
faisait dans la Gascogne et les pays voisins. Kannée 
précédente, il avait donné au monastère de Sauve-Ma- 
jeure l'église de Loze en faveur du prieuré de Gavar- 
ret. Gaston de Béarn y ajouta d'autres privilèges» et en 
particulier le droit de posséder seul dans tout le Ga- 
vardan une chaudière judiciaire. 



DE LA GASCOGKE. 237 



CHAPITRE IL 



Le tmk de Gomnies répudie si femne et époote Htrie de Montpellier , — il fait li 
fierre lo eente de Foix , Teot répudier Mirie , li forée i le retirer prêt de m 
père , et ett oblifé de li reprendre. — Gontei de rhle-Joirdain. — Guerre dei 
Touloitiins née lo Tieomle de Lonufne. ^ ÉTèquet de Leetoire. ^ Mirie fait 
casser son aariafe avec le comte de Goîiminfes. ^ Gaston , Tieoate de Béam. — 
Évèqnes de Bayonne.^ Mairie de BayonM.— ÉTèqoes de Dax,— d'Aire.— Ber- 
nard de Montant , areboTè^e d'Aneh. — Profrès de rkéréiie dei Albigeoit. — 
Bernard de Montant est déposé. 



Les moeurs des chrétiens d'Occident s'étaient amol- 
lies au contact de la molle Asie ; les guerres d'ailleurs 
et surtout les guerres lointaines poussent toujours à la 
licence. Enfin, Téglise , gardienne des austères pres- 
criptions, ne pouvait se montrer très-sévère pour ceux 
qui allaient verser pour elle et leurs trésors et leur sang. 
On le sent, les foudres de Grégoire VU et de ses pre- 
miers successeurs durent plus d'une fois dormir durant 
les Croisades. Ajoutons, pour notre Midi , le voisinage 
des Musulmans dont les faciles harems se prêtaient aux 
caprices des passions. Ainsi s'exphquent ces divorces 
fréquents dont l'histoire de cette époque attriste nos 
regards , contre lesquels l'église protestait toujours et 
avec lesquels elle ne pactisait que lorsque l'inflexibilité 
de ses lois était sauvegardée. Bernard, comte deCom- 
minges, avait déjà eu un fils de Contors de Labarthe'; 
mais ni le fils ni la mère ne purent fixer son cœur , et 
dégoûté de sa seconde fenune encore plus vite que de 
la première, il prétexta une parenté éloignée et se pré- 



238 HISTOIRE 

senta dans Féglise de Comrainges au mois de novembre 
H91 (^ ), Contors y parut de son côté accompagnée de 
ses proches. Le comte établit devant Tévéqué que sa 
femme descendait de Brune de Comminges, sœur de 
Roger, son trisaïeul. Contors en convint en présence des 
siens , de tout le clergé et d'une multitude de peuple 
accouru au spectacle d'une épouse et d'une mère dé- 
laissée , et donna son consentement à la dissolution du 
mariage. Kévéque prononça la séparation, et Farchevê- 
que d'Auch la ratifia sur-le-cbamp en sa qualité de mé- 
tropolitain. 

L'évéque de Comminges se nommait Raymond Ar- 
naud (2). Il avait remplacé vers Tan H90 Arsias, suc- 
cesseur d'Arnaud Roger , dont le testament nous a été 
conservé. Celui-ci appartenait à la famille de Commin- 
ges et possédait avec son évêcbé l'abbaye de Bonnefond. 
Ces trois titres expliquent à peine l'immensité de ses 
legis (*). Au commencement de son épiscopat Raymond 

(1) Dom Vaisselle, lom. 3. L'Art de vérifier les dates.— (2) GalUa 
Christiana. 

(*) Nous apprenons par ce testament que sur la fin de ses jours, 
le prélat alla passer deui ans à Montpellier, et qu'il y dépensa 25 
sols par jour; qu'il y acheta quatre mulets pour 1000 sols tournois, 
et deui palefrois peur 500 tournois; qu'il donna à R. de Glermont , 
sacristain de Maguelonne, une mule qui valait 200 sols Morlas. A 
sa mort il fit les legs suivants : au Chapitre général de Citeaui, pour 
qu'on lui fit un service solennel dans tout l'Ordre, 2000 sols ; à l'ab- 
baye de Fonfroide, 100; à Yillelongue, 50; à Bolbonne, 100; à 
Casers, 50; à Eulnes, 50; aux Dominicains, 400; aui Francis- 
cains, 50; à Peyricias, 40; à Belleperche, 50; à Grandselve, 100; à 
fiouilhas, 50 ; à Flaran , 50 ; à la Case-Dieu, 50; à Berdoues, 100; à 
Boulau, 50; à l'Escale-Dieu , 100;àSarrancolin, 60; à la Béné- 
diction-Dieu , 100; à St-Laurent, 100; à Fabas, 100; aux Feuil- 
lans, 100; à cinq églises, 250; aux Chanoines de St- Bertrand, 
la valeur de 3000; aux Chanoines de St-Gaudens, 1500: à Monsaunior, 



DE hK GASCOGNE. 239 

Arnaud transigea avec Tablicsse de Fabas pour les 
dîmes dues à son siège ; mais, en 1 195, il se relâcha de 
ses droits et exigea pour toute redevance une livre 
de poivre pour lui , et une seconde pour le chapitre de 
St-Caudens. 

Stéphanie de ^igorre vivait encore ; néanmoins ni 
les prélats ni le comte ne paraissent avoir songé à elle. 
Bernard avait porté ailleurs ses vues. Il était appuyé 
par Kaymond IV, comte de Toulouse, son couiûn ger- 
main, aussi inconstant ou plutôt aussi licencieux que 
lui. Conduit parce parent, accompagné de Tarchevéque 
d'Audi et des évéques de 0)mminges, de Toidouse et 
d'Agde, et suivi de quelques seigneurs, il se rendit peu 
de jours après à Montpellier et y épousa Marie (1), 
fille de Guillaume VIII, comte de cette ville, et veuve 
de Barrai , vicomte de Marseille. Guillaume constitua 
à sa fille deux mille marcs d'argent (prèsde 200,000 '^), 
et Bernard lui assura pour douaire le château de Muret 
avec ses dépendances. Il fut stipulé que le fils qui naî- 
trait de ce mariage succéderait à son père dans tous ses 
domaines, et que s'il n'y avait qu'une fille, elle recueil- 



1000; aux Chapelains de son diocèse, 2000, en restitution de ce 
qu'il avait levé sur eux injustement; à ses domestiques, 1000, à 
partager entre eux selon leurs services; à un médecin, 60 sols. 
Enfin, 2000 sols à Bonnefond pour que deux prêtres y célébrassent 
à perpétuité le St-Sacrifice pour le repos de son &me; iOÙO aux 
Feoillans et 1000 à Monsaunicr pour une messe obituaire à dire 
tous les jours. Après quelques autres legs, il établissait Dodon, son 
neveu, son héritier universel, et lui abandonna la terre de St-Frajou 
jusqu'à ce qu'il eût achevé de solder toutes les sommes léguées par 
le testament. 

(l)Dom Vaissette, tom. 3. L'Art de vérifier les dates. Grands 
Officlen de la couronne. 



240 HISTOIRE 

lerait toute la succession paternelle, à Texception du 
comté de G)mminges. Bernard ne se réserva que qua- 
tre châteaux pour en disposer en faveur du fils qu^il 
avait eu de G)ntors. Le comte de Toulouse, Vital de 
Montaigu, et trois ou quatre autres seigneurs jurèrent 
les clauses au nom du comte de G)mminges. L'arche- 
vêque d'Auch et les évêques promirent de leur côté 
d'excommunier le comte et de jeter Tinterdit sur tou- 
tes ses ^rres , et Raymond s'engagea à venir l'attaquer 
à la tête de tous ses vassaux s'il n'exécutait pas fidèle^ 
ment ses promesses. G)mme s'il n'était pas assez de ces 
garanties , Hugues de Baux , Guillaume son frère et 
Arnaud d'Anduze se portèrent pour cautions du con- 
trat. Toutefois toutes ces précautions ne devaient ren- 
dre le mariage ni jdus solide, ni plus heureux. 

L'année qui le suivit , Bernard déclara la guerre à 
Roger Bernard^ comte de Foix, occupé alors à combattre 
Armensol, comte d'Urgel (i). Cette dernière querelle, 
née à l'occasion de la limite des deux états, partagea 
toute la Gitalogne. Le comte de Foix franchit les Pyré- 
nées , désola le pays, assiégea et prit Urgel , pilla la 
cathédrale, rançonna les moines qui la desservaient et 
laissa commettre à ses troupes d'horribles profanations. 

Nous ignorons ce qui advint de sa lutte avec Ber- 
nard , comte de G)mminges. Nous savons seulement 
qu'il s'aida contre lui des seigneurs de Cannac , avec 
lesquels il contracta une alliance offensive et défensive. 
Mais cette alliance lui servit assez peu , la guerre ayant 
fait place à une union si étroite , que Bernard récon- 
cilia Raymond de Foix avec le comte de Toulouse 

(1) Dom Vaisselle, lom 3. 



DE LA GAacoavE. 241 

prêt à Tattaquer pour quelques droits quHl réclamait 
sur le château de Saverdun. Cette paix , en rendant le 
comte de G)mminges à ses foyers, le rendit à son incons- 
tance naturelle. Deux années ne s'étaient pas encore 
écoulées, et déjà son cceur se lassait delà jeune et belle 
Marie. Pour rompre ces nouveaux liens devenus chaque 
jour plus pesants, il recourut au prétexte qvi'il avait 
invoqué .contre G)ntors; mais Tarchevéque d'Auch et 
Tévéque de G)mminges, loin de lui prêter leur minis- 
tère, combattirent hautement son projet (1). Bernard 
descendit alors à la violence , et à force de brutalités il 
o»ntraignit (1200) Tiiifortunée Marie k abandonner le 
Comminges et à se réfugier auprès de son père. Guil- 
laume prit en main avec chaleur les intérêts de sa fille; 
mais comme si tout devait être triste dans ce drame dé- 
plorable, en la défendant il obéissait non k sa tendresse, 
mais k un vil égoïsme et k un froid calcul. Bernard et 
Marie avaient renoncé au comté de Montpellier en fa- 
veur d'enfants nés d'une mère que Guillaume avait 
épousée du vivant de sa première femme. Le vieux 
père craignait qu'un divorce ne donnât à sa fille un 
mari moins généreux. De là l'ardeur qu'il mit à la faire 
rentrer dans le lit conjugal. Il s'adressa au pape et se 
plaignit à lui des tentatives de son gendre et des mau- 
vais traitements dont il accablait Marie. 

Le pape était Innocent III dont le dernier siècle 
n'avait ni su comprendre, ni peu^être osé apprécier (2) 
faction sur l'église et la société , et que notre époque 
moins prévenue et plus juste commence à glorifier, à 



(1) Dom Vaisselle, lom. 3. Guillaume de Puylaurens. 

(2) Paroles de M. laurentie. 

//. in. 



242 HISTOIRE 

régal des plus grands pontifes du catholicisme. Il écri- 
vit (1) aussitôt à Varchevêque deNarbonne, à Tévéque 
de Comminges et aux chapitres d^Auch et de Toulouse 
dont les sièges vaquaient alors pour leur ordonner 
d^avertir le comte de G)mminges de reprendre Marie 
et de la traiter comme sa femme légitime. Il leur en- 
joignit de recourir i s'il le fallait, aux censures ecclé- 
siastiques pour ly contraindre. Bernard n'osa pas lutter 
contre Innocent, et obéissant à regret il rappela Marie et 
la garda tant que vécut Guillaume. Cette double affaire 
avait été précédée d'une quenelle plus vive encore avec 
Jourdain II , comte de l'Isle , auquel il réclamait les 
châteaux de Castéra, de Lasserre et deMonfiel avec le 
droit de guidage du chemin de St-Jacques depuis Tou- 
louse jusqu'à Auch en passant par Aubiet. Jourdain 
redemandait de son côté le château de St-Thomas. Ces 
prétentions diverses (2) amenèrent une guerre atroce 
et implacable, comme presque toutes les guerres de 
cette époque. Averti par la clameur publique, Ray- 
mond, suzerain des deux comtes, interposa enfin son 
autorité. Il ordonna d'abord à Bernard et à Jourdain 
de poser les armes. Il les réunit ensuite à Verdun, dans 
le mois de janvier H9i , les fit désister de leurs de- 
mandes réciproques et leur fit jurer l'oubli du passé en 
présence de Garsias , abbé de Grandselve, de Roger de 
Mongaillard et de Hugues de Ségouville ou Ségoufielle. 
La réconciliation n'était nullement volontaire. Les 
deux seigneurs avaient dû céder à la puissance de Ray- 
mond. Aussi, déclarèrent-ils n'agir ainsi qu'à la prière 
et par l'exprès commandement du comte de Toulouse. 

(1) Lettre d'Innocent III. —(2) Dom VaiMette, iom. 3. 



DE LA GASOOGNE. 243 

Jourdain acheta au mhïs de mars suivant, d^ Arnaud 
de Montaigu , son cousin , la moitié de la vicomte de 
Gimois (1), située sur les deux rives de la Gimonne. La 
vicomte entière avait été possédée avec la seigneurie de 
Verdun par Arnaud, frère d'Escarone, sa mère. Ar- 
naud alla mourir en 1 163 dans le couvent de Grand- 
selve ; mais avant de quitter le siècle, il partagea ses 
biens à ses trois dis , Bernard , Arnaud et Guillaume. 
Les deux premiers, dont Tun prit le titre d'Astafort, et 
Tautre celui de Montaigu, eurent le Gimois. Verdun 
échut au troisième qui en garda le nom. Jourdain sur- 
vécut peu à cet achat, si toutefois il n'est pas le même 
que celui qu'on a appelé Jourdain III , ce qui est très 
vraisemblable et ce qu'aiBrme dom Vaissette. Celui-ci 
avait épousé Esdarmonde, fille du comte de Foix. Il 
fit son testament (septembre 1200) du consentement 
de Raymond, comte de Toulouse, et donna à sa femme 
deux mille sols Morlas qu'il lui assigna sur le château 
du Thil. Il reconnut en outre lui devoir mille deniers 
Morlas, sept verres et deux coupes d'argent. Il légua 
a Escaroue, sa fille, et à Ratier, son mari, neuf mille 
sols Melgoriens pour lesquels il lui donna en gage le 
château de Castéra. A sa fille Obice et à son mari Pel- 
fort il laissa six mille sols Melgoriens. Il institua pour 
héritiers ses trois fils (2), Bernard Jourdain , Jourdain 
et Othon. Bernard Jourdain eut pour sa part le comté 
de risle avec ses dépendances et le château de Castéra 
engagé à sa sœur Escarone. Il était chargé de marier 
Philippe, une autre de ses soeurs, et de la doter de cinq 
mille sols Melgoriens ; mais si cette monnaie était dé- 

(1) Dom Vaissette, page 84. —(2) Idem, lom. 3. 



244 HISTOIAB 

prédée, il devait lui compter cent marcs d^argent fin. 
Jourdain eut Launac avec quelques terres, et Othon 
Bernard deux châteaux et la moitié de la partie du 
Gimois qu^avait acquise son père ; Tautre moitié était 
partagée entre les deux àinés. Leur père établissait que 
désormais les filles n auraient point de part aux domai- 
nes de la maison de Tlsle, mais que leur dot serait 
toujours payée en argent L'acte fut signé par Raymond, . 
comte de Toulouse , Bertrand , évêque d'Agen, Ray- 
mond Roger , comte de Foix , Othon de Montaut et 
Isam de Verfeuil. 

Bernard Jourdain n'hérita pas de la haine de son 
père ou de son grand-père pour le comte dé Comminges. 
La réconciliation était complète au commencement de 
février 1207. Le comte de Tlsle épousa alors Indie (<), 
scBur naturelle de Raymond VI et veuve de Cuillabert 
de Lautrec. Indie se constitua en dot cinq mille sols 
M elgoriens qu'elle abandonna à son mari en cas de 
survie, et Bernard Jourdain, de son côté, lui assigna un 
pareil douaire. Ce mariage eut pour témoins Bernard, 
comte de Comminges , Raymond de Rabastens, Jour- 
dain de Villeneuve, Jourdain, frère du nouvel époux, 
Doat d'Allemand et Aymeric de Castelnau. Raymond 
n'eut pas plutôt vu sa sœur unie au comte de l'isle 
qu'il s'éloigna de Toulouse et alla porter les armes sur 
les bords du Rhône. En partant pour la Provence , il 
laissa sans doute dans le Languedoc son beau-frère et 
Bernard de Comminges, car nous les voyons avec plu- 
sieurs autres seigneurs présider à l'accord passé à Tou- 
louse durant le mois d'août suivant entre les consuls de 

(1) Dom Yaissetle, tom. 3, p. l{(i. 



DE LA OÀSOOGNE. 345 

cette ville et les consuls de Cakors. Les deux cit^ 
brouillées pour quelques différends s^étaient portées 
mutuellement à des excès que cet accord tendait à faire 
oublier. 

La ville de Toulouse venait alors de faire sa paix 
avec Vésiau (1), vicomte de Lomagne, etOdon, son fils. 
Ceux-ci avaient augmenté la leude ou impôt que les 
étrangers payaient à Auvillars. On se soumil générale- 
ment , mais de mauvaise grâce au nouveau tarif. Les 
marchands de Toulouse , plus hardis , ayant refusé de 
Faocepter, subirent des vexations. Les Toulousains se 
vengèrent sur les marchands de la Lomague. D'autres 
sévices réciproques aigrirent les esprits et on en appela 
enfin aux armes des deux côtés. Le sort des combats 
parait avoir été favorable aux Toulousains. Leur armée^ 
commandée par les consuls , assiégeait Auvillars , lors- 
que le vicomte et son fils s^engagèrent à ramener la leude 
i Fancien état. A ce prix le passé fut oublié et la con- 
fianoe rétablie. L'acte fut passé à Auvillars le lutidi, 
14 )nin 1204 , en présence deGéraùd, comte d'Arma- 
gnac, d'Odon de Lomagne son parent, de Raymond , 
évéque de Toulouse, de Bernard de Marestan, de 
Pierre Raymond, frère du comte de Toulouse, de Ber- 
nard Jourdain, comte delTsle, de Bernard d'Orbeâsan, 
de Pierre de Montbrun, de Jourdain de Villenetnre et 
de quelques autres seigneurs. Bernard d'Orbessan (2) 
composa aussi avec les consuls de tous les méfaits et de 
toutes les déprédations dont son père et lui avaient pu 
se rendre coupables à Fégard des habitants de Tou- 

(1) Lafaille , Annales de Toulouse, Preuves, lom. 1, pag. 53 et 
fluiv. — (2) Idem. 



346 HisroiRB 

louse, et s'engagea à voler au secours de la ville avec 
six chevaliers bien et dûment armés dès qu^il en se- 
rait requis. Pélegrîn de Legmond ou Leomond et 
trois autres seigneurs se rendirent garants de la parole 
de Bernard d'Orbessan» 

Bernard II (1) occupait alors le siège de Lectoure. 
Plusieurs prélats s^étaient assis sur ce siège depuis Vi- 
vien, mort après i \66 ou peut-être après 4<83; car 
vers cette époque une charte de Belleperche nous parle 
d^un En Besian, évéque de Lomagne , le même, pour 
ceux qui connaissent la langue Gasconne, que notre 
Yésian. Mais si la date est vraie, Vésian épuisé par 
rage s^était démis de son évêché. Il est certain qu^en 
< i 70 il avait été remplacé par Bertrand de Montant, 
qui, ainsi que Carsias Sanche son successeur, n^a laissé 
que son nom dans quelques donations faites aux ab- 
bayes de Belleperche et de Gimont. Bernard est plus 
connu. Il s^attacha à la maison d'Aquitaine et parut à 
côté d'Aliénor, lorsque la princesse confirma en H97 
les privilèges accordés par Henri II son mari et Bichard 
son fils au monastère de Sauve-Majeure. Il Taccompa- 
gna deux ans après à Poitiers et fut témoin de quelques 
actes de souveraineté qu'elle fit avant d'associer à son 
duché Jean-Sans-Terre, que la mort de Richard ve- 
nait d'appeler au trône d'Angleterre. 

Cependant Guillaume, comte de Montpellier, étant 
mort, Marie, sa fille, qui n'avait pu oublier ni l'outrage, 
ni les mauvais traitements de Bernard, provoqua à son 
tour son divorce. Elle prétendit n'avoir donné sa main 
au comte de Comminges que malgré elle et sous la 

(1) Gallia Christiana, Dutemps , Oihénart. 



DE LA GASCOGNE. 247 

terreur des inlonctions paternelles. Bernard appuya sa 
réclamation et prétexta, de son côte, qu^il n'avait pas été 
Intimement séparé de Stéphame, sa première femme. 
n faisait encore valoir une double parenté naturelle et 
spirituelle au quatrième degré. Ces raisons furent 
admises (1) et les deux époux séparés canoniquement. 
Marie conclut presqu'aussitôt un nouvel hymen avec 
Pierre II, roi d'Aragon, et le volage Bernard de son côté 
forma une quatrième alliance. Ils avaient eu deux filles : 
Mathilde qui épousa Sanche de Labarthe , vicomte 
d^Aure, et Péronelle ou Pétronille, mariée dans la 
suite au brave Centule II, comte d'Astarac. 

Bien différent de son beau-père , Gaston de Béarn , 
en paix avec tout ce qui Tentourait, fit chérir son nom 
et conquit par un gouvernement doux et paternel le 
glorieux surnom de Bon^ que lui décerna la reconnais- 
sance de ses peuples. Mais sa bonté ne rempéchail pas 
de réclamer ses droits dès qu'ils étaient méconnus. D'a- 
près la coutume du Béarn ou plutôt d'après les lois de 
la féodalité, tous les seigneurs devaient trois fois Tan 
remettre leurs châteaux entre les mains de leurs suze- 
rains. Cet usage prévenait les révoltes et assurait la 
suprématie. Raymond Carsie de Navaille? voulut s'y 
soustraire (2). Le vicomte de Béarn s'avança aussitôt 
en armes pour l'y contraindre. Des amis communs s'en- 
tremirent et Garsie se soumit. Il s'obligea à ne pas nuire 
styec son château à Gaston et à le lui remettre trois fois 
Tan. Dans le cas où il ne le rendrait pas, dès qu'il en 
serait requis, il consentait à être tenu pour parjure et 



(i) Dom Vaisselle, lom. 3. L'Aride vérifier les dates.— ^2; Marca, 
liv. 6, cb. 13. 



DE LA GASCOGNE. 249 

femme (1) doDoérent quinze paysans à Téglise de Dax 
et à son évéque Fortaner, qu'ils qualifiaient du nom de 
leur cher ami. Alphonse prend dans cet acte le titre 
de seigneur de la Gascogne où il règne (*). Nous igno- 
rons le succès de cette lutte dans laquelle les auteurs 
espagnols, avec leur exagération ordinaire, ont vu une 
conquête armée. 

L'évéque de Bayonne était encore Bernard de La- 
ôirre. Aucun de ses successeurs n'a laissé plus de traces 
dans le cartulaire de la cathédrale. En 1 186, peu de 
mois après être monté sur son siège , il fit une transac- 
tion qui adjugeait à son chapitre les deux tiers des biens 
et des revenus de son église, et des immeubles des cha- 
nwies, et lui assurait le reste. Cet acte fut passé à Dax, 
sotis les auspices de Tévéque de cette ville , de Tarche- 
véque d'Auch et de Tabbé de Sordes. Deux ans plus 
tard quelques nouvelles difficultés s'étant élevées au 
sujet des nominations aux cures , Tévéque d'Aire se 
joignk au métropolitain et à Tévéque de Dax, et adju- 
gea avec eux quatre paroisses à Tévéque et trois au 
chapitre; ces trois dernières étaient Arsais, St-Jean-de- 
Luz et Anglet (2). Bernard de Lacarre transigea à la 
même époque aveo- les hospitaliers de St-Jean de Jéru- 
salem au sujet d'un hûpital que ceux-ci possédaient 
dans le bourg du StrEsprit. Au retour de la Croisade , 
il reçut de Raymond-Guillaume de Sault la confirma- 
tion de tous les droits que Bertrand , vicomte de La- 



(l)«aKt,lU.e»eb. 13. 

(*) Damirmi Ftucomm , et plus bu , Ego AlphoMUê r$gn(m$ in 
CoêtUla et Toledo et in f^ateoniû. 
(2) Manuscrit de Bayonne. 



250 HISTOIRE 

bour , avait jadis concédés & Tëglise de Bayonne dans 
toute rétendue de la yicomté. 

Cettelibéralité fut l'acte suprême de la maison vicom- 
tale. Elle disparaît depuis , sans qu'on sache certai- 
nement ce qu'il advint et d'elle et de sa vicomte. On 
soupçonne que celle-ci passa dans les mains du roi 
d'Angleterre , ou plutôt qu'elle se perdit dans le duché 
d'Aquitaine. Du moins , en 121 5, Jean-Sans-Terre (1) 
accorda à Bayonne la faveur donc il avait gratifié peu 
d'années auparavant La Rochelle, et l'érigea en espèce 
de république, comme Pétaient en France Marseille et 
Montauban. Il y établit un maire et cent pairs , dont 
douze seraient échevins et douze conseillers ou jurais. 
Les premiers étaient pris parmi les nobles et les bour- 
geois; les seconds appartenaient au corps des marchands, 
le reste pouvait être choisi parmi les artisans. Tous 
étaient élus librement chaque année ; à eus: apparte- 
naientla justicecriminelle et la justice civile. Seulement 
le roi se réserva le droit de choisir le maire sur trois 
candidats que la communauté lui présenterait. Ce ma- 
gistrat recevait cent livres Morlas d'émoluments; mais 
comme on craignit plus tard la corruption , les habi- 
tants arrêtèrent, en 1327, que les trois candidats après 
leur élection, et le maire après la confirmation royale, 
prêteraient serment qu'ils n'avaient point acheté les 
suffrages des électeurs ou le choix du prince. 

Bernard de Lacarre termina un long différend que 
son église avait avec la maison de Bardos au sujet delà 
dime des landes de cette paroisse et de deux paroisses 
voisines. On convint de six arbitres auxquels fut ajouté 



(1) Oihénart, page Mti. Manuscrit déjà cité. 



252 HI6T0IRB 

baud Qjt de Prëchac, et termina les différends qui 
avaient régné entre ce corps et ses prédécesseurs. Cet 
accord fut suivi d^un second qui ramena la paix entre 
les chanmnes de sa cathédrale et ceux du Mas-d^Age- 
nais divisés au sujet de la possession de Téglise de Cas- 
teljaloux. Son amour pour la paix ne Tempécha pas de 
sMlever contre les exactions des anglais toujours portés 
à traiter TAquitaine en pays conquis. Ils dépouillaient 
les riches, maltraitaient les prêtres, pressuraient le 
peuple. Gaillard frappa les coupables d'excommuni- 
cation et suspendit ainsi leurs excès. Une note ajoutée 
à la marge du livre rouge de Bazas nous apprend qu'à 
la fin de ses jours Gaillard se démit de son siège et 
alla prendre Thabit religieux dans le monastère de la 
G)uronne, diocèse de Limoges, où il mourut en odeur 
de sainteté le 15 juillet 12i4. La chronique Bazadoise 
le fait remplacer par un Guillaume dont Texistence ne 
repose que sur ce titre. 

L'évéque de Dax, dévoué aux intérêts d'Alphonse, 
avait déterminé ses ouailles à reconnaître ce prince 
pour duc de Gascogne, du chef de sa femme. Ainsi 
s'explique le titre de cher ami que lui donne le prince 
espagnol et la libéralité dont il gratifia son église. For- 
tanier (1) mourut dans le mois de mars 121 5. Il appar- 
tenait à une branche de la famille de Maulécm et était 
monté sur son siège en 1 1 99, après la mort de Jean de 
Caunar, ou plutôt Gauna, omis par Oihénart , et qui à 
peine sacré accompagna Richard dans la Palestine où il 
mourut. Jean avait remplacé Guillaume Bertrand, fil& 
de Bertrand, vicomte de Labour et frère des vicomte:^ 

(1) Gallia ChrittiatM, Manuscrit de Dax. 



DB LA GÀSOOGICE. 255 

têtes» D'autres ne pouvant les obtenir des prélats eodé- 
siastiques allaient les demander aux puissants du siècle 
et s^en mettaient en possession à main armée. Le pape 
engagea Bernard à avertir les œupables et à les sus- 
pendre s'ils résistaient à sa voix. L'archevêque se mon- 
trait alors digne de la confiance du souverain pontife; 
du moins parait-il avoir déployé quelque zèle. Il se 
joignit plusieurs fois à ses suffragants, et écrivit à leur 
tête (i) à Innocent pour l'informer des progrès que 
rbérésie faisait autour de lui. Le pape lui répondit; il 
l'exhortait à employer tous les moyens qu'il jugerait 
convenables pour extirper l'erreur, et lui ordonnait de 
frapper desToudres de l'église non seulement les héré- 
tiques, mais encore ceux qui avaient quelque commerce 
avec eux. Si l'autorité de l'église était méconnue, Inno- 
cent III voidait que les évêques appelassent à leur se- 
cours le bras séculier* 

Mais que pouvaient contre un mal qui débordait de 
toutes parts la parole et les actes d'un pontife dont les 
exemples poussaient à la licence , du moins s'il faut en 
croire ses accusateurs? Aussi ,.rerreur faisait chaque jour 
de nouveaux prosélytes. Raymond VI, comte de Tou- 
louse, dont elle favorisait le hideux libertinage, la pro- 
t^[eait hautement. Roger, comte de Foix, séduit dans 
une conférence à Castelnaudary ; en avait adopté ou- 
vertement les principes. La vie du comte de Commin- 
ges appartenait naturellement à la nouvelle secte; la 
noblesse était gagnée; le haut clergé lui-même hésitait^ 
^ conunent se fût-il prononcé avec ardeur , les mœurs 
^'un grand nombre de prélats n'étant rien moins 

(1) Dom BrugeUes. GaUia Christiana. 



256 HISTOIRE 

quVxemplaires. Les premiers légats du saint-sî^ 
avaient été peu écoutes. Uun d^eux, Pierre de Castd- 
nau, venait même de tomber sous le fer d^uà assassin. 
Dans ces déplorables conjonctures, un remède extrême 
pouvait seul sauver la foi et avec elle ]a civilisation. 
Innocent ne balança pas à y recourir : il publia une 
Croisade, et exhorta le roi de France et ses principaux 
vassaux à prendre les armes pour extirper les héréti- 
ques de la province. 

Raymond, comprenant que Torage allait tomber sur 
sa tête, envoya ( 1 ) aussitôt à Piome Bernard de Montant, 
archevêque d'Auch, et Raymond de Rabastens. Un 
historien anonyme leur adjoint Tabbé de G>ndom, le 
prieur des hospitaliers de St-GîUes, et Bernard, seigneur 
de Kabastens, frère de Tévêque Raymond. Les deux 
premiers étaient entièrement dévoués au comte, mais 
leur choix dut surprendre Innocent. Raymond, re- 
poussé d'abord du siège de Toulouse, puis sacré, avait 
été déposé presqu^aussitôt, et Tarchevêque, pat sa con- 
duite scandaleuse, avait forcé son chapitre à se plaindre 
au saint-siége et à demander sa déposition. Néanmoins 
le pape les admit à son audience , les écouta favorable- 
ment et fit répondre au comte que puisqu'il se sou- 
mettait à toutes les ordonnances de Téghse, il acceptait 
ses sentiments et promettait de Tabsoudre s'il prouvait 
son innocence. 

Cependant les Croisés avaient franchi la Loire, con- 
duits par le duc de Bourgogne et les comtes de Nevers, 
de St-Paul et de Montfort. On comptait encore dans 
leurs rangs Guy de St-Paul et Enguerrand de Coucy, 
sans y comprendre les archevêques de Rheims, de Sens 

(1) Dom Vaissette, lom. 3, p. 205. 



DE LA GAfiOOGlIE. 257 

et de Rouen, six ou sept évéques et un grand nombre 
d*abbës suivis de leurs vassaux. A leur approche , le 
faible et hypocrite Raymond, non content de s'être sou- 
mis à une expiation humiliante, courut se placer sous 
leurs drapeaux ; mais bientôt d<fsertant leur camp , il 
passa du c6të des Albigeois et s'en déclara le chef. Au- 
tour de lui vinrent se ranger (i) les comtes de Foix et 
deComminges, et les vicomtes deBéam etdeLomagne 
à la tête de presque tous les nobles de la Gascogne ; 
tandis que lecomte d'Astarac, fidèle à son passé, portait 
son épée aux défenseurs de la foi. Seul, le comte d'Ar- 
magnac, moins belliqueux ou plus prudent, attendit 
pour se prononcer l'issue des combats. La lutte devint 
alors plus vive et plus tranchée: nous ne la retracerons 
point ici ; on combattit presque toujours au delà de la 
Gasoogne. D'ailleurs , les documents de l'époque nous 
paraissent singulièrement empreints d'une partialité 
qu'ont partagée à leur insçu peut-être la plupart des his- 
toriens. En les parcourant, on le sent bien vite, la reli- 
gion ne fut souvent qu'un prétexte, ou du moins à son 
impulsion vinrent se joindre les rivalités nationales. Le 
Nord se ruait sur le Midi, et le Midi repoussait le Nord. 
Cest là, dit un historien moderne (2), ce qui révèle 
le secret des excès épouvantables qui furent commis de 
part et d'autre. Ce n'était point une religion toute d'a- 
mour et de douceur qui donnait le signal des combats 
et des supplices, mais bien les haines héréditaires qui 
portaient pour ainsi dire un peuple à dévorer un autre 
peuple. Avouons-le aussi : les légats du pape, témoins 

(1) Dom Vaisselle. l'Art de vérifier les dates. Grands Officiers de 
la couronne. — (2) Histoire de France, par Amédée Gabourd^ lom. 2. 
II. i7. 



258 HISTOIRE 

des atrocités commises parles Albigeois et des souiTran- 
ces inouïes éprouvées par les fidèles, entourés d autels 
détruits , d'églises livrées aux flammes , de martyrs ou 
de confesseurs saignants, mutilés et égorgés, de cloîtres 
souillés par le meurtre , de lieux saints épouvantés par 
les sacrilèges , ne surent point assez se défendre de 
l'horreur que tant de crimes leur inspiraient. lisse 
laissèrent trop aller à tolérer d'affreuses représailles, à 
fermer les yeux sur d'immenses massacres, sur des ex- 
terminations dont le souvenir nous glace d'effroi, et 
durant lesquelles on fit trop petite la part de la pitié 
et de la miséricorde, et trop grande cdle de la rigueur 
et de la colère. Ces mêmes légats, comme pour s'étourdir 
et se justifier , trompaient le pape et ne lui faisaient 
pas connaître les malheurs de cette guerre. Toutefois, 
lorsque de loin en loin la nouvelle de ces excès parve- 
nait à Innocent, il adressait à ses légats de sévères ré- 
primandes; il ouvrait ses bras aux hérétiques et se 
prétait à leur repentir souvent peu sincère ; mais le 
glaive était sorti du fourreau et la querelle ne devait 
s'éteindre que par la lassitude des parties. 

Navarre, évéquede G)userans,un des légats, mourut 
au commencement de la Croisade et échappa ainsi aux 
reproches qui pèsent sur la mémoire de ses collègues. 
Il était fils (i) de Raymond Arnaud, vicomte de Dax, 
et de Stéphanie , fille ou sœur de Centule , dernier 
comte de Bigorre. Il se voua au cloitre, embrassa l'ins- 
titut de Prémontré et devint abbé de Combelongue 
d'où il fut élevé sur le siège de Couserans. Le pape 
l'honora de sa confiance ; il la méritait par un zèle qui 

(1) Gallia Christiana. Oihénart. 



DE LA GASGOGlfE. 259 

ne se démentit jamais et qui lui attira la haine des 
sectaires. Odon de Montégutse déclara contre lui; mais 
après de nombreuses usurpations et d^odieuses violen- 
ces, il rentra en lui-même, donna quelques vignes en 
réparation de ses nombreux méfaits, et jura de défen- 
dre jusqu'à son dernier soupir le prélat qu'il avait 
longtemps poursuivi. 

Vital, fils d'Odon (i), parut d'abord hériter de ses 
sentiments ; mais bientôt irrité d'un léger refus qu'il 
avait reçu du prélat et excité par le comte de Commin- 
ges, il menaça publiquement Navarre de lui couper la 
tête et attaqua la \i\\e de Couserans durant la foire 
qui se tenait aux environs de la Toussaint , frappant , 
pillant, amenant tout ce qui tombait sous sa main. La 
multitude fuyait éperdue devantsa lance. Dans cette pré- 
cipitation, plusieurs se jetèrent dans la rivière et vingt- 
sept personnes y perdirent la vie. Outre ce malheur , 
Couserans eut encore à déplorer des dommages qui 
s'élevèrent à plus de cinquante mille sols. Après ces 
excès. Vital leva entièrement le masque et embrassa 
hautement l'hérésie. Navarre ne vit pas la fin de ces 
scènes déplorables; il mourut durant la Croisade et fut 
remplacé par Sanche dont le nom a été omis dans la 
Gaule Chrétienne. La présence des Croisés ramena Vital 
et le comte de Comminges à d'autres sentiments; ils 
demandèrent à entrer en composition, et choisirent 
pour arbitres les évêques d'Agen et de Comminges qui 
les condamnèrent et adjugèrent au successeur de Na- 
varre la ville entière de Couserans et quelques moulins, 
cause ou prétexte de tous ces mouvements. L'évéque 

(1) Gallia Christiana^ instrumenta ^ page 185. 



DE LÀ GASCOGNE. 263 

mourront dans ce noble combat^ obtiendront la récom- 
pense et la gloire des martyrs^ sans passer par le pur- 
gatoire , pourvu qu'ils se soient confessés avec les sen- 
timents d'une contrition véritable , ou du moins qu^ils 
aient une ferme résolution de déclarer à un prêtre , 
après Pactiony les péchés qu'ils r^ont point encore dé- 
clarés. » 

A peine eut-il pris possession de son nouveau siëge 
quHl partit pour le G)ncile de Montpellier , convoqué 
le 7 décembre i 21 4 (1 ) par Robert de G)urçon , et où 
furent appelés avec Tarchevêque d'Auch les métropo- 
litains de Bourges, de Narbonne et de Bordeaux, avec 
les évéques , les abbés et les archidiacres des quatre 
provinces. On y élut Simon de Montfort ipour prince et 
monarque du pays, et on députa à Rome Tarchevéque 
d^Embrun et quelques ecclésiastiques pour supplier le 
pape de confirmer cette élection. 

Quelques mois auparavant (\ 8 avril) (î) , les comtes 
de Comminges et de Foix , défaits à Muret le i 3 sep- 
tembre i2i3, avaient fait leur soumission au cardinal 
de Bénévent; ils abjuraient toute doctrine contraire à 
l'enseignement de rÉglise et permettaient sur les saintes 
reliques, Teucharistie et la vraie croix , non seulement 
de ne pas favoriser , mais de combattre les hérétiques 
et les routiers , et d'accepter la pénitence et la satis- 
faction qui leur seraient imposées pour les excès qu'ils 
avaient commis et qui leur avaient attiré Texcommuni- 
cation. Ils s'engageaient, en outre, à remettre entre les 
mains du cardinal, le premier, le château de Salies, et 
le second, le château de Foix avec toutes les places que 

(1) Pierre de Vaux, Sermai. Dom Vaissette, tom. 3.— (2) Les mêmes. 



264 FIISTOIIIE 

le légat jugerait à propos de demander. Enfin, ils con* 
sentaient à ce que les châteaux qu ils devaient livrer au 
légat demeurassent confisqués au profit de Téglise ro- 
maine, et à être réputés eux-mêmes excommuniés et 
parjures s'ils manquaient à leurs promesses. 

Le vicomte de Béarn, qui n'avait point combattu à 
Muret , mais qui j avait envoyé des troupes , se soumit 
avant eux. Le G)ndle de Lavaur l'avait accusé (1 ) en- 
tr'autres méfaits de s'être joint aux hérétiques contre 
les Croisés, d'avoir marché au secours des Toulousains 
durant le siège de Gistelnaudary , d'être le persécuteur 
déclaré des églises et des ecclésiastiques, de garder près 
de lui le meurtrier do Pierre de Gastelnau, d'avoir eu 
longtemps et d'avoir encore à ses ordres des routiers; 
enfin, d'en avoir introduit l'année précédentetjuelques- 
uns dans la cathédrale d'Oleron où ils commirent un 
affreux sacrilège. Ils coupèrent la corde qui tenait sus- 
pendue la boite qui renfermait la Ste-Eucharistie, et 
répandirent ainsi par terre le corps sacré du Sauveur. 
Ces accusations paralysèrent la bienveillance du souve- 
rain-pontife et tous les efforts que Pierre d'Aragon 
faisait en sa faveur; déjksa vicomte de Bruillois avait 
été saisie. Simon de Montfort, après la victoire, marcha 
sur le Bigorre et alla assiéger le cli.iteau de Lourdes ; 
mais il y trouva plus de résistance qu'il n'espérait , et 
fut contraint de se retirer sans s'être assuré d'aucune 
place. 

Le succès n'endormit point la prudence de Gaston; 
il sollicita de nouveau sa grâce; le comte de Comminges 
la sollicitait aussi de son coté. Innocent commit le car- 
Ci) Pierre de Vaux. Marca, liv. 6, ch. 16. 



DE LA GASCOGNE. 265' 

dinal de Bënévent. Le 20 janvier 1 2 1 4 , il lui «dressa 
le bref suivant (i) : a Quoique les excès des nobles 
bommes, le comte de Comminges et Gaston, soient très 
graves et énormes, néanmoins comme les portes de l'E- 
glise ne doivent pas être fermées à ceux qui y frappent 
bumblement, nous mandons à votre discrétion qu'après 
avoir reçu d'eux une caution suffisante, selon que vous 
le jugerez expédient, vous les réconciliez à l'unité de 
l'Église et vous disposiez d'eux selon Dieu, comme vous 
croirez la devoir faire suivant le conseil d'hommes pru- 
dents. » 

Le cardinal désigna l'évéque d^Oleron , Bernard de 
Morlas (2) pour absoudre Gaston. En rentrant dans 
rÉglise, le vicomte voulut réparerions les dommages 
qu'il avait causés au prélat et k son chapitre durant sa 
liaison avec les hérétiques. Il leur abandonna les hom- 
mes et les droits qu'il possédait à Ste-Marie et à Catron. 
L'acte de cession fut passé à Monens, jadis station ro- 
maine et aujourd'hui petite ville de la Soûle. Déjà , en 
1209, il leur arvait donné la dlme de Sauveterre , ville * 
voisine de Monens, avec le privilège de pouvoir accep- 
ter sans son autorisation les dtmes et les autres droits 
ecclésiastiques dont le gratifieraient ses vassaux. Gaston 
survécut peu à sa réconciliation avecTÉglise ; il mourut 
dans les premiers mois de Tannée 1215 sans laisser 
d'enfants. Ses états appartenaient de droit à Guillamne 
Raymond , son frère. Néanmoins , sa reconnaissance 
souffrit quelques difficultés. Raymond Guillaume pré- 
tendait prendre en main l'administration par le droit 



(i) Lettre d'Innocent III, liv. 4, lettre 171. — (2) Marca, Gallia 
Christiaiui. 



266 HISTOIRE 

de sa naissance, tandis que les Béarnais , accoutumés 
depuis trois générations à élire leur seigneur, voulurent 
qu'il attendtt sa nomination (1). Pour triompher de la 
résistance, Guillaume fit un traité d'alliance défensive 
avec Pétronille Tannée môme* de son veuvage; mais ni 
cette alliance, ni Tattitude fiera et menaçante de Guil- 
laume n'intimidèrent les Béarnais. Ils défendirent ce 
qu'ils regardaient comme un de leurs droits les plus 
précieux, et la querelle se poursuivit. 

Guillaume était né avec un caractère violent. Cest lui 
qui dans son berceau avait été trouvé les poings fermés, 
triste présage qui avait arrêté le» députés du Béarn et 
qui ne tarda pas à se vérifier. Bernard , archevêque de 
Tarragone, l'avait fpmbléde bienfaits et lui avait donné 
sa nièce en mariage; mais le prélat crut devoir' en exiger 
un hommage pour quelques fiefs dépendants de son 
église. L'âme altière du jeune seigneur s'indigna de 
cette exigence , et dans son ressentiment il ne craignit 
pas de porter des mains sacrilèges sur un oncle double- 
ment sacré. Le meurtre fut accompagné de ces circons^ 
tances atroces qu'on trouve souvent dans les siècles de 
barbarie (2). Une bulle nous en a conservé le récit. 
Cachant son noir dessein, Guillaume supposa le nom de 
sa femme et invita Bernard à s'avancer jusqu'à Gironne 
pour traiter avec elle d'une affaire importante. Comme 
le prélat approchait sans défiance , le traître se porte à 
sa rencontre, et le frappant d'une main sûre, il le ren- 
verse de son mulet. La blessure était mortelle , néan- 
moins il redouble par trois fois, et ajoutant l'impiété à 

(1) L'Art de vérifier les dates, tom. 2. Marca, liv. 6. ch. 21 et 22. 
—(2) Cartulaire de Téglise de Tarragone, Marca, liv. 6, ch. 27. 



DE LA GASCOGNE. 267 

lal>arbarie, il s'efforce d'empêcher que son onde puisse 
confesser ses pëchés à sou chapelain, tandis que celui-ci 
criait à la victime de pardonner à son meurtrier. Le 
prélat avait rendu le dernier soupir et Guillaume s^était 
éloigné, mais sa vengeance n^était pas encore satisfaite. 
n retourne au cadavre , s^acharne sur lui , et après Ta- 
voir percé de mille coups il s'élance de son cheval , et 
de la pointe de sa lance il entr*ouvre le crâne et fiiit 
jaillir au loin la cervell& 

On déféra ce lâche assassinat au roi d'Aragon , mais 
ce prince et son épouse s'en émurent aussi peu que si 
Guillaïune eût égorgé un mouton ou un peau. Cette 
froide indifférence ou plutôt ce déni de justice enflamma 
le zèle du souverain-pontife. Il frappa d'excommuni- 
cation le coupable et ses complices, et ordonna aux vas- 
saux de l'église de Tarragone de courir sur eux comme 
sur de désespérés Sarrasins. Il menaça même de ses 
foudres le roi et la reine d'Aragon. Le meurtrier n'osa 
pas lutter avec les chefs de l'Église et coiurut à Rome 
chercher son pardon. 

En l'absolvant, le cardinal grand pénitencier le con- 
damna, aussitôt qu'il serait rentré daps la Catalogne, à 
aller visiter la ville de Tarragone. Mais dès qu'il en 
apercevrait les murs il devait descendre de cheval et 
continuer sa route nu-pieds, en chemise, la hart au col 
et des verges dans la main. Entré dans la cité, à chaque 
église qu'il rencontrerait sous ses pas, il se ferait battre 
par quelque prêtre. Parvenu enfin à la cathédrale , il 
demanderait humblement pardon au chapitre et à l'ar- 
chevêque successeur de sa victime, leur prêterait l'hom- 
mage refusé et leur assurerait trente livres de rente 
siu- sa terre. Comme il avait reçu la croix des mains du 



268 HISTOIRE 

souverain-pontife, il lui enjoignit encore de passer les 
mers, d'y conduire à ses dépens dix chevaliers et trente 
archers bien armes, et d'y combattre cinq ans les Infi- 
dèles. Là ne se bornait pas la pénitence : tous les ven- 
dredis il devait jeûner au pain et Teau, aussi bien que 
tous les anniversaires du jour où il avait commis son 
forfait. A ces anniversaires il devait nourrir cent pau- 
vres et leur donner un habit de lin. Il devait étendre 
le jeûne du Carême à VAvent et à tous les lundis et 
les mercredis de Tannée, à moins qu'il n'aimât mieux 
nourrir ces deux jours cinq pauvres ou qu'il ne com- 
battit les Infidèles. Enfin il devait, avant son voyage i 
la Terre-Sainte et après son retour, porter sur sa cliair 
un cilice qu'il ne pouvait déposer que dans de rares 
circonstances. Seulement, le cardinal romain laissait 
aux évêques de la province le soin de mitiger la pé- 
nitence s'ils la jugeaient trop dure. Il dut en coûter 
à l'orgueilleux seigneur qu'une légère sujétion avait 
transporté de fureur , de subir des conditions aussi 
rudes et aussi humiliantes, mais on ne s'affranchissait 
pas alors des prescriptions de rÉglise. Guillaume se 
soumit ; néanmoins il différa de passer les mers. Les 
prétextes ne manquaient jamais à de tels délais. 

Pétronille, comtesse de Bigorre, sa belle-sœur, fut 
plus empressée de contracter un nouveau mariage (1). 
Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis la mort 
de Gaston, qu'oubliant ce qu'elle devait à la mémoire 
de son époux , elle passa dans les bras de dom Nunno 
ou Nugno, comte de Cerdagne, neveu de Pierre d'Ara- 
gon et petit-fils d'Alphonse IL Les noces se firent avec 

(1) L'Art de vérifier les dates, tom. 2, Marca. 



DE UL GAflOOGME. 269 

me solennité qui ne laissait guère pressentir une pro- 
chaine rupture; mais presqu aussitôt Nugno et Pé- 
Lronille prétendirent être dans les degrés de parenté 
prohibés par les lois ecclésiastiques , et soit qu ils obéis- 
sent aux sentiments d'une foi véritable, soit que la re- 
ligion ne fût qu^un vain prétexte et qu'ils cédassent 
à un dégoût ou à une répulsion réciproques, ils se sé- 
parèrent volontairement sans attendre le jugement de 
rÉglise. 

Quelques écrivains (i) ont avancé que Simon de 
Montfort ne fut pas étranger à cette détermination. 
Craignant que le nouveau comte ne se déclarât pour 
Raymond de Toulouse comme Tavait fait son prédéces- 
seur, le chef des Croisés se servit, d'après eux, du nçiinis- 
tère du clergé qui lui était dévoué pour semer dans le 
cœur de Pétronille des doutes sur la validité de son 
mariage , et amena ainsi une séparation contraire aux 
règles ou du moins insolite, car elle n'avait point été 
précédée par un jugement canonique; les parties n^a- 
vaient pas même été entendues. T^les sont les raisons 
que firent valoir dans la suite les partisans de la maison 
de Béarn, mais elles nous paraissent bien faibles. Il j 
avait parenté , tous l'avouent. Cette parenté était-elle 
au degré prohibé ? C^était là la question; car celle-ci 
admise, quMmportait l'instruction deTaffaire, ou même 
la sentence juridique ? Et certes , en voyant presque 
tous les évêques de la province sanctionner de leur 
présence et de leur bénédiction le troisième mariage de 
la comtesse , il doit rester peu d^hésitation dans Içs es- 
prits. Ce n'est pas sous Innocent qu'ils eussent osé violer 

(1) L*Artde vérifier les dales, Guillaume de Puylaurcns. 



270 HISTOIRE 

hautement les Canons. Nous ne trouvons pas mieux 
fondés les soupçons qu'on fait planer sur la tête de 
Simon de M onfort ; aucune preuve positive , aucun 
monument ne les étaie. 

Simon triomphait alors. Géraud, comte d'Armagnac, 
crut devoir se plier aux circonstances et reconnaître les 
droits de la victoire. Peut-être craignit-il que ses dé- 
mêlés avec Tarchevêque d'Auch ne le fissent confondre 
avec quelques seigneurs que poursuivaient les armes 
des Groisés ; ou plutôt, arrogant et emporté devant TÉ- 
glise faible et désarmée , il se fit lâche et petit en pré- 
sence du courage et de la force , et s'abaissa à un acte 
de vasselage dont aucun de ses ancêtres ne lui avait 
donné l'exemple. Le 8 juin il souscrivit en présence de 
Louis, fils de Philippe-Auguste , l'acte que nous trans- 
crivons (i). 

« Géraud, comte de Fezensac et d'Armagnac, non 
par contrainte, mais librement et volontairement, agis- 
sant en mon nom et au nom de tous mes héritiers , je 
reçois en foi et hommage de vous , seigneur Simon, 
comte de Montfort , et de vos héritiers , le comté de 
Fezensac et d'Armagnac, et la vicomte de Fezensaguet, 
et tout ce que je possède dans le Magnoac, excepté ce 
que j'ai dans la cité d'Auch et son aleu, dans le château 
et aleu de Jegun , et dans les villes et aïeux de Vie et 
de Nogaro qui appartiennent à l'église d'Auch. Je fais 
à vous et à vos héritiers foi et hommage contre tous les 
hommes. Chaque fois que mes héritiers et moi serons 
requis par vous , par Amaury votre fils , par Guy de 
Montfort votre frère, ou par les vôtres, nous nous 

(1) Dom Vaisselle, lom. 3, Preuves. Manuscrit de M. d'Aignan. 



K LA QàaCDGSm, 271 

joîndnms à loos et tous smrrons par tonte la pcimnce 
d^Anch et même au delà de la Caroone dans les ëri^- 
elles de Toulouse et d'Amen. S'il arrÎTe que tous ajes 
à somenir un combat en plein champ ou à faire lerer 
le sàè^e de quelqu'une de ¥OS cités, diàteaux^ villes ou 
fiHteresses situées au deçà de Montpellier, et que tous 
nous requériez Y nous Tolérons à votre secours. Je )ure 
enfin, sur le saint éran^le, que je remplirai fidèlement 
tontes ces promesses. Et moi , Simon , comte de Mont- 
fort, j'accorde à vous, Céraud , comte de Fezensac et 
d^Armaa;nac, et à vos héritiers, en fief et hommage les 
susdits comtés et vicomte avec toutes les terres expri- 
mées ci-dessus. !> 

L^évéque de Carcassonne et Faichevéque d'Âuch 
ratifièrent cet hommage, mais Tarchevéque eut soin de 
réserver tous les droits de la métropole. Le comte s'était 
fait accompagner d'Arnaud, son frère, de Bernard- 
Jourdain de risle, d'Odon de Montant , d'Odon de 
Pardaillan , de Géraud de Cazaubon et de Guillaume 
Vital d'Aignan , Guillermi Vitali de Agnan. (Passé à 
Montauban). 

Simon de Montfort était trop habile politique pour 
ne pas faire entrer dans sa maison le comté de Bigoire. 
La main de la comtesse Pétronille était libre ; il la de- 
manda et l'obtint pour Guy, son second fils. II partit 
de Toulouse à la Toussaint, se rendit à St-Gaudens et 
alla ensuite à Tarbes, où le contrat fut passé le dimanche 
suivant (i2i6) (i). Arnaud de Biranqui occupait en- 
core ce siège, Guillaume, évêque de Comminges, San- 
che de 0)userans, Bernard d'Oleron, Jean d'Aire, 

(1) Marca, liv. 3, ch. 10. L'Aride vérifier les dites. 



272 HISTOIRE 

Pierre, abbé de Clairac, Odon, abbé de St-Pé-de- 
Générez et Arnaud de St-Savin s'y trouvèrent. Pétro- 
nille constituait en dot à son mari le eomté de Bigorre 
et la vicomte de Marsan, et en assurait la succession 
aux enfants qui naîtraient de leur mariage. Guy, de 
son côté, abandonnait à sa femme toute la terre que son 
père lui assignerait, et il voulait qu'après elle cette 
terre fût possédée par leurs enfants communs. Outre 
ces institutions héréditaires , on stipula un douaire de 
cinq mille marcs pour le survivant. Guy donna pour 
pleiges ou garants à Pétronille et à ses barons le duc son 
père et Amaury, son frère aîné , et la comtesse fournit 
quatre de ses barons : Raymond Garsie de Lavedan, 
Comtebon d'Antin, Bernard de Castelbajac et Arnaud- 
Guillaume de Barbasan. Le lendemain les noces ayant 
été solennellement célébrées selon les rites de FEglise, 
les seigneurs de Bigorre et les bourgeois de Tarbes 
prêtèrent, par ordre de Pétronille, serment à leur nou- 
veau comte , après toutefois lui avoir fait jurer qu'il 
gouvernerait suivant les bonnes et louables coutumes 
du pays. L'archevêque d^Auch arriva à Tarbes peu de 
jours après et confirma de son sceau le contrat, à l'ins- 
tance de toutes les parties qui se soumirent à toutes les 
censures^ de leur métropolitain si elles venaient à en 
violer aucune des clauses. 

Simon et le nouveau comte allèrent peu après assiéger 
le château de Lourdes qui était toujours entre les mains 
de leurs ennemis {\ ) ; mais la garnison se défendit avec 
tant de valeur qu'ils furent obligés d'abandonner celte 
entreprise. Centule , comte d'Astarac , combattait avec 

(1) Doni Vaisselle, lom. 3. 



DE LA GASCOGNE. 27 it 

eux; peu content de s'être signalé contre les Albigeois, 
il avait profité d'un instant de calme que goûtait le 
Midi pour traverser les Pyrénées et voler au secours 
d^Alpbonse; il cueillit de nouveaux lauriers à la journée 
de Las-Navas-Tolosanas (1) où les chrétiens remportè- 
rent le 6 juillet 4242, une victoire complète sur les 
Infidèles. Rentré en France après ce triomphe, il s'atta- 
cha au service de Montfort et Taccompagna de\*ant 
Lourdes.^ 

Les Croisés furent plus heureux ailleurs. Tout pliait 
sous leurs armes , lorsque les habitants de Toulouse , 
outrés des riguçurs exercées parmi eux , rappellent le 
vieux Raymond qui accourt suivi du comte de Com- 
minges, de Roger Bernard, fils du comte de Foix, et 
de quelques autres seigneurs. Il traverse à gué la Ga- 
ronne sous le moulin du Basacle, entre sans être aperçu 
et s'empare de la ville le 43 septembre 4217. La com- 
tesse de Montfort se trouvait dans le château Narbon- 
nais avec la comtesse de Bigorre et ses enfants. Guy, qui 
se battait du coté de Carcassonne, instruit du péril que 
courait sa famille, vole à son secours. Comptant empor- 
ter la place d'emblée , il y donne mais inutilement 
deux assauts successifs. Ces essais lui firent comprendre 
qu'un coup de main ne lui rendrait point Toulouse. Il 
implora le secours de Tarchevéque d'Auch et du comte 
d'Armagnac (2). 

Géraud n'avait point paru jusqu'ici sur le théâtre de 
la guerre. Il se fût sans doute abstenu encore, mais il 
nosa pas résistera une voix que la prudence lui con- 

(1) L'Art de vérifier les dates, loni. 2. 

(2) Dom Vaissetle. 

JI. 18. 



274 HISTOIRE 

seillait de ménager; il accourut avec ses troupes. Simon 
de Montfort, occupé à combattre le jeune Raymond sur 
les bords 4u Rhône , se hâta , de son côté , de conclnre 
une trêve et de se replier sur Toulouse, où il donna un 
nouvel assaut plus infructueux que les premiers. Guy, 
son frère, y eut les deux cuisses percées d'un trait lancé 
par le comte de Comminges, et Guy de Bigorre y fut 
aussi dangereusement blessé (i ). L'archevêque d'Auch 
approchait à la 'tête d'un renfort levé avec peine; les 
populations du Midi ne se prêtaient qu'à regret à sou- 
tenir Montfort. Les soldats que conduisait l'archevêque 
saisirent le prétexte de cet échec; ils se débandèrent et 
rentrèrent dans leurs foyers. 

Simon , sans se laisser déconcerter, change l'attaque 
subite en siège régulier ; en même temps il veille sur 
le pays qui reconnaît sa domination. La fidélité des ha- 
bitants de Montauban lui était suspecte. Pour les con- 
tenir , il en exigea des otages et envoya parmi eux son 
sénéchal d'Agenaiset l'évêque deLectoure (2), Arnaud, 
élu vers l'an ]2]5. Ces précautions irritèrent les habi- 
tants. Ils firent prévenir secrètement le comte de Tou- 
louse et promirent de se saisir du prélat et du chevalier, 
et de les lui livrer pour peu qu'ils fussent soutenus. 
Raymond détacha aussitôt cinq cents hommes d'armes. 
Introduits dans la ville au point du jour , les soldats 
étrangers s'emparent des places publiques , et cernant 
les maisons qu'habitaient les deux envoyés de Simon , 
ils y portent une grande quantité de bois, prêts à y mettre 
le feu s'ils ne pouvaient s'emparer de leurs personnes; 
mais les Français qui étaient dispersés dans la ville s'é- 

(i) Dom Vaisselle. — (2) Idem. 



DE LA GASOOGHE. 27 & 

veillent au bruit de leurs pas, courent aux armes, atta- 
quent les conjurés, les forcent à reculer, délivrent 
Tévéque et le sénéchal, et, dans leur exaspération, ils 
abandonnent la ville aux flammes et au pillage. 

Cette tentative avertissait Simon de s'assurer de 
risle- Jourdain dont le comte s'était d'abord déclaré 
pour Raymond, son beau-frère , et avait été forcé plus 
tard de subir la loi des Croisés. La ville fut mise en 
séquestre (\) dans les mains du comte d'Armagnac, de 
Roger , son frère , d'Anessance de Caumont, et d'Othon 
de Montant, qui s'engagèrent à la garder pour le comte 
de Montfort jusqu'à la fête de la Toussaint, et se ren- 
dirent garants jusqu'à cette époque des sentiments de 
Bernard et des habitants. Cet engagement fut passé 
sous les murs de Toulouse le \8 décembre i2i7. Le 
siège de cette dernière ville traîna en longueur tout 
l'hiver. Le printemps ayant ramené de nouvelles trou- 
pes, Simon le poussait avec vigueur, lorsque le 25 juin 
i2i8 il fut atteint d'une pierre lancée du liant des 
murailles. Il n'eut que le temps de recommander son 
âme à Dieu , et il expira. Ainsi mourut les armes à la 
main , après avoir longtemps rempli la chrétienté du 
bruit de ses exploits, un des plus grands capitaines dont 
s'honore la France. Nul historien ne lui refuse les qua- 
lités qui font les héros. Plusieurs accusent son ambition 
et son fanatisme. Pour nous, qui n'avons point osé ra- 
conter cette lutte qu'il est si difficile d'apprécier saine- 
ment, nous regrettons qu'il n'ait pas su, en refusant sa 
part dans les dépouilles des vaincus , préserver de tout 
soupçon malveillant le souvenir de ses victoires. 

(1) Trésor des chartes de Toulouse , dom Vaissetle, Preuves, 259. 



276 HISTOIRE 

Cette mort changea la fortune et jeta la division 
dans Tarmée catholique. Les uns prêtèrent serment à 
Amaury , fils aîné de Simon , les autres demeurèrent 
Jadécisou passèrent à la maison de Toulouse. Parmi 
ces hésitations Amaury, abandonné de la plupart des 
Croisés, dut se borner à protéger les conquêtes faites 
par son père. Le jeune Raymond n'eut qu'à se montrer 
dans TAgenais pour le ramener à son obéissance. Con- 
dom , Marraande , Aiguillon , s'empressèrent de lui 
ouvrir leurs portes (i) et chassèrent les garnisons que 
le comte de Montfort y avait établies. Le comte de 
Comminges prit aussi quelques troupes, et à leur tête 
il recouvra tous les domaines qui lui avaient été enle- 
vés durant la Croisade. Chaque jour amenait quelque 
perte , et malgré le zèle et l'activité des prélats restés 
fidèles à la famille de l'ancien général, le triomphe de 
Raymond de Toulouse n'eût pas été éloigné , si Louis, 
fils aîné de Philippe- Auguste, ne fut venu au secours 
d' Amaury. Celui-ci assiégeait alors la ville de Mar- 
mande où commandait le comte d'Astarac. 

Centule ne s'était pas contenté d'abandonner les 
Croisés après la mort de Simon ; il s'était réconcilié 
avec le comte de Toulouse et s'était chargé de défendre 
Marmande. Vésian, vicomte de Lomagne, Amanieu de 
Buglon, Arnaud de Blanquefort, Guiraud deSamatan, 
Guillaume-Arnaud de Tantalon et plusieurs autres sei- 
gneurs avaient voulu partager ses dangers et s'y étaient 
renfermés avec lui (2). La présence du prince français 
et de l'armée brillante et nombreuse (*) qui se pressait 

(1) Dora Vaissette, Manuscrit de M. Peyrèse. — (2) Les mômes. 
(*) On y comptait, dit-on, une vingtaine d'évôques, 33 comtes , 
plus de 500 chevaliers et 10,000 archers. 



DE LA GAfiCOGIfE. 277 

SOUS ses bannières, n'intimida pas leur courage ; ils osè- 
rent braver Tattaque : mais que pouvait une poignée 
de braves protégés par des murs à demi entr'ouverts 
contre des forces si supérieures? Au premier assaut, 
Louis s'empara d'une partie des ouvrages extérieurs. 
Les assiégés comprenant alors que toute résistance serait 
inutile, offrirent de se rendre pourvu qu'on leur accor- 
dât vie et bagues sauves ; mais on ne voulut les recevoir 
qu'à discrétion. 

La condition était dure et tout faisait craindre que 
les vainqueurs, prétextant l'outrage fait à la couronne 
de France, n'abusassent de la victoire. Il fallut néan- 
moins s'y soumettre. La garnison sortit de la place et 
vint se ranger devant la tente de Louis où ses chefs 
étaient réunis pour décider de son sort. L'évêque de 
Saintes conclut à la mort de Centule ; les comtes de 
St-Paul et de Bretagne, au contraire, opinèrent en sa 
faveur. Les esprits étaient en suspens, lorsque Géraud 
Delort, archevêque d'Auch, prit la parole. Jamais bou- 
che sacerdotale ne fit entendre un langage plus noble 
et plus évangélique; pourquoi faut-il qu'il ait été si 
rare dans cette guerre déplorable ! Nous traduisons , 
d'après M. Dumège, un document de l'époque : ce Par- 
don ! beau seigneur roi , si le droit est connu , le comte 
ni les siens ne seront morts ni perdus , car il n'est ni 
hérétique, ni faux, ni apostat : au contraire , il a suivi 
la croix , et par lui les droits de celle-ci ont été main- 
tenus, et bien qu'ensuite il ait mal agi avec l'Eglise, il 
n'est pas cependant hérétique ni n'a point failli contre 
la foi. L'Église doit recevoir avec bonté les pécheurs 
vaincus, afin que l'âme ne soit ni confondue, ni perdue. 
Songez d'ailleurs que Foulcaut est prisonnier à Tou- 



278 HISTOIRE 

louse, et que si vous condamnez le comte, Foulcaut ser? 
pendu. Beau seigneur archevêque, vous serez cru , dit 
Guillaume des Roches, le comte ne périra point ; il sera 
livré pour la rançon de Foulcaut (*). 

Non seulement rechange prévu s'accomplit, mais la 
garnison entière conduite ■ d'abord à Puylaurens fut 
rendue à la liberté afin d'obtenir Télargissement des 
soldats pris par le jeune Raymond dans un combat ré- 
cent. La ville de Marmande fut moins heureuse que sa 
garnison: une soldatesque effrénée s'y étant introduite 
durant la conférence n'épargna ni l'âge ni le sexe et 
égorgea tout ce qui tomba sous sa main (i). Cette bou- 
cherie irrita , dit-on, l'âme royale de Louis ; néanmoins 
il s'avança! vers Toulouse dont il forma le siège le 6 juin 
^2i9. Le jeune Raymond y avait rassemblé l'élite ]de 
ses chevaliers.^ Autour des comtes de 0)mminges et de 
risle- Jourdain, du vicomte de Lomagne et du jeune 
Roger-Bernard de Foix se pressaient les Noé, les Mon- 
tant, les Labarthe, les Montus, les Villeneuve, lesDu- 
barthas et une foule de noms (2) dont quelques-uns 
ont disparu. Tous jurèrent de défendre vaillamment 
les postes qui leur seraient confiés. Le Nord se ruait 
contre le Midi ; cette fois du moins le Midi triompha. 
Le nombre vint se briser contre Tobstinalion et le cou- 
rage. Voyant ses efforts inutiles , Louis leva le siège 
'après cent quarante-cinq jours de tranchée ouverte; il 
s'éloigna avec tant de précipitation , qu'il abandonna 
toutes ses machines. Ce départ privait Amaury d'un 
appui tous les jours plus nécessaire. Plusieurs places 

(*) Voir la note 13 à la fin du volume. 
(1) Histoire des Albigeois en Languedocien , dom Vaissette. — 
(2) Les mêmes. 



DE, LA GASCOGNE. 279 

que la crainte ne retenait plus sous ses lois ouvrirent 
volontairement leurs portes; d^autrçs, mal défendues, 
se rendirent. 

Le vieux Raymond ayant recouvré Montauban, la 
donna en fief avec quelques autres villes à Kaymond- 
Roger, comte de Foix, en récompense de ses services. 
Son fils ratifia quelques jours après cette donation et y 
ajouta bientôt quelques terres situées dans Castelnau- 
dary. Amaury et Guy, son frère, assiégeaient alors cette 
place. Le jeune Raymond avait eu le temps de s y jeter 
avec Roger-Bernard , fils du comte de Foix. Leur pré- 
sence et leurs exemples animaient la garnison qui, peu 
contente de repousser les assiégeants , allait souvent les 
cherclier dans leurs lignes. Une de ses sorties fut sur- 
tout meurtrière (i3 juillet 1220); le comte de Bigorre 
sur qui tomba principalement le choc reçut une large 
blessure, fut pris par les ennemis et expira entre leurs 
mains (i). 

Le jeune Raymond honora son triomphe par la no- 
blesse et la générosité de sa conduite. Oubliant ce que 
le père de Guy avait apporté de malheurs et à sa famille 
et à la province, il fit enfermer le corps dans une bière, 
et le recouvrant d'un drap de pourpre, il le renvoya à 
son frère. Guy était un seigneur jeune, brave, actif, 
bien fait ; sa mort fut vivement sentie de tous les siens. 
Amaury, qui Taimait tendrement, jura de le venger et 
s^bstina aux pieds des remparts , mais rien ne prospé- 
rait à ses armes. Après huit mois d'efforts inutiles, il 
fut obligé de lever le siège, et à quelque temps de là il 
cédait au prince Louis, fils et héritier de Philippe- 
Ci) Guillaume de Puylaurens. Dom Yaissctte. 



280 HISTOIRE 

Augiiste, toutes ses prétentions sur les conquêtes de soiï 
père (février 1223). 

Le vieux Raymond était mort au mois d'août pré- 
cédent après avoir vu descendre dans la tombe le 
comte d'Armagnac. Nous ne saurions assigner d'une 
manière certaine Tépoque où ce dernier termina sa 
carrière. Le nécrologe de la Case-Dieu le fait mourir le 
30 juillet 1219 ; mais dom Vaissette le fait vivre quel- 
ques années encore. Sa femme se nommait Mascarose 
et appartenait , suivant dom Clément , à la famille de 
Labarthe, d'où était sortie l'ancienne comtesse d'Arina- 
gnac, sa mère; ce qui est peu probable vu la sévérité 
des lois ecclésiastiques pour toute parenté dans les 
mariages. 11 laissa deux fils en bas âge , Pierre et Ber- 
nard, et deux filles^ dont l'aînée, Mascarose, épousa le 
comte de Lomagne^ et Seguis, la cadette, fut mariée à 
Centule , comte d'Astarac , après la mort de Pétronille 
sa première femme. 

Arnaud, second fils de Bernard et frère de Géraud IV, 
profita delà faiblesse de ses neveux (1) pour s'emparer 
des comtés d'Armagnac et de Fezensac. Ainsi le racon- 
tent la plupart des écrivains qu'il nous a été donné de 
consulter. Pour nous , nous pencherions à croire qu'il 
en prit seulement l'administration et qu'il les géra au 
nom de ses pupilles. Mais fils de comte, comte lui-même, 
et administrateur des deux comtés, les rares chroniques 
qui nous ont conservé son nom l'ont qualifié de comte 
Arnaud de Fezensac et d'Armagnac ; de là l'erreur que 
nous soupçonnons. Quoiqu'il en soit, si son usurpation 
fut réelle , du moins elle ne lui profita pas longtenàps. 

(i) L'Art de vérifier les dates. Grands Officiers de la couronne. 



DE LA GASCOGNE. 281 

Il vivait en i 222 , mais il mourut au plus tard en i 228 
sans laisser de postérité. Dom Brugelles lui donne pour 
femme, Véronique, fille de Guillaume de Labarthe, 
seigneur des quatre vallées. Ainsi , le père et les deux 
fils seraient allés demander des épouses à la même fa- 
mille, ou si vous le voulez, à des branches diverses de 
la même souche. Ce spectacle ne se vit peut-être jamais 
dans le mojen âge. Nous croyons qu^il ne faut assez 
souvent admettrequ^avec réserve les assertions du Béné- 
dictin de Simorre. 

A la mort d^ Arnaud les deux comtés passèrent entre 
les mains de Pierre Gérard ou Géraud dont CKhénart 
suivi par les auteurs de l'Art de vérifier les dates et des 
Grands Officiers de la couronne , fait le fils de Ber- 
nard IV et le frère des deux derniers seigneurs; mais 
son nom lui assigne un autre père. Pierre-Géraud, dans 
le langage ordinaire du temps, signifie Pierre , fils de 
Géraud, comme Arnaud-Bernard signifiait Arnaud, fils 
de Bernard. D'ailleurs , pourquoi après lui , Roger , le 
dernier des frères qui survécut à tous les membres de sa 
famille, n'eut-il pas imité ses aînés et tâdhé d'usurper lui 
aussi l'Armagnac? Dans notre opinion , Pierre naquit 
de Géraud IV. Au décès d'Arnaud, son tuteur, il prit en 
main l'administration qu'il garda jusqu'à sa mort dont 
l'époque est incertaine. Le nom de sa femme et de ses 
enfants, s'il en eut, sont restés ignorés ; peut-être même 
ne fut^îl jamais marié , ce qui nous fait augurer qu'il 
descendit jeune dans la tombe. Quelques auteurs con- 
testent même son existence. Son successeur est plus 
connu. Bernard V (i), fils non contesté de Géraud , et 

(1} L'Art de vérifier les dales. Grands Officiers de la couronne. 



282 HISTOIRE 

vraisemblablement frère de Pierre, saisit enfin les deux 
comtds dont tant de morts lui laissaient l'entière et pai- 
sible jouissance. 

Raymond Roger, comte de Foix, avait survécu à 
Gëraud d'Armagnac , mais il avait suivi de près dans 
la tombe le vieux Raymond dont il s'était montré un 
des plus fermes appuis. Il venait d'achever de recon- 
quérir les domaines que lui avaient enlevés les Croisés. 
Il laissait, outre plusieurs enfants naturels, Roger Ber- 
nard qui hérita du comté de Foix et déjà marié depuis 
4202 àErmcssinde, fiUe et héritière d'Arnaud, vicomte 
de Castclbon, et Aymeric, à qui il légua tous les biens 
situés dans les diocèses de Narbonne et de Garcassonne. 
Raymond se piqua de poésie et compta au nombre des 
Uroubadours {troubaïres^ inventeurs). On n'a de Inique 
deux courtes chansons. 

Le vieux comte de Comminges , content d'avoir re- 
couvré ses jK)ssessions , s'était retiré de la lutte pour se 
livrer exclusivement aux pratiques religieuses (4). Ses 
longs égarements lui faisaient sentir la nécessité d'une 
expiation, et le» continuelles agitations de sa vie appe- 
laient le repos. Aussi, quelques auteurs prétendent que 
vers la fin de ses jours il prit l'habit religieux à lîol- 
bone, où il mourut et fut enterré l'an 1224. Près de 
mourir, il maria son fils aîné, Bernard , à Cécile , fdle 
de Raymond , comte de Foix, qui porta à son époux 
neuf mille trois cents sols Toulousains ou cinq cents 
marcs d'argent. Cette alliance destinée à resserrer les 
liens qui unissaient la maison de Foix et de Comminges 
fut célébrée le 6 mai (2). Le vieux Bernard vivait en- 
Ci) L'Art (le vérifier les dotes, doin Vuissclte. — (2) Dora Vais- 
»ctte, Preuves, png. 255. 



DE LA GASCOGIVE. 283 

core ; Calel prolonge sa vie jusqu'au mois de février 
1225 ou plutôt ^226 et le dit enterré à Monsavez ou 
Monsaunés. Outre son successeur Bernard , il laissait, 
dit-on, un second fils , Arnaud Roger , qui prit Thabit 
religieux à Bonnefond et monta sur le siège de Com- 
minges. 

Pendant que les pays de Foix et de 0)mminge8 
rentraient sous les lois de leurs maîtres , les discussions 
qui éloignaient du Béam Guillaume -Raymond de 
Moncade s^apaisaient. Un accommodement provoqué 
par Tévêque de Lescar, Raymond de Benac, amena 
rétablissement de douze jurats perpétuels (^) chargés 
de rendre la justice avec le vicomte et de contrebalan- 
cer son autorité. On nomma les seigneurs de Navailles 
d'Andouins, de Lescun, de Coaraze, de Gerderest, de 
Gayrosse, de Gabaston, d'Arros, de Miossens, deDomi, 
de Miramont et de Mirepoix. Leurs places furent dé- 
clarées héréditaires; mais l'un d'eux ayant choqué les 
mœurs du temps par un jugement trop sévère , fut dé- 
posé et remplacé. On a consigné cet événement dans 
une ancienne compilation de nos fors, et l'idiome Béar- 
nab l'exprime avec une naïveté qu'il est difficile d'imi- 
ter en français, k Item judia lo signor de Mirapeix que 
» si augun diu dars diers et no los pot pagar, que posqué» 
D et fa disposât de judia que era deiis doutze de Beam. 
» (Item a jugé le seigneur de Mirapeix que si quelqu'un 
» doit des deniers , et qu il soit dans l'impossibilité de 
w les payer, il faut qu'il le puisse. Ce seigneur fut dé- 
« posé de la place de juge; il était un des douze du 
>) Béam.))) On nomma à sa place le seigneur de Bidouse. 

I) Marca, liv. 6, ch. 12 et soiv. Voir aussi M. Faget de Baure. 



284 HISTOIRE 

Il parait que les deux évéques étaient membres de ce 
corps ; ainsi, le tribunal désigné sous le nom de la Gour 
majour était composé de quinze juges. 

Au jour marqué, le souverain paraissait assis sur un 
banc élevé, couvert de tapisseries aux armes de Béarn; 
les deux évéques étaient à ses côtés. Le souverain assis, 
appelait les Jurats, juges delà cour , dans Tordre qu'il 
lui plaisait de suivre ; ils se plaçaient sur des bancs dis- 
posés à sa droite et à sa gauche , et moins élevés que le 
sien ; quelquefois le prince les faisait tafflsser comme 
le sien. Lorsque les juges avaient pris leurs places , un 
clerc ou un chevalier , par Tordre du seigneur , disait à 
haute voix: a Seigneurs et bonnes gens, le seigneur se 
a présente ici avec sa cour pour faire droit et jugement 
tt à toutes sortes de gens suivant le for et la coutume de 
tt la terre. » Le seigneur ordonnait ensuite au notaire 
assis à ses pieds , d'écrire le nom de ceux qui se pré- 
sentaient. 

Il faut en convenir , cette manière de rendre la jus- 
tice n'avait rien de barbare : les formes en étaient aussi 
simples que sages ; elles étaient les mêmes que celle^ 
des Romains , et peut-être étaient-elles en Béarn les 
derniers vestiges de leur domination. Dès Tinstant où 
la cour majour devint un tribunal permanent, la ma- 
nière de rendre la justice devint uniforme; les mêmes 
questions «furent constamment décidées de la même 
manière. On conserva la mémoire des jugements, et la 
jurisprudence devint le supplément des lois. L'ancienne 
compilation des fors n'est presque qu'un recueil d'arrêts» 
On admire souvent la sagesse de ces décisions antiques- 
Il en est quelques-unes que notre siècle avouerait. 

Dans Tassemblée où Ton décréta la création des douze 



DE LA GASGOGlfE. 285 

barons et jurais, Raymond-Guillaume ooafirma les fors 
de Morlas. L'année suivante, 1 22 1 , il se transporta dans 
la vallée d'Ossaux, Ursi saltus^ et y arrêta avec les habi- 
tants les lois qui les régiraient. Nous emprunterons ici 
quelques traits à M. Faget de Baure qui a abrégé 
Marca. <c Si les seigneurs voisins offensent le vicomte 
ou refusent justice à ses sujets , les Ossalois sont tenus 
de faire ost , c'est-à-dire de prendre les armes et de 
marcher hors du Béarn deux fois par an, si le seigneur 
Tordonne. Mais il doit venir en personne exposer ses 
griefs dans Tassem blée de la vallée, convoquée à cet ef- 
fet par les officiers du vicomte. Le vicomte aura le droit 
de choisir ensuite dans chaque maison Thomme le plus 
fort et le plus adroit. Le nombre des levées ne doit pas 
excéder trois cents soldats; la moitié sera armée de bou- 
cliers et de rondaches , Tautre doit être munie simple- 
ment de haches. 

« Les Ossalois étaient encore assujettis chaque année 
à un troisième armement. Ils devaient suivre le vicomte 
jusqu'aux bords de la Garonne lorsque le vicomte ferait 
ost, c'est-à-dire armerait pour le duc de Guyenne. 
Enfin , si des étrangers faisaient une incursion dans le 
Béarn, ou si le vicomte était forcé d'assiéger le château 
d"'un vassal rebelle , les Ossalois devaient prendre les 
armes et former la garde du prince, soit pendant le siège, 
soit durant la campagne. 

« Les Béarnais ne devaient à leur souverain qu'un 
service militaire borné aux frontières du pays : il se 
renouvelait trois fois par an, il ne durait que neuf jours. 
Les Ossalois s'assujettirent à marcher hors de leurs 
frontières ; cette espèce de surcharge dut être rachetée 
par quelques avantages. Les vicomtes de Béarn leur ac* 



286 HISTOIRE 

cordèrent des privilèges particuliers. Les amendes fu- 
rent réduites pour eux à dix-huit sols, tandis qu'elles 
étaient, en Béarn, portées à soixante-six sols. Ils avaient 
la garde du camp lorsque le vicomte faisait des tournois 
à Castet-Gelos , château placé à Ventrée de la vallée , 
aujourd'hui démoli. Enfin, lorsque la cour majeur se 
tenait au château de Pau , ils avaient une table et des 
sièges séparés au haut bout de la salle. Peut-être faut-il 
attribuer cette dernière prérogative à la situation du 
château bâti sur le terrain du Pont-Long dont les Ossa- 
lois sont propriétaires. Ajoutons encore ce trait : si Ton 
surprenait un Ossalois picorant et ravageant dans la 
terre du vicomte, on pouvait l'arrêter et le retenir pri- 
sonnier dans une basse fosse jusqu'à la réparation du 
dommage. Si l 'Ossalois entrait avec son butin dans la 
terre d'Ossau , il ne pouvait plus être arrêté. Le len- 
demain même il reparaissait sans crainte à la cour du 
vicomte. En vain les intéressés portaient leur plainte, 
elle n'était point reçue ; mais le vicomte, ou la vicom- 
tesse en son absence, avait le droit de se transporter en 
Ossau pour y rendre la justice en personne. Les Ossa- 
lois étaient tenus de lui donner main forte pour l'exé- 
cution de ses jugements. C'est alors que les voisins 
. dépouillés par les Ossalois venaient former leur plainte 
et réclamer des indemnités. Quiconque s'était réfugié 
dans la vallée , y vivait tranquille : c'était une espèce 
d'asile, mais ce privilège cessait à l'arrivée du prince. )> 
Guillaume fit aussi rédiger cette année les coutumes 
de la vallée de Baretous. Les fors des Aspais ne le fu- 
rent que vingt-sept ans après sous Gaston VIT. Il semble 
que leur seigneur comptait peu sur leur fidélité; il 
n'entrait point dans la vallée sans exiger deux otages 



DE LÀ GASCOGNE. 287 

<\\ii répondaient de sa sûreté personnelle et de celle de 
^ suite. Ils s^avançaient jusqu^au ruisseau nommé Loo, 
et là se plaçant à cheval au milieu du ruisseau, il rece- 
vait les hommages et les otages des Aspais. 

Les habitants de ces trois vallées étaient fréquem- 

ûient en guerre avec leurs voisins. Il existe quelque 

vestige (ici encore nons citerons Tabréviateur de Marca), 

il existe quelque vestige de ces anciennes querelles dans 

endroit appartenant à la vallée d'Aspe; elles sont mieux 

Constatées encore par une cérémonie renouvelée tous 

les ans dans la vallée de Barétons. Nous allons recueillir 

les traditions du pays à ce sujet; vraies ou fabuleuses, 

les traditions sont utiles puisqu'elles découvrent, ou 

l'histoire, ou le caractère des peuples. 

Les chroniques des Aspais racontent qu ils entrèrent 
en armes dans la vallée de Lavedan. Un abbé laïc em- 
ploya contr'eux le secours de la magie. Les Aspais sont 
frappés près de St-Savin par Teffet du charme; ils de- 
meurent immobiles , glacés et sans défense. Les habi- 
tants de Lavedan les massacrent de sang-froid. Le pape, 
instruit de ce crime, lance ses anathèmes sur la terre de 
Lavedan. L'effet en est aussi prompt et plus terrible 
encore que celui de la magie; Iç ciel devient d'airain, 
la terre se dessèche , les animaux sont frappés de stéri- 
lité y, et cette proscription s'étend jusqu'aux femmes 
elles-mêmes. Six ans s'écoulent et le fléau dure encore. 
Enfin, les habitants de Lavedan implorèrent la miséri- 
corde du souverain-pontife; il se laissa fléchir et permit 
aux évéques de Lescar et de Tarbes de lever l'interdit. 
Les deux évéques mandèrent dix députés de Lavedan 
et dix d'Aspe. La paix fut jurée à perpétuité, et l'in- 
fracteur fut dévoué à l'excommunication. On prescrivit 
aux habitants de Lavedan un pèlerinage de dix députés 



DE LA GASCOGNE. 289 

îles bois trente hommes de Baretous, partagés en trois 
bandes, conduisant trois vaches exactement pareilles; 
ils les placent tour à tour sur les limites , la moitié du 
<X)rps en Espagne et Tautre en Béam; les députés de 
Roucal les examinent et les reçmvent. Trente habitants 
de Roncal viennent les prendre. S^ils les laissent échap- 
per, elles sont perdues pour eux, et les Béarnais ne sont 
pas tenus de les rendre. Après cette cérémonie, les Es- 
pagnols traitent les Béarnais en pain, vin et jambon , et 
la fête est terminée par un marché de bétail qui se 
lient dans le territoire de Béarn. Quelle que soit leur 
origine, ajoute M. Faget, ces cérémonies ont quelque 
^hose d'antique. On les remarquerait chez les Romains; 
^on les dédaigne chez des peuples inconnus. 



IL 19 



290 HISTOIRE 



CHAPITRE IV. 



Teslanent de GailUiUDe , yieomte de Béirii. — HirUges sneeessifs de Pétronille, eos- 
leue de Bigorre. — Mort de rarcbevèqne d*Aaeta. — Sonmissieii et morl do ente 
de risle-loardaifl. — SouDission do comte de Toaloase ,— da eomte de Foix ,— 
da eonle d*Âstarae. — Mort de Gailliime, mmte de Béun. — SéTéritéde 
Boson de Mallas, conle de Bigorre. — Byèques d'Aire, — de Leseir. — Elablia- 
sement de rinquisilion. — Grimoal , éyèqoe de Gomminges. — Mort des eootes de 
Foix , — de Gomminges , — de rUle-Jourdiin , — da eomte d'Aatirie , — è 
rarehevèque d'Àoch. 



Guillaume-Raymond n'avait pas accompli son voyage 
d'outre-mer, lorsqu'il fut appelé à succéder à son frère. 
Les divisions qui Téloignèrent quelque temps du Bëarn 
et, quand il y eut été reçu, les soins qu'il se donna pour 
recueillir les coutumes et établir la législation , ne lui 
permirent guère de l'exécuter. La mort le surprit à 
Oleron. A ses derniers moments (i ), cédant aux conseils 
deGarsias, archevêque d'Auch, d'Arnaud-Guillaume 
de Biran, évéque de Tarbes, et de Pierre de Cluny, il 
abandonna aux Templiers, en compensation de son 
pèlerinage, la terre de Mazères où s'élevait jadis un 
magnifique cliâteau. Il en réserva seulement les dîmes 
pour l'église d'Auch et le péage qu'il affranchit de tout 
droit. Il supprima aussi le péage de Manciet et assura 
sur ses terres le libre et paisible passage des voyageurs. 
Il donna à l'archevêque d'Auch , Eauze et Dému , en 
nantissement de neuf mille sols Morlas que lui avait 

(1) Marca, liv. 6,ch. 28. Gallia Christiana, 



DE LA GASCOGNE. 291 

prêles ce prélat ou son prédécesseur. Il aiïecta au paie- 
ment de ses autres dettes les r.evenus que produiraient 
ses terres jusquàlarrivée de son fils Guillaume; et lors- 
que son fils aurait pris possession du Béarn , la moitié 
de ses revenus devait être employée au même objet. 
Ses dettes payées, cette moitié devait être pendant deux 
ans convertie en aimiônes. Ses vassaux ne furent pas 
plus oubliés que les voyageurs et les marcbauds. Le 
vicomte voulut assurer leur tranquillité, et signa avec 
les comtes d'Armagnac et de Bigorre une trêve de cinq 
ans que l'archevêque d'Auch et Tévêque de Tarbes se 
chargeaient de faire accepter. Enfin, il nomma les deux 
prélats ses exécuteurs testamentaires et leur adjoignit 
R. G. de Navailles, J. Od. d'Andouins, G. A. de la 
Gingue et R. A. de Coarase. Il leur confia l'adminis- 
tration de sa terre jusqu'à l'arrivée de son héritier. Il 
leur ordonna néanmoins de conserver les gouverneurs 
actuels de tous ses châteaux. Ce testament est du i 7 fé- 
vrier 1223. Le vicomte de Béarn ne laissait qu'un fils, 
Guillaume de Moncade, jeune et brillant seigneur mêlé 
aux guerres civiles qui désolaient l'Aragon sous la 
minorité du roi Jacques. 

Arnaud-Guillaume de Biran qui avait recueilli les 
derniers soupirs de Raymond-Guillaume, ne lui sur- 
vécut que quelques mois. Il fut remplacé par Amanieu 
ou Emmanuel de Gressignac, de la noble famille de ce 
nom (1). Amanieu était né à Rioms, petite ville du 
Bordelais sur les rives de la Garonne, et avait été attaché 
â l'église d'Angoulême , dont il était devenu le doyen , 
lorsqu'il fut élevé le i" juin 1224 sur le siège de Tar- 

(1) Gallia Chrittiana. Dora Brugellc?. 



292 HISTOIRE 

bes. Le prédécesseur d'Amanieu vit, ayant de descendre 
dans la tombe , Pétronille de Bigorre passer dans les 
bras d'un quatrième mari, quoique le second vécût en- 
core; mais ce mariage dura encore moins que le précé-, 
dent. Aymar de Rançon , ainsi se nommait le nouvel 
époux, et Nugnos, moururent presqu'à la fois, et Pé- 
tronille, toujours volage, contracta une cinquième 
alliance avec Boson de Mastas ou plutôt de Mattas , sei- 
gneur de Cognac en Angoumois. 

La lutie avec les Albigeois s'était affaiblie; lesaint- 
siége en bâtait la fin , mais les 0)nciles de Montpellier 
et de Bourges ne paraissent pas avoir secondé ses des- 
seins. L'archevêque d'Auch avait pris part à l'un et à 
l'autre; il mourut en odeur de sainteté peu de temp 
après le dernier (22 mars ^226) et fut enterré au mo- 
nastère de la 3auve-Majeure (i). Sa modération et son 
humanité égalèrent sa piété et son zèle. Magré la haine 
qui divisait les esprits, les deux partis honoraient éga- 
lement sa haute vertu. Il eut pour successeur Amanieu 
de Gressignac, qui, lui-mcme, fut remplacé à Tarbes 
par Hugues de Pardeillan. Celui-ci eut presqu'aussitôl 
une querelle avec Fabbé de la C«7se-Dieu, au sujet du 
patronage de l'église de Stc-Quitterie de Rive-Haule 
(depuis Plaisance). Odon de Lavedan , pris pour arbi- 
tre, jugea en faveur de l'abbé et la querelle cessa ; celle 
des Albigeois se réveillait alors. Louis VIII accourut 
avec une armée nombreuse. Bernard VI , comte de 
Comminges, voulut conjurer l'orage : il se rendit (2) au 
camp d'Avignon , fit sa paix avec l'Eglise , mit sa per- 



(1) Gallia Christiana. Dora Bnigelles. — (2) Registres de la 
couronne de France. 



DE LA GASCOGHTE. ' 293 

sonne et ses terres à Tentière disposition du roi , lui fit 
hommage lige, s^engagea à Faider contre tous ses enne- 
mis et à attaquer le comte de Toulouse. Pons de Thesan, 
Pierre-Raymond de G)rneillan (i), et quelques autres 
seigneurs imitèrent sa conduite et prêtèrent le même 
serment. Après la prise d'Avignon , le prince s'avança 
vers Toulouse. 

Le danger était trop voisin. Jourdain, comte de Tlsle, 
dut plier aussi (2); il fit sa «oumission entre les mains 
de labbé des Feuillans ; il mit sa personne, ses barons, 
sa Tille de Tlsle et toute sa seigneurie à la discrétion du 
vice-légat du saint-siége , et s'engagea par serment à se 
présenter devant le cardinal pour répondre touchant 
les griefs qui avaient attiré Texcommunication sur sa 
tête. Pour gage de ses sentiments il remit Jourdain, son 
fils aîné, au comte de Comminges qui devait le garder 
au nom du roi de France et du légat. Cette soumission 
eut lieu dans T^Iise de St-Martin-de-lTsle , le 26 sep- 
tembre 1226. Bertrand Jourdain, seigneur de Launac, 
frère du comte, B. de Marestang, G. de Merens, Odon 
de Pressac et une foule d'autres seigneurs se soumirent 
en même temps que Bernard Jourdain. Une vieille 
amitié unissait le comte de Vlsle avec le seigneur de 
Marestang; un double mariage devait resserrer cette 
amitié (3). Mascarose de l'Jsle était promise au fils aîné 
de Marestang, et la sœur de celui-ci devait épouser le 
fils aîné du comte. Le premier mariage n'eut point lieu. 
Mascarose s'allia avec Guillaume-Bernard de Lavaur. 
Les deux maisons n'en i^estèrent pas moins unies, et 

(1) Guillaume de Puylaurens. Dom Vaisselle.— (2) Id. — (3Xld. 



294 HiSTOinÉ 

un an après les noces de sa sœur, Bernard Jourdain III 

épousa la jeune Anglésie de Marestang. 

Le vieux comte survécut peu à Thommage prêté au 
roi de France. Il fit (4) son testament dans le mois de 
mars 1 228 , après s'être donné au monastère de Grand- 
Selve où il élut sa sépulture (*). Il légua à Bernard 
Jourdain III, son fils aîné, lecomté de Tlsle et les châ- 
teaux de Merenville et de Castéra , et à Jourdain , son 
vsecond fils , Montégut et Leguevin avec tout ce qu il 
possédait dans le Gimois et sur la rive droite de la Ga- 
ronne. Il destina Tenfant que sa femme portait dans son 
sein à être chanoine régulier de St-Etienne de Toulouse, 
si c'était un garçon, ou religieuse de TEspinasse, si c'é- 
tait une fille, et dans ce cas elle devait apporter à son 
couvent trois cents sols Toulousains^ Enfin , il plaça ses 
enfants et ses biens sous la tutelle d'Indie , sa femme, à 
laquelle il assura dix mille sols Toulousains qu'il lui 
avait promis pour douaire. Bernard Jourdain II mourut 
peu après ce testament, et Indie ne tarda pas à mettre 
au monde un fils qui reçut le nom de Bertrand et fut 
voué aux autels suivant les dispositions testamentaires 
de son père. On l'agrégea au chapitre de la cathédrale 
de Toulouse, dont il eut plus tard la prévôté et dont 
il occupa enfin le siège (2). 

Roger-Bernard de Foix , plus fidèle que les autres 
comtes de la province, loin d'abandonner Raymond de 
Toulouse, se ligua (3) plus étroitement avec lui, et dans 

(i) Archives de Montpellier, Preuves, 272. 

(*) En demandant un tombeau à Grand-Selve , il lui laissait son 
cheval ; aux Chevaliers du Temple de Toulouse , il laissait ses harnais 
et ses armes , meamunimina , et à l'abbaye de Gimont son mulet. 

(2) Ga??ta C/imtiana.— (3) Marca, liv. 8,ch. 21. Dom Vaissettc, 
lom. 3. 



ce traité p<issé à Toulouse i-. * 'yytfrn- 
ger- Bernard et Kaymou:. - rr; ">■"<-.; i-,i>. 
Hernard de Moiiiaut f. a- i \,- 'i 

conclure ni paix ui Irt-vt &v- z: :-. - 
alliés sans leur am^eniemeL 
réloigucment de Loui> a\. i::. n, 
tombe. La guerre anf rt^^ti*— m 
divers où des pertes muuceui 
sées par des a\anUlge^ uiirÂi.«i 
lui faire espérer un triumifi- 
Raymond abjurant luu: m.. 
1 229 le traité le plus u 



— iifci 



signer même après uu«. «Xâàtr: • 
tt II sera désormais iiunr t^ 
roi ; il combattra le> itrrftimiir 
tice ; il protégera le- t^iir' l. 
biens et leurs d^oit^ . i; m 
ans dans la Terre-SaxiMr 
ceux qui ont fui m:.- (ni 
étendards de Mouiur ^ 
trente autres place. 
Verdun, Conduoi. âuv 
ment de fidélité au i\u l^ 
ajoute : k seignew i u 
lion et dans I espot 
dét^ouement pou' /«^^a<- 




couronne. vouluni nua.-j 
que nous lui dt^lî^i'^êu:^ 



(1) Guillaume u'* 4'u, 
dans dom VaiMeu* y*i\ 
CoUect. Conc . i«iii 3*. 



fix a imi- 

imue, il 

et en con- 

ivie d^une 

rli , lieute- 

«a-iuce \ers le 

auugtemps, Ro- 

^a'à St-Jean-de- 

dau8 réserve aux 

iû accompagnait 

'.0m., lès y il s^achcmina 




'.^ «rfiMtion (2). Le roi, 
avait fait essuyer 
Je rente ai 




-Ml'.- 





296 HISIOIRK 

Jeanne, ainsi s'appelait la jetitie princesse, aura pour dot 
tous les domaines du comte de Toulouse ; son père n'en 
gardera que l'usufruit avec la propriété de quelques 
domaines de l'Agenais , du Rouergue , du Qticrci et 
d'une partie de r Albigeois, et si Jeanne meurt sans en- 
fs^nts, ses bienà resteront au roi lors tnéme que le <6omte 
aurait d'autres enfants. Raymond entrediendi^ à Tou- 
louse quatre professeurs de théologie pour instruire 
ceux qui voudront étudier les questions qui ont si long- 
temps armé ses peuples (*). Ettfin, il fera la guerre aux 
seigneurs de Languedoc qui refuseront de se soumettt« 
au légat et même au comte de Foix. )> Et comme si ce 
n'était pas assez d'humiliations entassées dans une tran- 
saction, il souscrit à ce que ses vassaux soient déliés du 
serment de fidélité s'il contrevient à quelqu'un des ar- 
ticles. 

Tel était le traité moitié religieux et moitié politique 
imposé par la reine Blanche de Castille, nommée ré- 
gente à la mort de Louis VIII. Sous la destruction de 
l'hérésie se cachait la destruction d'une vassalité formi^ 
dable à la couronne. L'impartiale histoire loue et bénit 
la main ferme et habile qui étouffa dés principes sub- 
versifs de toute société et sut faire tourner lies circons- 
tances au bien de l'Etat, mais elle doit flétrir le ca»ur 
lâche et couard qui signa la déchéance de sa rat^e ei 



(*) Il s'engageait à payer quatre mille marcs d'argent pour entre- 
tenir pendant 10 ans quatre maîtres en théologie, deut endroit 
canon, six maîtres ès-arts et deux régents de grammaire. Ces sciences 
continuèrent à y être enseignées après les 10 ans. On y ajouta dans 
la suite des professeurs en droit civil et en médecine, ce qui forma 
les quatre Facultés dont se composait rcniversité de Toulouse avant 
1789. 



DS LA GASCOGNE. 297 

abandonna à une famille ëtrangère le noble et brillant 
héritage que lui avaient transmis une longue suite 
dVïeuic. Guillaume de Puylaui'etis, chapelain du comte, 
observe que lors même que son mainte eût été fait pri- 
sonnier dans une bataille , une seule condition de ce 
traité eut été plus onéreuse que la plus grosse rançon» 
Le lendemain, Raymond entrait dans la cathédrale de 
Paris , nu-pieds , en chemise et en haut-de-cfaausses 
pour aller faire amende honorable. Cétait uA spectade 
digne de compassion , dit encore le désolé chapelain , 
de voir un si grand homme , après avoir résisté à tant 
de nations , s^avancer ainsi jusqu^aux peds des autds. 
Après la cérémonie , il alla se constituer prisonnier au 
Louvre jusqu'à ce que les murailles de Toulouse fiissent 
détruites. 

Raymond essaya d'engager le comte <le Foix à imi- 
ter sa soumission ; mais sa voix ayant été méconnue , il 
se jeta sur les étals de son plus fidèle allié et en con- 
quit une partie (1). Cette aggression fut suivie d'une 
plus redoutable encore : Matthieu de Marli ^ lieute- 
nant du roi s'avançait à la tête d'utre armée vers le 
pays de Foix. Incapable de résister plus longtemps, Ro- 
ger-Bernard alla à sa rencontre jusqu'à St-Jean-de- 
Vergés (16 juin 1229) et se soumit sans réserve aux 
volontés du roi et du vice -légat qui accompagnait 
Matthieu de Marli. Peu de mois après , il s'achemina 
vers la cour où il termina sa réconciliation (2). Le roi, 
pour le dédommager des pertes que lui avait fait essuyer 
Raymond, lui assigna mille livres de rente sur quatre 



(1) Guillaume de Puylaurens. Dom Vaîssette. — (2) Les mêmes. 
L'Art de vérifier les dates. 



*298 HISTOIRE 

OU cinq terres du Gircassès. Raymond ne tarda pas de 
lui rendre lui-même ce qu'il lui avait enlevé. C^était 
encore payer assez peu tous les services que les comtes 
de Toulouse avaient reçus de la maison de Foix. 

Le comte d'Astarac, mieux conseillé que Roger- 
Bernard, n'osa pas trop compter sur la reconnaissaDce 
de Raymond. Après sa délivrance il sentit le besoin 
d'expier sa courte participation à la cause des héréti- 
ques en allant combattre les Infidèles. Avant de partir, 
il prit le bâton de pèlerin à Berdoues et déclara franches 
toutes les terres qu'il avait données à ce monastère. Cette 
expédition dura peu. En 1229, voyant Raymond dis- 
posé à faire son accommodement avec la couronne de 
France, il le prévint et fit ( 1 ) sa soumission particulière. 
Le roi connaissant sa bravoure , voulut l'attacher à ses 
intérêts et lui donna en fonds mille livres de rente qu'il 
promit de lui assigner sur l'Agenais , lorsqu'il aurait 
conquis ce pays sur Raymond. Il stipula seulement que 
Gentule l'aiderait dans cette entreprise à la tête de neuf 
chevaliers. En attendant cette conquête, il le gratifia 
de cent marcs d'argent que le sénéchal de Carcassonne 
devait lui payer tous les ans. 

Raymond se montra d'abord piqué de cet accord et 
surtout delà précipitation qu'y avait mis Centule; mais 
il ne tarda pas à s'apaiser , et pour reconnaître tout ce 
qu'il devait au comte d'Astarac , il lui donna (2) ce qui 
appartenait à la maison de Toulouse dans les châteaux 
de St-Orens, de Caussens, de Béraut, de Caulason et de 
Francescas , et y ajouta ce qu'elle possédait àttns le 



(1) Registres de la coifroniic de France. Dom Vaissette. — (2) 
L'Art de vérifier les dates. Dom Vaissette. 



DB LA GASCOGNE. 299 

Fimaroon, sans compter le château du St-Puy dont il 
Tavait déjà investi. Au prix de ces concessions, Centule 
lui renouvela riiommage de sa vassalité. 

Pendant que les comtes de Foix et d'Astarac dépo- 
saient les armes, Guillaume de Moncade, vicomte de 
Béam, toujours mêlé aux luttes de la Péninsule, trou- 
vait une mort glorieuse au sein des combats. Il s'était 
montré un instant en deçà des monts, en 1228. Par un 
acte daté de Capsius, ( 1 ) il fit hommage au roi d'Angle- 
terre pour ses terres de Gascogne, et pour le Marsan, le 
BruiUois, E^uze et Manciet. Il retourna bientôt en 
Aragon et prit part à la conquête de Majorque. L'expé- 
dition réussit, mais Guillaume y perdit la vie. Sa mort 
fut vivement sentie par Tarmée qui lui fit de magnifi- 
ques funérailles , et qui pour le venger donna aussitôt 
Tassant à la capitale etTemporta de force, le 31 décem- 
bre 1229 (2). Le vicomte avait épousé Garsinde de 
Fortcalquier, veuve d'Alphonse, comte de Provence. 
Il en eut Gaston VII et Constance, mariée à Dias-Lopez 
de HarOj seigneur de Biscaye. 

Gaston faisait partie de l'expédition de Majorque. 
On ne pouvait l'oublier dans le partage d'une conquête 
que son père avait payée de sa vie. On lui déféra mal- 
gré son extrême jeunesse l'honneur de présider à la 
distribution, et il reçut plusieurs fiefs, prix légitime de^ 
exploits de Guillaume. Toutefois il séjourna peu en 
Espagne, et vint bientôt (3) se montrer à ses vassaux de 
France. Garsinde, samère, lui servit de tutrice et admi- 
nistra sous s(m nom. 



''i^Marca, liv. 6, ch. 33.— (2) L'Art de vérifler les dates. Marca^ 
cb. 34. — (3j Les mêmes. 



300 HISTOIRE 

Boson de Mastas , loin de songer à porter les armes 
au loin, ne s'occupa qu'à gouverner en paix le Bigone 
et surtout à y faire fleurir la justice. Le vicomte de 
Soûle élevait quelques prétentions sur le cbàteau de 
Bidalos. Boson le désintéressa en lui cédant dix: cazals 
de terre dans le Lavedan. Les deux parties prirent 
pour témoins Tabbé de St-Savin et le vicomte Arnaud 
d'Âsté, et se soumirent aux censures ecclésiastiques de 
Hugues, évêque de Tarbes, s'ils violaient la transactioD. 
Les meurtres et les brigandages étaient fréquents; la 
ville de Vie s'en plaignit plus que les autres. Le comte, 
du consentement des juges et de toute la cour de Bi* 
gorre statua que si quelqu'un de ses citoyens recevait 
une injustice à force ouverte ou autrement, il n'aurait 
qu^à le déférer à son viguier. Que celui-ci, après avoir 
assemblé les juges de la ville, le ferait dédommager 
par la communauté, mais qu'ensuite les juges et la com- 
munauté rechercheraient soigneusement le coupable 
et prélèveraient sur ses biens ce qui avait été donné au 
plaignant. Après cette compensation, le reste des biens 
et le coupable lui-même devaient être mis entre les 
mains du comte pour en statuer à sa discrétion. La loi 
contre le meurtre est encore plus sévère : elle ordonne ( I ) 
que celui qui tuera un homme dans la ville de Vie 
sera incontinent enterré vif sous le cadavre delà vic- 
time. Elle permet en même temps à chacun de se saisir 
du meurtrier et de le retenir prisonnier sans craindre 
l'amende qui punissait les détentions arbitraires. 

Cette sévé^té ayant ramené l'ordre, Boson put son- 
ger aux intérêts de sa femme. Pétronille réclamait sa 

(1) Marca, liv. 9, ch. 11, L'Art de vérifier les dates. 



DE LA GAiOOGlIE. 301 

pari du comté de Gimminges depuis la mort de Ber- 
nard V, son père. Le comte tenta les voies de la douceur 
pour Tobtenir; mais quand il les vil inutiles, il en 
a]^la à la force et déclara la guerre à son beau-frère. 
Au moment où on allait eu venir aux mains, Amanieu 
d'Albret s'interposa entre les deux parents et obtint (4) 
<|iiele difTèrcnd serait jugé par lui et le comte de Tou- 
louse. Le lieu du rendez- vous fut assigné dans la lande 
de Bosc en Nebonzan, limitrophe du Bigorre et du 
Coinminges. Cette lande passait dans Fopinion du peu- 
ple pour le théâtre où les sorciers de la Grscogne te- 
naient leurs assemblées, (sans que pour tant en soit 
obligé de le croire^ ajoute gra vouent le président 
Marca). La paix s'y fit, les deux parties avant promis 
de s^en tenir au jugement que rendraient les deux 
arbitres dans la quinzaine de la Toussaint. Pour gage 
lie leur promesse, ils remirent entre les mains de Tar- 
chevéque d'Auch,lecomtedeG)mminges, les châteaux 
de Salies et de Fronzac, et l^e comte de Bigorre, les 
châteaux de Moncassin et de Sî-Blanquat, avec pouvoir 
de les donner à leurs adversaires en cas d'infraction. 
Us rétablirent en même temps juge de toutes les diffi- 
cultés que soulèverait Texécution de la sentence et ac- 
ceptèrent Texcommunication pour eux et l'interdit 
pour leurs terres s'ils se montraient infidèles à leur 
serment. 

Ces querelles armées, en réveillant les passions, ré- 
veillaient le feu mal éteint des combats journaliers. En 
vain rÉglise se sentant imptiissante à arrêter le mal , 
avait-elle cherché à Tatténuer en prenant sous sa pro- 

(\) Marca, liv. 9, ch. 11. L'Art de lérifler les date». 



302 HISTOIHE 

tection Thomme des champs, le faible, le marchanda 
le voyageur, et en prohibant les hoslilités trois jours par 
semaine, sa voix était méconnue et ses défenses trans* 
gressées; mais pour le bonheur de Thumanité Rome 
veillait sur son œuvre. Grégoire IX qui venait de suc- 
céder à Honoré III, adressa en <229 une bulle àlar- 
chevéque d'Auch, dans laquelle il se plaint que la trêve 
de Dieu est violée dans la Novempopulanie, et lui 
ordonne en conséquence de la faire jurer de nouveau 
par les évêqués, les abbé§, les archidiacres et les autres 
clercs, par les comtes, les barons (principes) , les cheva- 
liers et tout le peuple. Il veut encore • que ce serment 
soit renouvelé tous les ans. Enfin, il lui enjoint de 
frapper sans pitié et sans s'arrêter à aucun appel tous 
les transgresseurs de cette sainte et salutaire institution. 
Cette bulle fut suivie (1) de deux autres: dans la 
première le pape chargeait Tarchevêque de veiller sur 
la conduite de son clergé et de sévir contre tous ceux 
qui violeraient les lois delà continence. Dans la seconde 
le souverain -pontife ne perdant jamais de vue Thérésie 
des Albigeois, exhortait le prélat à s'opposer de toutes 
ses forces à la propagation de Terreur. Grégoire avant 
son exaltation avait connu el distingué Amanieu ; quel- 
ques auteurs prétendent même qu'il l'avait admis dans 
son intimité. Aussi dès qu'il fut assis sur la chaire de 
St-Pierre il voulut lui donner une preuve de son atta- 
chement. Il lui octroya pour lui et pour ses successeurs 
le droit de faire porter la' croix devant eux dans toute 
la province ecclésiastique d'Auch. Ce privilège a été 
depuis étendu à tous les métropolitains. 

(1) Dom Brugelles. Manuscrit de M. d'Aignan. 



DE LA gasgoghe. 303 

Les malheurs de Féglise d'Aire appelaient la sol- 
Ikâtade de Tarcbevéque d'Auch. La continuité des 
g^nerres, la conta^on des eaux et Tintempérie de Tair 
aTaient tellement dépeuplé la ville qu'il n^y restait 
peut'-étre pas douze habitants. L'évéque privé de tout 
"tocours avait à peine où reposer sa tête, et dans cette 
détresse la di^ité épiscopale avait perdu son lustre. 
Nous empruntons ces détails à une lettre qu'Amanieu 
«crivît au pape (1). Après lui avoir peint Tétat des 
dioses, le prélat observait qu'à côté d'Aire s'élevait une 
abbaye dédiée à Ste-Quitterie , fondée jadis par un 
txnnte de Gascogne et alors habitée seulement par quel- 
ques moines. Il demandait le pouvoir de l'unir à la 
mense épiscopale ou d'y transférer le siège. Grégoire, 
sans acquiescer complètement à sa demande, le comnnt 
pour régler ce qui serait le plus opportun, en lui adjoi- 
g;nant toutefois Hugues de Pardaillan , évéque de Tar- 
bes, et Guillaume qui avait succédé à Bernard de Morlas 
sur le siège d'Oleron (2). 

La bulle est du 7 janvier i 228. Les commissaires se 
rendirent dans le monastère de Ste-Quitterie avec les 
évéques de Lescar, de Comminges et de Bayonne; ils 
(xmvinrent d'unir la mense abbatiale à Tépiscopale. Ils 
ordonnèrent que l'évéque prendrait le titre d'évêque 
d'Aire et de Ste-Quitterie du Mas, ce qui a duré jusqu'à 
nos jours. Ils statuèrent enfin qu'à chaque vacance l'é- 
lection serait faite alternativement dans Tune et l'autre 
^ise ; que les moines continueraient à observer la règle 
deSt-Benolt, mais qu'ils auraient voix avec leschanoi- 

(1) Mantucrit d*Aire. 

(2) Ofliénart et la Gaule chrétienne le placent plus loin , mais à 
tort. 



304 Hisiroi&B 

nés de la cathédrale pour Télection de Tévéque. Malgré 
cette fusion, chaque église devait garder à part ses lois, 
ses privilèges et ses biens particuliers. Cet acte passé au 
Mas le 30 avril, eut pour témoins, outre les prélats, une 
loule de notables {bonoruni virorwn). Il était tout aa 
long dans le livre rouge d'Aire avec lequel il a disparu, 

L'évéque qui occ^upait alors le siège se nommait 
Arnaud ou plutôt Auger. Il parait qu'il était déjà abbé 
de Sle-Quitterie lorsqu'il fut promu à Tépisc^opat. et 
vraisemblablemenlil avait, suivant un usage assez géDé- 
ralement reçu, gardé sa première dignité , ce qui pro- 
voqua peut-être ou du moins facilita l'union. Il avait 
succédé à Gautier (1), moine de Clairvaus, dont on lisait, 
dit-on, l'épi taphe dans la n?f de l'abbaye de Bonne- 
vaux. L'église d'Aire aimait à aller chercher ses prâals 
dans le cloitre. Avant Gautier et après Vital d^Albret, 
elle élut Jean que d'autres appellent Jourdain (*), îJ)bé 
de la Case-Dieu. C'était un rehgieux d^une haute sain- 
teté. Son humilité opposa une vive résistance. On dut 
recourir à Gervais, abbé de Prémonlré , pour qu'il l'o- 
bligeât à se reifdre aux vœux du diocèse. Jean céda 
alors et s'appliqua à faire restituer les dîmes usurpées 
sur son église. C'est cet évêque d'Aire que Uious avons 
vu assister au mariage de la comtesse Pétronille avec 
Guy de Montfort. 

L'évêque de Lescar que nous trouvons ici n'est 
connu que par l'initiale A qui désignait le plus souvent 
un Arnaud. Il était en même temps abbé de St-Sever. 



(1) Manuscrit d'Aire. Gallia Christiana, 

(*) L'usage où étaient les copistes de ne désigner les prélats et les 
seigneurs que par l'initiale de leurs noms amène ces fréquentes équi- 
voques. 



DE LA GASCOGNE. 305 

Il eut en cette qualité des démêlés avec Tévéque d'Aire 
au sujet de Texemption de ses moines. L'archevêque 
d'Auch et les évéques de Tarbes et d'Oleron, pris pour 
arbitres, décidèrent en faveur de Tabbaye. Ce jugement 
ftit confirmé par Clément IV, et plus lard par le Con- 
cile de Bâle. L'archevêqne transigea lui-même en 1234 
avec Hugues, abbé de BerdoueS| et en 1239 avec Ray- 
mond de Moleon, abbé de TEscale-Dieu, pour le droit 
de visite dû à son siège dans les églises dépendantes de 
ces monastères (*). 

jL'évêque de Lescar avait remplacé Raymond de 
Benac, qui lui-même avait disputé son siège à son suc- 
cesseur. Celui-ci nommé Arsius était aussi abbé de 
St-Sever. Il Temporla sur son concurrent, mais ne jouit 
pas longtemps de son triomphe. A sa mort, Raymond 
de Benac obtint enfin Tévêché , objet de tant de vœux, 
et en jouit désormais paisiblement. Il vivait encore en 
i 220. On ignore la vie de son successeur depuis sou 
différend avec Tévêque d'Aire et Tépoque de sa mort. 
L'archevêque d'Auch, §i zélé pour rétablir la con- 
corde et Funion parmi ses suffragants, l'était encore 
davantage à défendre les intérêts de la foi. Il assista en 
4229 au Concile de Toulouse (<), convoqué par le car- 
dinal de St-Ange , légat du saint-siége. On y vit avec 
Ini non seulement les archevêques de Narbonne , de 
Bordeaux et un grand nombre d'évêques et d'autres 
prélats, mais encore le comte de Toulouse avec tous les 
autres comtes du pays excepté celui deFoix, qni n'avait 

(*) Les premiers droits épiscopaui furent le droit de Synode, le 
droit de TÎsite , le quart funéraire et les secours charitables dans la 
nécessité. 

(±)Collect. C on., xom. 2. 

//. 20. 



306 HISTOl&B 

pas encore fait sa soumission. Le senëchal de Gircas^ 
sonne et deux consuls de Toulouse, Tun delà ville, 
Tautre du bourg, y parurent aussi. Le 0)ncile fut ainsi 
une assemblée mixte, et les Canons qu'on y dressa éma- 
nèrent de l'autorité des deux puissances. Le légat dé- 
clare agir {*) avec le consentement et la volonté des 
grands, et ordonner par le conseil des barons et des che- 
valiers, aussi bien que desévéqueset des prélats ecclé- 
siastiques. 

On établit en chaque lieu un tribunal d'inquisition 
ou d'enquête contre des sectes qui s'étaient révélées 
par des crimes et des révoltes; mais l'on plaça ce tribunal 
sous le jugement suprême des évéques diocésains, et on 
renvoya la punition aux seigneurs et à leurs baillis. Il 
fallait purger le pays de dogmes ennemis de toute mo- 
rale et subversifs de toute société. Nous l'avouerons 
toutefois : l'institution que l'on créait était dangereuse et 
redoutable, et malheureusement encore elle s'imprégna 
aussitôt de Fesprit de réaction qui l'avait enfantée et 
de la sévérité des peines judiciaires d'alors. On l'a rejetée 
toute entière sur l'Église, comme si l'Église avait présidé 
seule à sa naissance , et surtout on lui a fait un crime 
delà sévérité de ses juges, comme si les juges seigneu- 
riaux étaient alors moins durs et moins barbares. Qu'on 
rappelle l'ordonnance de Bozon de Mastas. Quoiqu^il 



(*; Nos tamen attendentes terras prœdictas post longa et Tnisex,a' 
bilis turbationis discrimina nunc quasi miraculosè pace gaudere, 
de assensu et voluntate majorum ordinandum duximuset statuen- 
dum de concilio archiepiscoporum, episcoporum et prœlatorum 
et baronumet militum quœ ad purgationem hœreticœ pravitatis 
eonservationem pacis necnon et terrw quasi neophytœ riovimus 
expedire. 



; DE LA GASCOGNE. 307 

^ en soit des actes de ce tribunal dont Timpiété s^est plu 
"^ à grossir le nombre et la barbarie, la religion ne saurait 
être complice des tortures que Terreur et la passion 
infligèrent , et moins encore du sang qu elles répan- 
^" dirent en son nom. Les cœurs chrétiens plus que les 
' autres gémissent d'aberrations si opposées à Fesprit du 
"' christianisme. Laissons à chaque siècle ses malheurs. 
: Les précautions prises à Toulouse ne parurent pas 
^ suffisantes à Amanieu. Pour mieux éloigner Thérésie, 
-. eoint>attre Tusurpation des biens ecclésiastiques, con- 
' server la trêve de Dieu et réprimer les brigandages qui 
r en infestaient le pays, il institua TOrdre de la Foi ou de 
L la Paix {\) que le pape Honoré III s'empressa d'ap- 
; prouver. Grégoire IX, successeur d*Honoré, leconfirma 
i- en 1231, et lui prescrivit des règles. Les chevaliers 
faisaient les trois vœux de chasteté, d'obéissance et de 
pauvreté. Néanmoins les gens mariés pouvaient y être 
reçus. Leurs femmes étaient alors aggrégées à TOrdre. 
Elles demeuraient dans un appartement séparé des 
hommes , quoique dans le même monastère; ils ne re- 
nonçaient pas à la vie conjugale. L'habit des chevahers 
était blanc , sur la poitrine ils portaient une croix de 
laine rouge brodée en sautoir et formée d'une crosse et 
d'une épée pour marquer qu'ils devaient combattre 
sous l'autorité épiscopale. Outre les jours prescrits, ils 
^ jeûnaient depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte, et 
depuis la St-Martin jusqu'à Noèl, comme aussi la veille 
des fêtes de la Vierge. Dans les autres temps ils ne 
pouvaient faire que deux repas et mangpr de la viande 



(l)Marca. L'Aride vériOer les dates. Gallia ChrisHana, Manus- 
crit de M. d'Aignan. 



308 HISTOIRE 

que trois fois la semaine. Le nouvel Ordre fut uni plus 
tard àVabbaye des Feuillants, diocèse de Rieux, avec 
les lieux de Roques et de Roquètes que lui donna le 
comte de Comminges, en 1261 ; mais depuis comme 
avant , Tarchevéque d'Auch en fut le grand-maitre. 
Odon de Pardeillan est le premier commandeur que 
nous connaissions dans le diocèse. 

Amanieu, Tannée même où. il établit l'Ordre de la 
Foi, consacra Tabbaye de Fabars. Crimoal , évéque de 
0)mminges, qui l'assistait dans cette cérémonie, l'attira 
peu de mois après à la consécration de la Sauve-Majeure. 
Grimoal en était abbé; il y avait pris l'habit religieux, 
et en était devenu camérier lorsqu'il fut placé sur le 
siège de G>mminges, en 1215. Ses anciens confrères 
qui n'avaient point oublié ses vertus, l'élurent pour 
leur supérieur malgré son titre d' évéque, en 1 222. Le 
nouvel élu mit la dernière main à l'Église de son mo- 
nastère et la fit consacrer avec grande pompe par Géraud 
de Malemort, archevêque de Bordeaux, en présence de 
Tarchevéque d'Auch et d'une foule de prélats. En 
1234, il reçut du consentement de la communauté, 
Arnaud, évéque d'Aire, en qualité de moine, et lui 
conféra le prieuré de Bougue. Arnaud était ainsi à la 
fois évéque, abbé et prieur. Les abus s'accroissaient. La 
multiplicité des bénéfices fut toujours un malheur pour 
la religion. Nous verrons dans les Conciles l'Eglise le 
reconnaître la première et le proclamer plus haut que 
personne. Mais il est plus facile de constater un abus 
et de s'en plaindre que de l'extirper. Celui-ci souvent 
réprouvé, et toléré ou plutôt pallié plus souvent encore, 
se jouera de tous les Canons et se perpétuera jusqu'en 
1789. Arnaud ne jouit pas longtemps de son nouveau 



DE LA GASCOGNE. 309 

bénéfice, mais nous ne connaissons point lepoque pré- 
cise de sa mort 

Crimoal venait de signaler sa fermeté contre Ray- 
mond de Toulouse (\). Les abbés de Moissac, de Gaillac 
et de Montauban se plaignaient du comte. Le cardinal 
de St-Ange, ne voulant pas juger par lui-même, ren- 
voya la décision de cette afïaire à Tévéque de G)mmiii- 
ges qui dta Bajmond. L^arcbevéque d^Auch , Févéque 
d*Alby, Tabbé de La Chaise-Dieu et quelques seigneurs 
s'interposèrent, et sous leurs auspices il j eût une tran- 
saction, mais la querelle se raviva bientôt entre le comte 
et Tabbé de Moissac. Nommé une seconde fois commis- 
saire, Grimoal fit citer quatre fois Raymond, et n'ayant 
jamais de réponse, il se rendit lui-même à sa cour et 
Finterpella de vive voiit. Sa démarche n'eut point un 
meilleur succès. Il s'adressa alors au prévôt de St-Etienne 
et le chargea d'avertir son maître. Ce moyen ne lui 
ayant point réussi , il l'alla trouver de nouveau à Car- 
cassonne, sans pouvoir l'engager à comparaître. Enfin, 
après un délai de deux ans et des citations si réitérées, 
il fulmina contre lui en présence des archevêques 
d'Auch et de Bordeaux, une excommunication dont la 
sentence est datée de Toulouse (16 mars 1236), et il 
ordonna aux évêques de Toulouse, d'Alby , de Cahors,^ 
de Rhodez et d'Agen de la faire publier dans toutes 
les églises de leurs diocèses. Il donna au mois de mai 
suivant un ordresemblable à l'archevêque de Narbonne 
et à tous ses suffragants. Cette affaire se traîna long- 
temps encore. Grimoal n'en vit point la fin. Son nom 
est mentionné dans les chartes jusqu'en i 240. Il mourut 

(1) In tab. Moiss. Gallia Christiana, Dom Yaissettc 



3 f HISTOIRE 

Traiisemblabletnent le 23 juin de cette année et fut en^ 
seveli dans le chœur de la Sauve-Majeure. 

Bem?ird VI, comte de Comminges, s'était rapproché 
de Raymond aussitôt après la paix de Paris, et bientôt 
la réconciliation fut si complète, qu'il suivit le comte 
dans le Rouergue et se joignit à lui pour combattre 
Raymond Béranger, comte de Provence. Il survécut 
peu à cette guerre et mourut subitement à Lautar, le 
29 novembre \2H (1). On Tinhuma dans Tabbayede 
Bonnefond, près de son père (2). Il laissait, outre Ber- 
nard son fils aîné, Arnaud Roger de 0>mminge»^ d'a- 
bord chanoine, puis prévôt et enfin évêquede Toulouse. 
Arnaud-Roger fut sacré à Rome par le pape lui-mémC) 
mais il mourut en repassant les Alpes et fut enterré dans 
l'église des 0)rdeliers de Samatan. Bernard avait eu 
encore de Cécile de Foix, sa femme, Mascarose, seconde 
femme d'Henri II, comte de Rhodez; enfin, Seguis et 
Rouge dont nous ignorons le sort. 

Bernard VII lui succéda , et le 4 décembre suivant 
il fit hommage au comte Raymond pour les châteaux 
de Muret et de Samatan (3), et pour tout le reste des 
fiefs qu'il possédait dans le diocèse de Toulouse. L'évê- 
que de Comminges , Roger, comte de Foix, Jourdain 
et Bernard- Jourdain de l'Isle, Siccart et Gallabert de 
Montaut, Sicart de Miramont, Jourdain de Lautar, 
Guillaume Arnaud de Toulouse , Arnaud-Guillaume 
de Simorre, Arnaud-Guillaume de Labarthe , Guil- 
laume de Bouville, assistèrent à cette cérémonie. 

Roger venait de succéder lui-même à Bernard-Roger, 



(1) L'Art de vérifier les dates, Dom Vaisselle. — (2) Les mêmes 
— (3) Dom Vaisetle, tom. 3, p. 429. 



DE LA GASœCME. 311 

comte de Foix, son père. Celui-ci, après avoir conquis 
sur les champs de bataille le titre de Grand dont le sa- 
luèrent ses peuples , coula le reste de ses jours dans le 
repos. Sentant sa fin approcher, il se fit porter dans 
Tabbaye de Bolbonne, y prit Thabit monastique (1) et 
y mourut paisiblement après avoir reçu les sacrements 
des mains de Tabbë. Il avait ^té marié deux fois. Er- 
messende de Gistelbon , sa première femme, lui donna 
Roger IV etEsclarmonde, qui épousa en 1231 Ray- 
mond, fils du vicomte de Cardonne , et qu'il dota de 
sept cent cinquante marcs d'argent, Ermengarde de 
Narbonne , la seconde, qui lui survécut longtemps, le 
fit père de Cécile. Celle-ci à peine échappée au ber- 
ceau eut dans le testament de Roger-Bernard trente 
mille sols Melgoriens. Elle épousa, en 1256, Alvare, 
comte d'Urgel , qui répudia Constance de Moncade 
pour obtenir sa main. Roger-Bernard à ses derniers 
moments fit divers legs à plusieurs églises et surtout ;i 
Tabbaye de Bolbonne , où il choisit sa sépulture. Il 
chargea les religieux qu'il établit ses exécuteurs testa- 
mentaires de payer cinq mille sols Melgoriens aux villes 
d'Aurillac et de Gaillac et à leurs abbés pour les dé- 
dommager des maux qu'il leur avait causés lorsqu'il 
fit prisonnier Géraud, abbé d'Aurillac. Une fin aussi 
chrétienne semblait devoir le mettre à l'abri des pour- 
suites des inquisiteurs de la foi. Cependant plusieurs 
années aptes, ils poursuivaient sur sa tombe l'ancien 
fauteur des hérétiques, et il fallut que Bernard de 
Flassan (2) , bailli de Mazères, qui lui avait prodigué 



(1) Arch. de Bolbonne. Dom Vaissette. L'Art de vérifler les dates- 
(2) Dom Vaissette, Preuves, page 552. 



312 HISTOIRE 

ses soins dans sa dernière maladie et lui avait fermetés 
yeux, attestât sur les saints évangiles, en présence de 
deux abbés, sa parfaite et incontestable orthodoxie. 

Roger IV s'empressa de prêter serment au comte de 
Toulouse (1)* Il se rendit à Lunel le 27 juin et lui fit 
hommage pour le château de Saverdun et tous les 
domaines qu il possédait dans le Toulousain* Sf aurin, 
abbé de Pamiers, avait accompagné Roger à Lunel. II 
offrit à Raymond le paréage de la ville dont avaient 
déjà été gratifiés les prédécesseurs de Roger. Le comte 
de Toulouse refusa généreusement cette offre , et en- 
gagea Tabbé a laisser le paréage de Pamiers au jeune 
comte de Foix ; il écrivit même en sa faveur à la cour 
de France. Roger suivit de près cette lettre, et se re- 
connut-vassal de Louis IX pour toutes les terres qu'il 
possédait dans le diocèse de Gircassonne« A son retour, 
il renouvela le 23 juillet avec Maurin le paréage que 
Raymond n'avait point voulu accepter. 

Le comté de l'Isle venait aussi de changer de maître. 
Bernard Jourdain III était mort en <240 (2), Jour- 
dain, son fils , l'avait précédé dans la tombe sans laisser 
d'enfants. Lui-même ne laissait qu'une fille, Alpays, à 
laquelle il légua cent marcs d'argent, mais il fit son 
héritier uni^fersel Jourdain de Tlsle, son frère, qui lut 
le quatrième du nom. Celui-ci ne tarda pas à marier 
Alpays avec Géraud de Fourcès, fils de Hugues de 
Pardaillan. Hugues de Pardaillan, évêque de Tarbes^ 
Guillaume de Poudenas , Bertrand et Raymond Jour- 
dain de risle furent présents au contrat (1 5 mai 1244). 



(1) L'Art de vérifier les dates. Dora Vaissette, lom. 3. — (2) Dom 
Vaissette, tom. 3, page 428. 



DE LA GASCOGNE. 313 

Kaymond Jourdain était fils d'Othon Bernard de Tar- 
ride, et possédait une partie du Gimois. Il en fit 
Hommage au comte Raymona, ainsi que de tout ce qu^il 
possédait dans le Toulousain» Il mourut sans enfants et 
disposa de ses terres en faveur d*Odon de Tarride , fils 
d'Alpays sa sœur. 

Les principaux auteurs de la grandelutte des Albi- 
geois disparurent presqu a la fois. Centule d'^starac 
qui avait longtemps suivi des drapeaux opposés aux 
bannières des comtes de Foix , de 0)mminges et de 
risle-Jourdain , venait de les joindre dans la tombe. 
Quelque temps avant sa mort, il fit son testament dans 
lequel il s'intitulait comte par la grâce de Dieu et lais* 
sait TAstarac à Bernard, son fils aîné. Cet acte ne porte 
pas de date , mais il doit appartenir à peu près à Tan 
1230. Oihénart elle Père Anselme le reculent de trois 
ans. Dom Brugelles prétçnd que Centule vivait encore 
en 1238. Le manuscrit de M. d'Aignan le fait même 
vivre jusqu'en <240. Suivant dom Brugelles, il fit re- 
bâtir Téglise de Castillon, près de Simorre, où Ton voit 
encore à la clef de voûte ses armes accolées de la croix 
de la guerre sainte. Quoiqu'il en soit, il survéoiit à Boé* 
mond. Il laissa encore deux fils, Centule et Bernard, 
jeune enfant né après le testament de son père. Ce tes- 
tament avait été précédé d'une double largesse faite 
à Téglise. Quand il partit pour aller combattre les In- 
fidèles, en prenant à Berdoues le bâton de pèlerin , il 
déclara franches toutes les terres qui avaient été don- 
nées à Berdoues, et plus tard, le 1" mai 1229, il aban- 
donna à l'archevêque d'Auch toutes les dîmes qu'il 
possédait dans l'étendue de son comté. 

Amanieu reçut quelques autres libéralités de divers 



314 HISTOIRE 

seigneurs. Le pape, sous prétexte que les évéques occu- 
pes de leurs autres devoirs ne pouvaient pas veiller 
avec assez de soin sur les hérétiques, avait déjà commis 
Tinquisition aux Dominicains dans tout le royaume, et 
spécialement dans les provinces d^Auch, de Bourges, 
de Narbonne, de Vienne, d'Arles, d'Aix et d'Embrun. 
Ce décret semblait soustraire les Albigeois au zèle de 
Tarchevéque. Toutefois il n' assembla pas moins en 4 24 1 
un Concile provincial dont le lieu n'est pas déterminéi 
et que les uns placent à Aucb , «t les autres à Nogaro, 
vraisemblablement parce qu'il en réforma le Chapitre. 
Outre les hérétiques, on y condamna les Albigeois et 
les Simoniaques. Peu de mois après cette assemblée, 
Amanieu s'achemina vers l'Italie (1). Il allait assister 
au Concile convoqué dans l'église deLatran, par Inno- 
cent IV, successeur de Grégoire. Ce pape lui destinait 
la pourpre , m(âis Amanieu fut arrêté dans son chemin 
avec Géraud de Malemort , archevêque de Bordeaux ^ 
par ordre de l'empereur Barberousse, contre lequel le 
Concile allait s'assembler. L'empereur le fit transporter 
à Capoue et jeter dans un noir cachot où il mourut 
bientôt épuisé de faim, de misère et de tortures. Son 
corps fut depuis rapporté en France et enseveli dans 
l'église de la Sauve-Majeure, où une épitaphe tronquée 
qu'on y lisait avant i789 nous a appris son origine, sa 
prison et sa mort. 

(1) Gallia Christiana- Dom Brugelles. M. d'Aignan. 



DE UL GASCOGHE. 315 

lilVRE VIII. 

CHAPITRE 1-. 

toUi,Tic«fcieBéin. — LifwiesttifMin hWë entre St-Ms. — Lm 
unissiM. — llirt ii Mite é'Anapie.— PliMin ftiMsAi m éopiliit m 
kériUfe. — le victite k LMupe iûi u^m im les kakitaU é'Aieh. — 
GasUi kiiit le ekàteu rOrUièi. — D praé les mes Mtre l'Aiflelem. — 
Tcstamt k Pétreiflle. — le Tieoite le iMupe s*itUeke i rAifletem , — 
a fidt fnmàn le ente rAmiguc—lert le PélmiUe.— Esfiifat el Gistfl 
M lispiteit le Bi|im.— Gistei se reeeKflie iTec rAiflelem.— le sire l'AUrel. 

Pendant que la mort moissonnait les amis et les 
ennemis de Raymond de Toulouse, le jeune Gaston de 
Bëam croissait sous la tutelle de Carsinde, sa mère. 
Dorant sa tutelle , celle-ci , pour acheter un appui né- 
cessaire, donna la seigneurie de Garos à Amaud-Cuil- 
lâume de Marsan, vicomte de Louvigni (4). Ce seigneur 
abusa de cette libéralité contre Tabbé de La Réole. 
Gaston, quoique jeune , prit la défense de Tabbé et re- 
prit la terre de Garos , que sa mère paraissait n^avoir 
aliénée que pour un temps. Le vicomte de Louvigni 
crut voir dans cet acte une insulte personnelle. Il arma 
contre Gaston, qui s^indigna de Taudace de son vassal. 
Ils appelèrent au secours de leur baine le fer et Fincen- 
die , et bientôt dans cette malheureuse contrée il ne 
resta debout que les châteaux bien fortifiés. Au spec- 
tacle de tant de désastres, des amis communs, Pierre et 
Amanieu de Lamothe, Guillaume-Raymond de Pins , 

(1) Marca, liv. 7, ch. i. 



DE L4 GASOOGHE. 317 

snivante (1234), Thibaut, comte de Champagne, étant 
monté sur le trône de Navarre laissé vacant par la mort 
de Sanche-Ffjifermé , son onde , Gaston renouvda 
FalKance (4) que Guillaume de Moncade, son père, 
avait conclu avec lui dix ans auparavant. Il voulut 
même que Fortaner de Lescun , un de ses principaux 
vassaux, dont la baronie était située sur le point culmi- 
nant des Pyrénées, s'obligeât particulièrement au ser» 
vice de Thibaut , et reçut de lui en fief perpétuel le 
château et la villede Sardolas. Fortaner en fit hommage 
en 1234. Garsinde et son fils signèrent Tacte et caution* 
nèrent sa fidélité. Suivant Garibay, Gaston accompagna 
même en 1238 le roi de Navarre dans son voyage 
d*outre-mer, mais aucun historien, à part Fauteur espa* 
gnol , ne parle de ce pèlerinage , et aucun document 
du pays ne Findique. 

Tout le Midi était alors sous les armes. L'orgueil delà 
célèbre Isabelle, comtesse de La Marche, qui ne pouvait 
supporter Fidée d'être descendue du trône d'Angle- 
terre pour devenir la vassale du frère du roi de France, 
avait provoqué ce soulèvement. Ses intrigues gagnèrent 
le faible Henri, son fils , et l'inconstant Raymond. Le 
comte de Toulouse entraîna (2) à son tour Bernard, 
comte d'Armagnac , Bernard , comte de Comminges , 
Arnaud Othon, vicomte de Lo magne, Jourdain de Flsle 
et une foule d'autres seigneurs. Henri 111 accourait de 
son lie ; il avait convoqué autour de lui les seigneurs 
de la Gascogne et les gens de Bordeaux , Bayonne , 
St-Emilien, La Réole, Langon, St-Macaire et Bazas. Il 
avait demandé au sénéchal de Gascogne tous les arba^ 

(1) Marca, li?. 7 , ch. 1. — (2) Guillaume de Puylaurens. Dom 
Yaissette, tom. 3. 



318 HISTOIRE 

létriers qu'il pourrait lever. Mais le jeuue Louis, aussi 
brave que pieux , ne lui donna pas le temps de rallier 
toutes ses forces ; il s^a vance en toute hâte vers La Mar- 
che, atteint les Anglais sur les bords de la Charente, 
les bat , les disperse à la journée de Taillebourg, qui 
révéla à la France un héros, et force Henri III à aller 
cacher sa honte dans Bordeaux, et Taltière Isabelle à 
venir avec Hugues, son mari, s'humilier à ses pieds. 

Pendant que Louis signalait ainsi ses premières ar- 
mes, Raymond, à la tête de ses confédérés s'était avancé 
vers le Carcassez et y obtenait quelques légers succès. 
Mais à la nouvelle de la défaite d'Henri III, il suspen- 
dit son expédition et alla le rejoindre à Bordeaux. En 
présence du nouveau danger, les deux princes -se lièrent 
par un nouveau traité plus explicite et plus solennel 
que le premier (1). Henri en fit jurer les clauses par son 
ordre et sur son âme à Jean de Plessat et à ses barons 
du Bordelais et du Bazadois, au nombre desquels nous 
trouvons Ghérudel de Bergerac , Kinguillun de Les- 
parre, Arnaud de Blanquefort, Pierre de Castillon, 
Bernard de Lecussan, Gaillard de Lamothe, Amanieu 
de Noaillan, Guillaume des Farges. Bozon, comte de 
Bîgorre et Gaston de Béarnse rendirent ensuite garants 
pour lui. Raymond les jura lui-même et les fit jurer 
après lui par Amanieu d'Albret , Arnaud de Blanque- 
fort, Raymond de Caumont, Gaston de Gontaud , Ar- 
naud de Monpezat, Arnaud de Marmande, Esquirs de 
Fumel, Vital de Cazeneuve, Bertrand de Cardaillac , 
Guillaume-Raymond de Pins , Gaston de Montant , 
Nompar de Caumont et la communauté d'Agen. Enfin^ 

(1) Rymcr Acl. Pub., tom. 1, page 144. Dom Vaissette, tom. 3. 



DE LA GASœGHE. 319 

il doDua pour caution le comle de G)mminges. Malgré 
cette solennité, ce traité fut presqu^aussitôt rompu. 

Louis, quoiqu^affaibli par ses victoires et surtout par 
une épidémie qui ravageait Tannée, s'avançait vers les 
états de Raymond. En même temps il faisait faire des 
propositions au comte de Foix (1). Roger fut charmé 
de conclure la paix avec le roi de France , et promit 
même de le servir contre le comte de Toulouse. Cette 
défection et Fapprocbe des armes françaises jetèrent 
répouvante dans Tàme des confédérés. Ils députèrent 
à Louis Tévêque de Toulouse pour tâcher de Tapaiser. 
Le monarque exigea une entière et complète soumission; 
y souscrire, c'était crier grâce et merci. La condition était 
dure, néanmoins nul n'osa la refuser. Louis, du reste, 
honora son triomphe par sa modération et sa clémence. 

Bernard , comte d'Armagnac ne survécut pas long- 
temps à un acte qui accuse sa prudence ou son courage. 
Il ne laissa point d'enfants (2) d'Agnésie dont nous ne 
connaissons point la famille; aussi son héritage fut vive- 
ment disputé. Mascarose, peut-être son unique sœur, 
ou du moins sa soeur aînée, en réclamait )a plus grande 
part. Elle avait épousé (3) Arnaud Othon , vicomte de 
Lomagne, que nous venons de voir ligué avec le comte 
d'Armagnac contre le roi de France. Les deux époux 
s'empressèrent de prendre possession du Fezensac et de 
rArmagnac, et en firent hommage au roi d'Angleterre. 
L'aïeul de Mascarose avait été au contraire forcé de se 
recoiuiaitre vassal du comte de Toulouse, et avant lui 



(1) (vofllaame de Puylaurens, Marca, Dom Yaissette. — (2) L'Art 
de Térifier les dates. Grands Of6clers de la couroDne. — (3) Le» 
mêmes. Dom Yaissette. 



DE LA GASÇOGMIS. 323 

Ces deux actes portent la date du 25 mars 1246 et la 
souscription du comte de Comminges , d^Ârsieu de 
Montesquiou, et d'une foule d'autres seigneurs. Ray 
mond ne cherchait peut-être qu'à effrayer Céraud et à 
le détacher de TÂngleterre. Rien du moins ne prouve 
qu'il ait cherché à faire valoir ses droits. Ce qui nous 
porterait à croire qu'il y renonça de bonne heure et 
qu'il rendit au vicomte de Lomagne ce qu il en avait 
reçu ; c'est que la lutte se poursuivit avec un nouvel 
acharnement entre celui-ci et le vicomte de Fezeusa- 
guet. 

Le premier s'intitulait Odon, par la grâce de Dieu , 
vicomte de Lomagne, et tenant lieu de comte en Fezen- 
sac et en Armagnac. La ville d'Auch entrait peu dans 
ses intérêts. Pour la réduire (1), il envoya un détache- 
ment considérable dont il donna le commandement à 
Guillaume-Raymond de Pins, son oncle. La troupe 
n'était composée que de soldats nés dans l'Ageuais , la 
Lomagne et la vicomte d'Auvillars , preuve manifeste 
que le pays contesté partageait les sentiments de sa 
capitale et repoussait le vicomte. Sur sa route, ce déta- 
chement, commit tous les excès que la rivalité et le 
voisinage des lieux devaient surtout dans les temps de 
force brute et de rudesse ajouter aux fléaux de la guerre. 
Les blés furent foulés aux pieds, les vignes arrachées , 
les maisons livrées aux flammes. La croix elle-même , 
si respectée alors , n'offrit qu'aune protection impuis- 
sante. Auch ne fut pas mieux traitée et présenta bien- 
tôt le spectacle d'une ville prise d'assaut. Tant de 
maux eurent, il est vrai, un terme assez court. Le baron 

(1) Manuscrii du SérainairCv 



324 RISTOIRB 

de Pins, déjà malade quand il prit la conduite de Tex- 
pëdition, aggrava son eut par les fatigues de la marche 
et mourut peu de jours après son entrée dans la Ville. 
Les Auscitains saisirent cette occasion pour secouer lé 
joug, ils s'armèrent en tumulte et repoussèrent leurs 
oppresseurs. Rien toutefois n'atteste qu'ils aient souillé 
leur victoirp par de faciles représailles. 

Arnaud sentit combien il importait à sa cause de 
fléchir leur ressentiment. Il invita Gaston de Béam à 
se rendre à Auch et le pria d'offrir sa médiation. La 
voix du noble Béarnais fut écoutée , et sous ses auspices 
un accord fut passé le 24 août 1247 entre le vicomte 
de Lomagne d'une part, et de l'autre, l'archevêque, 
le prieur de St-Orens et la communauté d'Auch. L'ori- 
ginal en langue Gasconne exista longtemps dans les 
archives de la métropole, et périt dans l'auto-da-fé qui 
en 1793 dévora tant de monuments historiques. Une 
copie sauvée du naufrage et que nous avons sous les 
yeux, affaiblit les regrets que nous cause cette perte, et 
nous montre à quel degré d'abaissement étaient alors 
descendues les lettres, au moins dans nos contrées. Au- 
tant qu'il nous a été permis d'en juger par ce document 
aussi obscur que diffus , Arnaud s'oblige à rechercher 
et à faire rechercher dans tous ses domaines ce qui avait 
été dérobé , et à le rendre sur-le-champ, à satisfaire à 
toutes les réclamations et à solder les pertes dans un mois 
en vin , blé et autres denrées , moitié au château de 
Lavardens et moitié au château d'Auch ; à ne jamais 
molester ni à ne jamais prêter appui à qui moleste- 
rait aucun membre de la communauté; à laisser à 
Bertrand de Brugnens la garde des châteaux d'Auch , 
de Lavardens et de Roquelaure, et à le traiter avec 



DE LA gasooghe. 325 

amitié ainsi que tous ceux qui avaient pris parti pour 
les Auscitains; enfin à ne jamais plus entrer dans la 
ville avec plus de cent hommes à cheval {acaouats)^ 
suivis de leurs écuyers à pied. 

Cet engagement fut confirmé par un serment prêté 
sur la croix, sur les évangiles et sur Fautel de St-Pé 
d^Auch. Les parents du vicomte, Janillon de Giumon > 
R. G. de Na vailles, le vicomte de Soûle et un autre 
Odon de Lomagne le prêtèrent avec lui. Il devait le 
faire ratifier par les consuls de Lectoure et d*Auvillars, 
et demander une semblable ratification aux cours d^Ar- 
magnac et de Fezensac, et aux commupautés d^Eauze, 
de Nogaro, de Vie, d'Aignan, de Riscle, du Houga, de 
Bétous, de Mauleon, d'Arblade-le-0)mtal, deSte^hris- 
tie, d'Espas, de Castelnavet, de Castillon, de Roque- 
laure, de Jegun , de Lavardens , de Peyrussette (Pey- 
russe- Massas), de Castin, de Duran,de St-Criq et 
d^Aubiet. Ses lettres d'assurance devaient être scellées 
du sceau comtal de Toulouse et de ses consuls, des con- 
suls d'Agen et de Condom, du comte de G>mniinges, 
de la DcLuna Segnis, comtesse d'Astarac , et de ses fils. 
Enfin, si comme tant d'autorités eussent été insuffisan- 
tes, Gaston et une foule de seigneurs pr^nts, Janillon 
de Caumon, Amaud-Garsias du Fossat, Bertrand de 
Roquefort, Guillaume de Fourcès, Arnaud de Las- 
seube, Gautier de Larroque ou Larroche , Pierre de 
Lacoste, Galard d'Autichon, Vital deGontaud, Hugues 
de G)meillan confirmèrent la promesse du vicomte et 
jurèrent sur la croix et les évangiles , les reliques et 
Fantel de Ste-Marie , qu'ils se tourneraient contre le 
vicomte s'il manquait à la foi jurée. Toutes ces précau- 
tions accusent la loyauté publique. On n'invoque tant 



326 HISlt)IRE 

de témoignages et on ne s^entoure de tant de serments 
que contre des tromperies souvent renouvelées. 

Gaston commençait à fixer sur lui les regards de 
toute ]a Gascogne. Garsinde Tavait conduit avec une 
suite de soixante chevaliers, à la cour d^Henri III , qui 
s^était retiré à Bordeaux après la défaite de Taillebourg. 
La mère et le fils n^y étaient attirés, disent les histo- 
riens Anglais, que par Tappat des sterlings dont ils sa- 
vaient le roi d'Angleterre abondamment pourvu. Lenr 
présence du moins y fut saluée par des fêtes dispen- 
dieuses et par de magnifiques présents qui épuisèrent 
le trésor. Aussi Gaston et surtout sa mère sont loin 
d'avoir trouvé grâce au delà de la Manche. Celle-ci, 
nous dit Mathieu Paris , était une femme singulière- 
ment monstrueuse et d'une prodigieuse grosseur (*). Sa 
vaste corpulence, ajoute M atthieu de Wissmintler, pou 
rait remplir un char entier (**). 

Gaston profita des trésors qu'Henri d'Angleterre 
avait versés dans ses mains pour bâtir le château d'Or- 
thès (I). Les vicomtes de Béarn avaient jusqueslà habité 
Morlas, et ne quittaient le château de la Hourquie que 
pour aller prendre quelques ébattements dans les châ- 
teaux de Pau, de Cadaillon et d'&cures. La nécessité où 
il se voyait de fortifier ses frontières contre les Anglais, 
maîtres de Bayonne et de TAquitaine , et sans doute 
aussi la beauté d'un vaste et riche plateau lui firent 
choisir Orthès. II prit pour modèle le château de Mon- 

('')Mulier singulariter monstruosa et prœ grossitudme pro- 
digiosa. 

(**) Qùœdam midter singulariter monstruosa cujus cadaver ver- 
mibus tnultis hœreditarium lecticam vacuam potuit onerare. 

(1) Marca, liv. 7, ch. 2. 



DB Lk GASOOOMB. 327 

cade, berceau de sa famille. Froissart, qui Tavait vu 
dans toute sa magnificeuce, ne savait assez radmirer. 
Ije vicomte de Béarn y établit sa résidence , et ses suc- 
cesseurs Thabitèrent après lui jusqu'en 'l 460 que Gas- 
ton, prince de Navarre, transporta sa cour à Pau. 

Le gouvernement Anglais n^avait jamais été favora- 
blement accueilli en Gascogne, malgré les avantages 
matériels qu'il apportait à la province. L'administra- 
tion d'un prince faible et dissipateur n'était pas faite 
pour Vaincre des répugnances et créer des sympathies. 
On se plaignit d'abord sourdement; puis, comme à un 
signal donné , on se souleva de toutes parts. Gaston se 
montra à la tête des mécontents. (1). Le vicomte et les 
siens reprocbaien ta Henri les ruines^ volerles et oppres- 
sions dont le pays était victime. Henri se plaignit de 
son côté de n'avoir pas trouvé auprès de Gaston l'appui 
que ses munificences passées lui faisaient espérer contre 
Richard de Lancastre, son frère, qu'il voulait dépouiller 
du gouvernement de la Guyenne, et à tous il reprochait 
leurs exigences et leurs mutineries. Avant que le sou- 
lèvement eût le temps de s'affermir, il envoya Simon , 
comte de Leicester, égal peut-être en courage et eu 
talents, mais certainement supérieur en ambition au 
célèbre Simon de Montfort dont il avait reçu le jour. 
Leicester passa la mer avec une flotte chargée d'hom- 
mes et d'argent, et trouva des ennemis dignes de sa va- 
leur. Après un an de combats partiels, il ne put obtenir 
d'autres avantages qu'une trêve assez courte dont la 
nouvelle combla de joie Henri et sa cour. 

La campagne suivante fut plus favorable aux armes 

(1) Marca, ch. 2 et suiv. 



328 HISTOIRE 

Anglaises. Leicester battit Gaston et le fit prisonnier! 
A entendre Matthieu Paris, on dirait qne la trahisoti ou 
du moins des moyens peu honorables mirent Gaston 
entre les mains de son ennemi. Son vainqueur Tenvoya 
à Henri qui habitait alors Clarendon. il voulait qu'il 
demandât humbkment grâce pour sa vie, et se remit 
entièrement à la clémence royale. Son but fut atteint 
On ne se piquait guère au moyen âge de sfupporter no- 
blement Tinfortune. Avant le combat on se montrait 
souvent raide, hautain , fanfaron ; mais après la défait» 
on s'inclinait devant Tarrét prononcé par la fortune, et 
on acceptait sans honte ce qu'on avait refusé avec arro- 
gance. Gaston , vaincu par la nécessité descendit à de» 
prières, abandonna quelques-uns de ses châteauic à 
la couronne d'Angleterre el obtint ainsi son pardon^ 
Bientôt même, grâces à rkitervention de la reine d'An- 
gleterre, sa nièce , il sut si bien reconquérir les bonnes 
grâces du roi qu'il fut rétabli dans tous ses domaines. 
Cependant le comte de Leicester poursuivant les 
seigneurs Gascons , en expulsa quelques-Uns de leurs 
châteaux, en fit pendre quelques autres el porta par- 
tout la terreur. Le retour de Gaston, au lieu de calmer 
les esprits sembla donner un nouvel aliment aux haines 
publiques en montrant à nu la perfidie de Leicester. 
On s'arma de toutes parts; le gouverneur Anglais harcelé 
par tant d'ennemis, fut forcé de repasser la mer en toute 
lia te suivi seulement de trois gens d'armes (i6 janvier 

Le Bigorre commençait alors à être agité. Ce comté 
allait être plus vivement disputé que l'Armagnac et le 
Fezensac. La vieille Pétronille prolongeait toujours sa 
carrière, survivant à son cinquième mari et à ses deux 



DB LA PASCOGBE. 329 

filles atnëes, Alix et Perronelle qu^elIe avait eues, comme 
nous TaTons dëjà dit , de Guy de Montfort. Alix avait 
ëtë mariée à Esquivât, seigneur de Cbabannes et de 
Gonfolans, dont elle eut deux fils, Esquivât et Jourdain 
de Chabannes, et une fille, Laure, depuis vicomtesse de 
Turenne. Devenue veuve, Laure se remaria avec Raoul 
de Gmrtenat, dont elle eut Mathilde, comtesse de Thy 
et ëpouse de Philippe de Flandres. Perronelle , la se- 
conde fille de Pëtronille, s^était unie à Raoul de Laro» 
che-Caixon en Normandie, et n*en avait point eu d*en- 
fants. Il restait encore à la comtesse de Bigorre une 
dernière fille , Â'mate ou Aimée , qu'elle avait eue de 
Bozon de Mastas, et qu'elle maria à Gaston de Béarn (1 ). 
Après les cinq mariages de la mère et les diverses 
alliances de ses enfants, il était assez difficile qu'il ne 
s'élevât pas des contestations. Pétronille chercha à les 
prévenir. Etant tombée malade k Vic-Bigorre, en 4239, 
elle y fit un premier testament (2). Elle y déclare 
qu'outre vingt mille sols promis à Bozon, son mari, le 
jour de leurs noces, elle lui en doit encore trente mille. 
Elle veut que ces sommes soient payées, savoir: qua- 
rante mille sols sur le comté de Bigorre , et dix mille 
sur la vicomte de Marsan. Elle veut encore que son 
mari jouisse de ces deux seigneuries jusqu'à ce qu'il ait 
été satisfait; mais qu'après le paiement, il remette le 
Bigorre et le Marsan entre les mains d'Alix, sa fille 
aînée, et de ses héritiers. Elle assigne pour le paiement 
de quelques autres dettes dix mille sols Morlas qui se- 
ront prélevés sur les terres de Boulouch, La Renie, 
Parabère et Caixon. Enfin, voulant récompenser l'ar- 

(1) Marca, l'Art de vérifier les dates. — (2)Marca, liv. 9, cb. 11. 



330 HISTOIRE 

cheyéque d^Âuch de tous les soins qu^il s^est doiuià 
pour elle et pour ses terres , et le payer de cinq mille 
sols qu^elle avait empruntes à Gai^sias Delort, prédéoes- 
seur d^Âmanieu, elle lui lègue les rentes de Bagnëres, 
dont le prélat jouira jusqu'à ce qu'il ait recouvré les cinq 
mille sols. Pétronille ne mourut pas de cette maladie, 
mais sur la fin de ses jours, dégoûtée du inonde et sen- 
tant, après une vie aussi agitée, le besoin de se préparer 
dans le calme de la retraite au passage de Téternité, die 
se retira au monastère de TEIscale-Dieu et s''y livra aux 
pratiques de la dévotion. 

Raymond, comte de Toulouse, ne vit passWvrir 
cette dernière lutte. Réconcilié avec FÉglise par le traité 
de Paris , il chercha à faire lever Texcommunicatioa 
qui pesait encore sur la dépouille mortelle de son père 
et à lui procurer les honneurs de la sépulture chré- 
tienne. Les premiers commissaires nommés par le pape 
paraissent avoir conclu en sa faveur; mais sur quelques 
vices de forme , Innocent IV ordonna une seconde en- 
quête et la confia à larchevêque d'Auch et aux évéques 
du Puy et de Lodève (1 ). S'il fallait en croire les nou- 
veaux auteurs de la Gaule chrétienne (2), l'archevêque 
et ses collègues adoptèrent l'avis de leurs prédécesseurs, 
et prononcèrent sur les cendres froides et inanimées la 
sentence d'absolution qui leur ouvrait la porte du tem- 
ple. Mais les faits s'opposent à cette version. Le corps 
ne fut jamais inhumé, et jusqu'en 1 793 on apercevait 
au porche de l'église des Chevaliers de Malte une 
tombe sans couvercle , au fond de laquelle gisait un 
squelette noir et poudreux ; c étaient les restes de Ray- 

(1) Calel, dom Vaissette. — (2) Tora. 2, p. 715. 



DE LÀ GASOOGKE. 331 

snond VI. Alors cine tempête acheva ce qu^avait ocHn^ 
snenoé une sévérité religieuse. Au milieu de Tefferves- 
^Deiice populaire , le squelette fut arraché de sa tombe, 
['d les cendres jetées au vent. 

Raymond, en attendant Tissue de cette procédure, 
ïB^oociipait à recueillir Thommage de ses vassaux. Le 
ccante de Gomminges et le comte de Tlsle furent des 
plus empressés , et méritèrent ainsi d^étre armés che- 
iraliers de sa main. Izam et Bernard , fils de Bertrand- 
Jcmrdain , cousins germains du comte de Tlsle (1) , 
ireconnurent tenir des comtes de Toulouse tout ce qu'ils 
possédaient dans le Gimois et aux environs de la Ga- 
ronne. D'autres seigneurs les imitèrent ; mais tous les 
serments ne furent pas fidèlement gardés. Le vicomte 
de LiOmagne fut le premier à oublier le sien. Mascarose 
sa fenune mourut dans les premiers mois de 1249. 
A peine fut-elle descendue dans la tombe, que le comte 
de Toulouse lui fit épouser sa propre nièce, Marie 
. Bermonde de Sauve (2) , fille de Pierre Bermond de 
Sauve, comte de Gevaudan et de Milhaud, et de Josse- 
rande de Poitiers , sa première femme. Cette alliance 
semblait devoir attacher Arnaud aux intérêts de son 
:^ nouvel oncle. Néanmoins il n^en fut point ainsi. Une 
^ autre alliance le jeta dans les bras de F Angleterre. 

Mascarose avait laissé une fille du même nom , qui 
s'unit (3) presqu^aussitôt après la mort de sa mère à 
EIsquivat de Chabannes , fils aîné d'Alix de Montfort , 
et petit-fils de Pétronille de Bigorre. Cette union se fit 
sous les auspices de Simon de Leicester , grand oncle 

(1) Dom Vaisselle. — (2) Idem, l'Art de vérifier les dates. — 
(3) L'Aride vérifier les dales, M. d'Aigpan. 



332 HisTOiaB 

d^Esquivat, qui gouvernait alors la Guyenne avec une 
autoriU^ presque royale, et disposait ainsi de forces ooBr 
sidérables. Le beau-père et le gendre s'aidèrent de œ 
secours contre Gëraud. Celui-ci se retourna yen le 
comte de Toulouse à qui il avait fait déjà hommage es 
1243 pour le château de Mauvezin. Kinfîdéhté d'Â^ 
naud rapprocha encore le nouveau vassal de son suze- 
rain et agrandit la querelle. La guerre ayant éclaté en- 
tre r Angleterre et le comte de Toulouse , LeioeHer 
attira sous ses drapeaux Esquivât et le vioomte de Lo- 
magne. Raymond , de son côté , sollicita Géraud et k 
poussa facilement aux ormes. L^occasionparaissaitfkvo- 
rable ; Arnaud combattait au loin et son absence UTnit 
la Lomagne aux agressions. Géraud Tattaqua j il peit 
et brûla quelques châteaux. Il eût poussé plus loina^ 
succès, si Arnaud retournant sur ses pas ne fût accouru 
au secours de ses domaines. Ce retour changea la faee' 
des affaires. Forcé de se défendre à son tour, Géraud 
tomba entre les mains de son ennemi et fut retenu pri- 
sonnier (<). 

A cette nouvelle, Raymond charmé de trouver une 
occasion de faire éclater son ressentiment, cita (1 ^ juin 
1249) le vainqueur devant la cour d^Agenet le sonuna 
de remettre entre ses mains le château d'Auyillan et 
toutes les terres que le vicomte tenait de lui soosla 
mouvance du comté d'Agenais, et de rendre la libertiJ 
à Géraud son vassal comme lui. Arnaud refusa d^obir 
et fit signifier , le i"' juillet, au comte de Toulouse, su 
appel devant le roi de France leur commun suseruB. 
La sentence qui le condamnait, était, disait-il, injuste; 

(1) Dom Vaissette, tom. 3, Preuve», p. 471. 



\ DE IX GAflOOGHE. 333 

i auril avait le haut domaine dans la plus grande partie 
i de ses terres. D'ailleurs il avait pris Géraud , les armes 
lit la main, dans les domaines qu^il tenait du roi d'Angle- 
[ terre et qu'il Vy faisait garder. Il ajoutait que le monar- 
[ que anglais lui avait fait compter de l'argent pour qu'il 
r iprolongeat la captivité de Géraud jusqu'à ce que le 
^ oomte d'Armagnac eut satisfait, soit pour les dommages 
^ Causés, soit pour la guerre portée dans un fief mouvant 
'de l'Angleterre; qu'ainsi le jugement de cette affaire 
be regardait nullement la cour du comte de Toulouse, 
mais que lors même qu'il lui appartiendrait d'en oon- 
èaltre, elle ne pouvait pas statuer sans appeler les par- 
ties; enfin, qu'on ne lui avait donné pour se présenter 
^^un délai de sept jours contré la règle et la coutume 
ées cours laïques. Malgré ces raisons la cour d'Agen le 
condamna à perdre Auvillars et les autres domaines, 
et la sentence fut exécutée. 

Raymond ne jouit pas longtemps du plaisir d'avoir 
humilié un de ses ennemis. Il tomba malade dans le 
Ronergue (1), et voulant aussitôt mettre ordre aux 
af&ires de sa conscience, il se confessa à un ermite 
^èbre dans le pays. L'évêque d'Albi accourut en toute 
liâte lui administrer le saint viatique qu'il reçut avec 
les sentiments de la plus vive piété. Dès qu'il sut que 
le saint sacrement approchait, il fit violence à la mala- 
die qui le dévorait , se traîna à sa rencontre et reçut 
aon Dieu à genoux sur le pavé de sa chambre. Il voulut 
ensuite être transporté à Milhau où il fit son testament 
qui fut scellé des sceaux des comtes de 0)mmiDges et 
de l'Isle , de l'évêque d'Albi , de l'abbé de Mousseaux 

(1) Guillaume de Puylaurens, doro VaisseUe. 



334 HISTOIRE 

et de six seigneurs. II y nommait pour exécuteurs de 
ses volontés les prélats de ses états et ses^cliers et féanx 
Bernard, comte de Comminges, et Sicard d^Alaman, 
cliargés de s^adjoindre quatre bourgeois de Toulonset 
Il mourut quatre jours après (27 septembre 1243), 
pleuré de ses sujets, dont ses malheurs plus que m 
grandes qualités lui avaient gagné les cœur^, et qui ne 
pouvaient voir qu avec regret le sang de leur andea 
maître se perdre dans une famille étrangère. 

Jeanne sa fille et Alphonse de Poitiers , frère de 
St-Louis , qu^elle avait épousé , venait de s^embarqoer 
pour la Terre-Sainte. Le roi de France les avait pré- 
cédés. Blanche, chargée de gouverner le royaume ea 
Tabsence de son fils, se hâta d'envoyer Guy et ELervé de 
Chevreuse prendre possession de ce riche héritage au 
nom d'Alphonse et de sa femme. Les deux commissaires 
arrivés à Toulouse, reçurent le 1" décembre dans le 
château Narbonnais le serment des vassaux ( 1 ). Bernard, 
comte de Comminges , qui avait recueilli les derniers 
soupirs du père se présenta le premier; Jourdain de 
risle et ses deux cousins jurèrent ensuite. Ces deux 
derniers moururent peu après sans laisser d'enfants, et 
Jourdain en sa qualité de chef de la maison de ITsle 
recueillit leur succession. Segnis , comtesse d'Astarac , 
se fit représenter par Arnaud de Biran, qui jura sur 
rame de sa maîtresse. Peu de jours après , Pincelle se 
présenta elle-même et prêta serment tant en son nom 
qu'au nom de Géraud , son fils , toujours prisonnier. 
Parmi les chevaliers qui se pressaient autour de ces 
grands vassaux et qui jurèrent après eux , nous signa- 

(1) Catel. Dom Vaisselle. Grands Officiers de la couronne. 



DE LÀ GASCOGNE. 335 

, >^ leroBS Scard de Montaut, Izam de St-Panl, Jordinde 
Latar, Amaqf)*PoDs de Noé, Bernard de Villeneuve, 
Raymond de Montcrabeau, Bernard de Monlesquiou, 
Odon de Tlsle , Guillaume de Roquefort et Odon de 
Francs, Arnaud de 0)meillan, Pons de Monlaur, Ray- 

f;. mond de Pouy , Roger de La tour , Raymond de Bro- 
qneville, Pons de Nogaret, Bérenger de Faget, Frédol 
de Loubens, Bernard de Guichenë, Guillaume de Yil- 
lèle, Guillaume de Gaujac, Adhëmar de Polastron, 
Bernard de Montégut , Donat de Caramon , Adhémar 
de Punti^, Bertrand de Pins , Jean Dubartas , Bernard 
d^Orbessan, Arnaud-Raymond d'Hautpoul. 

Alphonse et Jeanne rentrèrent en France dans le 
mois d'octobre suivant , et le 23 mai ils firent leur en- 
trée solennelle à Toulouse. Ils s'y arrêtèrent à peine, 
car le 30 nous les trouvons à Verdun d'où ils se ren* 
dirent à Agen. Le vicomte de Lomagne vint se présenter 
aux deux ëpoux, et sans chercher à justifier sa conduite 
passée, il demanda grâce et merci et se reconnut vassal 
pour la vicomte de Lomagne et toutes les terres dépen- 
dantes de TA gênais. Au prix de cette soumission il obtint 
la restitution de la vicomte d'Auvillars et des autres 
Hens saisis. Les fers de Géraud étaient alors brisés, car 
Pacte de pardon (1) (4 juin <250) eut pour témoins le 
comte d'Armagnac, Robert de St-Clar, Arnaud de 
Montpezat, Nompar de Giumont et Raymond de Pins, 
seigneur de Taillebourg. Ces seigneurs accompagnèrent 
leur suzerain à Penne en Agenais , où par un nouvel 
acte Arnaud se reconnut débiteur à l'égard d'Alphonse 
de cinq mille sols Morlas, prêtés jadis au vicomte par 
le dernier comte de Toulouse 

(i) Dom Vaissette, lom. 3, Preuves, p. 488. 



336 HISTOI&E 

La présence du comte d^ Armagnac à ces deux actes 
nous ferait croire qu^il dut sa liberté à son ancien rival 
qui chercha à acheter ainsi sa grâce et à se concilier 
Alphonse; mais du moins cette délivrance n'^ament 
qu'un rapprochement momentané. La guerre ne tarda 
pas à renaître. Esquivât ne pouvait prêter qu'un faible 
secours à son beau-père. Pétronille venait enfin de ter- 
miner sa longue carrière (fin de Tannée 425<). A son 
lit de mort elle fit un nouveau testament (1) dans 
lequel elle instituait flsquivat pour héritier et lui subs- 
tituait Jourdain , son frère , dans le cas où il mourrait 
sans enfants; et si Jourdain ne laissait pas lui-même de 
postérité , elle appelait au comté de Bigorre sa fille 
Mathe. Elle élisait sa sépulture au mcmastère de TË»* 
cale-Dieu, auquel elle léguait ses vases d'or et d'ai^ent, 
ses reliquaires , ses anneaux, ses pierres précieuses, ses 
habits et tout ce qui tenait au service de son corps et 
de sa chapelle. Elle ordonnait ensuite des aumônes, et 
enfin elle choisissait pour ses exécuteurs tes^tamentaires, 
Arnaud-Raymond de 0)arrase, éVêque de Tarbes, 
Arnaud-Roger de Comminges, évéque de St-Bertrand, 
Vital d'Ourleix, commandeur de Bordères, Peregrin de 
Lavedan, et Guillaume Filho , bourgeois de Bagnères. 

Pétronille, pour mieux assurer le Bigorre à Esquivât, 
avait remis (2) ce comté au comte de Leicester, ne se 
réservant qu'une pension annuelle de sept mille sols 
Morlas. Mathe avait eu pour dot la vicomte de Marsan 
et la seigneurie de Notre-Dame del Pilar de Saragosse. 
Pétronille y avait ajouté , Tannée qui précéda sa mort, 
tout ce qu'elle prétendait sur le comté de Ck)mminges, 

(1) l/Arl de vérifler les dates, Marca, p, 827. — (2) Les mêmes. 



BE LA GASCOGNE. 337 

^rhnpatient Gaston s'était empressé de faire yâloir ses 
noureanx droits les armes à la ioain. Bernard IV, pris 
aa déponrvn , fut contraint d'implorer la protection 
.d^Alphonse. On en yint alors à un accommodement. Le 
rcn de France s'intéressa à cette afïaire, et sa médiation 
amena une paix dont nous ignorons les conditions. Cette 
augmentation ne satisfit ni Mathe , ni son mari. Â peine 
Pétronille eut-dle fprmé les yeux , qu^ils réclamèrent 
le Bigorre , prétendant que son mariage avec Guy de 
Montfort était nul comme ayant été contracté du yiyant 
de son second mari, et qu ainsi toute cette descendance, 
fruit de Tadultère, était inhabile à succéder. Esquivât 
eut ainsi à défendre ses propres droits aussi bien que 
ceux de sa femme. Mais heureusement pour lui, Gaston 
nepouvait lui opposer qu'une faible partie deses forœs. 
Une nouvelle ligne dont Gaston de Béam était en- 
core Pâme et le chef (1 ) s'était formée entre les seigneurs 
Gascons. La Réole , St-Emilion et plusieurs châteaux 
tombèrent entre leurs mains. Enfles de ces succès, les 
confédérés annonçaient le projet de soustraire la pro- 
Tince entière au joug de l'Angleterre; mais l'or de leur 
ennemi semé avec profusion dans leurs rangs mit la 
division parmi eux. Gaston sans se déconcerter s'appro- 
<jia de Bordeaux et le serra de près. Henri alors en 
Angleterre vola â son secours avec une (lotte de plus de 
trois cents voiles, et à peine débarqué, il courut assiéger 
La Réole. En même temps il obtint du pape un bref 
poar faire excommunier ses ennemis sous le spécieux 
^étexte qu'il avait pris la croix , et qu'ainsi il ne pou- 
vait éfre attaqué. Le doyen du chapitre de Bordeaux 

Ci) Marca, IW. 3, cb. 6. 

//. 22. 



338 HISTOIRE 

chargé des pouvoirs du saint siëge, fit avertir les chefs 
delà faction, Gaston de Bëam, les vicomtes de Fronsac 
et de Castillon , le prieur du Mas et le maire et les 
jurais de La Rëole, de déposer les armes; et sur leur 
refus il publia Texcommunication dans les diocèses de 
Bordeaux et de Bazas, et ordonna à Tévêque d'Aire de 
la faire publier dans son diocèse. 

Gaston méprisant ses foudres s'a dressa ( 1 ) à Alphonse, 
roi de Castille, et lui offrit le haut domaine de la pro- I 
vince ; mais comme le prince espagnol faisait tropatten- | 
dre son secours, La Réole fut obligée de se rendre 
toutefois à des conditions avantageuses. Les autres con- 
fédérés furent traités avec plus de rigueur. Henri arra- j 
chait leurs vignes, ravageait leurs moissons , brûlait et 
rasait leurs maisons, et se signalait par des excès pins 
dignes d'une vieille femme que d'un guerrier , comme 
le disaient dans leur désespoir ses ennemis. L'or acheva 
ce qu'avait commencé la terreur, et aux fêtes de Noël 
1255 qu'il célébra à Bazas, plusieurs seigneurs que 
n'avaient pu soumettre ses armes, vinrent prendre part 
à ses libéralités. Les Gascons , dit Matthieu Paris , qui 
nous a transmis ces dissensions, sont amis de fortune. 

Leur défection n'ébranla point le vicomte de Béam. 
Peu de jours après il osa assiéger Bayonne ; c^était la 
seconde ville de la province. Son port la rendait impor- 
tante; elle était riche en vaisseaux, en hommes de 
guerre et en marchands ; son principal commerce était 
celui des vins. Ses bourgeois exposés fréquemment aux 
exactions des Anglais haïssaient leur domination et 
favorisaient le projet du vicomte de Béam ; mais le bas 

(1) Marca, ch. 7 et suivants. L'Art de vérifier les dates. 



DE hk GASGOGBE. 339 

peuple était dévoité à rAngleterre. Il arrêta les soldats 
de Gaston dont quelques-uns sYtaient déjà introduits 
dans la place, et la conserva à ses anciens maîtres. 

Gaston avait compte sur Fappui d^^lphonse. Henri 
gagna le monarque espagnol en lui demandant la main 
de sa sœur pour Edouard, son fils aine. Alphonse l'ac- 
corda et abandonna à son beau-frère tous ses droits sur 
la Gascogne. Cette alliance amena la paix. Gaston fut 
ocnnpris dans le traité. Par une des clauses Henri s'en- 
gageait à indemniser les seigneurs Gascons de toutes 
les pertes qu'il leur avait fait essuyer. Cette querdle 
coûta à l'Angleterre deux millions sept cents livres 
sterlings. Il n en eut pas fallu autant, disaient les enne- 
mis du roi , pour acheter toute la Gascogne. Le jeune 
Edouard alla épouser à Burgos Tinfante Aliénor et y 
fut armé chevalier par le roi Alphonse. Le puissant 
baron dom Gaston de Béam partagea cet honneur 
ainsi que différents princes dont quelques-uns sont 
désignés. Dans la liste d'honneur de cette réception , 
l'histoire (1) a observé que Gaston est nommé avant 
Rodolphe de Habsbourg, le chef de la maison d^ Autri- 
che , le futur César qui devait bientôt ceindre la cou- 
ronne de Charlemagne. Alphonse le releva en même 
temps de tous les serments que ce vicomte ou ses pré- 
décesseurs avaient prêtés à la couronne de Castille, à 
raison de la terre de Gascogne. Cétait déclarer solen- 
ndlement le Béam franc de toute vassalité à l'égard de 
TEspagne. 

En se réconciliant avec l'Angleterre, Gaston s'était 
obligé à remettre le château de Sault entre les mains 

(I) Geaufroi, archidiacre de Tolède. 



340 HISTDIIIE 

du jeune Edouard à qui son père venait d'abandonner 
la Guyenne* Le château appartenait à Garsie-Amaud 
deNavailleS) mais il relevait delà vicomte de Béarn, et 
à ce titre Gaston pouvait en disposer. La domination 
anglaise n'était point aimée. Les habitants poussés sans 
douteparle seigneur de Na vailles, se révoltèrent et fer- 
mèrent leurs portes. Gaston était à Bazas avec le comte 
d'Armagnac. Il regarda ce refus comme un outrage fait 
à son autorité plus qu'à la couronne d'Angleterre, et ré- 
solut de le punir. Il somma (i) aussitôt Amanieu d'Aï- 
bret de lui remettre le château de Gisenave situé k 
trois lieues de Langon , et fit signer la sommation 
par une foule de seigneurs , parmi lesquels nous trou- 
vons En Doat de Pins , maire de Bazas. Le château de 
Casenave et celui de Bazas dépendaient de la vicomte 
de Gavardan , et Gaston en avait investi le sire d'Albret 
qui était devenu ainsi son cai^er et son homme. Cet 
hommage est le premier lien qui ait rapproché les sires 
d'Albret, du Béam , où leur postérité devait jeter tant 
d'éclat. Nous ignorons ce que fit Gaston pour réduire 
les habitants de Sault. Nous savons seulement que 
cette forteresse était au pouvoir des Anglais en 1264. 
Garsinde, mère de Gaston, vivait encore alors et admi- 
nistrait les domaines que la maison de Béarn possédait 
dans la Catalogne. Elle dut mourir bientôt après. 
L'histoire du moins ne prononce plus son nom. 

Le sire d'Albret mourut avant elle. Il avait été élevé 
à la cour de dom Jaymes , roi d'Aragon , sous lequel il 
fit ses premières armes. Deux événements tragiques 
empoisonnèrent sa vie (2). Dans un tournoi, noble et 

(1) Marca, liv. 7, ch. 10. — (2) L'Art de vérifier les dates. 



DE LA GASœCME. 34 1 

brillant exercice si répandu depuis , et dont la mode 
commençait à se répandre, il blessa k mort par mégarde 
le sire de M onlberon , un de ses voisins et sans doute 
son ami. Guillaume de Lasserre , son ancien gouver- 
neur, presqu^aussi malheureux que lui , s'ëbattant à la 
chasse avec quelques chevaliers anglais, tua par inad- 
vertance un chambrier d'Henri III. Le roi, inconsolable 
de cette perte, fit arrêter l'innocent auteur de cette 
mort involontaire , et lui fit impitoyablement trancher 
la tête. Le sire d^Albret aimait tendrement Guillaume. 
 la douleur que lui causa Tatroce sévérité du monar- 
que anglais vinrent s'ajonter presqu'aussit^ la perte 
d'Assalide , son épouse , fille du vicomte de Tartas et 
celle de son fils aîné. La Gascogne n'était pour le sire 
d'Albret qu'une terre de désolation. Il s'empressa de 
repasser les Pyrénées et de rejoindre le monarque près 
duquel s'étaient écoulées ses premières et ses plus dou- 
ces années. Il chercha à oublier ses malheurs au sein 
des combats et signala sa valeur contre les Maures; 
mais des coups trop poignants avaient altéré cette orga- 
nisation tendre et sensible , si peu commune chez les 
barons du moyen âge. Il mourut dans un âge assez peu 
avancé sans laisser d'enfants d'Isabelle, proche parente 
du roi dom Jaymes que ce prince lui avaitfait épouser 
peu après son retour. Assalide lui avait donné , outre 
l'enfant mort peu après elle, deux autres fils, Amanieu 
et Bernard. Le premier lui succéda sous le nom d'Ama- 
nieu VI. 

Le repos pesait à l'âme belliqueuse de Gaston; mais 
dans ses entreprises on ne trouvait pas toujours cette 
fleur de courtoisie et de délicatesse que les lois de la 
chevalerie mettaient alors en houneur par tout le monde 



342 HISTOIRE 

chrétien. 11 se trouvait un jour, en 1 266, avec quelques 
soldats armés sur les confins de la Lomagne, près d^un 
château qu'habitait la jeune vicomtesse de ce pays. 
Alléché par Foccasion (<), il part avant le jour, attaque 
le château , sVn empare et amène prisonnière la jeune 
châtelaine. Le vieil Othon-Amaud, trop faible pour 
obtenir par lui-même réparation de Tinjure faite â sa 
belle-fille, en demanda justice à Alphonse, comte de 
Toulouse. Celui-ci chargea le sénéchal d^Agenais-de 
sommer le vicomte de Béam d'amender ses forfaits^ 
et raffaire fut apaisée. Cette répression n'empêcha pais 
Gaston d^enlever vers le même temps la fflle unique (2) 
du sire de Montaigne-sur-Gironde avec lequel il était 
en guerre. Alphonse dut encore intervenir , mais nous 
ignorons quel fut le résultat de cette médiation^ 

(1) Marca» page 618. ^ (2) Le même. 



DE LÀ GASCOGNE. 343 



CHAPITRE II. 



Esfdnt abuione ut ftiMrm m TAnupie. ^ Géraid reid bouife i TAi- 
fletem. — Bifûnt iiit^ le emle d'Amague , — il bit eeuiM de loi eeité i 
Km de Leieetter , — il'eiitre ei eespositioi née Gittei de Béin. — Merl di 
ceaiede Feix. — Merl de rireheTiqiie d'Aicli.— Feiditiei di eeuTeat des Ger- 
ielien de Noftre et d*Aieh. — Mort di Tieoite de LeBipe. — Mort di eoite 
é'Astarie.— CoBtei de Ptrdiie, —de ritle-Joudiii. — Gierre d'EiquTit née 
SiMi de Leieetter. — Guerre de Géraid d'Anipae iToe Alpkeue , eeite de 
Ttileue ,— iToe let hibitiiti de Goatoi. 



La diversion occasionnée par la mort de Péironille 
fut favorable à Gëraud d^ Armagnac. Arnaud , vicomte 
de Lomagne, forcé de plier, se plaignit au roi d'Angle- 
terre qui , le i3 avril i253, écrivit (i) en sa faveur à 
Tarclievéque d^Auch, aux barons, aux chevaliers, aux 
bourgeois d'Auch et de Nogaro, et aux cours de Fezensac 
et d^ Armagnac; mais Mascarose mourut elle-même Tan- 
née suivante et non pas en 1 25 5 comme le soupçonnent 
Brequigni et dom Clément (2). Elle ne laissait point 
d^enfants ; ainsi flsquivat ne pouvait désormais rien 
prétendre sur le Fezensac et 1* Armagnac. Il fallut toute- 
fois lui compter une somme d'argent , mais peut-être 
lui revenait-elle du chef de sa femme. Segnis avait de 
puis long-temps abandonné la partie; le vicomte de 
Lomagne n'avait jamais rien réclamé qu'au nom de sa 
femme et de sa fille ; il se retira aussi. En se retirant, il 
consentit facilement à une trêve et déposa les armes. 

(1) Aymer, Acte» publics, tom. 1.— (2) L'Art de vérifier les dates. 



3i4 HISTOIRE 

Toutes les prétentions ayant ainsi disparu, Géraud se 
vit enfin maître du riche héritage qu'il poursuivait de- 
puis longtemps. A part sa liaison momentanée avec 
Henri III , il s'était jusque là montré le partisan des 
comtes de Toulouse. Sa nouvelle position lui imposait 
de nouveaux devoirs. L'Armagnac et le Fezensac, jadis 
partie principale de l'Aquitaine primitive , avaient 
toujours conservé plus de rapport avec la Guyenne qu'a- 
vec le Languedoc. Aussi, lorsqu'il se vit délivré de ses 
compétiteurs, il se transporta à Bordeaux, où Henri III 
tenait alors sa cour , et il s'engagea dabord à exami- 
ner sérieusement si Géraud IV , son oncle paternel r 
avait prêté foi et hommage au souverain d'Angleterre 
pour les comtés de Fezensac et d'Armagnac, et k suivre 
son exemple. Trois jours après (15 septembre- 1251) 
il déclara (1) qu'ayant constaté le fait, il rendait un 
hommage pareil et consentait à perdre ses domaines, si, 
trois mois après avoir forlait à sa parole, il n'était point 
rentré sous les lois du vasselage. Tous les chevaliers des 
deux comtés s'obligèrent pour eux et leurs descendants 
de renoncer à l'obéissance de Géraud , si le comte se 
montrait infidèle à Henri , ou ne le reconnaissait pas 
dans le délai assigné. Les chevaliers donnèrent des let- 
tres marquées de leur sceau et approuvées par le comte 
d'Armagnac. *Ceux d'entr eux qui n'avaient point de 
sceau, donnèrent une attestation notariée. La commu- 
nauté de Nogaro prêta aussi le serment et donna des 
lettres scellées du sceau commun. Les communautés 
d'Auch, d'Eauze, de Jegun, de Vie, d'Aignan, d'Aubiet 
et d'Espas imitèrent Nogaro ou fournirent une charte 
notariée. 

(i) Rymer, lom. 1, page 186. Manuscrit du Séminaire. 



DE LA GASCOCKE. 345 

Tant d^assurances ne suffirent pas a Henri. Il voulut 
garder entre ses mains durant cinq ans, le château et la 
TîUe de Lavardens , promettant de les rendre après ce 
temps, et s'engageant à ne rien réclamer pour les amé- 
liorations qu il y aurait ajoutées. Pour prix de ce Tasse- 
lage, il s^obligeait à défendre Géraud contre tout assail- 
lant, pourvu qu'on ne Fattaquât que dans les terres 
dépendantes de la couronne d^ Angleterre. Il lui aban- 
donnait encore les sommes qu^il av^it payées pour liii à 
Esquivât, et qui avaient été stipulées dans là convention 
qui établit la paix entre les maisons d'Armagnac et de 
Bigorre. 

Géraud avait déjà prêté un serment aussi explicite 
à Alphonse et à son beau-père. Placés sur les confins de 
la Guyenne et du Languedoc , nos comtes devaient 
nécessairement subir les chances de leur position et se 
prêter aux exigences souvent opposées des deux maisons 
rivales qui gouvernaient ces provinces. Il n^était pas 
d^ailleurs rare dans le moyen âge de voir des vassaux 
transporter leur fidélité d'un suzerain à un autre ; et 
comment même l'éviter quelquefois ? La féodalité sim- 
ple dans son origine, s'était singulièrement compliquée 
ens^étendant. Assez souvent on dépendait d^un seigneur 
pour une portion de son domaine, et de son ennemi pour 
une autre portion. De là l'obligation d'envoyer des 
scJdats dans les deux camps. Cétait presque uhe guerre 
civile continuelle. Au reste, le changement de Géraud 
semble avoir été reconnu et accepté par la maison de 
France, car dans le traité de paix qui réunit la France 
et l'Angleterre , et où brilla avec tant d'éclat toute la 
loyauté de St-Louis , une clause porte expressément : 
Le roi d* Angleterre fera liommage de Bordeaux^ de 



346 HISTOIHE 

Bajranne et de Gascogne. Alors Usera tenu défaire 
les teb serxfices, comme Userait trouvé de F hommage 
de la comté de Bigorre, d'Armagnac et Je Fezensac^ 
soit ce que de droit en sera (1 ). 

E^uivat avait d^autant mieux consenti à se retirer 
de PArmagnac , que Gaston venait de se réconcilier 
avec FAngleterre. Fort par lui-même, plus fort ehcore 
par ses alliances et par les sympathies des seigneon 
Gascons, le vicomte de Béam allait pousser la lutte avec 
vigueur. Esquivât ne crut ps pouvoir résister seul i 
Torage qui se formait* Le haut rang que le comte de 
Leicester, son oncle, occupait a la cour d^ Angleterre et 
le ressentiment que les révoltes et les longs combats de 
Gaston avaient dû laisser dansle cœur du faible et vin- 
dicatif Henri III lui firent tourner ses vues de ce c&té. 
Il implora Tappui de ce prince , et pour Tattacher a sa 
cause, il se fit son vassal. Ses prédécesseurs avaient suc- 
cessivement fait hommage au roi de Navarre et d'Ara- 
gon, maiâ nul n'avait donné sa foi aux ducs de Guyenne. 
Henri le sentit lui-même ; il s'empressa d'acheter les 
prétendus droits de l'église du Puy sur le Bigorre, et 
s'appuyant de cette illusoire cession , il fit expédier de 
St-Macaire, près Bordeaux, la charte suiyante que nous 
empruntons à Marca. 

« Henri (2), par la grâce de Dieu , roi d'Angleterre, 
seigneur d'Irlande, duc de Normandie et d'Aquitaine, 
comte d'Anjou , à tous ceux qui ces présentes lettres 
verront, salut. C!omme ainsi soit que notre cher et féal 
Esquivât de Chabannes, comte de Bigorre, ait reçu de 
nous le comté de Bigorre, avec ses appartenances, pour 

(i) Ruiner, tom. 1, p. 45. — (2) Marca, liv. 3, eh.. 12, p. 829. 



DE LA GASCOGNE. 347 

les tenir, lui et ses hoirs, de nous et de nos successeurs 
kperpëtuité, et que du consentement exprès deFévéque 
51 chapitre du Puy , ci-devant seigneurs directs du dit 
Elsquivat et de ses prédécesseurs , comtes de Bigorre , 
|iii ont cédé à nous et à nos hoirs la seigneurie qu^ils 
liaient sur ledit comté ; le dit Elsquivat nous ait fait 
hommage-Hge d^icelui pour soi et ses hoirs; nous pro- 
mettons de bonne foi, octroyons et protestons par ces 
présentes que nous, ni nos successeurs, nVxigerons du 
dit Esquivât ni de ses hoirs, autres coutumes ni services 
qae ceux que les ccmites de Bigorre avaient accoutumé 
de rendre à Téglise du Puy , sauf toutefois à nous et à 
nos héritiers Thommage dudit Esquivât et de ses hoirs 
pcKur raison dudit comté; et lui promettons de lui faire 
tous les devoirs que Féglise du Puy faisait aux comtes 
de Bigorre, et assisterons et défendrons le dit Esquivât* 
comte de Bigorre, et ses hoirs , comme notre homme- 
lige. En témoignage de quoi nous avons fait expédier 
ces lettres-patentes, témoin moi-même. A St-Macaire , 
le. 4 5 juin, Tannée 38"* de notre règne. » 

L^appui du roi d^ Angleterre n^arréta point Gaston ; 
il se présenta en armes et s^empara de Gistelnau-de- 
Rivîère-Basse. La noblesse n^avait pas attendu son 
approche pour se partager (1 ). Raymond d^Antin, Ber- 
nard de Bazillac , Auger des Angles et Bernard de 
Oigund s^étaient déclarés pour lui. Raymond Garsie 
de Lavedan, Arnaud Guillaume de Barbazan, les villes 
de Tarbes et de Maubourguet, le château de Mauvezin 
et la plupart des places étaient demeurés fidèles à son 
concurrent. Cependant le vicomte de Béam, maître de 

(1) Manuscrit de M. Tabbé Declo. 



348 HISTOIRE 

la campagne, semait les dégâts dans la plaine de Tarbo 
et se préparait à attaquer la capitale du Bigorre, Es« 
quivat ofïnt ea vaia de lui faire raison devant les cosis 
réiinies de Bigorre et de Béarn; en vain même il voulut 
soumettre ses droits à la décision des rois de France oa 
d'Angleterre, ou du comte de Toulouse : Gaston, somd 
à toutes les propositions , serrait tous les jours de plm 
près son ennemi. Dans cette e:itrémité , Tinforl^Pf 
comte, Jourdain son frère, Tévéque et les bourgeois d^ 
Tarbes, et la cour de Bigorre implorèrent lesecxnus du 
comte Leicester. ELsquivat alla plus loin ; il loi éerifit 
peu de jours après que se sentant trop faible pour cbS^ 
fendre le Bigorre contre les violences du vioomte de 
Béarn, il lui en fait donation (1). Un acte aussi impo- 
litique ne saurait être justifié que par les liens étroits 
qui unissaient Montfort à Esquivât et qui faisaient croirB 
au petit fils de Pétronille que le comté lui sérail rendu 
dès que la posseission en serait possible. Nous verrons 
bientôt s'il avait jugé sainement de son oncle.. Cepen- 
dant le secours de celui-ci ne fut pas nécessaire. 

Alphonse , fils aîné du roi d'Aragon, descendait les 
Pyrénées, appelé par Gaston. Son approche , redoutée 
des partisans d'Esquivat, était un gage de paix. Loia 
d'envenimer les hostilités , il s'entremit entre les dew 
parents et les amena à soumettre leurs contestations i 
la décision de Roger, comte de Foix (2). Nul ofaoii^De 
pouvait être moins suspect aux parties. Les intérêts de 
Gaston étaient chers à Roger, parce que son fils aine 
avait été fiancé à Marguerite , seconde fille du vicomte, 
et ceux d'Esquivat ne lui étaient pas indifférents, car 

(1) Manuscrit de M. Tabbé Declo, Marca. — (2) Les mêmes. 



DE LA GASGOGME. 349 

il était prêt à lui donner eu mariage sa propre fille, 
Agnès. Seulement il fallait prévenir les difficultés que 
les deux compétiteurs pourraient opposer à Texécution 
le la sentence. Pans ce dessein, on dressa un compromis 
par lequel Gaston et Esquivât s'engageaient, sous peine 
3e mille marcs d'argent, à tenir pour agréable ce qui 
lerait ordonné par le comte de Foix; et pour plus grande 
lâretë de leur parole, Gaston donna pour otages Garsie- 
àmaud de Navailles, Bernard de Coarrase, Raymond 
le Domi, Raymond- Arnaud de Gerderest et Raymond 
le Miossens, avec les villes de Vie et de Castelnau-Ri- 
rière-Basse. E^uivat livra de son côté Raymond Garsie 
de Lavedan, Arnaud-Guillaume deBarbazan, Raymond 
le Barèges^ Jean Delort et les châteaux de Mauvezin 
et de Maubourguet avec leurs dépendances. Ces préli-- 
niiiaires furent jurés solennellement en présence d^AI- 
plionse , d'Amaud-Raymond , évéque de Tarbes , de 
Gâraud , comte d^Armagnac , d'Arnaud de Montagut , 
le Pierre de Pouey et de plusieurs atitres seigneurs. 
Six jours après , le comte de Foix prononça son juge- 
ment arbitral. 

4** Le comte Esquivât cédera à sa sœur et à son beau- 
frère k vicomte de Marsan avec la ville de Maubôur- 
gaet et tout le territoire qu'on appela depuis le pays de 
Rivière-Basse. 

2* Gaston et Mathe renonceront pour eux et leurs 
soooesseurs, en faveur d'Etui va t et des siens, à tout le 
oomté de Bigorre, ainsi qu'aux châteaux de Cliabannes 
et de G>nfolans, qu'ils lui disputaient sous quelqu'autre 
prétexte. 

3® Esquivât tiendra quittes les seigneurs d'Antin , 
de Bazillac , des Angles et de Cngurol , et tous leurs 



350 HuroimB 

partisans, de loua les dégâts quHk avaient fàil 
la guerre , et il leur rendra les terres et àâsm 
il s'est emparé sur eux. 

Le comte de Foix se réserva de faire^dimt 
ties sur les prétentions qu'elles avaient au o 
G)mminges , lorsqu'elles voudraient en faire 
suite devant lui. Ce jugement fut rendu le san 
VExalution de la Ste-Croix, 1256, dans 1 
noble d'Orthès, en présence de Bertrand, évéqi 
car, Raymond, évéque d'Oleron, Navarre, < 
Dax, Guillaume d'Andouin, Bernard de Goar 
mond-Garsie de Lavedan , Amaud-Gùillaun 
bazan. 

Après cette pacification , le comte de Fo 
fille à Elsquivat comme il se Tétait déjà pro][ 
constitua du consentement de Brunisinde , s 
vingt-cinq mille solsMorlas de dot. Esquivât} 
vingt mille de douaire, et assigna les uns et 
sur le château de Mauvezin, dont la jouîssai 
tiendrait à sa veuve. Esquivât déclarait solen 
que les enfants qui naîtraient de ce mariage 
deraient dans le comté de Bigorre. Le maris 
célébré le 4 octobre , en présence de Gérai 
d'Armagnac et de Fezensac. Sur la fin de 
année , ou plutôt selon notre style actuel , le 
de Tannée suivante, E^uivat voulant peupl 
deBidalos, affranchit de tout droit ceux qui vi< 
Thabiter, à la charge par eux de payer à la fét 
deux sols Morlas par feu. Il fit cette concessic 
château de Lourdes où il résidait avec le i 

(i) Marca, l'Art de vcriHor les dates. 



DE LA GASCOGNE. 351 

. Tévéque de Tarbes. Celui-ci fut aussi témoin 
mire concession faite peu de jours après, et 
le son sceau et des sceaux du comte et d^ Agnès, 
oe. 

née suivante 1257, Esquivât répara la perte 
avait causée le démembrement de son comté 
tant à ses terres la vicomte de Couserans (i) 
advint par le décès de Roger, comte de Paillas, 
nit en possession, mais il ne put se faire recon- 
lans le château de 0)rdes que lui retint le comte 
minges. Esquivât, au lieu de demander justice 
ss à la main, aima mieux en appeler à Tarbi- 
a comte de Foix. 

i-ci possédait au delà des Pyrénées plusieurs 
es dont quelques-uns relevaient de la couronne 
m. Cette vassalité amena une guerre , mais la 
lit trop inégale. Roger défait fut réduit à de- 
* la paix et à payer au roi Jacques dix mille sols 
s frais de son armement. Il fut plus heureux 
Alvarès (2) , comte d'Urgel , et son Irère , qui 
:ent la paix qu'en cédant une partie du comté 
[ (1256). A la fin de Tannée suivante, le comte 
rre confia la garde de la ville de St-Girons et 
le Nébouzan, à Roger , jusqu a ce qu'Arnaud 
:ne , fils de Roger de Comminges et de Ray- 
d'Aspet, son vassal, à qui ce pays appartenait, eût 
vingt-cinq ans. Gaston, vicomte de Béarn , avait 
mentions sur le même pays, du chef de Mathe , 
ne. Il engagea le Nébouzan et la ville de St- 
\s à Roger pour la somme de six mille sols, et 4e 

ca, l'Art de vérifier les dates. — (2) Dora Vaisselle, Marca. 



352 HISTOIRE 

comte de Foix ajouta plus tard deux autres mille âols 
à cette somme. L'acte en fut pass^ à Nogaro le mardi 
après le dimanche des Rameaux (1258). 

Roger augmenta les domaines de sa maison (1). Il eut 
de longs et vifs démêlés avec les inquisiteurs de la Foi; 
mais il s^était réconcilié avec eux lorsque la mort vint 
Tenlever à Tamour de ses peuples. Il tomba malade 
dans son château de Mazères. Sentant son état s'aggra- 
va, il se fit transporter dans Tabbaye de Bolbonné. D 
y mourut dans la chambre de Tabbé après avoir reçH 
avec édification les derniers sacrements , et s'être fait 
revêtir de Thabit de Citeaux, en présence des abbés ié 
Cadours, du Mas-d'Azil et de Lezat, et de toute la com- 
munauté. Il fut inhumé le lendemain, 25 février 4265^ 
dans l'église du monastère qu'il avait fait construire 
sous l'invocation de St-Jacques et de St-Philippe, etoù 
il avait transféré les tombeaux de ses ancêtres. L'arche- 
vêque d' Auch et les évêques de Toulouse et de Q)in- 
minges assistèrent à ses obsèques, et joignirent leurs re- 
grets aux larmes sincères que les religieux et les laïques 
accourus de toutes parts donnèrent à sa mort. 

Il laissait un fils (2) , Roger-Bernard III , qu'il 
établit son héritier , et quatre filles. Il légua à Sibile, 
l'aînée , mariée à Aymeric , fils d'Amalric , vicomte de 
Narbonne, outre sa dot, cent livres de rente. Agnès, 
femme d'Esquivat,la seconde, eut sept mille sols Morlas, 
outre les vingt-cinq mille qui lui avaient été constitués. 
Philippe , la troisième , épousa cet Arnaud d'Elspagne à 
qui appartenait le Nébouzan. Le contrat fut passé le 
7 juin 1262, en présence de Gaston, vicomte de Béarn, 

(i) Dom VaisscU;», Marca. — ^2) Marca, l'An de vérifier les dates. 



DE UL GASOOGIÎE. 353 

de Géraud. comte d'Armagnac j de Raymond, vicomte 
de Gurdonne, d' Arnaud-Roger, comte de Paillas, et de 
plnsiem^ autres seigneurs. Mais oonmiela jeune fiancée 
n était pas encore nubile, le mariage ne fut célébré que 
le 4 5 janvier i264. Arnaud d'flspagne éunt parent de 
Philippe, dut obtenir du pape une dispense qu'il paya 
mille sols Morlas. Sa femme eut à la mort de Roger 
cinq mille sols Morlas outre sa doL EIsclarmonde, la 
dernière fille, était encore fort jeune. Son père ordonna 
c|a''eUe fût élevée dans le château jusqu'à l'âge de i 5 ans. 
U lai substitua tous ses domaines au cas que Roger son 
fils mourût sans enfants mâles , et lui assigna pour dot 
quarante mille sols Melgoriens. Esclarmonde fut unie 
plus lard à Jacques, fils puîné d'Aragon, qui devint roi 
de Majorque. Enfin , le comte de Foix laissa l'adminis- 
tration de ses biens à Brunissinde de Cardonne, sa 
femme, et choisit pour exécuteurs testamentaires, Ama- 
nieu d'Armagnac, archevêque d'Auch, Gaston de Béam, 
Raymond de Cardonne et les abbés de Bolbonne et du 
Mas-d'Azil. 

Rc^er-Bemard III n avait pas encore atteint sa ma- 
jorité lorsqu'il succéda à son père. Il avait été promis 
dès le mois d'octobre 1252 à Marguerite, seconde fille 
de Gaston , qui lui porterait en dot deux mille marcs 
d''»^ent ; mais Tàge tendre des deux futurs époux fit 
différer de cinq ans la célébration du mariage. Lie non- 
Teau comte se rendit à Pamiers {\ ) le lendemain de la 
sépulture de son père, et remit à Tabbé et aux religieux 
deSt-Antonin le château et tous les droits que son père 
avait possédés dans la ville. Le 8 mars suivant, il fit 

^1} Marca, dom Vaisselle, tom. 3. 

//. 23. 



354 HISTOIRE 

serment en présence de Tarchevéque d^Auch et tfAr- 
naud-Carsias, abbé du Mas-d'Azil, ses tuteurs, de garder 
les libertés du cbâteau de Saverdun. Il alla bientôt après 
à Paris où, par le conseil de Tarchevêque d'Auch et en 
présence de Géraud , comte d^ Armagnac , il assigna le 
1 5 avril à Brunissinde, sa mère, sept mille sols de rente 
pour son douaire. Enfin, le 29 août il rendit hommage 
à Jacques , roi d'Aragon , pour tout ce qu'il possédait 
dans la Cerdagne et le Confolant. 

L'arcbevéque d'Auch, Amanieu (i), avait succédé à 
Hispan vers la fin de 1261. Il était le troisième fils de 
Roger, vicomte de Fezensaguet, et le frère de Géraud V, 
comte d'Armagnac. Voué à Téglise dès son bas âge , il 
a vaitpris Thabit religieux dans le chapitre de St-Etienne 
de Toulouse. Il édifiait cette communauté par ses mœurs 
graves et austères, lorsqu'il fut appelé sur le siège 
d'Auch. L'épiscopat de son prédécesseur avait été si- 
gnalé par quelques événements que nous n'avons pa 
encore raconter. 

En 1 246, Guillaume de Pardaillan se repentant de 
plusieurs injustices dont il s'était rendu coupable à l'é- 
gard de l'église d'Auch , lui donna les dîmes de Gizan 
et de Pellefigue dans l'archidiaconé de Savanes, et la 
moitié de celles d'Arpentian et de Foumès dans l'ar- 
chidiaconé de Pardaillan. L'acte fut passé à Eauze, en 
présence de noble Odonde Cazaubon. Peu après, Guil- 
laume de Lagraulet (2), son neveu, se transporta à Auch. 
Là, dans le sein du chapitre, devant l'archevêque et le 
prieur, il confirma la donation de son oncle et jura de 



(1) Gallia Christiana, Dom Bnigcllcs, M. d'Aignan. — ('i'Car- 
tulairc d'Auch. 



DE LA GASCOGNE. 355 

la défendre même s'il en était besoin. Le chapitre, pour 
obtenir cette ratification, lui donna cent cinquante sols 
Morlas, et en compta trente à Guillaume d^Arcamont 
et à un autre seigneur à qui Guillaume de Pardaillan 
avait déjà engagé les dîmes. Cette dernière transaction 
eut pour témoins Maurin de Biran, qui devint bientôt 
après curé de Barran. Deux ans plus tard, Arnaud de 
Puysegur, sa femme, ses fils et ses filles, donnèrent au 
chapitre les dimes d'Orsan et une pièce de terre située 
dans la ville d'Auch, près du château du comte, en pré- 
sence de Jean de Bézues, d'Arnaud de Peyrusse et de 
Martin du Longard. 

Un incendie détruisit en ^ 251 (i) le couvent de 
Pessan avec Téglise et le château qui la défendait. His- 
pan en appela à la charité des fidèles pour aider Fabbé 
et les moines à reconstruire leur monastère. Il permit 
même d'employer à cette œuvre les aumônes destinées 
aux pauvres. Enfin il accorda pendant deux ans qua- 
rante jours d'indulgences à tous ceux qui y auraient 
contribué. L'appel fut entendu. Les dons furent abon- 
dants et surtout si prompts, que le prélat put consacrer 
réglise peu de mois après. Hispan donnait l'exemple de 
la libéralité. En 1256, il abandonna aux Templiers les 
terres de St-Martin dans l'archidiaconé d'Angles, et 
vraisemblablement dans la paroisse de Montesquiou. 
Il réserva seulement pour lui et ses successeurs les pré- 
mices et les dîmes. 

Le couvent du Brouil disputait (2) alors au chapitre 
-d'Auch un bien appelé Le Rieuto]$, et situé dans la 



(1) Dom Brugclles. M. d'Aignan, Preuves. — (2) Manuscrit de 
jM. d'AignaiL 



356 BISTOIRE 

commune actuelle de Mirannes. On prit potLr arbitra 
le sacristain d^Âuch et le cellérier du monastère , qaj 
s'^adjoignirent Raymond-Guillaume d'Areich, archi- 
diacre d'Eauze. On s'obligea à tenir le compromis sous 
peine de deux cents sols Morlas. Odon d'Orbessan, 
seigneur de Tlsle, et le cliapelain de cette paroisse 
furent les garants de rengagement. La sentence fut 
port(^e le jour de St- André , dans la salle du Palado, 
en présence de la prieure Biveme , de Guillaumette 
d'Avéron, de N. d'Auxion, de Vital, prieur du Bronil, 
et de quelques-uns de ses religieux parmi lesquels nous 
trouvons Vital de Lamezan et Pierre de Galard. Les 
témoins sont les chapelains de Tlsle, frère Forton, 
hospitalier de Montesquiou, frère Guillaume-Arnaud, 
sacristain de Salegrand (dans Barran) , et frère Guil- 
laume, hospitalier de l'Isle. Elle fut acceptée et ratifiée 
publiquement à Thôpital de TIsle-de-Noé le jour de 
Ste-Candide {i^ décembre), en présence d'Odon d'Or- 
bessan, seigneur de l'Isle, d'Arnaud-Guillaume, cheva- 
lier, de Pierre d'Auriabat, de Guillaume de Respaillès 
et des frères qui desservaient l'hôpital. Nous voyons id 
que le couvent du Brouil, comme presque tous ceux 
de Fontevrauld, se composait d'une double communauté 
de religieuses et de religieux. Cet usage subsista long- 
temps. C'était la prieure qui commandait à la double 
communauté et recevait les religieux. Robert d'Arbris- 
selles, le fondateur de l'Ordre, avait voulu honorer par 
cette prérogative, Marie, commandant au disciple bien- 
aimé. • 

Hispan avait ménagé cette transaction. Sa prudence 
termina heureusement une affaire plus délicate {{\. 

(1) Manuscrit de M. d'Aignan , dom Vaisselle. 



DE LA GASCOGNE. 357 

l^arclievéque de Narbonne et Tévéque d^Albi se plai- 
. gnaient avec raison des officiers royaux qui sous pré- 
texte que leurs maîtres avaient Tavouerie ou protection 
des églises , saisissaient leurs biens , s'emparaient de 
leurs châteaux et se permettaient de nombreuses vexa- 
tions. Innocent écrivit aux prélats du Midi et les exhorta 
â s'employer auprès des dépositaires de l'autorité royale 
poijir les engager à mieux ménager les intérêts de l'é- 
glise ; et sur de nouvelles plaintes , il enjoignit à l'ar- 
dievéque d'Auchde frapper les coupables des censures 
ecclésiastiques. Hispan n'eut pas besoin des foudres 
qu'on mettait dans ses mains ; sa sagesse sut se faire 
écouter et les vexations cessèrent. 

Sur la fin de ses jours , Guillaume de Sedillac ou 
plutôt Serillac, comme nous prononçons maintenant, 
et Raymond de Serillac , son frère , donnèrent au cha- 
pitre les dîmes de St-Félix, dans la paroisse de Roque- 
laure,etune autre dime près de Lavardens (i). Ils 
firent ratifier cette donation par leurs neveux et la 
firent confirmer par Arsius de Montesquiou , abbé 
d' Ydrac , et Pierre d'Esparsac , abbé de Faget. Guil- 
laimie , pour donner plus de poids à cet acte , pria les 
consuls d'Auch d'y apposer le sceau de la ville; cent 
sols Morlas payèrent celte libéralité , qui eut pour té- 
moins Philippe de Bonas , chapelain ou curé de Cas- 
telnau-Barbarens , et Prix de Castain, chapelain de 
Lavardens et archidiacre de Savanes. 

S'il fallait en croire un rescritdu parlement de Paris, 
rappelé par un ancien légiste (*), Hispan aurait réclamé 

(1) Gartulaire du Chapitre. Dom Brugellcs. M. d'Aignan. 
(*) René Chopin. Monast. , liv. 2. 



358 HISTOIRE 

pour sa métropole la protection de St-Louis comme 
seigneur temporel. Le prélat s'étayait, dit-il, auprès du 
monarque français de ce que son siëge avait été établi 
et doté par Clovis ; mais l'acte qu'on lui prête est sans 
doute aussi peu fondé que les assertions qu on mit dans 
sa bouche sont fausses., Ce qui paraît plus certain, c'est 
que Hispan reçut l'hommage du comte d'Armagnac 
L'archevêque et son clergé s'étaient rangés du côté de 
Géraud durant sa lutte avec le vicomte de Lomagne. 
Cet hommage, s'il est réel, fut vraisemblablement le 
prix ou la récompense de cette protection. 

Géraud ne crut pas en avoir fait assez. Heureux 
d'avoir triomphé de ses ennemis et de se voir enfin 
paisible possesseur du riche et vaste héritage que pour- 
suivaient ses efforts , il voulut en témoigner sa recon- 
naissance au ciel d'une manière éclatante. Dans le 
moyen âge , nul acte pieux ne valait la fondation d'un 
couvent. François d'Assise venait d'opposer au sensua- 
lisme et à l'orgueil du monde le dénûment et l'humilité 
de son institut. Le comte appela (1 ) l'Ordre naissant et 
l'introduisit dans ses domaines. Il l'établit d'abord à 
Nogaro , et bientôt après à Auch, où il lui donna l'em- 
placement qu'occupa depuis le couvent. 11 y ajouta 
ensuite quelques terres voisines, se réservant toutefois 
qu'il pourrait les transformer en fossé en temps de 
guerre, mais s'engageant à les rendre à leur première 
destination aussitôt après la paix. Cette donation fut 
faite entre les mains de Raymond Dubernard ou Duber- 
net, gardien du couvent des cordeliers de Nogaro, ei 
frère Arsène de St-Justin, lecteur de celte maison. 

(1) Dom Brugclles et M. d'Aignan. 



DE LA «.AâCD&SK. i39 

Li'acteen fkt passé k Lohaaer. prèsd^Espiis, le 1 ocft»- 
ïxe 1255. 

La yille, par Torgaiie de ses cousais^ afoaCa qnekpae 
tCRain à celai qa^a^ait doué le comte. Uaii et FaaCre 
étaient sur les confins des domaines appartenant ans. 
moines de Sl-Orens qoi se prétendirent lésé& Oi en 
aj^^da à Tarbitra^ des consuls d'Aoch: c'étaient André 
Dnoos, Goirand d'Enroqnes. Coiraud de Laiof^^œ^ 
Pej (Pierre) de Biran^ Pej de Lasportes y Pcy dTEa- 
picoté, Dominique Mouli» et Raymond Sans Mouliék 
Ils décidèrent que les frères mineurs posséderaient dé- 
sormais en paix le local contesté : qu'Us pourraient 
ensevelir dans leur cimetière non seulement les mem- 
bres de leur communauté, mais encore toutes les per^ 
sonnes affiliées à leur Ordre, et même toutes celles qui 
y éliraient leur sépulture; mais en même temps ils sta- 
tuèrent que nul désormais ne pourrait aliéner aucune 
partie du terroir de cette paroisse sans la permissiou 
du prieur de St-Orens. Deux ans auparavant , le pape 
Alexandre IV avait confirmé et placé sous le patroua^ 
du saint-siége toutes les donations faites à cet Ordre* 
Peu après, le cardinal de Ste-Cécile ayant été chai^ 
de prêcher la croisade en France commit à sa }Jace> 
dans le Midi, le gardien du nouveau couvent et lui 
permit de s'adjoindre les religieux de sou Ordre qui 
lui conviendraient. Il Tautorisa même à accorder au 
nooDL du saint-siége cent jours d'indulgences à tous ceux 
qui assisteraient au sermon de la croisade. 

Pendant que les enfants de $t-François s'introdui- 
saient dans le diocèse d'Auch , le chapitre de la mé- 
tropole était aux prises avec les fils de St-Beuoît (<). 

(1)M, d'Aignan, Preuves. 



360 HISTOIRE 

L'abbé et les religieux de Flaran renouvelant une 
ancienne querelle réclamaient les dîmes de Cézan et de 
Ste-Gemme. Garsias, officiai de Ste-Marie et frère 
Jacques de Castelnau-d' Arbieu , moine de Berdoues; 
pris pour arbitres, confirmèrent une première sentence 
portée en 1220 par rarchevéque Garsias- Delort, L'abbé 
et les siens vaincus cette fois encore abandonnèrent la 
contestation. Ils payèrent même au chapitre cinquante 
sols Morlas pour les dîmes deFlaranet, sur le territoire 
duquel s'élevait leur monastère. 

Hispan mourut vraisemblablement le 1*"" mai 1261» 
quoique le nécrologe de La Case-Dieu renvoie sa mort 
au 8 juin suivant. Par son testament il fonda dans sa 
Cîithédrale huit prébendes ( i ) qu'on appela prébendes 
du St-Esprit. Des obstacles s'opposèrent quelque temps 
à l'exécution de ses dernières volontés. La fondation ne 
fut réalisée qu'en 1342 par Guillaume de Flavacourt, 
nn de ses successeurs. 

Le vicomte de Lomagne l'avait précède dans la tombe. 
Il mourut en \i56 (2) , laissant de sa seconde femme, 
Marie de Sauve, un fils et une fille, Vesian et Philippe. 
Le fils à peine échappé au berceau lui succéda sous la 
tutelle du seigneur de Blaziert, nommé Vesian comme 
lui, et fils de Géraud I*"", seigneur de Blaziert. Celui-ci 
était le dernier enfant d'Othon de Lomagne qui vivait 
l'an H 95, et qui fonda, dit-on, la commanderie d'Abrin. 
On fait remonter (3) à cet O thon la souche des Lomagne. 
Fimarcon, dont la seigneurie comprenait seize villages, 
et s'étendait dans les diocèses d'Auch , de Condom et 

(1) M. d'Aignan, dom Brugelles, GaUta Christiana. — (2) L'Art 
de vérifier les dates. Grands Officiers de la couronne , tom. 2, — 
(3) Grands Officiers de la couronne. 



DE LA GkSCOGfiE. 361 

de Lectoure, sur une cirœnfërence de douze lieues. 
£He avait pour limites, à Forient, la vicomte de Loma* 
gne , à Toocident le Gondomois , au midi le comte de 
Gaure , et au nord la vicomte du Bruillois. Tenue en 
toute justice haute, moyenne et basse, elle fut érigée 
en marquisat en \ 503 , et placée dans le ressort du 
parlement de Bordeaux et la sénéchaussée de Gascogne. 
Les Fimarcons portaient le nom et les armes des vicom- 
tes de Lomagne, ce qui a fait augurer avec raison qu^ils 
appartenaient à la même famille. Vesian voulut recon- 
naître les services qu'Auger de Lomagne, son oncle, 
avait rendus à son père dans la longue lutte que celui-ci 
avait eu à soutenir contre Géraud d'Armagnac. Il lui 
donna les terres de St-Remi et de Garsianer dépen- 
dantes de la vicomte de Lomagne, et lui abandonna en 
outre ce qu'il possédait au château de Caumont (4 août 

Centule II , comte d'Asîarac , un autre compétiteur 
de Géraud III, et vraisemblablement neveu d'Arnaud 
de Lomagne, était mort avant ce dernier. Une expé- 
dition heureuse paraît avoir hâté sa fin (1). Il fit la 
guerre à Arnaud-Guillaume de Labarthe, le battit et le 
fit prisonnier avec plusieurs chevaliers et un plus grand 
nombre d'archers, et tout ce qui marchait à sa suite. La 
victoire avait été vivement disputée , le champ de ba- 
taille resta jonché de cadavres. Il est vraisemblable que 
Centule y fut blessé ; du moins peu de jours après il 
tomba dangereusement malade à Simorre. Bientôt, dé- 
sespérant de sa vie, il demanda l'habit de St-Benoît à 
l'abbé Bertrand de Lasséran, et il expira peu d'instants 

(1) Gartulairc de Simorre, Manuscrit de M. d'Aignan. 



362 HISTOIRE 

après Favoir reçu. Les religieux rensevelirent cTabord 
dans le cloître; mais quelques années après ils lui éle* 
vèrent un mausolée à Fentrée du chœur et y déposè- 
rent son corps. Ses cendres y reposent, tandis que son 
âme, dit le chroniqueur que nous transcrivons , habite 
le ciel. 

Cet événement arriva le 24 août 4249 sous le rè^ 
de St-Louis et le pontificat d'Hispan. Il çut pour té- 
moins Bernard d'Eisparsac , abbç de Faget, Arnaud, 
archidiacre d'Astarac , R. G. d'Espax, chanoine de Fa- 
get, B. d'Aubiet, prêtre, frère G. de Montégut, Arnaud 
de Biran, Avasseur de St Arroman, Centule de Lagor- 
san et plusieurs autres seigneurs. Avant 1 793 , le por- 
trait de Centule ornait la niche placée au-dessus de 
Tautel de St-Cérat dans la nef de l'église de Simorre. 

Ce comte était encore jeune lorsque la mort le frapp. 
Durant sa courte administration quelques difficultés 
s^élevèrent entre lui et les consuls de Castelnau-Barba- 
rens. On prit pour arbitres le comte de Foix et le vi- 
comte de Béarn qui ramenèrent la paix; et Centule, 
pour gage de sa réconciliation confirma ou renouvela les 
coutumes données aux habitants par Bernard son aïeul 
et Guillaume Desbarats. Il n'eut point d'enfants de 
Peronne que l'on donne quelquefois pour femme à Cen- 
tule son père , et qui était fille de Bernard , comte de 
Comminges, et de Marie de Montpellier. Bernard son 
frère (i), cet enfant né après le testament de son père, 
lui succéda dans le comté d' Astarac. A peine eut-il reçu 
l'hommage de ses vassaux , qu'il voulut récompenser 

(1) L'Art de vérifier les dates. Grands Officiers de la couronne. 



DE LA GASGOGHE. 363 

rattachement personnel de Basian de Marast, seigneur 
de St-Arailles, et lui acxx)rda quelques drœts. 

La branche puînée d'Astarac, les Monlezun-Pardiac 
s^eHaçaient tous les jours davantage. Retirés dans leurs 
domaines , ils n avaient pris parti dans aucune des 
grandes luttes qui venaient d'agiter les comtés voisins. 
Aussi paraissent-ils presque oubliés de Fhistoire ; à peine 
si nous pouvons saisir leur filiation (i ). Otger II était 
mort au conunencement du xiii^ siècle. Sa femme dont 
on ignore et le nom et la fainille Jui donna trois ou peut- 
être quatre enfants, Amaud-Guillem qui succéda à son 
père, Bernard ou Bemadet de Monlezun , dont le Père 
Anselme et après lui dom Clément font descendre Tan- 
cienne famille de Montastruc, Céraud que nous verrons 
occuper le siège deLectoure, et peut-être un autre Ar- 
naud-Guillaume, presqu'au berceau à la mort de son 
père. 

Amaud-Guillem Fatné remplaça Otger, au plus tard, 
en 4204. Sa vie se prolongea jusqu'en 1225, suivant 
les documents du Brouil, ou même i 229, selon le Père 
Montgaillard ; et durant cette longue période nous n'a- 
vons pu découvrir que quelques donations aux monas- 
tères de la province. Amaud-Guillem II , son frère, ou 
plus vraisemblablement son fils qui recueillit son héri- 
tage , parcourut une carrière plus longue, mais pres- 
qu^aussi stérile en événements dignes d'être rappelés- 
Jje mardi avant la Pentecôte, 1255, nous le trouvons 
confirmant toutes les concessions faites par sa famille 
ou ses vassaux, à l'abbaye de La Case-Dieu. Il mourut 



(1) L'Art de vérifler les dates, Grands Officiers de la couronne, 
doffi Brugelles, M. d'Aignan. 



364 HISTOIRE 

peu de mois ou peut-être peu de iours après, et vrai- 
semblablement cet acte religieux lui fut-il inspiré par 
l'approche de ses derniers moments. Il laissait, outre 
Amaud-Guillem III, son successeur, Marie, qui épousa 
vers Tan 1270 Comlebon, baron d'Anlin (*). 

Bien différente de la maison de Pardiac , celle de 
risle-Jourdain croissait tous les jours ; Jourdain IV en 
était le chef. Un de ses parents étant mort sans enfants 
après avoir légué son bien à Odon de Terride , fils de 
sa sœur, Jourdain invQqua la clause de Jourdain III 
qui excluait les femmes , et s'empara de la succession. 
Izarn- Jourdain, cousin germain du comte de Tlsle, ré- 
clama sa part au même titre. Bernard d'Astafort , père 
d'Odon de Terride, se présenta aussi. La querelle se 
prolongea trois ans ; mais enfin Bernard , le fils pos- 
thume (1) de Bernard Jourdain, jeté dans le cloître par 
injonction paternelle, s'interposa entre les membres de 
sa famille. Après sa profession il était devenu prévôt de 
St-Etienne, lorsque se trouvant à Paris il adjugea la 
seigneurie contestée à son frère Jourdain ; niais il ré- 
serva pour Izarn et pour Bernard sept cents sols Morlas 
de rente assis sur les biens en litige. Othon, quoique 

(^) Le 22 septembre de cette année, Arnaud -Guillem confirma par 
ses lettres patentes un don fait aui moines de La Case-Dieu. I)o- 
doin de Sariac, damoiseau, et ses frères, pour rédimer les moines des 
maux dont le monastère avait eu à souffrir de leur part , leur aban- 
donnaient le droit de dépaissance sur toutes leurs terres. Deux ans 
plus tard, Raymond Aymeric de Montesquiou transigeait avec les 
mêmes religieux en se réservant la loi du sang , les éperviers , les 
pièces de gibier et un logement pour ses mules. Enfin , en 1280 , le 
même Raymond Aymeric donna le droit de pacage sur toutes ses 
terres avec la permission de mettre 490 cochons au glandage. 

(i)Dom Vaissettc, tom. 3. 



3d> 

oiiUié daiBce jogcBMBU dut aotpiicsccr a h smlence. 
caar peu de mois apivs il aclieuit arec son pèfe« d«$ 
mains de Jourdain IT. le qoart dn cbàtcau de SlJcan 
dans le Cimois (*)• 

Jourdain se préparait à une expédition kimaine* 
Charles d^Anjoa^ frère de Si -Louis, à qui le pape Mar- 
tin lY avait donné la couronne de Sicile, appelait à lui 

I ^âiite des guerriers français pour aUer combattre Main* 
fitn et conquérir ses éuts. Des affaires retardèrent le 
départ du comte de Flsle. Il ne put se mettre en roule 
qu aux premiers jours de janvier \ 265. Arrivé à Pé« 
rouse dans la Fouille, il j fit son testament (1) dans le* 
quel il laissait Tadministration de son comté au prévdl 
de St-Etienne ^ son frère , et le chargeait de désigner 
son héritier. Plus tranquille désormais, il ci>mbattil 
avec plus de valeur et se signala tellement que Charles 
le nomma , à ce qu'on croit, vice-roi de Sicile. 

Esquivât de Chabannes montrait moins de courage. 
La paix régnait autour de lui depuis le dernier traité. 
Néanmoins il craignait toujours que Gaston ne fit revi- 
vre ses anciennes prétentions. Ces craintes le portèrent 
dans un voyage qu il fit à Paris, à confirmer la donation 
simulée que les circonstances lui avaient arrachée en 

(*)Le parent dont la famille de Tlsle se disputait l'héritage so 
nommait Raymond Jourdain. Il avait choisi sa sépulture dans le 
cimetière de Grandselve , et lui laissa en aumône son cheval , son 
roussin et une armure complète comme devait Tavoir un chevalier. 

II lui laissa encore un lit complet fait des meilleures étoffes du châ- 
teau. Il voulut que ses cochons fusent vendus et que sur le prit on 
employât' 100 sols Morlas à payer un |donzel chargé do faire |K>ur 
lui le pèlerinage de'St-Jacques quMl avait voué. Enfin , il laissa ses 
bottines de fer à deux de ses proches. 

(1) Dom Vaisselle, lom. 3. 



366 HISTOIRE 

faveur de Simon de Leioester, ^n grand oncle. Il en 
ajouta une seconde et s'engagea en outre à lui re- 
mettre (1) les châteaux de Lourdes et de Mauvezin. La 
prudence la plus vulgaire condamnait cette démarche, 
et les précautions qu^il prenait pour conserver ses états 
ne tendaient qu'à l'en dépouiller plus sûrement. 

Leicester, trompant son attente, écrivit aussitôt aux 
états de Bigorre qu'il venait d'être établi leur s^gpeor, 
et qu'ail envoyait Philippe , son cousin , pour prendre 
l'administration du comté et le régir en son nom. En 
même temps joignant l'efTet aux paroles , il s'emparait 
des châteaux de Lourdes et de Mauvezin qui lui étaient 
promis. En voyant son protecteur devenir son ennemi 
déclaré, Esquivât comprit, mais trop tard, la grandeur 
de sa faute. Sans perdre un instant, il essaya de la ré* 
parer et appela près de lui ses barons. L'usurpation 
était évidente ; néanmoins la province se partagea. 
Pierre d'Antin et quelques autres seigneurs gagnés sans 
doute par l'or de l'Angleterre , qui se cachait derrière 
les prétentions deLeicester, se déclarèrent pour l'oncle. 
Mais le plus grand nombre se prononcèrent pour le 
neveu. La ville de Tarbes garda d'abord la neutralité. 
On guerroya quelque temps , et lorsque tout faisait 
craindre une lutte longue et désastreuse , parce que 
les forces étaient à peu près égales , et que les haines 
domestiques s'ajoutaient à Tentraînement des combats, 
Guillaume , évêque de Lectoure , Compains , évêquc 
d'Oleron , Godefroi de Luzignan , Guillaume de Va- 
lence et le sénéchal de Gascogne ménagèrent une trêve 
qui donna le temps de préparer une paix solide. 

(1) Marca, M. l'abbé Duco. 



DE LA GASCOGNE. 367 

Caston de Bëam lui-même si suspect à Esquivât, se 
feignit aiix médiateurs. Pendant les préliminaires , la 
▼ille de Tarbes se déclara pour Esquivât. Leicester, 
désespérant alors du succès de son entreprise, aban- 
donna la lutte sans renoncer à ses prétentions, et se 
€X>ntenta de garder le château de Lourdes. Néanmoins, 
deux ans après, il faisait déposer sur Tautel de Notre- 
Dame-du-Puy la rente de soixante sols Morlas que le 
eomté de Bigorre devait à cette église; quand son ambi- 
tion eut trouvé uii tombeau à la journée Desveshan , 
Simon de Montfort, son fils aîné et son héritier, céda 
de concert avec sa mère tous ses prétendus droits sur 
les états d'Esquivat, à Thibaut II, roi de Navarre, et 
Itii remit le château de Lourdes que les troupes de son 
père avaient constamment défendu. 

Esquivât était un seigneur faible, mais bon. Il appré- 
cia comme il le devait la générosité de Gaston , et pour 
lui témoigner sa reconnaissance, il lui promit (1) en pré- 
sence de Garsie-Arnaud , vicomte d'Asté, de ne vendre 
ni de n'engager de cinq ans le Bigorre sans le consen- 
tement du comte de Foix. 

Une imprudence de Géraud attira aussi le poids de 
la guerre sur l'Armagnac (2). Alphonse, comte de Tou- 
louse, avaitd'abord paru voir d'un œil indifférent l'hom- 
mage prêté par ce seigneur à l'Angleterre ; mais cinq 
ans après, on ne sait trop sous quel prétexte, il se mon. 
tra offensé , et somma impérieusement Géraud de (aire 
auprès de lui acte de vasselage. Fidèle a son nouveau 
serment et comptant sur l'appui du suzerain qu'il s'é- 
tait donné, le comte d'Armagnac refusa ouvertement 

(t) Marca. — (2; Dora Vaissetlc. 



366 HisTpmE 

d^obtempérer à la sommation. Ce refus augmenta le 
ressentiment d^ Alphonse, qui ordonna à Pierre de Lan- 
derville, son sënéchal, de porter la guerre dans les 
domaines de son ancien vassal. Le sénéchal prit aussitôt 
les armes, entra dans le Fezensac, y sema le ravage et 
fit plusieurs prisonniers. Géraud ne crut pas devoir ré- 
sister plus longtemps. Il demanda la paix et donna des 
otages. Alphonse, satisfait de sa soumission, manda à 
Landerville qu'après avoir reçu les assurances du comte 
et de Pincelle , sa mère , comme ils se présenteraient 
devant sa cour et feraient toutes les satisfactions conve- 
nables , il lui rendit les otages et les domaines saisis. En 
exécutant ces ordres , le sénéchal condamna Géraud à 
payer quinze cents livres tournois pour les frais de la 
guerre. Mais par un accord qu'il passa ensuite avec lui 
à Toulouse, à la fin de septembre 1264, il se contenta 
de quatre cents livres Morlas. 

Malgré cette amende , Géraud osa encore se com- 
mettre avec son formidable voisin. Il ne pardonnait pas 
aux habitants de Condom d'avoir prêté appui au vi- 
comte de Lomagne (1 ). Aussi saisit-il quelque léger sujet 
de plainte pour se jeter sur leurs terres et les piller 
impitoyablement. Condom faisait partie de l'Agenais, 
alors soumis au comte de Toulouse. Les habitants se 
contentèrent d'abord de porter leurs plaintes à leur 
seigneur et d'implorer sa justice; mais comme elle se 
faisait trop attendre au gré de leur impatience, ils armè- 
rent à leur tour et portèrent le ravage sur les domaines 
de leur aggresseur. La querelle s'échauffait, lorsqu'un 
ordre d'Alphonse vint suspendre les hostilités. Il en- 

(1) Catel. Dom Vaiss2lle. 



DE LA CASCOGIfE. 369 

joignait aux deùt partis de rendre à la liberté les pri- 
sonniers tomba dans leurs mains, de restituer les objets 
enlerës et de compenser les dégâts. Le sénébhâl de 
Toulouse et d'Alby était chargé de faire exécuter tel 
ordre, et le chevalier Sicart d'Alaman devait prononcer 
sur les contestations. 

Une injonction aussi juste méœntenta les G)ndo- 
mois , qu'elle semblait plus particulièrement protéger; 
et dans leur mécontentement ils en appelètent àla force, 
réunirent plus de quatre mille hommes sous les armes, 
se ruèrent de nouveau sur les terres du comte d'Arma- 
gnac, dévastèrent et livrèrent aux flammes quelques- 
uns de ses châteaux, prirent et pillèrent plusieurs petites 
villes et égorgèrent un grand nombre de ses vassaux. 
Géraud, surpris un moment, s'empressa de rassembler 
toutes ses forces, opposa la violence à la violence, et se 
vengea dés excès de ses ennemis par des excès plus- 
grands. Alphonse eût pu plutôt arrêter ces dévastations, 
mais peut-être ne fut-il pas fâché de voir ces dissensions 
se prolonger, car elles profitaient à son trésor. Le vassal 
qui prenait les armes sans l'autorisation de son suzerain 
lui devait une amende. Mais quand il vit partout le 
carnage et le vol, il commanda avec plus d'autorité. Il 
fallut obéir à sa voix et se soumettre au jugement du 
cheyalier Sicart, qui avant tout réclama l'amende due 
à son maître (1268). 

Cette paix fut suivie d'une autre. La lutte qui avait 
donné naissance à cette guerre avait cessé depuis long- 
temps. Il restait à en effacer les dernières traces. Le 
roi d'Angleterre fit conclure au comte d'Armagnac et 
au vicomte de Lomagiic une trêve de trois mois. Gé- 
raud donna pouvoir au comte de Comminges de la pro- 
//. 21 



370 HISTOIRE 

roger en son nom. Enfin, Gaston de Béarn, beau'^përe 
de Géraud et ami de la famille de Lomagne , pour la- 
quelle il s'était engagé personnellement, acheva ce qu'a- 
vait commencé le monarque anglais (1 ). Sous ses auspices 
les deux maisons se réconcilièrent, et pour que rien 
désormais ne vint troubler Tharmonie, elles réglèrent 
ensemble les limites de leurs seigneuries. 

(1) L*Art de yérifier les dates. 



DE LA GASGOGHE. 371 



CHAPITRE III. 



fêssasiMS ëau TE^tise. — Pussain ée Gistii , wmk k him, — Itri i(( é 
C«sUice u file liiee. — EvèfMS ihm, — ée Ttrkes, — ée Lediin , — 
ie Du. — Trahies i M. -< ErèfMS ée Bayme , — ée Guserui , ^ ée 
G«niifes , — ée Bms. — Creisiée ée St-Leiis. — Mirl ée m priice. ^ 
Heirtre é'Beri ée Uieislre, ■tri ée CeisUKe ée Béan. — Philippe , ttir à» 
Yésiii , Tk«te ée Leiafie, établie hérilière ée Jeaiie, (•■tesse éeTuleise , est 
éfîKée par la Fniee. — Utte ées coites é'Amapae et ée Fiii entre PliKppe- 
le-Haréi. — Lev senissin. 



Les dissensions passaient alors trop souvent du siècle 
dans rÉglise. Le chapitre d'Aucli et les moines de St- 
Orens étaient divisés (i) k l'occasion des dîmes à perce- 
voir dans le diocèse. Les deux parties choisirent pour 
arbitres Jean de Besnes , abbé de Faget et chanoine 
d'Auch, et Guillaume, prieur de Montant , moine de 
St-Orens, qui ramenèrent la concorde (*). 

(1) Cartul. d'Auch et de St-Orens, Manuscrit du Séminaire. 

(*) L'abbé de Faget et le prieur de Montant réglèrent que l'archc- 
Têque et le chapitre auraient le quart de toutes les dîmes , excepté 
dans St.-Orens , Juillac , Samazan , Lamazère , Labéjan , Montant et 
Peyrusse qui demeurèrent entièrement au monastère; que le prieur 
et son couvent auraient la libre présentation aux cures de St-Orens , 
St-Cric, Duran, Peyrussette, Montant, Mouchan etPcyrusse-Grande, 
lesquelles devraient à Tàrchevêque deux sols Morlas. Lamazère, 
Samazan et Juillac en devraient autant pour le droit cathédrallquo 
ou de procuration. Les autres églises dépendantes du monastère no 
paieraient que douze deniers par an. EnGn, le prieur et les moines 
ne pourraient recevoir aucune donation sans Tautorisalion du prélat, 
qui prendrait le tiers de tous les legs faits à l'abbaye comme por- 
tion canonique. A ce prix , Amanieu reconnaît aux Oricntains les 



372 HISTOIRE 

L'Ordre de la Paix avait déchu rapidement. Un 
statut (\) permettait d'y recevoir des hommes marijés 
qui ne renonceraient pas à leur titre d'époux, et auto- 
risait même ceux-ci à faire élever dans les maisons de 
rOrdre, leurs fils jusqu'à M ans et leurs filles jusqu'à 
1 2, âge où les enfants pouvaient opter entre l'état mo- 
nastique et le siècle. C'était allier la paternité avec le 
cloître. Il y avait là une occasion continuelle d'affai- 
blissement et de désordre ; nulle constitution n'y eût 
résisté. Aussi TOrdre était tombé profondément. Ama- 
nieu essaya de le relever et obtint une nouvelle confir- 
mation du pape Clément. Grâce à ses soins , l'Ordre 
put encore se traîner quelque siècle. La même année 
4268 le prélat accepta les dîmes de St-£Iix que donna 
à Ste.«Marie, Bernard de Labarthe, son officiai, et tran- 
sigea avec l'abbé de La Case-Dieu pour les dîmes de 
St-Jean-Poutge. 

La querelle assoupie entre Gaston et le faible Henri 
III s'était ravivée. Nul seigneur de nos contrées n'éga- 
lait le vicomte de Béarn en puissance pas plus qu'en 
habileté et en courage. Il commandait depuis Maubour- 



monastères de St-Orens, de Montaut, de Peyrusse- Grande, Mouchez 
et le droit de denier dans une foule d'églises (**). Cet acte fut passé 
dans le cloître de Ste-Marie, le 26 février 1264. 

(**) Savoir, en ne nommant que lea principales; dans rarchidiacoaé de Savanez , 
Labéjan , Duran , Caatillon-Massas , Cezan'; dans l'archidiaconé du St-Puy, quatre 
églises ; dans l'archidiaconé de Vie , Harambat , Antras , Jostian , Larroque ; dans 
l'arcbidiaconé de Pardeillan , Mouchan , Mazerottes ; dans l'archidiaconé d'Àrnur 
gnac, Thermes, LaflBtte, Hausser, Gazax, Fusterouau; dans l'archidiaconé d'Angles, 
Piyos , Peyrusse-Grande, St-Laurcnt ; dans l'archidiaconé de Pardiac, St-Laurent- 
du-Pin ; dans l'archidiaconé de Corrensaguet, Leboulin, Lussan, Marsan, Mirepnix, 
Crastes et Au|;iet. 

(i) Cartulaire d'Auch et de St-Orons. Manuscrit du Séminaire. 



DE LA GASCOGNE. 373 

guet )U9quau pied des Pjrënées et aux portes de 
Bajmme, irille presque libre, mais qui reconnaissait la 
souveraineté nominale de T Angleterre. De Bayonne se 
repliant vers la Garonne, il donnait des lois à Mont-dè- 
Marsan et à Aire. Eauze et Gavarret le reconnaissaient 
poor mahre; et par ddà G)ndom, son autorité s'éten- 
dait jnsqu^à Lajrac et aux en\drons d'Ageo. Un seul 
bien manquait à sa félicité domestique. Mathe de Bî- 
gorre, outre quatre filles, ne lui avait donné qu un fils, 
et œ fik lui fut enlevé dans son adolescence. Cette mort 
piometuit à GmsUnce , Tainée de ses filles , la plus 
grande part de Théritage paternel. Aussi plusieurs prin- 
ces se disputèrent sa main. Alphonse , fib atné de Jay- 
Bies I'', roi d^Aragon , qui fut préféré à ses rivaux , ne 
jouit pas longtemps de cette préférence. II mourut peu 
de BDois après sans laisser de postérité. 

La jeune veuve fut alors recherchée ( 1 ) par le neveu 
du roi de CastiDeet par Henri, frère, et plus tardsuc- 
cessenr du roi de Navarre. Celui-ci fut agréé et les fian- 
çailles câéhrécs. Gaston constitua à sa fille k vicomte de 
Gavarret et le Bruillots arec le pays de Rivière- Basse 
et la partie q«^il possédait au château de Roquefiorl en 
Marsan. Mais œ mariage n eut point lieu. ConsUoce 
lut atocs accordée (2) à Henri, fils aiaé de Richard, 
oomie de Comonailles. que le pape avait voulu opposer 
a Frédéric Barberousse , et qu il avait dédaré m des 
Womaîns> Les articles du mariage furent arrêtés a 
Lonhes, le 10 février 1267. Le vicomte ajouu à la 
dot promise au frère du roi de Navarre nulle livres de 
rente assises sur le Béam et le Marsan , dans le cas où 

, 1^ MkTCft. lir. 7, cL tL — 2 Lt mttsoàç, YArx de ttrîfity liA iàU*. 



374 HISTOIRE 

il mourrait laissant un fils de Mathe ; mais si ce fils Ini 
venait d'une autre femme que la vicomtesse actuelle 
du Béarn, alors Constance aurait à la place des mille 
livres la vicomte de Marsan. S'il n'avait pas de fils légi- 
time , Constance succéderait à la vicomte de Beam, de 
Marsan et de Gavardan ; mais Giiston disposerait à son 
gré de toutes les autres terres. Enfin , si Constance ve- 
nait à décéder sans enfants , les trois vicomtes revieû- 
draient à ses plus proches héritiers, et elle ne pourrait 
disposer que de la valeur de mille livres tournois. 
Henri, de son côté, donnait à Constance un douaire de 
mille livres sterling de rente , et il s'engageait avec sa 
femme à ne jamais transmettre qu'à leurs héritiers légi- 
times, le Béarn, le Marsan, le Gavardan et le Bruillois, 
et surtout à ne jamais séparer le Marsan du Béarn. 

En concluant ce mariage , Gaston abjurait son passé 
et se jetait dans les bras d'une puissance qu'il avait com- 
battue toute sa vie. Aussi éprouva-t-il quelque hési- 
tation. Il en négocia un autre avec Emmanuel, frère 
d'Alphonse, roi de Castille. Emmanuel était veuf aussi 
et avait un fils qui fut fiancé avec Guillemette, dernière 
sœur de Constance. L'abbé del'Escale-Dieu ménageait 
cette double alliance ; mais il fallait une dispense à 
cause de quelque degré de parenté, et le pape dévoué 
au roi des Romains la refusa. On se retourna alors vers 
l'Angleterre. Henri somma son futur beau-père d'éman- 
ciper sa fille. Gaston s'y détermina. L'acte en fut passé 
à Mont-de-Marsan (1), en présence et sous l'autorité de 
la cour de Béarn vers la mi-novembre i268. On y vit 

(l)Marca, liv. 7,ch. 12. 



DE LA GASCOGNE. 375 

Tarchevéque d^Auch , lés évéques d^Aire , de Tarbes , 
de Lectoure et d^Oleron; les comtes de Bigorre et d'Ar- 
magnac , Pierre , vicomte de Tartas , Jean de Crailli , 
Garsie- Arnaud de Na vailles, Bernard de G)arase et 
une foule de chevaliers. Gaston s'obligea en même 
temps à conduire sa fille, dans le mois de février sui- 
vant, soit en France, soit en Angleterre, afin que le 
mariage pût se célébrer, et à obtenir des comtes de Foix 
et d'Armagnac , ses deux autres gendres , une renon- 
ciation formelle à tous les biens donnés à Constance. 
Nous ignorons si les deux gendres souscrivirent aux 
désirs de leur beau-père , mais du moins celui-ci tra- 
versa le détroit avec sa fille et Constance épousa (i) 
enfin le prince anglais. Ce mariage semblait devoir 
livrer la Gascogne à l'Angleterre , déjà maîtresse de 
l'Aquitaine , mais le ciel en disposa autrement. Cons- 
tance n'eut point d'enfants, et son nouveau mari, plus 
malheureux encore que l'infant d'Aragon, ne tarda pas 
à périr sous les coups d'une lâche et atroce vengeance. 

L'archevêque d'Auch avait assisté à l'émancipation 
de Constance, à la tête de plusieurs de ses suffragants. 
Les monuments qui nous ont conservé leurs souvenirs 
et celui.de leurs comprovinciaux sont rares et courts. 
Le temps n'est plus où l'église remplissait toutes les 
chroniques ; sa part devient chaque jour plus mince. 
Les annalistes sont assez occupés à raconter les luttes 
des seigneurs. Avant d'en reprendre le récit, arrêtons- 
nous un instant pour jeter un coup-d'œil sur la succes- 
sion des prélats. 

L'évêque d'Aire n'occupait ce siège que depuis deux, 

(1) Marca , liv. 7, cfa. 12. L'Art de vérifier les dates. 



376 RISTOIRE 

a as. 11 avait succédé à Raymond de St-Martin dont 
rkumilité (1) s'effaroucha longtemps des honneurs de 
Tépiscopat, et ne céda qu'aux ordres formels et réitérés 
du souverain-pontife. Son zèle ne pouvait pactiser avec 
les abus. Il les attaqua avec force , et quand il vit que 
ses ouailles ne secondaient pas à son gré ses pieux des^ 
seins, il déposa la houlette et se retira dans le nnonas- 
tère de La Castelle. Il y vécut quelques années en simple 
religieux et y mourut dans la pratique de toutes les 
vertus. Il avait pour théologal Martin de Labeyrie, 
archiprêlre de Mont-de-Marsan, dont le testament nous 
a été conservé. Martin léguait au successeur de Ray- 
mond mille sols , outre cent trente que I« prélat lui 
devait. Il dotait largement un hôpital qui devait s'ou- 
vrir pour les pauvres de sa ville et pour les passants, et 
en destinait Tadministration au vicomte et au miaire de 
la ville. Enfin, il donnait une terre au chapitre d'Aire, 
à condition qu'on ferait célébrer tous les jours une 
messe avant laquelle le prêtre dirait aux fidèles : Priçz 
Dieu pour les âmes de Raymond, autrefois évoque 
d'Aire, et de Martin de Labeyrie, jadis son officiaL 

L'évéque de Tarbes qui parut aussi à l'assemblée de 
Mont-de-Marsan , se nommait Raymond- Arnaud de 
Coarase (2). Il venait de remplacer sur ce siège Arnaud 
de Miossens, successeur d'Arnaud Raymond, mort 
avant 4264. En 1260, un Arnaud, évéque de Tarbes, 
adjugeait à son chapitre les dimes de Baudéan que lui 
disputait le vicomte d'Asté. Les auteurs de la Gaule 
Chrétienne n'osent pas décider si c'est Arnaud de Mios- 
sens ou son prédécesseur. 

(1) Gallia Christiana, Manuscrit d'Aire. — (2) Gaîlia Christitma, 



DE LA GASCOGNE. 377 

Plusieurs prélats s'étaient succédée assez rapidement 
sur le siège d'Oleron (1). Pierre roccupait en 1240 ; 
c esl lui qui fut un des témoins des dispositions faites 
par la comtesse Pétronille , en faveur de Mathe et de 
Gaston de Béam. Il vivait encore en {254, et fut rem- 
placé par un prélat dont on ne connaît que Tinitiale G. « 
et qui est vraisemblablement un Guillaume, moine de 
St-Sever , mort vers cette époqpie évéque d'Oleron. A 
celui-ci succéda Roger, suivant Oihénart, et Raymond 
suivant Marca , mais certainement le même que nom 
avons vu en 1256, près du comte de Foix, quand il ter- 
mina les différends qui divisaient Esquivât et Gaston. 
G>mpain, qui vint après Roger ou Raymond, est plus 
connu que ses prédécesseurs. Nous Fa vous déjà rencon- 
tré d'abord à côté de Leicester et d'Esquivat, et puis à 
rassemblée de Mont-de-Marsan. Nous le trouverons 
plusieurs fois encore. 

L'évéque de Lectoure (2), Géraud de Montlezun^, 
apparlenaità la maison de Pardiac. Il était (ils d'Oger II 
et frève d'Amaud-Guillem I^'. Ses prédécesseurs sont, 
à peine connus. Gaillard de Lansbec, qui occupait son 
siège en 124(X, était frère de Pierre de Lansbec, sei* 
gneur de Branes dans le Bazadois. Géraud P"", en 4256, 
contestait quelques dîmes à Tabbaye de Moissac. Ray- 
mond deCaumont, curé d'Auvillars, cboisi pour arbitre, 
termina leurs contestations. Guillaume II , successeur 
de Géraud, qu'Oihénart et les frères de Ste-Martbe pla- 
cent avant lui, tandis quUllui succéda, transigea encore 
en 1257 avec la même abbaye. C'est Guillaume qui 
remplaça Géraud de Montlezun. 

(1) Gaïlia Christiana, Manuscrit d'Oieron. —{%) GaUia Chris- 
tiana. 



378 HISTOIRE 

Après Fortanier de Mauléon que nous avons vu 
comblé de largesses par Alphonse, roi d'Aragon, le 
siëge de Dax (1) avait été occupé en 1 21 5 par Gaillard 
d'Orthe. Deux ans après , le prélat consacra Féglise de 
La Cagnotte, restaurée aux frais de Raymond Arnaud, 
vicomte d'Orthe , son parent. Sous son épiscopat et à 
son impulsion trois bourgeois de Dax, Brun d^ Ardre, 
Pierre d'Ardre et Bernard de La Torte ou de La Tour, 
fondèrent l'hôpital du St-Esprit près des murs de la 
ville. En 1 220, il transige avec les gérants de Thospice 
des pauvres placé à la tête du pont de Dax. Il sanctionna , 
en 1227 , la donation que Pierre Arnaud, seigneur de 
Luze, fit à l'abbaye de Lahonce du prieuré de Behun. 
Ce prieuré était alors habité par des personnes pieuses 
de l'un et de l'autre sexe qui n'étaient liées que par leur 
dévotion, et n'appartenaient à aucun Ordre religieux. 
Le seigneur de Luze donna avec le prieuré la moitié 
d'une terre et le droit de dépaissance sur toute la sei- 
gneurie. Il s'engagea en outre à défendre le nouveau 
prieuré comme il défendrait son propre château. La 
donation fut faite dans l'église de St-Pierre , la main 
placée sur l'autel, en jetant en l'air un brin d'herbe et 
une petite branche d'arbre (*), en présence de Ray- 
mond, prieur d'Usiat et archiprétre, de l'évêque et 
d'une foule de témoins. Gaillard d'Orthe paraît avoir 
vécu jusqu'en 1233. Néanmoins, Guillaume de Salies, 
d'autres disent de Salinis, est placé sur le siège de Dax 
vers cette époque. Peut-être est-il le même que Gail- 
lard ou Gratien qui suivra , et dont le nom désigné 

(1) Gallia Christiana. 
(*) Per ramum et cetpitem. 



t)E LA GASCOGNE. 379 

comme il arrivait presque toujours par Tinitiale G , 
aura été mal interprète par un copiste ignorant. 

Gratien, appelé d'Amou dans un ancien catalogue, 
est mis après le suivant par les MM. de Ste-Marthe. 
Nous marchons en aveugle ; aucune date positive ne 
vient nous fixer. Nous savons seulement que Gratien 
obligea le vicomte de Marennesàlui restituer plusieurs 
dîmes; nous«avons encore que ce prélat attaqua Tabbé 
de Divielle qui donnait la sépulture aux habitants de 
Dax, au préjudice de son église. L^archevèque d'Auch, 
pris pour arbitre, adjugea le quart des émoluments 
funéraires & Tévèque et à son chapitre. Arnaud-Ray- 
mond de Tartas, de l'illustre maison des vicomtes de ce 
nom, fut élu, dit-on, en 1234, ou plutôt en 1235. Il 
alla visiter Rome avant son sacre, du moins est-il appelé 
élu dans la charte où son nom est mentionné. Il n^a 
encore que ce titre Tannée suivante, ce qui ferait penser 
qu'il ne reçut jamais Fonction sainte. Il partagea avec 
son chapitre la dime de St-Yincent. Sous son épiscopat, 
Fortaner de Sault donna à la cathédrale la terre de ce 
nom. 

Navarre de Mieussens (de Mille Sanctis) dont on 
ne place communément le pontificat qu'en 1243, gou- 
vernait déjà l'église de Dax en 1239. Il reçut alors une 
donation de Raymond Arnaud, vicomte de Tartas, de- 
venu aussi vicomte de Dax par son mariage avec Na- 
varre, héritière de celte dernière vicomte. Le prélat 
admit le noble bienfaiteur en participation de toutes 
les bonnes œuvres du chapitre en présence des abbés de 
La Cagnotte et de Divielle. C'est cetévéque de Dax que 
nous avons vu assister au jugement porté par le comte 
de Foix. Son épiscopat devait ctre orageux. En 1242 



380 HISTOIRE 

il eut des démêlés avec les consuls et la oommunaaté 4e 
Dax. Henri d^Ângleterre pris pour juge condamna les 
habitants. En 1259, Navarre statua du consentement 
de son archidiacre et de son chapitre, que le nombre dei 
chanoines n^excéderait pas dix^ parce que lesreyems 
actuels ne permettaient pas de dépasser ee Bonoibre. H 
assista à la vente c(u château de Sault, qu^Edouard, flb 
aîné du roi d^Ângleterre, acheta le 3 ntyi^nbre 1261. 
Il eut besoin peu après du secours de ce prince pour 
apaiser les troubles qui agitèrent la cité de S^x» Ces 
troubles avaient été provoqués par le sénéchal de Gas- 
cogne, qui sous prétexte de dîmes: aecovdécs. parle 
Saint-Père, imposait de nouveaux tributs »ux pevpkl 
CXi s^en prit (4) à Tévéque et à son chapitre que F<m 
accusait d^un excessif dévouement k la covromied'Âii- 
gleterre^ Dominique de Vie, ami du pvélat, fnt maesacié 
dans Tenceinte m4«ie de Téglise; Les maisons de plu- 
sieurs chanoines furent piUées et d<»n(die& 

Au bruit de ee soulèvement , le roi d^Ângleterre 
accourut en personne , el étant entré dans la YÎSie à la 
tête de forces considérables , îl punit les plus mutii» , 
imposa aux autres de fortes amendes et rétablit ainsi 
la paix. Mais comme s'il n^était pas assez de ces trou- 
bles , la discorde vint souffler son venin sur le cléi^é.^ 
Les curés des paroisses disputèrent au chapitre ks nava- 
les ou prémices* Les esprits s^échauffaient ; on en appàa 
de part et d'autre au saint-siége. L'évéque de Pampe- 
lune, nommé commissaire parle pape, prononça en 
faveur du chapitre. Navarre de Mieussens ne mourut 

(1) Gallia Christiana. 



DE LA GÀSOOGlfE. 381 

que le 11 novembre 1272 (*). OaTenterra da&fi U 
cathédrale , près de Fautel de la \ierge. Après lui le 
si^e Taqua plusieurs années, on ne sait trop pour quel 
moûf; mais en 1278 nous le trouvons occupé par Ar- 
nand Deville. 

Guillaume de Donzac (1) s'était assis sur celui de 
B&yonne, en 121 3, après' Bernard de Lacarre ou Arsius 
de Navailles, On Tavait tiré de la Sauve-Majeure où 
il exerçait les fonctions de pitancier. Il possédait en 
même temps un prieuré dépendant de ce monastère; 
du moins il en était investi en 1 224, car il racheta alors 
en qualité de supérieur, en présence d^Amanieu de 
Tarbes et de Crimoal de Comminges, une rente que 
devait son prieuré. Arrivé à Bayonne, le nouvel évéque 
s^occupa de sa cathédrale dont les fondements avaient 
été jetés vers Tan 1141. Suivant un ancien document , 
les travaux de Téglise, ceux du pont sur TAdour et d'un 
moulin appelé aujourd'hui de Bolichon , avaient été 
commencés le même jour ; mais Fœuvre de la cathédrale 
avait avancé lentement. Guillaume de Donzac la poussa 
avec ardeur. En même temps il renouvela les liens de 
confraternité qui unissaient son siège et son chapitre au ' 
siège et au chapitre de Dax , et étabUt entr'eux une 
communauté de prières. Nous avons déjà vu quelques 
actes d'une semblable dévotion. Le zèle du prélat attira 
des largesses, mais ces largesses lui fournirent l'occasion 

(*) Sons Fépiscopat de Navarre, Nicolas d'Àst, chapelain de l'église 
de Dax, fit le pèlerinage de Jérusalem , et en apporta une foule de 
saintes reliques, et en particulier un morceau de la vraie croix dont 
il enrichit la cathédrale ; ce qui engagea le prélat à y ériger un nou- 
veau titre de chapelain quil dota à ses frais. 

(i) GcUlia Christiana, Manuscrit de Bayonne. 



382 BISTOIRE 

de faire éclater son désintéressement. En 1233 ilaban- 
donna au chapitre la part qu^on lui avait léguée dans 
les dîmes d^Ustarits, d'Azaures et d^Arranets. Le cha- 
pitre acquit aussi cette année la d|me de St-iPierre 
d'Evarren que lui engagea Pierre Arnaud de Sault 
pour soixante-deux livres. Il £Eillut bientôt ajouter à 
cette somme neuf livres que devait la mère d^ Arnaud, 
mais qu'elle ne pouvait payer, ce qui Tavaix fait excom- 
munier, selon les mœurs ou plutôt Tabus de ce temps, 
ajoute avec raison le pieux etestiiùable auteur du ma- 
nuscrit qus nous suivons. 

Deux ans plus tard, Guillaume défendit les habitants 
de Basserssarry contre les prétentions du sénéchal de 
Gascogne qui voulait en exiger un souper. On en appela 
au témoignage et à la justice, et la redevance ne fut 
point admise. Les Cordeliers s'étaient établis à Bayonne 
sans qu'on puisse trop assigner J'année. En 1242, l'évê- 
que et le chapitre leur abandonnèrent une chapelle ou 
oratoire dont les murs subsistent encore sur les bords 
de la Nive pour y faire les fonctions curiales. Le minis- 
tère des nouveaux religieux y fructifia. Leur maison 
s'agrandit , et leur nombre s'accrut considérablement. 
Il devint bientôt le couvent le plus riche de la ville. 
Sous François I*"" , quand les règles de l'étroite obser- 
vance y furent adoptées, les moines y furent moins nom- 
breux , et néanmoins on en compta presque toujours 
encore vingt-deux ou vingt-trois (*). Oihénart place la 

(*) En 1247 , Pierre Arnaud de Sault donna la dîme de toute la 
maison de Sault et de toute la paroisse de Hesperrenc pour 600 
Morlas qu'il reçut du Chapitre. Arnaud . fils de Pierre , emprunta 
aussi aux chanoines 6 livres moins 5 sols Morlas. Arnaud mourut 
peu après à Bayonne dans la maison de St-Nicolas , vraisemblable- 



DE LA GASOOGIIB. 383 

mom de Guillaume de Donzac en 1250. Un événement 
longuement décrit dans le livre d'or de Bayonne prouve 
qu il faut le reculer de quelques années. Garsias d'Ar- 
mendarist, curé ou chapelain , comme on l'appelait alors, 
l^^ en mourant à Téglise de Bayonne le quart des 
trois portions de la dime de cette paroisse; Tautre 
quart appartenait depuis longtemps au chapitre. L'alné 
des neveux de Garsias s'opposa à l'exécution de ses vo- 
lontés , et garda la part de l'église malgré une eiçcom- 
munication dont on le frappa. Après lui son frère la 
retint aussi en dépit de nouvelles foudres ecclésiasti- 
ques. Néanmoins, se voyant très-gravement malade, il 
mande près de lui l'évéque Raymond de Donzac et 
quelques membres du chapitre, reconnaît sa faute, 
renonce à la dlme en présence et du consentement de 
Guillaume son premier né et de ses autres enfants, et 
est absous. Malgré ce désistement, Guillaume marchant 
sur les traces de son oncle et de son père , retint à son 
tour la dime et usurpa le quart appartenant à l'église. 
De là une nouvelle excommunication ; celle-ci termina 
la querelle. Moins obstiné que ses prédécesseurs, Guil- 
laume se reconnut et jura de n'user jamais plus de 



ment dans rhdpital de ce nom. Sa mère emprunta encore 12 li?res 
58ok poar loi procurer les honneurs d'une sépulture digne de son rang 
dans rabbaye de Labonce. Plus tard , des créanciers réclamant 600 
sois Morlas , le chapitre les prêt» , et alors sa créance sur la maison 
de Sanlts'éle?a à 1600 sols. Quatre ans après le chapitre acheta pour 
10 sols Morbs une part de la dtme de Jacson. Il avait eu l'autre pour 
60. Le chapitre acquit encore les dîmes d'Crdaix pour 100 livres e^ 
pour 40celle deSarrus, mais il en donna ensuite 10 au fils de l'an- 
cien possesseur de la dernière. L'évî^ue et le chapitre acquirent 
enfin d'un Lissague et de ses frères une autre dtme pour le prii de 
4000 sols Morlas moins 6 livres. 



384 ' HISTOIRE 

Yiolence» Le dbapitrë de son côté pour aaséfnt uiie paix 
adtiàe lui donna soixânte-dix sols , et lui abandoneâ 
quatte livret dont Guillaume était redevable sansdbtiCe 
pour les fruits usurpés. Le lendemaiii dé cet aicoord 
un chanoine se transporta à Ustarits avec Guillaunie 
pour y recevoir des cautions , et un mois après le clia- 
noine et le seigneur se rendirent ensemble à Armen- 
darits pour la cérémonie de l'investiture qui eut lieu 
le 9 octobre 1256. 

Quatre ans auparavant, uii provincial de Francis- 
cains d'Aquitaine nommé Bertrahd (1) et surnommé le 
Bicle de Bayonne {Strabo Bajonnce) parce qu'il était 
louche , passa en Italie. Ses supérieurs l'y appelaient 
pour y combattre Guillaume de St-AmoUr,. le fougueux 
ennemi des moines qu'avaient déjà réfuté StrThomas et 
St-Bonaventure. La dispute eut lieu en pr&ence dii 
pape et du sacré collège. Bertrand y parla avec tant 
d'éclat, de force et de clarté, que son rival qui ignorait 
le nom dû jouteur que lui opposaient les ordres men- 
diants , mais qui connaissait le nom et la science de 
Bertrand, ne put s'empêcher de lui dire : tu es un ange 
du ciel, ou un diable d'enfer, où le Bicle de Bayonne. 
Ce langage trahissait sa défaite ; la victoire ne fut f as 
douteuse , le pape condamna St-Amour. 

Guillaume de Donzac fut remplacé par Sans de 
Haitse , que les MM. de Stei-Marthe , troiiipés salis 
doute par l'initiale dé son nom , font précéder d'un 
Simon de Haitse qui n'exista jamais. Ils placent son 
épisoopat eti 1256. Oihénartet Compaigne partagent 
son opinion; mais en 1256 et 1257 , Sans était encore 

(1) Manuscrit de lî.nonnc. 



DB LA GAflOOGldE. 385 

sacmtaia de la cathédnde, comme Tatteste le livre d'or 
de Bayoïme H, il ne fut élu qu'ea 1 259 (**). Avant de 
fixer le choit du chapitre, il avait acheté (1257) et 
donné à la cathédrale la terre de Harrcoilague. Sous 
son pontificat, Guillaume de Pouillon, du oonsente- 
ment de sa femme et de son fils, ratifia et confirma le 
don que Guillaume de Lavielle, son père , avait fait à 
Dien et i Ste.-Marie de Bayonne , en lui abandonnant 
la dîme de toutes les baleines et baleinats (1) qu'il de- 
Tfoit an^oir au port de Biarrits. Uacte du fils est de 
1262; diverses sentences judiciaires du xvi* et xvii* siè- 
cle maintinrent, le chapitre dans le droit de cette sin- 
gulière dlme. Sans reçut quelques autres dîmes et donna 
un asile aux Pères Girmes , qui vinrent s'établir en 
1264 dans un des faubourgs de Bayonne. Il mourut 
non en 1275 , comme Tavancent les Sainte-Marthe et 
Oihënart, mais en 1277. Avec lui finit le récit dulivre 
d'^or sur les évéques de Bayonne. 

L'épiscopat de Nicolas, évéque de Couserans, fut en- 
core plus long (2). Elevé sur ce siège en 1246, il Foc- 
ci^ait encore en 1270. Dans cet intervalle, nous ne 
saurions signaler qu^un hommage exfdicite rendu à 
Alphonse, comte de Toulouse, par lequel il fut stipulé 
que dans toutes les bastides ou villes nouvelles qui 
s'âèveraient dans le diocèse, il y aurait paréage entre 
le comte et Févéque , et que dans ces villes les l»eos 
ccmfisqués seraient partagés entre les deux seigneurs 

(*) SûnoD de Haitie, saeriêtan de BayatmSy armo dommi 1256. 
On lit lei Blêmes mots à Fannée suivante. 

(**) La même autorité l'atteste aussi, anno domini 1259, régnante 
iV'ofuirtc (seigneur Henri) Bey d' Angleterre et S, de Haxe éliit. 

(1) Manuscrit de Bayonne. — (2) Gallia Chrittiana. 

IL 25. 



386 HISTOIRE 

paréagistes , mais que dans toutes les autres ils appar-* 
tiendraient à Tévéque et à son chapitre. Nicolas avait 
été précédé par Cerebrun et Raymond, qui n'ont guère 
laissé que leur nom dans les dyptiques de la province. 
Arnaud-Roger , évéque de Comminges , est plus 
connu (1). Il était fils du comte Bernard et avait d'abord 
embrassé Tétat religieux dans Tabbaye de Bonnefoifd. 
Elu en 1241 , son sacre fut retardé plus d'un an , mais 
il avait reçu Tonction sainte en 1 243. 

En 1245, il fit quelque bien à deux ou trois monas- 
tères, et il donna à son chapitre la terre de St-Frajou 
qu'il avait eue pour sa part dans Théritage paternel. 
En 1248, Bernard, comte de Comminges , son neveu, 
Ipi abandonna tout ce que possédait dans Samatan 
Péregrin de Malvin ou Mauvezin {Malauicini). Vital 
de risle lui vendit tous les droits qu'il avait à Cahuzac, 
jK)ur deux cent cinquante-deux^ sols Morlas, et Géraud 
d'Orbessanlui céda les églises de St-Julien et de St-Paul 
de Maurillac. En 1 260 il fonda les prébendes du bas 
chœur dans l'église de St-Gaudens. L'acte en est signé 
par les frères Arnaud-Garsie et Bernard, moines de 
Bonnefond et commensaux de l'évéque. Il mourut en 
1 260, ou plutôt il se démit alors de son évêché. Toujours 
il était remplacé le 6 décembre de cette année par Gé- 
raud d'Andiran. Bernard d'Orbessan vendit à celui-ci 
le lieu où fut bâti le palais épiscopal de St-Frajou, du 
consentement de sa femme , et la même année il lui 
vendit encore tous ses domaines, par un acte où Arnaud- 
Roger est appelé ancien évéque de Comminges. Enfin? 
en 1265, Géraud acquit du même Bernard d'Orbessan 

(1) Gallia Christiana. 



DE LA GASCOGNE. 38? 

tout ce qu'il possédait entre la Save et le Touge ; il y 
prend le titre d'ëvêque, quoique depuis deux ans il fût 
regiplace par Bertrand de Miremont , ce qui a fait ré- 
voquer en doute par plusieurs son épiscopat. Mais ils se 
trompent. Le nécrologe porte expressément, le 13 juin, 
mort de Géraud d'Andiran , évéque de Comminges , 
qui repose dans Féglise de Ste. -Catherine. La famille 
d^Andiran habitait le O>ndomois; Tévéque s'était sans 
doute retiré chez les siens après son abdication. 

Les évéques de Bazas ont été peu mêlés à notre his- 
toire dans la période que nous venons de parcourir. 
Après la mort de Gaillard de Lamothe, on avait élu le 
29 janvier Arnaud de Pins (1), qui toutefois ne fut 
sacré que le jour de Toussaint (122^). Il jeta les fon- 
dements de la cathédrale et en poursuivit avec ar- 
deur la construction. Il con6a la direction des travaux 
à Seguin, son archidiacre, qui remplit avec intelligence 
sa mission , du moins si comme il est vraisemblable , 
c^estàluique Féglise de Bazas doit son portail , sans 
contredit le plus curieux et peut-être le plus beau de 
toute la Gascogne. Arnaud de Tantalon, qui était alors 
sénéchal du Bazadois , posa la première pierre et fit 
présent à Féglise de cinq cents sols Morlas. Un autre de 
ses archidiacres signala sa fermeté. Amanieu d^Albret, 
après avoir prélevé sur le pays des taxes vexatoires , se 
présentait à la sainte table, dans la cathédrale. Guil- 
laume, ainsi se nommait Farchidiacre, lui refusa haute- 
ment la communion jusqu a ce qu il eut réparé ses injus- 
tices. L'évéque mourut le 26 novembre 1242, et fut 
remplacé le 2 mars suivant par llaymond de Castillon, 

(1) Gallia Christianay l'Abbé Oreilly. 



388 HISTOIRE 

qui avait exercé les fonctions d'aumônier et de péniien- 
cier de Tarchevéque de Bordeaux. Raymond possëdadi 
la confiance et Testime d'Henri, roi d'Angleterre , c|ui 
le choisit pour arbitre dans un démêlé violent qui s'é- 
tait élevé entre son sénéchal de Gascogne et le prieur 
de La Réole. Le prélat donna gain de cause au prieur. 
En i 261 , il réconcilia l'abbé et les moines de La Sauve- 
Majeure avec les habitants de Bourg* et dix ans apr^ 
il unit à la mense épiscopale l'église d'Uzestte. Guil- 
laume de Pins lui avait succédé en i 266. 

Aucun de ces prélats ne prit part à la dernière 
Croisade qui devait conduire les bannières chrëtienoes 
non pas en Asie , mais sur les côtes de l'Afrique; et 
cependant autour de St. -Louis étaient venus se ranger 
le jeune Edouard, duc d'Aquitaine, et Alphonse, comte 
de Toulouse. Celui-ci n'avait jamais oublié les lieux 
saints , et en les quittant pour rentrer en France en 
1222 , il y avait laissé des archers pour combattre à sa 
place. Parmi les chevaliers et les sergents enrôlés à son 
service, nous trouvons (i) Bernard de Montant, Guil- 
laume-Raymond du Lac, Arnaud de Villeneuve, Vital 
de Ferragut,*^ Bernard Descamps et Bernard de Lagarde. 
Jeanne , femme d'Alphonse, qui avait partagé les fati- 
gues et les périls de la première expédition voulut s'as- 
socier à la seconde. Les deux époux s'embarquèrent à 
Ayguesmortes, dans le mois de juillet 4270, mais cette 
entreprise fut encore plus funeste que les précédentes. 
Après avoir fait briller un instant sur les ruines de 
Carthage cet éclat de bravoure que nul n'égalait, le 
pieux roi s'étendait sur sa couche de mort , d'où son 

(1) Charte particulière. 



DE LA CASCOGIIE. 389 

cfEor de père et son âme de roi très chrétien dictèrent 
pour 900 fils les plus nd[>le8 enseignements que Thîs- 
toire ait recueillis d'une bouche mourante. St-Louis, 
une de nos gloires nationales les plus pures, appar- 
tient k toutes les provinces de la France. Nos lecteurs 
nous permettront de leur retracer cette fin sublime; 
nous l'empruntons à un de nos compatriotes (1). 

Dès que le bon roi se sentit frappe , il pensa à Dieu 
et il pensa à la France. Ce fut la double sollicitude de 
ses derniers jours. D'abord il appela auprès de son lit 
ses enfants dësolës, et quand ils furent devant lui , dit 
Joinville, il adressa sa parole à son aisné fils et lui 
donna des enseignements qu'il lui commanda garder 
comme par son testament et comme son hoir principal. 

Et aussitôt qu'il eut ainsi endoctriné monseigneur 
Phelippes, son fils, sa maladie devint plus grave et 
plus menaçante , et le bon roi se retourna tout entier 
vers le ciel. Si la terre l'occupait encore, c'était dans 
une pensée de prosélytisme chrétien. Il voulait que l'on 
fît un dernier effort pour amener le roi de Tunis au 
culte de la croix. Il s'eiUretenait avec les envoyés de 
Pempereur Paléologue, de l'union de l'église grecque 
et de l'église de Rome. La religion absorbait toute son 
âme. Enfin il demanda et reçut les derniers sacrements 
de la sainte église, répondant aux prières du prêtre, et 
mêlant sa voix à la voix des fidèles serviteurs qui répé- 
taient les versets des psaumes. Il semblait sourire à la 
mort à mesure qu'elle s'approchait. Entre les saints à 
qui il demandait des forces pour supporter la dernière 
épreuve , on l'entendit invoquer monseigneur St-Jac- 

(1) H. Laureniie, Uiftoire de France, toro. 2. ' 



390 HISTOIRE 

ques et monseigneur St-Denis de France , et madame 
Ste. -Geneviève i:éclamait-il aussi. Et ainsi affermi par 
le secours des saints, il se fit déposer sur un lit couvert 
de cendres, et mit ses mains sur sa poitrine. En cet étal, 
attendant doucement la fin de sa vie, il ne laissait 
échapper que des paroles de prière et d'espérance. 
Quelques moments il parut s'endormir , puis ouvrant 
les yeux, il dit ces mots de TÉcriture : J'entrerai dans 
votre maison, }'adorerai dans votre saint temple , « et 
oncques plus il ne parla. » Mais, ajoute Joinvilie, en re- 
gardant vers le ciel, rendit Tâme à son créateur à telle 
même heure que Notre-Seigneur-Jésus-Christ rendit 
Fesprit en Tarbre de la croix pour le salut de son peu- 
ple. Sa mort fut douce, son visage resta aussi beau et 
aussi vermeil comme il estait en sa pleine santé, et 
semblait à moult de genz qu il vossit rire. 

Ici rhistoire est tentée de s'arrêter, soit pour déplorer 
cette mort, soit pour reprendre une vie qui s'éteignait 
de la sorte et pour l'étudier sous un autre aspect. On 
avait vu le roi chrétien, le pacificateur, le réformateur, 
le grand homme politique; ici le saint vient d'apparaî- 
tre, mais c'est au moment où il quitte la terre. Ce serait 
un magnifique spectacle à contempler que celui de 
riiéroïsme de la sainteté, en regard de cet autre héroïsme 
de la gloire qui éblouit les yçux vulgaires. 

Philippe, surnommé le Hardi à cause de sa vaillance 
dans les combats d'Afrique, ne tarda pas à abandonner 
une terre de désolation. Il aborda en Sicile le 22 no- 
vembre avec le comte et la comtesse de Toulouse, déjà 
atteints de la maladie qui les précipita dans la tombe. 
Après avoir visité Rome, il s'arrêta quelques jours à 
Yiterbe, où les cardinaux assemblés faisaient attendre 



DE LA GASCOGNE. 391 

depuis deux ans Télection du pape. Dans ce rapide pas- 
sage, il eut le temps d'assister à un crime atroce (1). 

Henri, gendre de Gaston, avait accompagné sous les 
murs de Tunis le jeune Edouard; mais quand après la 
mort de St-Louis, son cousin fit voile vers la Palestine, 
il obtint de reprendre le chemin de sa patrie. Son cœur 
s^ennuyait de ces lointaines pérégrinations et redeman- 
dait la jeune épouse qu'il avait laissée dans le Béam. 
Avant de la revoir , il vint à Viterbe réclamer le titre 
de roi dès Romains qu'avait porté Richard son père. 
Guy de Montfort, fils du comte de Leicester, s'y trouvait 
aussi; il ne pouvait pardonner la mort de son père tué 
de la inain d'Edouard, à l'instigation, disait-il^ d'Henri 
ou de ses proches. Il avait d'ailleurs quelqu'intérêt à 
combattre les prétentions du prince anglais, car il avait 
épousé la fille du comte de Toscane. Il lui fallait son 
sang , et voyant qu'il le demanderait vainement à la 
force ouverte, il descendit aux embûches. Il se logea 
près de l'église de St-Laurent , où Henri s'était ren- 
fermé , le surprit pendant la célébration des saints 
mystères, et ne pouvant farracher du milieu des siens, 
il le frappa de son ^ignard. Puis il le traîna tout san- 
glant à la porte de l'église et l'acheva de plusieurs 
coups, comme eût fait un sicaire exercé au meurtre et 
à la férocité. 

La fin d'Alphonse et de Jeanne fut moins tragique. 
Ils avaient repris la mer après le départ de Philippe, 
leur neveu; mais à peine eurent4ls touché l'Italie qu'ils 
furent saisis dHine maladie violente qui frappa égale- 
ment la plupart des gens de leur suite. Ils n'eurent que 

(1) Matthieu Paris, Guillaume deNangis, Thomas de Walsinghau). 



392 HISTOIRE 

le temps de se faire transporter à Sevone, où ik expirè- 
rent, Alphonse le vendredi 21 aoât 427 4, et Jeanne le 
mardi suivant. Ainsi le raconte un auteur contempo- 
rain (\). Un historien Génois (2) qui vivait alors et qui 
pouvait avoir été témoin oculaire j veut qu^ Alphonse, 
déjà à ses derniers moments , soit allé débarquer près 
de Gènes , et qu'il y ait rendu le dernier soupir. 11 
ajoute que sa femme décéda le jour suivant de mort 
subite, ensorte que plusieurs soupçonnaient le poison. 

Avant de quitter la France , Jeanne avait fait le 23> 
jtiin 4270 (3) son testament à A jmargues erx Provence. 
Après une foule de legs particuliers, elle instituait powr 
son hëritière universelle, Philippe, s tsar de VéâaH, 
vicomte de Lomagne , et née comme lui de Marie de 
Sauve , nièce du dernier Raymond. Elle lui donnait 
tous les biens et tous les droits qu^elle possédait dans 
les évéchés d^Agen, de Cahors et de Rhodez, et la dotait 
de tout ce qui avait été acquis par elle et par son père,, 
non seulement dans ces évéchés, mais encore dails tons 
ses autres domaines. Enfin, elle lui léguait son â;rin, 
c'est-à-dire ses anneaux, ses colUers, ses diadèmes et ses 
pierres précieuses. Tous ceux qui entouraient la jeune 
Philippe eurent part à ses largesses. Jeanne ordonnait 
en même temps à ses exécuteurs testamentaires de 
prendre soin de son héritière, et voulait qu'ils lui choi- 
sissent un époux digne de son nouveau rang. 

Cette libéralité plaçait bien haut la soeur du vicomte 
de Lomagne. Elle était alors sous la tutelle de Guy, 
comte de St-Paul, qui s'empressa de depiander an nom 

(1) Guillaume de Puylaurens. — (2) Gaffa ri , dom Vaissette, 
tom. 3. — (3) l'Art de vérifier les dates , Grands Officiers de la cou- 
ronne. 



DE LÀ GASCOGNE. 393 

de sa papille foi et hommage pour les terres qui lui 
éuient legnëes. Mais la part était troplai^e. Philippe- 
le-Hardi, à la première nouvelle de la mort d'Alphonse 
et de Jeanne, s'empressa de faire mettre sous sa maiin 
les immenses domaines qu'ils laissaient G)hardoii, 
sénéchal de Gircassonne qu'il chargea de ce soni, n'a- 
vait pas attendu cet ordre. Il réunit à Toulouse, dans 
le doltre des Dominicains, les principaux vassaux des 
anciens Raymond (1 ). Bernard, comte de G>mminges, 
Bernard, comte d'Astarac, Jourdain et Izam-Jourdain 
deFIsleJourdain se montraient à leur tête. On reconnut 
d*abord le roi pour seigneur immédiat , et quelques 
heures après on lui jura obéissance et fidélité, en réser* 
Tant toutefois les libertés et les privilèges de la province* 
Le lendemain, plus de quatre cents seigneurs prêtaient 
leur serment. Le roi profitait de la faiblesse de Phi- 
lippe pour garder toutes les terres. Le comte de St-Paul 
en appela à la justice, mais le parlement de Paris, gagné 
par la cour, rendit en 1 274 un arrêt qui cassa le testa* 
ment de Jeanne et anéantit les prétentions de son 
héritière. 

Gérand, comte d'Armagnac, n'avait point paru an 
eloitre des Dominicains , quoique sa mère eût jadis en 
son nom reconnu la suzeraineté d'Alphonse, du moins 
pour le Fezensaguet. Nous avons vu qu'il avait depuis 
transporté son hommage à la couronne d'Angleterre. 
Cette absence dut être remarquée à la cour de France. 
Un acte imprudent et téméraire acheva d'irriter le 
monarque français. 

Presqu'aux portes d'Auch , se trouvait le comté de 

(1) Lafaille, Preuve». Dom Vaissette. 



394 HISTOIRE 

Gaure, petit pays qui ne se composait que du St-Puy , 
Lassauvetat , Pauillac , Pouy-Petit , Réjaumont et St- 
Lary, dans lequel on venait de bâtir la ville de Fleu- 
rance, destinée non seulement à en être la capitale, 
mais encore à prendre rang parmi les villes les plus 
importantes du département flu Gers. Là , au berceau 
de notre histoire, habitaient les Garàes, mentionnes 
par César. Après l'invasion des Barbares, ce pays avait-il 
eu son seigneur particulier dans Fredelon, dont quel- 
ques-uns font, comme nous l'avons dit, le frère du pre- 
mier comte de Fezensac et d'Armagnac ? nous n'ose- 
rions rassurer. La part du puîné eût été évidemment 
trop faible , à moins qu'à l'exemple du Père Montgail- 
lard, on n'y ajoute le Pardiac plus vaste alors qu'il ne 
le fut depuis. Quoiqu'il en soit de cette conjecture, les 
successeurs de Fredelon nous sont inconnus jusqu'à 
Gérard de Cazaubon {Casali boni). 

Sous lui , Géraud d'Armagnac prétendit (i ) , on ne 
sait trop sur quel fondement, que le comté de Gaure ou 
du moins le château du St-Puy {summum podium^ 
très-grande hauteur), relevait de l'Armagnac, et en 
conséquence il exigea impérieusement le serment de 
vasselage. Gérard de Cazaubon soutint, de son côté, et 
vraisemblablement avec plus de fondement, que sa sei- 
gneurie dépendait du comté de Toiilouse, et qu'ainsi il 
n'en devait l'hommage qu'au roi de France , héritier 
d'Alphonse et de Jeanne. Ce refus fut suivi de pro- 
vocations mutuelles. Ainsi des deux côtés on courut 
aux armes. On ne connaissait guère encore alors d'autre 



(1) Dom Vaisselle, Guillaume de Nangis, Manuscrit de M. d'Ai- 
gnan , l'Art de vérifier les dates. 



DE LÀ GASGOGME. 395 

fustice. Le comte d'Armagnac entre le premier en cam- 
pagne, et suivi de ses vassauit, il marche sur le château 
de Sompuj qu'il essaie d'emporter d'assaut. Cazaubon 
s^était préparé à l'attaque. Il résiste avec courage et 
contraint son agresseur à se retirer. Changeant alors de 
rôle, il tombe à son tour sur Tarrière-garde et la cul- 
bute. A cette vue , Arnaud-Bernard , frère du comte 
d^ Armagnac, accourt pour la protéger. Cazaubon vole à 
lui, l'étend sans vie d'un coup de hache, et abat sur 
son corps sanglant plusieurs chevaliers qui s'empres- 
saient pour défendre leur jeune maître. Dès-lors , le 
succès ne fut plus disputé ; tous se dispersent , et le 
superbe Géraud lui-même est forcé de fuir devant 
Fennemi qu'il était venu braver jusques sous ses mu- 
railles. 

Irrité de cette défaite, et surtout de la mort de son 
frère, il jura d'en tirer une vengeance éclatante, et 
appela à lui ses proches et ses amis. Ils accoururent à 
sa voix, mais nul ne se montra aussi empressé que le 
comte de Foix, son beau-frère. Cazaubon, voyant une 
Cgue formidable prête à l'écraser, prit le seul parti que 
lui commandait sa faiblesse. Il se plaça sous la protec- 
tion de la France, livra le Sompuy et tous ses domaines 
au sénéchal de Toulouse et aux officiers royaux , et se 
constitua prisonnier dans le château Narbonnais avec 
sa femme et ses enfants. Il y attendit le jugement du 
roi touchant la mort d' Arnaud-Bernard d'Armagnac. 
Le sénéchal prit possession au nom de la couronne du 
château qu'on lui abandonnait , y arbora la bannière 
des lys , proclama la sauve-garde dont son maître cou- 
vrait son vassal, et défendit au nom de la France à tout 
venant de l'assaillir. Devant une défense pareille. 



396 HISTOIRE 

la politique la plus vulgaire conseillait de s'arréler. 
Mais k cette époque, le plus souTcnt on suivait impé- 
tueusement ses passions sans en calculer les suites. On 
battait ou Ton était battu. La prison ou Famende faisait 
raison du vaincu et tout rentrait en paix. Il n^était pas 
même rare de voir les ennemis de la veille se réanir 
pour accabler leur voisin devenu Tennemi du jour. 
Cest rhistoire des peuples dans leur enfance. 

La vengeance criait trop haut ; les deux beaui-firè- 
res ne purent consentir à voir leur ennenn édaxppa à 
leur fureur. Ils s^avancèrent à la tête de leur troupe, 
attaquèrent le château au mépris de laproteetion rayaie 
et s'en rendirent maîtres après une défense désespérée. 
Gérard que poursuivait leur fureur trouva néamnoins 
moyen de s^évader, mais sa femme et ses enfants moins 
heureux tombèrent entre les mains des vainqueurs, 
qui pourtant respectèrent leurs jours. Tout le reste fut 
massacré, et quand les bras furent fatigués de carnage, 
on pilla le château et on le livra aux flammes. Du 
Sompuy, les confédérés se répandirent dans tout le 
comté de Gaure , et j portèrent la dévastation et Li 
mort(<). 

Philippe n'eut pas plutôt appris Tinsulte faite à sa 
bannière, qu'il résolut de la punir sévèrement. Dans 
cette vue il fit publier le ban et Tarrière-ban, convoquant 
ainsi tout ce qui était tenu au service militaire. Certes, 
il n'en fallait pas autant pour accabler deux fâibks 
seigneurs; mais Philippe voulut au début de son règne 
faire craindre sa puissance afin de mieux contenir ses 

(1) Suivant un manuscrit qui nous a été communiqué , Cazaubon 
aurait péri sous les ruines de son château avec sa femme et Anne sa 
fille, jeune enfant à peine âgée de 16 anv. 



DE LÀ GASOOGlfE. 397 

vassaux. Pendant que ses troupes se réunissaient, il 
fit citer les deux coupables à sa cour pour j rendre 
ooimpte de leur conduite. Le comte d'Armagnac se sen- 
tant trop faible, demanda merci et l'obtint (1), non sans 
avoir versé au trésor royal quinze mille livres tournois 
d'amende. 

Le comte de Foix plus hardi , osa braver Tprage et 
se mit en état de défense (2). Il comptait que l'aspérité 
des liei^ et la force de ses châteaux placés presque tous 
sur des hauteurs à peu près inaccessibles le mettraient 
à l'abri des armes françaises. Telle était sa confiance , 
qu'il ne craignit pas même de braver son ennemi. 
£ustache de Beaumarchez traversait paisiblement le 
comté de Foix. Roger-Bernard tomba sur lui à l'im- 
]»oviste, le força de fuir en laissant entre ses mains 
qudiques prisonniers et une partie de ses bagages. Cette 
insulte ne resta pas longtemps sans vengeance. Eustache 
assembla les milices de la sénéchaussée, soumit le pays 
de Foix jusqu'au pas de La Barre ^ et eût poussé plus 
loin ses conquêtes s'il n eût cédé aux avis de ses offi- 
ciers qui lui persuadèrent d'attendre l'arrivée du roi. 
Ce prince fit le 25 mai 1272 son entrée à Toulouse, 
où il avait fixé Le rendez- vous de ses troupes , et où le 
duc de Bretagne et les comtes de Flandres, de Dreux, 
de Ponthieu et de Rhodez , ne tardèrent pas à le join- 
dre avec leurs vassaux. Philippe se vit bientôt à la tête 
d'un ost (armée) si grand qu'il dut toute terre faire 
frémir (3). Le comte de Foix comprit alors toute la té- 
mérilfé de sa résistance, et n'espérant point fléchir par 

(1) Dora Vaisselle , l'Arl de vérifier Ifts dates. — (2) Les mêmes, 
Larroque» Traité du ban. — (3) Grandes Chroniques de St- Denis 
d^apTM M. Laurenlie. 



404 HISTOIRE 

Ce titre ne Tempécha pas d'être arrêté prisonnier par 
les habitants secrètement soulevés sans, doute par leur 
seigneur. Edouard dut encore dévorer cette insulte, et 
au lieu de la punir sur-le-champ, il s^avança jusquà 
Ste-Quittcrie , au diocèse d'Auch, que les archevêques 
et les vicomtes de Béarn [>ossédaicnt en paréage. Cétait 
vraisemblablement Rive-Haute que nous allons voir se 
transformer eu la ville de Plaisance. Il y manda Gaston 
qui n osa résister plus longtemps, vint Ty saluer et offrit 
de répondre à la cour sur les griefs qu'on lui imputait 
Cette offre ne satisfit pas Edouard, qui violant à son tour 
le droit des gens, fit arrêter Gaston au bourg de Sauh 
et Ty fit retenir prisonnier. 

Le vicomte ne put recouvrer sa liberté qu'en jurant 
de se soumettre au jugement porté par la cour de St- 
Se ver et de remettre à l'entière disposition du roi le 
château, la ville et tous les honmies d'Orthez, et en par- 
ticulier ceux qui avaient porté une main coupable sur 
le chevalier du Lan. Ces conditions, il dut les subir en 
présence de Géraud, évêque de Lectoure, et de Guil- 
laume, abbé de Figeac. Mais comme cette promesse 
était trop suspecte, à peine fut-il libre, qu'avant de lui 
permettre de s'éloigner, on en exigea une seconde plus 
explicite que la première, et dont se rendirent garants 
Arnaud-Seguin d'Estang, Arnaud de Montégut et Ar- 
naud de Gavaston. Il s'engageait à ne point quitter la 
cour sans l'expresse permission du prince, et s'il s'éloi- 
gnait il consentait à être arrêté de nouveau et à voir 
tous ses domaines confisqués. Aucun privilège , aucune 
coutume ne pourraient le protéger. Les évêques de 
Lectoure, d'Aire et d'Oleron étaient chargés de juger 
l'infraction du serment et devaient la punir d'oxcom- 
munication. 



DE LA GASCOGNE. 405 

Malgré toutes ces précautions, Gaston ne se crut pas 
lié.. Il s'cchappCi dèsqu il put se soustraire à la vigilance 
qui Tentourait et courut se renfermer dans le château 
dX)rtliez, gardé pendant sa détention par une garnison 
qu^il prit le soin de doubler. Edouard indigné de cette 
évasion, fit citer Gaston à comparaître devant la cour de 
Gascogne, siégeant à St-Sever. I^a veille du jour assigné 
(18 octobre 1273), le vicomte envoya Compain, évéque 
d^Oleron, Bernard, abbé de Luc, et maître Guillaume- 
Raymond pour présenter ses excuses devant le sénéchal 
et toute la cour de Gascogne, et comme les excuses n*é- 
taient point reçues, les commissaires eu appelèrent au 
roi de France. 

Avant de recourir aux armes, Eldouard voulut don- 
ner au jugement une forme plus authentique. Il assem- 
bla à St-Sever la cour générale de Gascogne, composée 
des cours particulières de Bordeaux, de Bazas et de 
St-Sever , et rassemblée ayant trouvé la première pro- 
cédure illégale , il fit citer de nouveau le vicomte de 
Bëam. L'abbé de St-Sever se transporta dans la ville 
d^Orthez, accompagné d'Amaud-Seguin d'Estang, de 
Guillaume de St-Aubin et d'Arnaud de Marsan, dépu- 
tés de la cour de St-Sever, d'Auer-Sans de Caumont , 
de Guillaume-Raymond de Pins , d'Arnaud de Mar- 
mande , députés de la cour de Bazas , de Senebrun , 
seigneur de Lesparre, d'Elie de Castillon et de Gaillard 
de Sertor, députés de la cour de Bordeaux, et des 
maires de St-Enulion , de St-Macaire et de Dax. Il fit 
la sommation voulue par la législation d'alors , mais il 
n^obtint qu'un refus que tout faisait prévoir. Gaston se 
retrancha sur l'emprisonnement déjà subi, sur les dan- 
gers qu'il y aurait pour lui à se mettre entre les mains 



406 HISTOIRE 

d'un roi irrité, et enfin sur Fappel qu'il avait déjà in- 
terjeté à la cour de France. 

Edouard n'eut pas plutôt appris cette réponse , qu'il 
entra sur les terres du vicomte à la tête d'une armée, 
et le poussant devant lui sans peine, il le força à se té- 
fugier dans un château fort dont le nom n^est point 
désigné , où il courut l'assiéger. Gaston se voyant 
pressé, en appela de nouveau au roi Philippe (1). Le 
monarque anglais respecta cet appel contre l'avis de la 
plupart de ses courtisans. Il leva le siège et se contenta 
de faire poursuivre la cause à la cour de France. Ses 
troupes s'étaient à peine éloignées que le nonce du pape 
se présenta à Orthez. Après quelque résistance, le pré- 
lat plus heureux que la cour de Gascogne obtint du 
vicomte une lettre de désaveu qu'il jugeait propres 
apaiser le monarque anglais, mais Edouard ne s'en tint 
point satisfait, et il fit faire des dégâts sur les terres de 
Gaston. 

La cause fut alors portée devant le parlement , ou 
Gaston se présenta en personne, appelant le roi d'Angle- 
terre traître, faux et injuste juge, et s'offrant à le com- 
battre en personne. Aymard de la Rochechouard , 
Guillaume de Valence et quelques autres barons atta- 
chés à l'Angleterre , voulurent accepter le défi en leur 
nom et défendre l'honneur de la majesté royale; mais 
le vicomte refusa leur gage de bataille et ne voulut 
combattre qu'avec le roi lui-même. Malgré des procé- 
dés aussi violents l'affaire s'apaisa. Le roi Philippe ne 
voulut pas la laisser juger. Il ménagea un accord dont 
les conditions sont inconnues , mais qui rétablit une 

(I) Thomas Wakingham , anno i274. Nangis, 



DB LA GÀSGOGIfE. 407 

parfaite et Sblide harmonie entre le monarque anglais 
et le vicomte à qui le sénéchal de Gascogne, Jean de 
Crailli, rendit les châteaux de Roquefort en Marsan, 
de Capsius et d^Urgon que le monarque anglais avait 
fait saisir. 

S'il fallait en croire Thomas Walsingham (i) , Gas- 
ton fut condamné par le roi de France à se soumettre 
à la discrétion d'Edouard, et le vicomte obéissant à la 
sentence, passa en Angleterre en 1275. Là il fut con- 
duit la corde au col , aux pieds du monarque anglais , 
qui lui fit grâce de la vie, mais le fit enfermer pendant 
quelques années dans un château. Il le relâcha enfin et 
le renvoya dans son pays' Cette sévérité guérit Tin- 
constance de Gaston qui servit désormais TAngleterre 
avec une fidélité qu'aucun événement ne put ébranler. 
Ce récit plus que suspect dans son ensemble est évi- 
demment erroné sur la durée de la prison prétendue 
du vicomte. Ce qui est certiiin, c'est que Gaston voulut 
se montrer reconnaissant envers le ciel de sa délivrance 
et surtout de la réconciliation inespérée qui avait mis 
fin à de si longues luttes. Dans ce dessein il donna à Ama- 
nieu, archevêque d'Auch, le château de Manciet (2). 

Le prélat avait déjà reçu plusieurs libéralités sembla- ' 
blés. Bernard de Gelas (3), chevalier j seigneur de Bonas, 
lui restitua les dîmes qu'il possédait à St-Paul-de-Baïse 
et dans quelques paroisses voisines , par un acte daté 
du château de Bonas, le 3i mars 1275. Dame Alemane 
deSariac(4) se démit en sa faveur de celles qu'elle avait 
dans l'archidiaconé de Magnoac. Quelques années au- 
paravant il avait transigé avec l'abbé de Galan. Emeric 

(1) Ànno 1275. —(2) Carlulairc d'Auch. — (3) Idem. — (4) Idem. 



408 HISTOIRE 

d'Averon, abbé de Tasque, choisi pout aii>ître, avait 
prononcé son jugement i Nogaro, le 22 septembre 
i 267 , en présence de (Jéraud , comte d^ Armagnac et 
de Bernard de Salis. Les pouvoirs s'organisaient; diver- 
ses autres transactions fixèrent les droits de la métro- 
pole et des monastères de TEscale-Dieu, de Cimont, de 
Q>ndom et de St-Moni. 

Le chapitre de Vic-Fezenzac attira surtout Fallen- 
tion d'Amanieu, A son origine (1), il avait été composé 
de <Aianoines nomades qu^envoyait et retirait à son gré 
le chapitre métropolitain. La donation de Pierre de Vie 
fit cesser cet ordre de choses ; le» chanoines embrassé- 
rent la règle de St-Augustin et y furent établis à de- 
meure stable et permanente. En < i 22, ils n'étaientque 
cinq, Odon de Ferrabouc , Géraud et Bernard de La- 
barthe, Bernard Dufreche, Dominique de Castillon et 
Pierre du Brouil, chapelain, ou vicaire perpétuel. Il se 
fit alor» un dénombrement des biens du chapitre. Nous 
y trouvons que Bernard de Lartigue donna Téglise de 
Broquens pour laquelle il reçut quinze sols Morlas. Mais 
Pierre , son fils , s'opposa à cette générosité. Odon de 
Pardeillan et Guillaume de Podenas s'entremirent, et 
* grâce à leur intervention, Pierre se désista en recevant 
toutefois du chapitre vingt autres sols. Raymond de 
Lalane et son frère pour expier leurs égarements aban- 
donnèrent aussi au chapitre l'église de ce lieu. Le frère 
et la sœur des deux bienfaiteurs ratifièrent le don en 
posant le missel sur le grand autel. En i 27i , les choses 
avaient empiré ; les biens et le personnel du chapitré 
étaient en souffrance. 

(i) Dom Bnigelles. M. d'Aignan, Pièces juslificafives. 



DB LÀ GASOOGIIE. 409 

Amanieu y rétablit Tordre et fixa k douze le nombre 
des chanoines. Uannëe suivante , le pape Grégoire X 
lui octroya (1 ) le pouvoir de nommer un chanoine dans 
les églises de Dax, de Bazas et de Bayonne. En 1276 1 
Raymond Sanche, grand-maltre de TOrdre de la Foi , 
échangea une légère part du château de Blanquet en 
Lomagne, qui revenait à son institut, contre une por* 
tien de terre située à Valence , et due à la libéralité 
d'Odon de Preissac. Par cet échange , le seigneur s'o- 
bligeait à tenir le château de Blanquet en vasselage de 
Tarchevéque. Il devait h ce titre lui prêter foi et hom- 
mage à chaque mutation de prélats , et lui ofirir une 
épée de la valeur de trois sols Morlas. 

Des troubles s'étant élevés en Navarre, après la mort 
du roi Henri, Philippe-le-Hardi qui avait fait épouser 
à son second fils la princesse Jeanne, fille unique et 
héritière du roi décédé, envoya pour les apaiser, Robert, 
comte d'Artois , et le chargea de prendre aide et con- 
seil auprès de deux puissants seigneurs voisins des 
Pjrénées^ Gaston de Béam et Roger-Bernard de 
Faix (2). Sur Tavis des deux comtes, il rassembla une 
armée de vingt mille combattants, et s'arrêta quelque 
temps à Morlas avant de pénétrer en Navarre , où le 
vicomte de Béarn et le vicomte de Foix raccompagnè- 
rent à la tête de leurs vassaux. Ils arrivèrent sous les 
murs de Pampelune le 6 septembre 1276. Après quel- 
ques jours de tranchée , les habitants demandèrent à 
capituler; mais pendant qu'on discutait les conditions, 



(i) Pour ceci et tout ce qui précède, voir Dom Bnigelles , M. 
d'Aignaa et le Gallia ChrUtiana, ^ (2) Nangis, Marca, dom Vais 
Bette , tom. 4. 



410 HisTomB 

Gaston et Roger-Bernard donnèrent Tassant et entré* 

rent dans la ville qu ils livrèrent au pillage. 

Le roi Philippe s^avançait lui-même à la tête d^uoe 
armée formidable. Il allait demander au roi de CasUlIe 
compte d'une perfidie qui privait de la couronne ses 
neveux. Arrivé près des Pyrénées, il s'arrêta quelque 
temps à Sauveterre (1). Là, ses projets s^évanouirent; 
Timprudence ou la trahison avaient négligé les appro- 
visionnements, et la famine menaçait ses troupes avant 
même qu'elles eussent touché le sol ennemi. Il fut tou- 
tefois sensible au zèle qu'avait déployé pour sa cause 
le comte de Foix. 

La réconciliation était si complète entre la maison 
de Béam et le roi d'Angleterre, que ce prince ayant un 
différend avec Pierre de Tartas, fils de Raymond Ar- 
naud, vicomte de Tartas, et de Navarre, vicomtesse de 
Dax, et successeur de son père et de sa mère dans ces 
deux vicomtes, il le soumit à l'arbitrage de son cher et 
y!^a/ cousin le vicomte Gaston (2). Celui-ci prononça son 
jugement en octobre i279. Il condamna le vicomte à 
payer au monarque anglais six mille sols Morlas, mais 
à ce prix il demeurait déchargé ainsi que ses vassaux 
de tous les arrérages, et il rentrait en possession de tous 
les biens que le différend avait fait saisir. Edouard lui 
donna une nouvelle preuve de sa confiance en le choi- 
sissant pour commander cent hommes d'armes qu'il 
envoyait pour défendre Alphonse de Castille contre 
l'infant Sanche, ce fils préféré aux jeunes orphelins 
neveux de Philippe, qui reconnut l'aveugle et injuste 
prédilection de son père en cherchant à le détrôner. 

(1) Nangis, Marca , dom Vaisselle, lom. 4. — (2) Marca , liv. 7 
ch. 23. 



]}£ LA CASGOGAE. 4 H 

Le sort du comte de Foix et le danger qu'il avait 
cxmru lui-même ne rendit pas le comte d'Armagnac 
plus prudent II eut (1), en 1279, avec Eustache de 
Beaumarchez, sënéchal de Toulouse, une nouvelle 
querelle qu'il soutint avec plus de résolution que la pre- 
mière, mais aussi qui lui fut plus fatale. Non content 
d'avoir pris les armes pour défendre ses prétentions , il 
fit fortifier la ville d'Auch et attendit sous ses murs le 
sënéchal. Celui-ci ayant assemblé les troupes de son 
ressort, alla chercher Géraud et lui présenta la bataille. 
Le comte d'Armagnac l'accepta malgré rinfériorité du 
nombre , mais la fortune trahit son courage. Battu et 
fait prisonnier, il fut conduit en France et enfermé 
deux ans au château de Péronne. 

Le comte de Foix ne le soutint point dans cette se- 
conde lutte, soit qu'il n'osât plus se commettre avec la 
France, soit plutôt qu'il fût occupé ailleurs, car il 
n'avait presque jamais déposé les armes depuis qu'il 
ëtait rentré dans ses éuts. Il s'était (2) d'abord ligué 
avec quelques seigneurs de la Gitalogne et avait fait la 
guerre à Pierre, roi d'Aragon. Mais la réconciliation 
avait suivi de près les premières agressions , et pour 
mieux les cimenter, Pierre et Roger unirent leurs en- 
fants. Le roi d'Aragon donna à son fils les comtés de 
Kibagorce et de Paillas, et le comte de Foix la vicomte 
de Gastelbon à sa fille, et lui assura ses autres domai- 
nes dans le cas où il mourrait sans enfants mâles. 

Roger-Bernard, à peine réconcilié avec l' Aragon, dé- 
clara la guerre à l'évéque d'Urgel auquel il disputait le 

(i) L'Art de vérifier. le» dates , tom. 2. Doin Vaisselte, tom. 4.— 
(2) Dom Vaissette, tom. 4. 



412 HISTOIRB 

pays d^ Andorre (1). Des arbitres communs ramenèreot 
entr'eux une paix qu ils léguèrent à leurs successeurs 
et qui ae fut jamais plus troublée. Il en fut autrement 
de la paix avec TAragon, malgré ralliance intime qui 
devait la cimeuter. Roger-Bernard avait renoué ses 
intrigues aVec les comtes d'Urgel et de Paillas, et les 
vicomtes de Cardonne et de Villemur qui seplaigpaient 
de ce cjue Pierre avait violé les immunités de la pro- 
vince. Pierre se hâta d'arrêter leurs entreprises. Il se 
rendit lui-même dans la Gitalogne, attaqua le comte (2) 
de Foix et le força à se renfermer avec ses confédérés 
dans le château de Balaguer au ocHnté d^ Urgel. Il cou- 
rut l'y attaquer et pressa vivement la place. La résistance 
fut opiniâtre. Les confédérés comprenaient tout ce 
qu'ils avaient à redouter d'un suzerain irrité, mais 
malgré leur résistance, ils durent se rendre à discrétion. 
Pierre envoya le comte de Foix dans une forteresse où 
il le fit garder à vue comme le plus puissant et le plus 
dangereux de ses ennemis , et dispersa les autres dans 
divers châteaux de la Catalogne. 

Les fers du comte d'Armagnac venaient alors d'être 
brisés. Roger-Bernard comprenant que sa captivité se- 
rait longue, le chargea (le 2 février i 282) de gérer ses 
domaines de concert avec Marguerite , sa femme. Cet 
acte de confiance et d'intimité fut le dernier acte qui 
rapprocha les maisons de Foix et d'Armagnac Leurs 
rivalités et leurs haines transmises de générations en 
générations vont désormais ensanglanter le Midi pen- 
dant près d'un siècle. Le roi craignant que le roi 



(1) Dom Vaissette , tom. 4. — (2) Dom Vaisselle, TArt de vérifier 
les dates. 



DE LÀ GÀSGOCICE. 413 

d"* Aragon ne profitât delà captivité de Roger-Bernard 
pour s*emparer des places fortes du pays de Foix, 
manda la comtesse à sa cour et arrêta avec elle une con- 
vention qui mettait le comté à labri des armes espa- 
^oles. 

Le traité de paix conclu entre St-Louis et Henri III, 
assurait le comté d'Agen à la couronne d^Angleteif» y 
dans le cas où la comtesse de Toulouse mourrait sans 
enfants. Plusieurs années s'étaient écoulées et TAgenais 
était encore entre les mains du roi de France ; mais 
enfin, en 1279, Philippe chargea Guillaume de Neu- 
ville, archidiacre de Blois et le maréchal d'Estrade de le 
remettre à Guillaume de Valence (1 ), oncle d'Edouard, 
désigné pour le recevoir. Les deux commissaires con- 
voquèrent devant Tévéque d'Agen le clergé, les nobles 
et les communautés qui devaient hommage à la France 
et à Tévêque. On vit paraître à cette assemblée les abbés 
de Clairac et de St Maurin, le prieur du Mas, Galtier 
et Amanieu du Fossat , Othon de Lomagne , Fortaner 
de dzenove , Guillaume-Raymond de Pins , Jourdain 
de risle, Bemadet d'Albret , Bertrand de Caumont, 
Raimfroi de Monlpezat, Bernard de Ravignan et les 
consuls de Condom , de Penne , de Marmande et de 
quelques autres lieux. Guillaume de Neuville et le 
maréchal leur déclarèrent que le roi les déliait du ser- 
ment qu'ils lui avaient prêté, et leur ordonnait de trans- 
porter leur fidélité au roi d'Angleterre. En même 
temps Jean de La Valette, sénéchal du comté pour la 
France, en livrait les villes à Guillaume de Valence. 

Edouard était alors k Abbeville dans la Picardie. Il 
nomma un nouveau sénéchal d'Agenais , et le commit 

(1) Rymer, loin. 1. 



4 H HISTOIRE 

pour prêter ensonnomàrëvéque d'Agenrhominage(l) 
que lui prêtaient les comtes d'Âgenais, et pour le rece- 
voir ensuite de tous les vassaux. Ce double serment se 
fit avec ëclat le 6 août de cette année dans le cloître des 
Dominicains, eu présence de Géraud , évêque de Lec- 
toure , de Géraud , comte d'Armagnac , d'Esquivat, 
comte de Bigorre, de Jean de Grailly, sénéchal de Gas- 
cogne, de Pierre de Galard, de Bertrand, abbé de 
Moissac, d'Elie de Noailles, d'Arnaud de Caulet, de 
Pierre Dupuy , de Bertrand de Goth et de quelques 
autres seigneurs. Edouard se plaignit bientôt qu entre 
les mains des comtes de Toulouse ou des rois de France, 
les domaines du comté avaient été usurpés et ses reve- 
nus affaiblis. Il ordonna aussitôt unie enquête sévère et 
fit tout rétablir sur Tancien pied (2). Vital de Caupene 
s'était dévoué à sa cause. Il récompensa son zèle en lui 
abandonnant ce qu'il possédait dans la vallée d'Aure et 
dans les paroisses de Laléougue et de Lagarde. 

Les habitants de Condom portaient impatiemment 
l'autorité de l'abbé de St-Pierre. Née à l'ombre du cloî- 
tre , leur ville avait grandi sous sa sauve-garde , mais 
l'ère de l'émancipation avait sonné. Ce n'était plus assez 
des libertés octroyées ou reconnues. Aux poitrines des 
citoyens il fallait plus d'air, à leurs actes plus de fran- 
chises; de là des commotions toujours apaisées mais 
jamais satisfaites. Les premières plaintes s'étaient fait 
jour sous Pcrégrin de Fourcès au commencement de ce 
siècle. L'archevêque de Bordeaux et l'évêque d'Agen 
firent agréer une transaction passée à Pamiers le 30 no- 

(1) Rymer. — (2) Le même. 



DE LA GASCOGHE. 415 

irembre 1212 (1). Les griefs étaient oublia départ et 
d*antre« Les habitants pouvaient bâtir une église quHIs 
entretiendraient à leurs frais, et augmenter le cimetière 
l^aoé près de la grande porte du monastère ; mais ils 
ne pouvaient établir aucun four banal sans 4a permis- 
sion de Tabbé, et leurs consuls ne pouvaient prononcer 
snr aucun procès sans sa participation. Enfin, la direc- 
tion de rhôpital fondé près de la porte du Pradau 
appartenait exclusivement à Tabbaye. 

Cet accord dura peu. Les esprits s'aigrirent de nou- 
veau. Le pape commit Tévéque d'Albi , son légat en 
Aquitaine, et le chargea de ramen^ la paix. Sous ses 
auspices fut signé un nouvel accord qui donnait gain 
de cause à Tabbé presc^ue sur tous les points. On lui 
adjugea le droit d'avoir les clefs de la ville, d'instituer 
des viguiers , de faire les consuls , d'établir et de pro- 
mulguer les ordonnances, de concert avec les consuls, 
d'^imposer des amendes aux coupables et de les perce- 
voir à son profit. On lui reconnaissait encore le droit 
de lots et ventes à chaque changement de maître, lors 
même que les biens passeraient à un parent , le droit 
de péage aux ponts et aux portes de la ville. On réglait 
encore qu'il ne serait point imposé des tailles, établi des 
statuts ou coutumes , créé des maires sans son assenti- 
ment. Cette transaction fut acceptée en 1228 par l'abbé, 
au nom de l'abbaye, et par Céraud-Sad, Raymond de 
Polignac, Jean de Cassagne et Géraud-Sad-le-Jeune, au 
nom de la ville dont ils avaient les pouvoirs. 

Pérégrin appartenait à la noble et ancienne famille 
de Fourcès qu'on dirait une branche de la maison com- 

(i)M4iiuferit de M. de Lagutère. Dom Martennc, (om. 2. 



416 HISTOIRE 

taie d'Ârmagnac. Elle portait du moins comme nos 
comtes, au l*'^ et au 4* d'Or au Idon de Gueules^ mais 
elle écartelait au 2* et au 3* d'Argent à une comeilk 
de sable qui est sans doute Comeillan (*). 

On ignore Tépoquede la mort de cet abbé, maison 
sait qu'il fut remplacé par Montassin de Coalard ou 
Galard dont Tadministration fut paisible et respectée. 
11 n en fut pas ainsi de celle d'Auger d'Ândiran qui 
succéda à Montassin. U était à peine élu depuis un an, 
lorsque le 5 mai \21\ , il donna, de concert avec En 
Carsie ou plutôt Géraud de Cazaubon , des coutumes 
à Lassauvetat, en présence de Pierre de Bordes et de 
Guillaume de Galard, consuls de G)ndom et de Sans- 
Garsie d'Ayguetinte. 

Géraud était seigneur de Sompuy et de quelques 
lieux voisins, et avait quelques droits à Lassauvetat 
Ciuq ans après il abandonna à Tabbaye de Condom 
cent concades de terres labourables et de bois à Martis- 
sens. Cette libéralité lui gagna Tabbé qui cédant aux 
avis de Pierre de Saubole, prieur de Nérac, et d'Othon 
de Lomagne, seigneur de Fimarcon, Tadrnit dans ren- 
tier paréage du lieu qu'il venait de doter de nouvelles 
franchises. Géraud de Cazaubon ne voulant pas se lais- 
ser vaincre en générosité, abandonna à Tabbé un péage 
qu il possédait à Condom. Auger transigea deux ans 
après avec Philippe-le-Hardi. Il cherchait sans doute 
auprès de lui un appui contre les habitants de Condom, 
qui n avaient pas tardé à se repentir de la transaction 
jurée en 1228.11 en fallut, en 1243, une autre plus 

(■) Vers H91, nous voyons Pérégrin de Fourcès recevoir nne 
multitude de donations où paraissent comme témoins des Larroqueis 
des Baslards , des Monfauconds, des Descataïens, des St-Simons. 



DE LA GÀSGOGNE. 417 

large passée sous les auspices d'Edouard et qui s'étendit 
à la ville de Mézin insurgée aussi contre son prieur. Mais 
les esprits étaient impatients de tout joug ; les troubles -^ 

se réveillèrent avec plus de force qu'auparavant. Jamais 
les désordres n'avaient été aussi grands. L'autorité de 
Tabbé était ouvertement méconnue , les divers cens 
ne lui étaient point payés. La justice elle-même désar- 
mée entre ses mains devait se taire en face des délits et 
des crimes. 

Edouard, qui venait de recouvrer l'Aquitaine, sem- 
bla d'abord se plaire à aggraver les abus en se décla- 
rant pour les citoyens. S'il cherchait à se rendre néces- 
saire, le monarque anglais parvint à son but. Auger 
rappela en paréage de la ville (1). Edouard établit à 
son tour l'abbé paréagiste dans toute la banlieue de 
Condom et au château de Galard ; il n'excepta que les 
lieux nobles ou tenus noblement par les seigneurs. Ce 
paréage comprenait G)ndom et le château de Larres- 
single. Jean de Grailli qui le signa au nom de son mai- 
Ire en conclut un second avec le prieur de Mézin au 
sujet de sa ville. L'original du premier a été perdu, 
nous n'en possédons qu'une reconnaissance faite en 
1 329 par Philippe-de-Valois (*). Ce paréage suspendît 
les troubles. On craignit la majesté royale, et sous cet 
abri Auger trouva respect et soumission. L'année même 
où le paréage fut conclu (1286) , il fut rédigé à Mont- 

(i) Manotcrit de M. de Lagutère, dom Martenne, tom. 2. 

(*) Elle est écrite dans le livre des coutumes couservées à l'Hôtel- 
4e-Tille et sur une grande peau de parchemin assez endommagée. 
Le paréage fut confirmé , en 1325, par Charles-le-Bel ; en 1329, par 
Philippe de Valois; en 1360 , par le roi Jean; un peu plus tard, par 
le duc d'Anjou son fils, et enfin par Charles IV, en 1414. 

//. 27. 



4 18 HISTOIRE 

fianquin une grande pancarte qui établissait que les 
maisons de Pouyparden, de Cannes, de Galard, de Be- 
raut et de Plieux étaient nobles. Auger d^Ândiran 
mourut peu après avoir recouvré la paix, et eut pour 
successeur Arnaud-Othon de Cazenove qu'on accusa 
d'être dévoué à TArigleterre , mais qu'on laissa jouir 
paisiblement de sa dignité. 

Les évoques de Bayonne n'étaient guère plus res- 
pectés quelles abbés dé G)ndom. Là comme partout il 
y avait effort pour briser les langes de la féodalité ; la 
révolte y fut complète. Maynaut d'Akis ayant voulu 
prendre la défense de l'évêque, fut traîné devant l'as- 
semblée et condamné par le jugement des cent jurats à 
avoir la main coupée et à être banni de la ville. Arnaud 
de Pauline et Jean de Casteljaloux protestèrent seuls 
contre cette violence , mais leur voix fut étouffée et la 
sentence mise à exécution. L'évêque, à son tour, lança 
une excommunication contre la ville. Après dWtres 
excès, on en appela de part et d'autre à Edouard et on 
se soumit à son arbitrage. L'évêque, le maire et quel- 
ques jurats passèrent la mer et se transportèrent à Lon- 
dres. 

Edouard donna sa décision (1) le 3 juin 1281. Il 
condamna le maire et les jurats à aller le jour de la 
Nativité de la Vierge, fête patronale de Bayonne, de 
l'Hôtel-de- Ville à la cathédrale , en tunique, mais sans 
souliers ni ceinturons. Ils devaient porter à la main 
un cierge d'une livre au moins et le présenter à Tautel 
pendant que le prélat exposerait au peuple la cause de 
cette condamnation. Non seulement Maynaut d'Akis 

(i) Rymcr, tom. i, pars secundo^ p. 192. 



DE LA GÀSCOGHE. 419 

était rappelé, mais le maire, les jurais et tous ceux qui 
avaient trempe dans sa condamnation lui feraient une 
pension de deux cents livres Bordelaises et payeraient 
à Tévéque une amende de cinq cents livres sterling. 
A ce prix Fëvêque devait révoquer les censures et 
absoudre les coupables. Ce jugement tout sévère qu'il 
était fut accepté. Kévéque et les jurats promirent, le 5 
juin, avant de s'éloigner de Londres , de s'y conformer. 
Cet évéque était Dominique de Mans ou de Mangs , 
successeur (1 ) de Sanche de Haitse et né à St-Sébastien 
en Espagne. 

La protection d'Edouard s'étendit aussi sur les Juifs (2) 
que des vexations continuelles et d'énormes exactions 
forçaient d'abandonner la Gascogne et d'aller porter 
ailleurs leurs richesses et leur industrie. Le monarque 
les soumettait au jugement des légistes chrétiens, mais 
il défendit de les molester. 

Quelques mois après , les habitants de Lectoure re- 
coururent (3) à son patronage contre le sénéchal de 
Toulouse. A la suite de quelques démêlés au sujet de la 
forêt du Ramier {la ramar, du Gascon ramo^ branche), 
le sén^hal les avait cités devant le parlement de Tou- 
louse, et les Lectourois craignaient la puissance de 
leur adversaire. Ils en écrivirent au roi de France , et 
le prince anglais joignit sa prière à leur supplique. 
iTest tout ce que nous savons de cette affaire. 

Edouard cherchait surtout à gagner le clergé. Il 
donna (4) à l'abbesse et aux religieuses de Prouilhan 
dont la maison venait de s'élever aux portes de 0)n- 

(1) Gallia Christiana. — (2) Rym3r.— (3) Idem. — ^4) Idem , d 
Manuscrit de M. de Lagutcre. 



DE LA GASCOGNE. 423 

Suivant le récit d'un auteur espagnol (1), durant ce 
si^e, ÂlpHonse, fils du roi d^ Aragon, vint escarmoucher 
à la tête de cinq cents chevaux contre les gardes avan- 
cées du camp, composées de mille cavaliers. Il en tua 
six cents, et aucun n'eût échappé à ses coups, si les com- 
tes de Foix et d'Astarac, le sénéchal de Mirepoix, 
Jourdain de Tlsle et Roger de Comminges ne fussent 
accourus à la tête de toute la cavalerie du Languedoc. 
Peyralade et Figuîères ne tardèrent pas à ouvrir leurs 
portes. Gironne où commandait le vicomte de Cardonue, 
brave et habile capitaine , se défendit plus longtemps ; 
mais après deux mois de tranchées ouvertes, les comtes 
de Foix et de Paillas, parents du vicomte, le détermi- 
nèrent à accepter une capitulation que le manque de 
vivres rendait indispensable. Le roi, pour récompenser 
lesservices du comte de Foix, lui abandonna le paréage 
de la ville de Pamiers. Ce prince avait été atteint de 
Tépidémie qu'avaient engendrée les chaleurs sous les 
murs de Gironne, et qui désolait l'armée. Il se traîna 
malade et affaibli ^squ à Perpignan , ei y mourut le 
5 octobre 1285 , après avoir reçu en grande déviation 
le sacrement de sainte église (2). 
• Le climat de l'Espagne fut encore fatal à Esquivât, 
comte de Bigorre. Il tomba malade dans la petite ville 
d'Olithe en Navarre , où le service de la France le re- 
tenait. Il y fit (3) son tesument le 18 août 1282 , et y 
mourut trois jours après. Son frère Jourdain l'avait 
précédé dans la tombe sans laisser de postérité. N'ayant 
pas lui-même d'enfante, il institua pour héritière sa 



(l)MurUr, c*i. 123. — (2) Grandes Chroniques de France. — 
(3) Harca, liv. 9, ch. 12. 



424 tiisit>iRÊ 

sceur Laure qui épousa peu de mois après le vicomte de 
Turenne. En même temps il ordonnait queTsoti corps 
fut transporté à l'abbaye de TEscale-Dieu pour y repo- 
ser à côté des comtes de Bigorre, ses prédécesseurs. 

A la première nouvelle de cet événement , Gaston , 
vicomte de Béam, acoounit à Tarbes, accompagné de 
sa fille G)nstanoe , et y rassembla les états du pays. Il 
leur exposa les droits que les dispositions formelles de 
la comtesse Pétronille donnaient à sa fenraie, et par elle 
à sa fille aînée. Les états, après un mur examen, admi- 
rent (1) ses prétentions et cassèrent la clause du testa- 
ment d'Esquivat qui adjugeait le Bigorre à sa sœur, 
comme contraire à une substitution ouverte; mais ib 
respectèrent toutes les autres* Ils laissaient ainsi à Laure 
la vicomte de G>userans et les terres de Ghabannes et 
de Gonfolanis. Ils exigèrent encore que Gaston et Cous-' 
tance jurassentrobservation de leurs fors ou privilèges, 
et qu ils s^obligeasisent à répondre devant qui de droit 
à ceux qui él^vet^ient des prétentions sur le comté. Ces 
préliminaires remplis, les barons |#étèrent foi et hom- 
mage à Constance le i" septembre < 283, en présence 
de Raymond- Arnaud de Coarrase , évêque de Tarbes , 
de Pierre, évéque d'Aire, et de Compain, évêque d'O- 
leron. Les communautés de Tarbes, de Bagirères, de 
Vie et d'Ibos hésitèrent. Leurs députés consultèrent les 
trois prélats, l'abbé de St-Pé, Arnaud-Guillaume de 
Benac et le commandeur de Bordères, Guillaume Gar- 
sie de Tusaguet, et sur leur assurance, ils prêtèrent le 
même serment que la noblessi. 

Les droits de la fille de Gaston avaient été ainsi so- 

(1) Marcvi, liv. 9, ch. i3. Charles du Séminaire. 



D£ LÀ GÀSGOGKfi. 425 

lennellement reconnus. La justice était en sa faveur , 
les sympathies publiques lui étaient acquises. Les Ibrces 
des deux maisons de Béarn EL de Foix défendaient sa 
cause. Tout semblait devoir la rassurer sur Tavenir, et 
néanmoins toutes ces assurances étaient mensongères. 
Laure ne pouvait pas voir paisiblement une aussi riche 
succession lui échapper, et prévoyant que ses tentatives 
seraient inutiles en Bigorre , elle s'adressa à Jean de 
Grailli, sénéchal de Gascogne pour le roi d'Angleterre, 
fit sa protestation et demanda que durant le litige le 
prince anglais mit le comté sous sa main comme le vou-> 
lai«it les lois de la féodalité. Le sénéchal trouva Vuî^ 
faire trop épineuse pour la décider lui-même ; il en 
référa sur-le-champ à Edouard. G)nstance craignant 
qa^oû ne prévint ce prince contre ses intérêts , se hâta 
de passer la mer. Ce voyage la perdit. Ellle ne croyait 
tniuver de lautre côté du détroit qu'un juge; die y 
trouva un compétiteur bien autrement redoutable qù.e 
la vicomtesse de Turenne. 

, Edouard s^étayait de la cession faite à son père par 
l^église du Puy. Seule et à la merci d'un puissant sou- 
verain, la lutte était impossible. La fille de Gaston crut 
désarmer son adversaire en cédant de bonne grâce. 
Elle consentit ainsi à ce que le Bigorre fût placé sous 
la main de TAngleterre. Le roi ordonna à Jean de 
Grailli, de s'en saisir, et lui associa dans cette mission 
Géraud, évéque d'Aire. Le vicomte de Béarn (i)Ie 
précéda à Tarbes. Il assembla de nouveau les états et 
leur ordonna du consentement de Péregrin de Lavedan, 
sénéchal de Bigorre pour Constance et de Pierre de 

^(4) Marca , Chartes du Séminaire. 



426 HISTOIRE 

Bègole, son procureur spécial, d'obéir désormais à 
TAngleterre. Il protesta en même temps qu'il réservait 
tout entiers les droits de éÊ fille. Le sénéchal, sans trop 
accueillir sa réserve, déclara qu'il venait simplement 
recevoir Thommage de la cour et la délivrance du 
comté. Les états y consentirent à condition que leurs 
privilèges seraient conservés. Le sénéchal le leur promit 
en présence d'Amanieu, archevêque d'Auch, de Pierre 
de Ferière, évêque de -Lectoure , de Géraud , évêque 
d'Aire, de Raymond- Arnaud de Coarrase, évêque die 
Tarbes, de Gaubin, abbé de St-Maurin, de Bonnel, 
abbé de Tïlscale-Dieu, de Géraud , comte d^ Armagnac, 
et d'une foule de seigneurs. 

Pierre de Ferière venait de monter sur le siège de 
Lectoure (i). Il était doyen du Puy en Vêlai et chan- 
ceher du roi de Sicile, lorsqu'il fut appelé à succéder à 
Géraud de Montlezun. Celui-ci avait admis le roi d'An- 
gleterre au paréage (2) de Lectoure, et ne s^était réservé 
que la foire du lundi vraisemblablement ducamaval ou 
du carême. Le roi à son tour s'engagea à faire à l'église 
de Lectoure une rente annuelle de cent livres qu'il 
devait dans le délai de quatre ans asseoir dans le diocèse 
de Lectoure ou tout au plus dans la partie du diocèse 
d'Agen, situé en deçà de la Garonne. Il s'obligeait en- 
core à défendre et protéger les dîmes et les libertés de 
l'église de Lectoure. L'acte en fut passé dans la salle 
capitidaire, le 5 mars 1273, en présence de Thomas 
de Clare, d'Othon de Pardeillan, d'Othon de Lomagne, 
de Fortaner de Gazenove, chevaliers, de Pierre de 
Pommier, archidiacre de Lomagne, de Jourdain, archi- 



(1) Gallia Christiana, —(2) Gallia Ckristianay jMtrumnta, 
page 175. 



DE LA GASGOGIIK. 427 

diacre de Lectoure et des autres chanoines. Le cartu- 
laire de Gimont mentionne Géraud de Montlcxun eu 
1277. La même année nous le trouvons confcSrnnt, sur 
la présentation de Fabbé deMoissac, la cure de St-Nico- 
las-de-la-Grave à Hugues de la Veychère. Deux ans 
plus tard il assista au Concile provincial d' Auch dont 
nous avons parlé. Il fit bâtir la grande voûte et le 
choeur de la cathédrale, la grande salle du palais épis- 
copalet les maisons de plaisance de Ste-Mère, deSt-Clar 
et de Pessoidens. Malgré tant de travaux , il laissa à 
son église une grande quantité d'or et d'argent. Le 
nécrologe de Lectoure place sa mort au 30 mars un$ 
assigner de date plus précise. 

Son successeur siégea encore plus longtemps que lui| 
mais il résida peu dans son diocèse. Il Iiabita presque 
toujours la cour de Naples. En 1300, nous le voyons 
établir Guillaume Mesquini , son vicaire-général, et le 
charger de distribuer les sommes bissées par son pré- 
décesseur. U transigea b même année avec Guilbomei 
abbé de Moissac, au sujet des dîmes et des prémices de 
b parcHsse de Motet dans son diocèse; mais quelques 
difiicultés s'étant élevées, Pierre de Ferièra ueii vit 
pas b ûm Raymond II qui le rempbça ratifia b tran- 
saction* Quoiqu'aucun titre particulier ne parle plus 
de Raymond, on croit quil prok^ngea son éptscofiat 
jusqu'^en 1307. 

Géfand (1), évéque d'Aire, avait reçu r<weiiofi sacrer 
presquCT même temps que Pierre de Ferière^ U^it 
diapebin du roi d'An^g^eterre; et soit que b U^eur 
d'Edouard Fait porte sur nu még^ pliti 4evé, ifoitqu4^ 

{i) GMa Ckrûtima, ^'Mi. L HiBmtfk êÂke. 



b mort r^uËrappc pcaaprèsaom sacre, soit eufijiipB 
loa aaiorité imposée par TAmg^tterrc n^ait ëté reoomae 
que momentauiémeiii. il (vt ranpboé TaBiiM teinile 
par cm second Pierre que qodqpies-iiiis oonfbadol 
aTCC le précédeni , en reictaia Tépisoi^t de GémL 
L'eûâtence da dernier Pierre ne sanndt élre oiiseci 
doate. Leoomted'Armagmcle&imdeaesexécalen 
tesumenuircs. 

Ce comte avait d ennese prêté à Aroand- 

Cnillem, comte de Ptfdiac« six mille flarins d'or et 
avait reçu en engagement la sixième partie du Fudac 
Pins urd, Amand-Gnillem avait TOula se libérer, mifi 
Céraud ne voulat entendre à aucane proposition, et 
prétendit garder le comté. On en appela a la justioe, et 
comtne sa décision était trop lente, oâ ooamt aux ar- 
mes. Entre seigneurs et surtout entre comtes presque 
souverains^ c était qudquefois le premier et proqae 
toujours le dernier ressort. Âpres des excsis rédprotpies, 
les comtes de Gmuninges et d'Astarac s^interposèrent, 
et sous leurs auspices il fut réglé en 1281 (t) (pie Cé- 
raud rendrait le comté, excepté ce c[aû j aurait aopiis 
personnellement, et que néanmoins et lui et ses succes- 
seurs pourraient prendre le titre de comtes de Pardiac, 
mais qu'aussi Amaud-Guillem au lieu de six mille flo- 
rins ne lui en compterait que mille. La transactionfat 
acceptée en présence de deux arbitres et de Raymond 
de Montesquieu, seigneur de ce lieu, et de Bernard de 
Marrenx, seigneur de Montgaillard. 

Bernard de Baulat s'était montré parmi les cheva- 
liers les plus dévoués au comte d'Armagnac , et l'avait 

^1) Manuscrit du Séminaire. 



DE LÀ G 429 

^Jm iewi dans presque tootcsM ; exp . C 

Ipfcpnnienger acssengces^Iit lai TedeBoulo h 

~JkBS Peymsse-Vieille, et Yi it de b 

IBtiiés aux environs de Ms ciac. It y ajc a la e 

^hanfr^ moyenne et basse, et ne réserva i le it 

fpomaine Uacte en fut dr é le 6 mai 1278 (1), en 

.'yrésenoe deRamond de M ntesquiou, baron d'Angles, 

^de Pierre de Baulat, bayle < Vie, et de Bernard, bonr- 

^geois, sénéchal d'Armagn Deux siècles plus tard, 

Bernard, le second fils du connétable d'^Armagriac, du 

,, omsentement de Jean, son frère aîné, confirma cette 

" donaUon, celle de Montagut et du Couloumé, en faveur 

du seigneur de Montaigut II payait ainsi les services 

^ que ce seigneur et ses aïeux avaient rendus aux comtes 

^d* Armagnac et de Pardiac Cette confirmation fut oc- 

^ troyée au cbateau de Peyrusse- Grande, le 8 mai 

1424 (2). Elle eut pour témoins Jean de Bascoles, Jean 

de Montlezun , seigneur de Séailles , Diodat d^Héral , 

♦ chevalier de St-Jean-de -Jérusalem, et Odoart de Fer- 

raguL Cérand avait pour écuyer et pour damoiseau^ 

Arnaud de Béon , qui eut part à ses libéralités. Le 

comte lui donna la terre de Castets dans Tarchidiaconé 

des AfBtes. L'acte en fut dressé au château de Yic- 

Fezensac , le 28 avril 1284^ en présence de Raymond 

de Montesquiou , d'Arnaud de Marrenx et de Pierre 

d'Antin. 

Quelques mois avant la donation de Boulouch, 
(27 février 1277), les Templiers d'Ayguetinte etTabbé 
de La Case-Dieu se disputaient Lezian. Après quelques 
débats, ils laissèrent le jugement à Raymond de Les- 

^i) Chartiî imprimée. — ^2; Charicf da .Séminaire. 



430 HISTOIRE 

cout, bayle*'de Jegun. Celui-ci partagea Lézian entre 
les parties belligérantes, et condamna Bernard d'Ossun, 
supérieur, prœceptor^ de la maison d'Ayguetinte, à payer 
à La Case-Dieu cent quatre-vingt sols Morlas. Bernard 
d^Ossun avait sous sa discipline trois frères du Temple. 
Sa maison dépendait de la commanderie d^Ârgenten, 
dans le diocèse d'Agen. Pierre de Sombrun qui la 
possédait ratifia la transaction. 



DE LA GÀSGOGNE. 431 



NOTES. 



NOTE Ir* , page 236 du 1« volamc. 
Charte d'Alaon, an du ChrUt 845. 



Aa nom de la sainte et indiTisible Trinité, Qiarles, par 
la grâce deDieo, roi des Français. Il est convenable d'affer- 
mir par l'antorité royale les propriétés de la sainte église, 
et de (ayorablement écouter les justes réclamations des 
moines qui, animés par le zèle du culte divin, sont arrivés 
jusqu'à nous. Qu'il soit^ en conséquence , connu à tous les 
fidèles de la sainte église de Dieu, tant présents que futurs : 
que le pieux abbé Obbonins^ venant des contrées d'Espagne, 
savoir , de cette frontière du royaume des Goths, autrefois 
au roi de France , maintenant aussi sujette à nos lois et 
préservée de la souillure des Sarrazins par Louis , notre 
auguste père, s'est présenté à nous, conduit devant notre 
sérénité par Berarins, notre fidèle et vénérable arcbevéque 
et primat de Narbonne. U nous a expo^ que le noble comte 
Vandregisilc, notre cousin et homme-nge, après la mort 
du comte Altargarius, son père, fut établi par notte prédé- 
cesseur, comte des Marchés de Gascogne, situées au-delà du 
fleuve de la Garonne, qu'avec l'aide de Dieu et de ses bra- 
ves il avait conquis sur les Sarrazins et sur Amarvan, duc 
de Saragosse, tout le territoire nommé Alaon, situé dans les 
montagnes de ladite Gascogne, aux environs et au-delà du 
fleuve Balière , que ledit comte Vandregisilc, avec la très- 



432 HISTOIRE 

illustre comtesse Marie, soa épouse, avait fondé dans ledit 
lieu, à leurs frais et en moins de dix ans, un monastère en 
Thonneur de la mère de Dieu ^ que cette fondation avait été 
faite d'après le conseil et le consentement de leurs enfants, 
savoir : de Bernard, maintenant comte de cette même Gas- 
cogne et gardien de toute la frontière, et de sa femme la 
comtesse Tende; d'Athon, à présent comte de Pailhas, et 
de sa femme Ëynzeline; d'Antoine, aujourd'kui vicomte de 
Béziers, et de sa femme Adoyre, et enfin d'Aznar, vicomte 
de Soûle et de Louvigni, et de sa femme Gerberge ; que 
d'un commun accord ils avaient élevé ce monastère avec 
les dépouilles des infidèles; qu'ils y avaient établi avec 
l'abbé Obbonius des religieux clercs, vivant selon l'obser- 
vance de St-Benoît, et tirés du monastère de St-Pierre de 
Cirèse; que la construction et la dédicace de ce monastère 
ont été faites aVec la permission et le consentement de fen 
vénérable Bartbélemi, arcbevêque et primat de Narbonne, 
et le vénérable Sisebot, évêque d'Urgel, sous la juridiction 
de qui se trouve ledit lieu, diaprés l'autorisation de notre 
auguste et pieux père Louis, a approuvé Touvrage et béni 
l'église du dit monastère, en présence des vénérables Ferréol, 
évêque de Jaca, Involat, évéque de Commînges, et Odoart, 
abbé de Cirèse, Hermengaud, abbé d'Assiniense (*), Odoard, 
abbé de St-Zacharie , Fortunio , abbé de Leigerensi , . 
Dondo, abbé de St-Lavinîi, Varin, abbé Altifagiti, Âttilius, 
abbé de Caellae-Fragilii, Transirie, abbé de St-Jean d'Olc- 
ron, et beaucoup d'autres clercs et bermites, et encore 
Stodile, abbé de^t-Aredii-Attanensis ; le susdit évêque 
d'Urgel, assisté d'autres ûdèles, transféra alors de la basi- 
lique de St-Sauveur de Limoges, à la nouvelle église de 
Ste-Marie, les cendres d'Hatton, autrefois duc d'Aquitaine, 
et du comte Altargarius, son fils, qui sont l'un père, et l'au- 
tre ayeul du susdit comte Yandregisile, auquel il fournit 

(*) Ne connaissant pas les noms modernes qui correspondent aux 
noms latins , on a laissé subsister dans cette traduction la dénomi- 
iinlion latine. 



DK LA GASCOGNE* 433 

ott Certificat authentique. 11 a encore exposé à notre héré- 
nité le testament on dernière volonté des susdits comte 
Vaodregisile et comtesse Marie, son épouse, dans lequel , 
da consentement de tous ses enfanta, ledit Vandregisile 
donne an même monastère et à ses moines présents et à Te- 
nir, y vÎTant suivant la règle de St-Bcnoit, particulière- 
ment tons les droits qo*il dit lui appartenir sur le monastère 
de rile de Rbé, autrefois bAti en riion neur de la Ste-Vierge, 
par Endes, dnc d'Aquitaine, et sa femme, de bonne mé- 
moire, Vahrude, fille do dnc de Valacbise, prince de notre 
race, et où le duc Eudes a été inhumé, toutes les terres , 
églises et droits que ledit comte Vandregisile assure loi 
appartenir de son patrimoine dans tonte TAquiLaine, et 
principalement dans le Toulousain , le Qocrci , le Poitoo , 
l'Agenais, la province d'Arles, laSaintonge et le Périgord, 
qni appartinrent audit Eudes, duc d'Aquitaine, et à son 
frère Imitarios, comme les possédant du cbef de leur père 
la dnc Boggis, aoqael le roi Dagobert les avait accordés 
après la mort violente de son frère Ildéric, roi d'Aquitaine^ 
il donne également tous les monastères dans toute l'Aqui- 
taine et la Gascogne, ou plutôt les droits qu'avaient sur 
tn% le duc Endes et son père, le duc Boggis, ce dernier les 
tenant de Dagobert, après la mort violente de son frère 
Ilderic, roi d'Aquitaine, ainsi qu'il a été dit plus baut; il 
donne encore tons les biens qu'Arnaud, doc de Gascogne, 
donna à sa fille Gisèle, et après elle à ses petits-fils, Boggis 
•t Bertrand, que le roi Caribert eut de la reine Gisèle, son 
éponse. Pareillement il donne au monastère tous les droit» 
qoi avaient appartenu à Sadregisile, autrefois duc d'Aqui- 
taine, et avaient été dévolus à la comtesse Vandrade, mère 

de son pire, par droit de parenté et de succession 

Sur quoi ayant tenu conseil avec les grands de notre 
canr, avec les arcbevèques, évéques, abbés, ducs et comtes, 
maintenant assemblés auprès de nous à Quiersi (*), à Foc- 

(*) Quierii,ehAteau auprès de Compiégnc*. 

//. 28. 



434 HISTOIRE 

casion de la solennité de nos très- heureuses noces avec 
trcs-illustre et très-glorieuse dame et reine Hermentrude , 
nous avons reconnu que nous ne pouvions obtempérer en 
entier aux prières du même abbé^ parce que ses demandes 
sont en opposition avec notre grandeur royale, et blessent 
les droits de plusieurs, attendu que le comte Vandregisile 
n'a nullement eu le pouvoir de donner «t dé léguer les 
domaines , les églises , les monastères et autres héritages 
qu'il a constitués dans l'étendue de l'Aquitaine et de la 
Gascogne. En effet, il était seulement de la seconde branche 
ou génération issue des ducs Boggis et Eudes ; car ce que 
le roi Dagobert donna aux siens^ c'est-à-dire à Garibert, 
son frère et à ses neveux Boggis et Bertrand, après la mort 
réputée violente de leur frère Ilderic, roi d'Aquitaine, fat 
possédé par droit d'hérédité, par Eudes, fils de Boggis , et 
après lui par son fils aîné Hunold, et Waifre, son petit-fils, 
qui tous jouirent du duché d'Aquitaine, sous Thommage 
dû aux rois de France. Mais le duc Waifre ayant tant de 
fois violé les serments de fidélité prêtés au très-illustre roi 
Pépin, notre bisayeul, il fut vaincu plusieurs fois. Après sa 
mort, l'apostat Hunold fit encore de nouveaux efforts, qui 
furent repoussés, et l'un et l'autre furent vaincus et traités 
comme rebelles par Charlemagne, notre ayeul. C'est pour- 
quoi toute l'Aquitaine et la Gascogne avec tous leurs privi- 
lèges, furent confisquées suivant les lois des Français, et 
dévolues à Taugusle Charles, qui les donna à notre très- 
excellent père, Louis-le-Débonnaire, avec le titre de roi 
d'Aquitaine, duquel nous tenons tous nos droits et souve- 
raineté sur celte même contrée. Il en fut de même de toute 
la Gascogne, car, Dieu aidant, le grand Charles, notre 
ayeul, la concéda à titre bénéficiaire au très-fidèle duc Loup, 
qui était l'aîné de la branche cadette, issue du duc Eudes, 
puisqu'il était le fils aîné du ducHatton.il se soumit de rechef 
a l'cmpjre de Charlemagne. Loup II, le plus méchant de 
tous les méchants, le plus perfide de tous les mortels, Loup, 
par ses œuvres et par son nom, voleur plutôt qne duc» 



DE LA GASCOGNE. 435 

suivant les traces coupables deWaifre, son scélérat de père, 
et de TapostatHunold, son ayeul, s'en empara, au droit, 
disait-il^ de sa mère Adèle, fille de notre fidèle duc Loup. 
Pendant qu*en apparence cet atroce fils répétait ses ser- 
ments à Charles, notre glorieux ayeul, ce dernier éprouva, 
à son retour d'Espagne, la perfidie ordinaire et familière 
aux ancêtres de Loup, puisqu*avec une troupe de brigands 
on fit sacrilégement égorger Tarrière-garde et les généraux 
de Tarmée; c'est pourquoi ledit Loup, pris ensuite, fut sans 
miséricorde étranglé. Par bonté et pour Taider à vivre 
décemment, une portion de cette même Gascogne fut laissée 
à Adalric, fils de Loup , lequel abusant comme son père de 
la clémence du roi, prit les armes avec son fils Scimin et 
Gentule, contre notre très-pieux père ; mais attaqué dans 
les montagnes, il périt dans le combat avec son fils Gen- 
tule. Notre père cependant, avec sa bonté accoutumée, par- 
tagea encore la Gascogne entre Scimin et Loup-Gentule , 
fils de Gentule qui venait d'être tué. Mais Loup-Gentule et 
Garsimirla perdirent encore par leur rébellion. Garsimir 
fut tué comme son père, dans une révolte, et Loup-Gentule 
exilé et privé de sa principauté, à cause de sa tyrannie. 
Notre très-illustre père reprenant alors toute la Gascogne, 
la remit à son domaine, la tira pour toujours des mains des 
descendants du duc Eudes, et il en confia le gouvernement 
à qaelqu''un de notre sang ; car il le donna à Totilo qui en 
fut le premier duc, et ensuite à Sigbino-M ostellanico , qui 
la possède maintenant, à l'exception toutefois de ces pays 
tenus par Ictérius, comte d'Auvergne, et Ermiladius, comte 
d'Agen, l'un oncle et l'autre frère du susdit comte Vandre- 
gisile. Quant à ce qui concerne le monastère de Ste-Marie 
dans l'île deRhé, il est inutile d'en parler, puisqu'ayant été 
brûlé et détruit par les Normands, il n'y a rien à espérer 
pour sa restauration. D'ailleurs, nous ne pouvons confirmer 
la donation des domaines et des héritages que le duc 
Amand donna d'abord à sa fille, la reine Gisèle, et ensuite 
à ses petits-enfants les ducs Boggis et Bertrand , avec les 



436 HISTOIRE 

autres biens que la reine Gisèle tenait d'Amantia, sa mère, 
et de son aycul Sérenus, jadis duc d'Aquitaine* En effet, 
après rinauguration eu Espagne des enfants deGarsimir , 
comte de la Gascogne citérieiire, susnommé (et d'après lenr 
donation approuvée par un décret royal) , tous droits sur 
ces objets, et particulièrement sur les comtés de Bigorre et 
de Béarn, furent dévolus à Donat-Loup et à Gentuloup, 
fils de Loup-Gentule^ dont il a déjà été parlé; ce qui a été 
doublement confirmé par notre père et par nous. Ils sont 
maintenant possédés par le comte Donat-Lonp et par Cen- 
tulfe, fils de Loup-Gentule, vicomte de Béarn, sous la tutelle 
de sa mère Auria. Quant aux biens qui appartinrent au 
duc Sadregisile, ils ne sont point en notre pouvoir, car le 
roi Dagobert les enleva à ses enfants pour les punir, sui- 
vant les lois romaines, de la lâcheté qu'ils eurent de ne pas 
venger la mort de leur père, et religieusement les donna aux 
saints martyrs, Denis, Rustique et Eleuthère. Il serait cri- 
minel de les en dépouiller en violant les décrets aj^ustoli- 
ques, impériaux et royaux qui les en ont investis. 

Ces choses ainsi distraites et couvertes d'un silence éter- 
nel, par amour pour Dieu et par respect pour la Ste-Vierge, 
il a plu à notre souveraine puissance d'accorder audit abbé 
Obbonius, toutes les demandes qu'il nous a faites. 



DE LA CASG0G9E. 



437 



NOTE 2, page 4«2 du 1*^' yolume. 



(D«Mié de Frzensar* 



Ce comté se composait des terres suivantes . 



Aubiet. 


Castelnau-d* Angles. 


Lussan. 


Aoch. 


Castin. 


Meymes. 


Ayguelinle. 


Gezan. 


Miramont. 


Ampeils. 


CUrac. 


Mourède. 


AnMD. 


Coignai. 


Hansencomme. 


ArcamoDt. 


Dému. 


Marambat. 


Ardenne. 


Duran. 


Marrast. 


Ardens. 


Espas. 


Marsan. 


Aumensan. 


Flarambel. 


Meillan. 


Barrao. 


Gaudoux. 


Merens. 


Bascous. 


Uerrebouc. 


Miran. 


Bassooes. 


Jcgun. 


Mirepoix. 


Bazian. 


Justian. 


HongaUlard. 


Belmont. 


Lannepax. 


MonUut. 


BezoUes. 


Larroque. 


Montégut. 


Biamie. 


L'Isle-d'Arbechan. 


Montestruc. 


Blanquefort. 


Lupiac. 


Mouchan. 


Bonas. 




Mourède. 


Caillavet. 


Lagardère. 


Neguebottc. 


GalUan. 


Lagraulas. 


Noulens. 


Castera-Vivent. 


Lahitte. 


Ordan. 


Castillon-de-Bals. 


Lamothe-Pardeillan. 


Peyrussc-Grande. 


Crastes. 


Lahas. 


Peyrusse-Massas. 


Cazaux-d'Anglés. 


Lauraët. 


Pléhaut. 


Gazenave. 


Le Malarlic. 


Poudenas. 


Cassaigne. 


L'Isle-Surimonde. 


Pouylebon. 


Gastera-PrénéroD. 


Lou Boulet. 


Préchac. 


Casteljaloui. 


Lou Busca. 


Préneron. 


GastUloB-Hassas. 


Lucvielle. 


Pujos. 



«8 


HISTOIRE 




Puységur. 


St-Paul-de-Balse. 


St-Jean-d'4iiglé8. 


Uoqucbrune. 


Soubagnan. 


St-Lary. 


RamouzeDS. 


Sl-Sauvy. 


SéaiUes. 


Roquefort. 


Scieurac. 


Tudelle. 


Roquelaillade. 


Sl-Arailles. 


Vic-Fezensac. 


Rozès. 


Sle-Christie. 


Valence. 


Sl-Martin-BiiMigré. 


Sl-Jeao-Poutge. 


Verduzan. 



Le FezeDsac renfermait encore le marquisat de Gondrin, 
le comté de Latour et les 4 baronnies de Montant, de Mon- 
tesqniou, de Pardeilhan et de Tlsle. 

Le marquisat de Gondrin se composait des terres sui- 
vantes : 

Bruch. Justian. Polignac. 

Gondrin. Magnaut. Roques. 

Le comté de Latour se composait des terres suivantes : 

Gavarret. Mansempuy. Pimbiel. 

Lalanne. Miramont, en partie. 

La baronnie de Montant se composait de : 

Bajonnette, en partie. Montaut. Tourrenquets. 

Augnax, en partie. Nougaroulet. 

Et de cette baronnie relevaient : 
Arné. Mons. Preignan, 

La baronnie de Montesquiou se composait des terres sai- 
vantes : 

Ëstipouy. Montesquiou. Mouchez. Riguepeu. 

Et d'elle relevaient, Blonclar et St-Yors. 

La baronnie de Pardeilhan se composait de Beaucaire, 
Lamazère et Pardeilhan. 

La baronnie de Flsle se composait de Lacastagnère , 
risle-de-Noé en partie, Soubagnan en partie. 

Dans le Fezensac, les terres suivantes appartenaient au 
roi en tout ou en partie. 

Aubict. Barran. Callian. 

Auch. Caillavet. Caslera-Vivent, 





DE lA GiLSCOG^ 


(E. 4 


Caâtillon-Debats. 


Lupiac. 


St-Marlin-Binagré. 


Crastes. 


Meymcs. 


St-PauI-de-BaïM. 


]>ému. 


Miramont. 


SoubagnaD. 


Jegun. 


Mourèdc. 


Sl-Sauvy. 


Lannepax. 


Ordan. 


Tudelle. 


Larroque. 


Pey russe Grande. 


Valence. 


L'Isle-d'Arbechan. 


Roqucbrunc. 


Vie- Fezenzac. 



439 



Mais les suivantes avaient été aliénées en tout ou en 
partie. 

Aubiet, aliéné le mai 1687. 

Auch^ aliéné le 5 septembre 1709 et le 15 novembre 1703. 

Castera-Vivent, aliéné le 30 juillet 1600. 

Castillon- Débats, aliéné le i" mars 1703. 

St-Paul-de-Dalse , aliéné le i" juin 171 1 . 

Valence , aliéné le 13 mai 1077. 

Terres et Fiefs qui composaient le comté D'ÀRMAorfAC. 



Aignan. 


Cantiran. 


Gcllcnavc. 


Arblade-Brassac. 


Castelnau-d'Auzan. 


Goux (Rivièrc-Kagge). 


Arbl^de-Comtal. 


Castclnau-Rivière- 


Ilagcdcc. 


Armentieu. 


Basse. 


Jû. 


Arparens. 


(^astclnavet. 


Izotgcs. 


Averon. 


Castei. 


Labarthète. 


Aurensan. 


Caumont. 


Labarrcre. 


Auriebat. 


Canct. 


Labastidc. 


Barcelonne. 


Caupènc. 


Labalue. 


Barthe-Cagnard. 


Cazaubon. 


Labeyrie. 


Beaulat. 


Clarens. 


Lacaussadc. 


Belloc. 


Corneillan. 


Ladevèze. 


Bergelle. 


Oavensères. 


Lagardère-Betous. 


Bemède. 


Oemens. 


Lagardère-SemoQ» 


Betous. 


Daunian. 


Lagrasse. 


Bouet-Soubiran. 


Eauze. 


Laguyan. 


Bouit-Jussan. 


Echac. 


Laffilte-Toupière. 


Bourrouilban. 


Espagnct. 


Laleugue. 


Boozon. 


Eres. 


Lannemaignan. 


Bretagne. 


Estang. 


Lanne-Soubiran. 


Cadeillan. 


Estirac. 


Lanux. 


Cabuzac. 


Fustcrouau. 


Lapaillèrc. 


Camicas. 


Galiax. 


Lapujolle. 


Campagne. 


Gée. 


Lascazèrcs. 



^w 


HISTOIRE, 




Lasserrade. 


Maupas. 


St-Pot. 


Latterrade-St-Mau. 


Mauriet. 


Salles. 


Latlerrad<>St-Aubin. 


Monclar. 


Sarragachies. 


Laujuzan. 


MonlezuD. 


Spubagnan. 


Laur. 


Mormès. 


Sauveterre. 


Lengros. 


Nogaro. 


Ségos. 


L41ôpiui-Sle<:hri8lie. Préchac. 


SioB. 


Loubedat. 


Panjas. 


Sombrun. 


Loubion. 


Plaisance. 


Sos. 


Loucamp. 


Perchôde. 


Souble-Cause. 


LoucasUgnet. 


Pouydraguia. 


Sorbets. 


Loucoumau. 


Projan. 


TachoQzIn. 


Louhouga. 


Riscle. 


Taïque. 


Loulin. 


Roquelaure. 


Thermek. 


Loupourret. 


Rivière. 


Tarsac. 


Lousersou. 


Sabazan. 


Tieste. 


Louhaget. 


St-Amand. 


Vergognan. 


Loussous. 


St-Aubin-d'Arnia- 


Verlus. 


Luppé. 


gnac. 


VIdouze. 


Madiran. 


St-Aunix. 


Vielcapet. 


Maignan. 


Sle-Chrfstle. 


Viella. 


Manciet. 


St-Germain-d'Arina- 


Yillefranche. 


Marquestau. 


gnac. 


ViUères. 


Margouet. 


St-GÔ. 


Violes. 


Maubourguet 


St-Griède. 


Vizous. 


Mauléon. 


St-Lanne. 


Urgosse. 


Maulichèrcs. 


St-Martin-d'Armagna 


c. 


Maumusson. 


St-Mont. 




Parmi ces terres les suivantes étaient on avaic 


possédées par le roi. 




Aignan. 


Eauze. 


Mauriet . 


Barcelonne. 


Fuslerouau. 


Nogaro. 


Belloc. 


Galiax. 


Plaisance. 


Bergelle. 


Ladeveze. 


Préchac. 


Bouil-Soubiran. 


Lapujolle. 


Riscle. 


Bourrouillan. 


Lascazères. 


Sombrun. 


BOUZOD. 


Latlerrade-St-Aubin. 


Sorbets. 


Bretagne. 


Louhouga 


St-Mont. 


Castelnau-Rivièro- 


Loussous. 


Tasque. 


Bassc. 


Magnan. 


Tieste. 


Caslelinavcl. 


Manciet. 


Vidouze. 


Cuupènc. 


Maubourgucl. 


Viella. 



DE LÀ GASGOGKE. 



441 



Mais la conronneen avait aligné quelques-unes, savoir . 
fielloc, aliéné par contrat du 8 juin 1703 et 4 janvier 1704. 
Bouit-Soubiran, aliéné par contrat du 11 octobre 1702. 
BourrouiUan , aliéné par contrat du 15 février 1703. 

Bretagne, aliéné par contrat du 2 décembre 1700. 

Eauze, aliéné par contrat du 2 décembre 1700. 

Galiai , aliéné par contrat du 10 octobre 1096. 

Ladeveze, aliéné par contrat du 7 mai 1711. 

Lascazères, aliéné par contrat du 12 mars i 604. 

Latterrade-St-Â.ubin, aliéné par contrat du 
Loussous , aliéné par oontrat du 25 septembre 1676. 

Mag:nan , aliéné par contrat jiu 11 septembre 1732. 

Maubourguet, aliéné par contrat de 1710. 

Précbac, ^ aliéné par contrat du 10 octobre 1 696 . 

Sombrun , aliéné par contrat du 12 mars 1604. 

Tasque, aliéné par contrat du 

Tieste , aliéné par contrat du 8 juin 1703. 

Yidouze, aliéné par contrat du 12 mars 1604. 

Yiella, aliéné par contrat du 11 juin 1675. 

De rArmagnac relevaient eaeore les trois fiefs suivants : 
Marquisat de Parrabère. Comté d'Jrblade, Baronnie de Biran. 
LafOlte-Toupière. Arblade. Biran. 

Vidouze. Cremens. Loubrouil. 

Et dans le comté de Laleugue. Monbert. 

Bigorre : Loubion. 

Lareule , en partie. Luppé. 

Noaillan. Sarragacbies. 

Parrabère. 

Comté d'Astorac. 

Ce comté se divisait en 4 châtellenies et se compçsait des 
terres suivantes : 

ClATELLENIE DE Moif€ASSIIf. 



Arroui. 


Bemet. 


Duffort. 


Arrouède. 


Bezues. 


Esclassan. 


Attus. 


Bidore. 


Feissan. 


Aujan. 


Bieusan. 


FontaraiOes. 


Auriac. 


Chelan. 


Gaujac. 


Auriaguet. 


Clarens. 


Gaujan. 


Barcugnan. 


Clermont-Noble. 


Labartbe. 


Belloc-Lapalu. 


Clermont-Propre. 


• Labaslide. 



442 HISTOIRE 

Lacassaigne. Manas. 

Lacaze. Maiient. 

Lagarde-Noble. Masseube. 

Lalanne-Racané. Maumus. 

Lembèje. Monbrun. 

Lamothe. Moncassin. 

Lannabère. Mongardin. 

Lasserre-Berdoues. Monlaur. 

Libou. Montané. 

Loubersan. Montaut. 

Lou Cazaux-Seillan. Mont-d'Àstarac. 

Loumassés. Mont-de-Harrasi. 

Lourties. Mournède. 

Lasscube-Propre. Montaslruc. 
quartier appelé le Prieuré dont la directe appartient aux RR. PP. 
Jésuites d'Aucb qui relève du roi, comme étant une dépendance du 
Prieuré de Ste-Dode, appartenant autrefois à Tabbaye deSimorre. 



Xoilhair. 

Panassac. 

Ponsampère. 

Ponsan-Soubiraff. 

Pouyloubrin. 

Puységur. 

St-Arailles. 

St-Arroman. 

Ste-Aurence. 

St-Maur. 

St-Ost. 

Samaran. 

Sauviac. 

Theux, à l'exception du 



Ghatellenie de Villefr anche. 



Aguin. 


Meillan. 


St-Blancart. 


Aussos. 


Monbardon. 


St-Elix-d'Astarac. 


Baillasbats. 


Moncorneil-Derrière. 


Sarcos. 


Bellegarde. 


Moncorneil-Devant. 


Sére. 


Betcave. 


Monferran. 


Viéla. 


Cabas. 


Moulas. 


Villefranche. 


Cacban. 


Pis. 






Ghatellenie de Durban. 


Arbechan. 


Gramoulas. 


Montarrabé. 


Arcagnac. 


Uaulies. 


Orbessan. 


Artiguedieu. 


Labéjan. 


Plavès. 


Aulin. 


Lamazère. 


St-Jean-le-Comtal. 


Auterrivc. 


Lasseran. 


Sansan. 


Bonnes. 


Lasseube-Noble. 


Traversôres. 


Boucagnère. 


Lougarrané. 


Yidaillan. 


Durban. 


Marseillan-d'Astarac . 


Villeneuve. 


Delempouy. 


Mauvezin. 




Gramont. 


Miramont et Yicnau. 




Ghatellenie de Gastelnau-Barbarens. 


Caslelnau-Barbarens. Fanjaux. 


Lagarde-Proprc. 


Faget-Abbatial. 


Grenadettc. 


Lartigole. 





DB LA GAâG0G2«E. %%i 


L«tiguc. 


PoDtéjac 


Seneziet. 


Sfuèrcs. 


Sl-Gairand. 




Pepieai. 


SaramoD. 




CMMté «e Fwdilac. 


Ce comté éuit 


composé des terres suivantes : 


Aussat. 


JuiUac. 


Mont-Pardiac 


Aux. 


Laguian. 


Pallanne. 


Bsccas. 


Lannefrancon. 


Peyrusse-Yieille. 


BetpUo. 


Lahai. 


Rembos. 


BkmssoD. 


Looslilges. 


Ricourt 


Booloiich. 


Lasserre-Pardiac. 


Samazan. 


BoQSsac. 


Malabat. 


St-Crisuud. 


Caitelfranc. 


Marseillan-Debat. 


St-JusUn. 


Castdjaloax. 


Marseillan-Pardiac. 


Sérian 


Cazanx. 


Mascaras. 


Tillac. 


Estampek. 


Mazous. 


Tourdun. 


Estampes. 


Monlezun. 


Troncens. 


Faget-Pardiac. 


Mondebat. 


Yillecomtal. 


Gazax. 


Montégut. 




Parmi ces terres , les suivantes étaient ou avaient été en 


tout ou en partie possédées par le roi 


i. 


Betplan. 


Lasserre. 


Mondebat. 


Castelfranc. 


Louslitges. 


Montégut. 


Faget. 


Malabat. 


Peyrusse-Vieille. 


Gazax, 


Marseillan-Debat. 


St-Justin. 


Lannefrancon. 


Mascaras. 


Tillac. 


Lahas. 


Monlezun. 


Yillecomtal. 


Avant 1790, le 


roi avait aliéné en 


tout ou en partie les 


terres suivantes : 






Gazax ^ 


aliéné per contrat du 4 octobre 1702. 


Louslitges , 


aliéné par 


idem. 


Marseillan-Debat^ 


aliéné par contrat du 5 septembre 1676. 


Mascaras , 


aliéné par contrat du 19 octobre 1712. 


Mondebat, 


aliéné par contrat du 5 septembre 1676. 


Peyrusse-Vieille, 


aliéné par contrat du 4 octobre 1702. 




Comté de Claure. 


Le comté de Gs 


lure se composait des terres suivantes : 


Fleurance. 


Pouypetit. 


St-Puy ou plutôt 


Lassanvetat. 


Réjaumont. 


Sompuy. 


Paouillac. 


St-Lary. 





444 HISTOIRE 

Ce comté avait été aliéné par contrat du 17 janvier 1645; 
il fut réuni à la couronne par arrêts du conseil des 4 juin 
1666, 17 février et 2 juillet 1668 ; mais Tengagiste en fat 
remis en possession par arrêt du ^ janvier 1674. Enfin , 
il a été revendu par contrat du Vt mai 1751, à la charge 
qu'on rembourserait Tengagiste et qu*on paierait au do- 
maine une rente annuelle de 600 livres. ^ 

Vicomte de lioma^ne. 

Cette vicomte était composée des paroisses suivantes : 



Asques. 


Gimat. 


Magnas. 


Avensac. 


Gimbrède. 


Mansonville. 


Avezan. 


Glatens. 


Marestaing. 


Aurenque. 


Gonas. 


Marsac. 


Balignac. 


Gramont. 


Manroux. 


Bardigues. 


Homont. 


Mauvers. 


Belleserre. 


Higadère. 


Mongaillard. 


Betbeze. 


Homps. 


Montant. 


Brive-Castel. 


Lavit-de-Lomagne. 


Montégut. 


Cadeillan. 


Labourgade. 


Miradoax. 


Castetarouy. 


Lacbapelle. 


Pelleport. 


Gastelmairan. 


Lagruc. 


Pessoulens. 


Castillon. 


Labitte. 


Peyrecave. 


Caubiac. 


Lamotbe^Iabanac. 


Plieux. 


Caumont. 


Lamotbe-Goas. 


Poupas. 


Comberouget. 


\.tk Réole. 


Pourdiac. 


Coutures. 


L'Arrazet. 


Puigaillard. 


Coi. 


Lasmartres. 


Puységur. 


Doujac. 


Launac. 


Puyssentut. 


Durdas. 


LeBouset. 


Rouillac. 


Escazaux. 


Le Castera-Bouzet. 


St-Clar. 


Esparsac. 


Le Castera-Leetourois. St- Antdmt. 


Estramiac. 


Le Casteron. 


St-Arroumeig. 


Faudouag. 


Le Bouazac. 


St-Avit. 


Flamarens. 


Le Frandat. 


St-Cezeré. 


Fregouville. 


Le Grès. 


StJean-de-Cauquesac 


Gaudonville. 


Lo Montet. 


St-Léonard. 


Gastrçnes. 


Le Pin. 


St-Martin. 


Garac. 


Le Pomarel. 


Ste-Mère. 


Gensac. 


L'Isle-Bouzon. 


St-Paul. 



S(-PeMerre. 



DE LA GAflOOGNB. 445 

Séguinvllle. TouniMaiipe. 

Sérignac. Ylgaron. 

Tlllac. Yivex. 

Parmi les terres, les suivantes étaient ou avaient été t n 
partie possédées par le roi . 

GaodmiTlIle. Latit. StOlar. 

Homps. Miradooi. Ste-Mère. 

Avant 1790, le roi avait aliéné en tout ou en partie les 
terres suivantes : 

Gaudonville, aliéné en vertu de Tédit d*avr{l 1702. 

Miradoux , aliéné le 6 Mptembre 1006. 

Terraube, formait un marquisat particulier. 

l^lcomtë de Fexeiuiasuet. 

Gïtte vicomte se composait de 45 terres , savoir : 



Ayguesmortes. 


Ubrihe. 


Razengues. 


Augnax. 


Lamothe-Ando. 


Sl-Aubin. 


Bajonnette. 


Lamothe-Pouy. 


St-Brès. 


Bedechan. 


Lauret. 


8t-Criq. 


Bctpouy. 


Lou Grilhon. 


Ste-Gemroe. 


Brugnens. 


Lepin. 


StrGermain. 


CastelnauHfArbieu. 


Mansempuy. 


8t-0rens. 


Catonvielle. 


Maravat. 


Serempuy. 


Cazaux-ffur-Save. 


Mauvezin. 


Sirac. 


Ceran. 


Monbrun. 


Taybosc. 


Corné. 


Monfort. 


Touget. 


Encausse. 


Montagnac. 


Tourrens. 


Engalin. 


Pis. 


Touron. 


Eiclignac. 


Pouymfnet. 


Tboux. 


Goutx. 


Puycasquier. 


Vignaux. 


Parmi ces terres , les suivantes étaient ou avaient été en 


tout on en partie 


possédées par le roi 




Ayguesmortes. 


Lauret. 


8te-Gemme. 


Bajonnette. 


Lou Grilhon. 


Sl-Orens. 


Brugnens. 


Lepin. 


Serempuy. 


Ceran. 


Mauvezin. 


Taybosc.* 


Corné. 


Monfort. 


Tourren». 


Engalin. 


Pis. 


Tougcl. 


Goutx. 


Puycasquier. 


Tboui. 


Lamothe-PouY. 


Sl-Brèi. 





446 



HISTOIRE 



. Ayant 1790, le roi avait aliéné en tout ou en partie les 
terres suivantes : 



Bragnens, 


aliéné le 21 avril 1640. 


Ceran, 


aliéné le susdit jour. 


Goutx , 


aliéné le 25 septembre 1043. 


Mauvezin, 


aliéné ] 


par les contrats des 23 août 1696 et 
6 décembre 1725. 


Pi», 


aliéné le 6 décembre 1696. 


Touget, 


aliéné le 17 octobre 1697. 


Perclie de Hlrande. 


lileuiK abbatiaux. 


Mirande. 




Am'an. 


Àrtigues. 




Faget. 


. Arcoues. 




Idrac. 


Bascous. 




Lasserre-Berdoues. 


Bazugues. 




Masseube. 


CueUas. 




Pons'anpère. 


Laffitte-Tonpière. 




Pessan. 


PouyguHlés. 




Pavie. 


Bespaillés. 




Pouységur. 


Sarragailloles. 




Saramon. 


St-Clémcnt. 




Seissan. 


Sl-Elix. 






St-Jaymes. 






St-Martin. 






St-Mezart. 






St-Mîchel. 






Soûlés. 






Valenlées. 







Baronnle de Ijabartlie. 

Cette baronnie renfermait 4 vallées appelées Aure, 
Magnoac, Barousse et Neste. 

La vallée d'Aure comprenait les terres suivantes : 



Ancizan. 


Barancoueu. 


Camon. 


Aragnoet. 


Bazus. 


Ens. 


Ardengost. 


Bourisp. 


Estansan. 


Arreau. 


Cadeac. 


Get. 


Aulon. 


Cadeillan. 


Graillen. 


Azet. 


Camparan. 


Grczian. 





DE LA GASœcifE. 




Guchan. 


Paillât. 


Trachère. 


Gochen. 


SaiUan. 


Tramesaigaes. 


Jezeau. 


St-Lary. 


Vielle. 


lllet. 


Soulan. 


VigDée. 


Lanson. 


Sarrancolio. 




La vallée de Magnoac se composait 


t des terres su 


Anié. 


Goutz. 


Monlung. 


Aries. 


Guiseric. 


Oriez. 


Baste. 


Hachan. 


Organ. 


Bazordan. 


Haulon. 


Peyret. 


Betbeze. 


La Commanderie. 


Pontons. 


Betpouy. 


Lalanne. 


Sabarros. 


CanipiizaD. 


Laran. 


St-Andrieu. 


Gaubous. 


Larroquc. 


Sariac. 


azos. 


Lassalet. 


Tojan. 


Deveze. 


Laterrade. 


Termes. 


Espenan. 


Lougoutx. 


Villemur. 


Garaison. 


Loupouy. 


Viozos. 


Gauzan. 


Madiran. 





447 



La vallée de Magnoac renfermait, en outre, la yallée 
de Gastelnau-de-Magnoac, composée des 4 terres suiyantes: 

Castelnau-de-Magnoac. Monleon. 

Casleres. Tiosos. 

La vallée de Barousse renfermait les 4 terres suivantes : 

Saunac et Tbébiran. Serps et Millas. 

Et déplus la haronnie de Bramébaque^ où Ton trouvait: 



Ania. 


Gaudent. 


Sacouï. 


Antichan. 


Gembrie. 


Salechan. 


Aveaui. 


Génércst. 


Samuran. 


Bramebaque. 


Illeu. 


Sost. 


Cazaril. 


Izaourt. 


Ste-Marie. 


Crechex. 


Loures. 


Thébes. 


Exbarels. 


Mauleon. 


Troubat. 


Ferrere. 


Ourde. 




La vallée de Neste se composait ( 


des terres suiv 


Aspîn. 


Labarlbe-de-Neste. 


St-Arroman. 


Izaut. 


Fréchél. 


Montbnzus. 


Bezous. 


Lourtel. 





448 



HISTOIRE 



De la haronnie de Laharthe dépendait la baionnie de 
Mauléon , composée des terres suivantes. 



Anla. 
Antichan. 
Exbarets. 
Ferrère. 



Gembrie. 
Illeu. 
Mauleon. 
Ourde. 



Samuzan. 
Sacouï. 
Sost. 
Troubat, 



Et enfin de 3 ou 4 autres terres qui en avaient été dé- 
membrées pour former des fiefs particuliers. 

Jluserie de Verdun* 

Cette jugerie avec celle de Rivière formait anciennement 
un pays d'état qui fut réduit en élection par édit du mois 
de juin 16*22. Elle se composait des terres suivantes : 



Ageville. 


Cordes. 


Laurac. 


Ardizas. 


Cumont, 


Le Burgot. 


Ancam ville. 


Drudas. 


Legrès. 


Aurimont. 


Encausse. 


Le-l'Hermes. 


Aiiterrive. 


Endoufielle. 


Le Mas-Grenier. 


Beaufort. 


Escazaui. 


Mareslaing. 


Beaumont. 


Fayole. 


Marignac. 


Beanpuy. 


Fodouas. 


Maurens. 


Belleserre. 


Fonsorbe. 


Mauvers. 


Belpech. 


Forgues. 


MerviUe. 


Betbezè. 


Frégouville. 


Mongausy. 


Boubée. 


Garganville. 


Montain. 


Bouillac. 


Gimont. 


Momies. 


Bouleau. 


Giscaro. 


Montiron. 


Bonrepos. 


Goudourvîelle. 


Polastron. 


Bourret. 


Gouas. 


Pordiac. 


Briqnemont. 


Grenade. 


Préchac. 


Burgaut. 


Labourgade. 


Pouységur. 


Cadeillan. 


Lagraulet. 


Rieumes. 


Cambernat. 


Labas. 


Sl-Agnan. 


Cadours. 


Lamasquère. 


Si- André. 


Castelferrus. 


Lamotbe-Cabanac. 


St-Clar. 


Castelmayran. 


Lamothe-Cumont. 


St-Cezer. 


Castillon. 


Lamolbenies-Champs. Ste-Foy. 


Cauze. 


La Réole. 


St-Lis. 


Cologne. 


Larrazet. 


St-Martin. 





DE LA GASGOGIfE. 




t-McoUf. 


Sari^^Bae-da-Roi. 


Timi. 


t-Sardof. 


Sérignac. 


Urdcnt. 


l-SauYj. 


SctlBCS TolôMBIWS. 


VcfdiiD. 


le-Harie. 


Simorre. 


TigarofL 


ijas. 


Soloiniac. 




irran. 


Tacboires. 





449 



De lajugerie de Verdun dépendaient le comté de Tarrîde 
: la baronnie de Laanac. 



Comté de Tarriât. 


Barmmie de laumae. 


BriTe-Castet. 


Laonac. 


ONDberoagei. 


Peikpart. 


CootoiTS. 


Canbiae. 


Labountade et cJiâlean de 


Garae. 


Tarrîde. 


St'JcaB.de-€anqnciac. 


Vigarwi. 


1 




1 dFAmtÊm. 


e doché se composait des 


lents soiTantes : 


DmM h Bi§mrt, 


DameUfotfê dee Fittee et 


Anita. 


JiefUtte. 


Aosmes. 


Basfanons. 


Bf>mief(Mrt. 


Vemdsts. 


Iroulrr. 


CaBleti, 


Labartîie. 


ssaoKiIbn. 


Lameae. 


SHiainun. 


Oor^-Beiiafe. 


Dime Ujmfthe de Méemn. 


SorTMaies. 


SMnrejpsns. 




XiâMi, en partie. 


Terres cédées par le roi à 


M. le âme d^Antin, par eovtrat 


'échange da K arril \7\S^ à condition qn'eUes relere- 


lient de la cnnvmiBe de France. 



Dams Ue vicomte de Dmw lm j w§ e fi e de Peme te kmrmmie < 

Séhemzim. Âieièfe, Itémtke. 

iç^wn. Kftfiips. fznpi. 

lenlat. !lfflnanR|an. JLaMrne ss ^leslss. 

âcala. TaîIleiMinnr. iM&exet. 

—ff nn. Trif». WrHiiMinfi 

lavfemL 
rina^i:Bef. 



450 



HISTOIRE 



Vicomte dc^ lITëlioiif an. 

Cette yicomté était composée des terres suivantes : 



Ardiège. 


Castillon. 


Loudet. 


Artlgueny. 


Cbelle-et-Espon. 


Lussillouo. 


Anizan. 


Cauhepé. 


Miramont. 


Anigut-Caubepé. 


Capvern. 


Marsas. 


Asques. 


Cieutat. 


Monlmaurio. 


Avezac et Hitté. 


Ëspéche. 


Mauvezin. 


Aulon. 


Espiet 


Poumarous. 


Barbazan. 


Escala. 


Peyrouzet. 


Begole. 


Franque-Vieille. 


Pinas. 


Blajan. 


Fréchendet. 


RéjaumoDt. 


Balesta. 


Gourdan. 


St-Blancard. 




Gariscan. 


St-Gaudens. 


Batsère. 


Gourgues. 


Sauveterre. 


Beiique. 


Labarthe-de-Rivière 


Sarlabous. 


Bets. 


Labroquère. 


Sarramezan. 


Bordes-Vieilles. 


Lannemezan. 


Sarrecave. 


Bourg. 


L'escale-Dieu. 


St-Elix. 


Bulan. 


Lodes. 


Séglan. 


Cuq. 


Lagrange. 


Tillouze. 


Cassagnabère. 


Larroque. 


Tuzagnet. 


Castera près Lanes- 


Lespiégue. 


Uzer. 


pède. 


Lomné ou Lompné. 





' VIcQmtë de Gabardan. 

Cette vicomte était composée des terres suivantes : 

Arx et-Coursy. Groulous. St-Criq. 

Baudiet. Herré. St-Marlin. * 

Baudîgnan. Losse. Ste-Meille. 

Escalans. Lucbon. St-Pè-de-Brocas. 

Estampon. Lussole. Vielle-Soubîran. 

Gabarret. Rimbcs. 

Parmi ces terres, trois : Escalans, Lucbon, et St-Pc- 
de-Brocas avaient été aliénées le 26 janvier 1696; toutes 
les autres terres étaient possédées en tout ou en partie par 
le roi. 

Avant 1790, le roi avait aliéné en tout ou en partie les 
terres suivantes : 



451 



DE LA GASCOGNE. 

Drugnens, aliéné le 21 avril 1640. 

Ceran, id. id. 

Goui, id. le 2IS septembre 1613. 

Vicomte de iMiarflaii. 

Lte vicomte se divisait en deux parts : la Banlieue du 

-de-Marsan et les Bastilles. 

ns la Banlieue on comptait 34 paroisses , savoir : 





Cerc. 


Reaup. 


es. 


Cezeron. 


St-Avit- 


lens-Ccdasse. 


Gailleres. 


Ste-Croix-de-Rague. 


lens-de-Roque- 


Garcin. 


St-Jean-d*Oux. 


;. 


Lamolere. 


St-Pardon. 


iet. 


Lucbardes. 


St-Martin-dii-Ney. 




Mailleres. 


St-Médard-de-BeauMC. 


le. 


Martiens. 


St-Médard-de-Magnan. 


çne. 


Mazerolles. 


StOrens. 


las. 


Mont-de-Marsan. 


St-Pierre-du-Mont. 


agne. 


Noneres. 


Uchac. 


is. 


Parenties. 




s Bastilles étaient composées des terres suivantes : 


z. 


Frcchon et St-Lau- 


Ouignax. 




rens. 


Poy-de-Saux. 


idat. 


Gaube. 


Perquies. 




Grenade. 


Parleboscq. ' , 


mce. 


Geins. 


Priam. 


•iot. 


Guinas. 


Roquefort-de-Marsan. 


îres. 


Goussies. 


Retjpus. 


n. 


Gaston. 


Renung. 


m. 


Gaube. 


St-Cricq. 


ÏD. 


Gontaud. 


St-Justin. 


es. 


Hontans. 


Ste-Foy. 


es. 


Levignau. 


St-Vidou. 


•n. 


Lencouac. 


St-Etienne. 


ît. 


Lugaut. 


St-Victor. 


rt. 


Loubens. 


St-Jouanet. 


n'elle. 


Lussagnet. 


St- Michel. 


;. 


Lacaze-Marquisat. 


Sarbazan. 


arde. 


Molets.. 


Villeneuve. 



452 



HISTOIRE 



Bttclié d'Albret. 

Terres et Fiefs composant ce duchéj situés dans h Géné- 
ralité d'Auch. 



Angréne. 


Léon. 


Bichet. 


Audon. 


Lesgor. 


Biom. 


Arengossec. 


Lerperon. 


Sabres. 


Argaxan. 


Levignac. 


Sanguinet. 


Aiur. 


Linxe. 


Saubusse. 


Begas. 


Lipoustey. 


Saubrigues. 


Beysongue. 


Lit. 


Sei'gnans. 


Biarole. 


Lourquen. 


Soulers. 


Biscarone. 


Lonssen. 


St-Andre-de-SeignaD8. 


Bort. 


Luc. 


St-Etienne. 


Bouricos. 


Louer. 


St-Girons-de-Lost. 


Calen. 


Lufglon. 


St-Giron-du-Camp. 


Carctres. 


Mauco. 


St-Jean-de-Marsac. 


Ca sen. 


Meillan. 


St-Julien. 


Cassen. 


Memizan. 


St-Laurent. 


CasleUnerlc. 


Menanges. 


St-Martin de Hiers. 


Castels. 


Meroa. 


St-Martin de Seignan. 


Clermont. 


Minbarte. 


St-Michel. 


Commensac. 


Mixe. 


St-Paul. 


Escalus. 


Morsons. 


StrVincent-de-Tironc. 


Escousse. 


Mostey 


St-Yaguem. 


Gamardc. 


Moutiers. 


Ste-Marie. 


ftarrey.- 


Norton. 


Sendercs. 


Garrosse. 


Ondrcs. 


Sore. 


Gastes. 


Onesse. 


Sourson. 


Goulard. 


Oro. 


Suchan. 


Gousse. 


Ousse. 


Taller. 


Ichoux. 


Ozourt. 


Tarnos. 


Igos. 


Parenties. 


Tartas. 


Labouhayrc. 


Pissos. 


Tosse. 


Labrit. 


Ponson. 


Tronsac. 


Laharie. 


Ponleux. 


Vicq. 


Laluque. 


Pontons. 


Vielle en Marensin. 


Lauredc. 


Poyartin. 


Vicllenave 


Le Bouceau-Vieui. 
Lanard. 


Payanne. 
Prechac. 


Vert. 



DE LÀ GASCOGIXK. 453 

CoHiié dm CoHiHiiitseii. 

comté se partageait en 8 châtellenies , saToir : 

ChaTELLENIE D*ÂURIGIfAC. 



lac. 


Lacomme-d' Aragon. 


Mont-d'Avezan. 


nac. 


Lagoute-Gontaud. 


Montégtit-d*Aurlgn»c 


, 


Lalouret. 


Mont-Oussîn. 


s. 


LaïKÎorte. 


Montolies. 


alot. 


La Pelitc-Fliau. 


Peyrissas. 


3. 


La Pomarède et Saux 


. St-André. 


in. 


Latour. 


Sl-Lary. 


im. 


Larcani. 


St-Marcet. 


illac. 


Lestelle. 


St-Martory et Man> 


on-d'Aurignac. Le Caslera. 


cieux. 


18. 


Lescuns. 


Sabartés. 


!crabe. 


Lieui. 


St-Ignan. 


•on. 


Lussan. 


6t-Médard. 


îdaze. 


Marignac-de-Laspey* 


• Saman. 


irbon. 


res. 


Samouillan. 




Martignac. 


Sana. 


)n. 


Martres. 


Tillct. 


;-d'Aurignac 


Mongatllard. 


Tournas. 




Monuut. 


Vignoles. 


CUATELLENIE DE CaSTILLON-BaLLONGUE. 




Betmalle, vallée. 


Villeneuve-de-Cas- 


liS) vallée. 


Bizos , vallée 


tillon. 


gue, vallée. 


Castillon. 






Ghatellbnie de Faonsac. 


lan. 


Estenos. 


Lourde. 


, 


Fronsac. 


Luchon, vallée. . 


-Dessus. 


*Frontignan-de-Fron- 


Marîgnac-de- Fronsac . 


QOS. 


sac. 


Moncaup. 


i. 


Gallié. 


Mont. 


et, vallée. 


Geno8. 


Malvesie. 




Guran. 


Oueil,vaUée. 




Jfuzet-d'Izaut. 


Ore. 


■. 


Izaut. 


Signac. 


lOUS. 

1. ' 


Lespilau. 

La y risse , vallée. 





451 


. HISTOIRE 




Chatellenie de l'Isle-eic- 


-Dodow. 


Agassac. 


Labastide-Pommé. 


Monbernard. 


Anan. 


Lagarde-de-FIsle. 


• Ninigan. 


Ambats. 


Lissac. 


Peguillan. 


Barran. 


Lunax. 


Polastron-Bourjac. 


Boissede. 


L'Isle-en-BodoD. 


Puymaurin. 


Castelgaillard. 


Martissere. 


Rieulas. 


Coueilles. 


Mirambeau. 


St-Seriol. 


Fegas. 


Mondilhan. 


St-Laurent-de-l'IsIc. 


Frontignan-de-l'Isle. 


MoDtesquieu-de-risle. 


Salerm. 


GuitUut. 


MauYezin. 




Chatellenie de Muret. 


Fonlenilles. 


Le Hauga. 


Roquettes. 


Fronsin. 


Lesperel. 


Saubcns. 


Labaslide-de-Feuil- 


Laçasse. 


Sahuguède. 


lans. 


Muret. 


St-Alary. 


Labastidete. 


Mauzac. 


St-Amans. 


Lasserre. 


Pins. 


St-Jean-de-Pouchara 


Lavernoze. 


Poucharamel. 


mel. 


Le Bois-de-Lapierre. 


Roques. 


Ville-Nouvelle. 


Chatellenie de Samatan. 


Amades. 


Lahillière. 


Noailhan. 


Bragairac. 


Laimond. 


Pebées. 


Castelnau-de-Picam- 


- Le Pin. 


PlagnoUe. 


pau. 


Le Planté. 


Pompiac. 


Casties. 


Le Puy-de-Touget. 


Puylauzie. 


Espaon. 


Lombes. 


Sabonnères. 


Fuslignac. 


Lepeyrigué. 


Samatan. 


(iaravel. 


Monpezat. 


Senarens. 


Gerisac-Savès. 


Montadet. 


Str-Tbomas, 


Goudex. 


Mourlens. 


St-Araille. 


Goux. 


Murelet. 


Ste-Loube. 


Lautignac. 


Monblanc. 


Sauvimont. 


Labastide-Savès. 


Mones et Garimont. 


Savere. 


Lagarde-Savès. 


Mongras. 


Savignac. 


Lahaye. 


Montastruc-Savès. 


Seisses-Savés. 


Lahnugarette. 


Monlégul-Savès. 


, 





DS LÀ «JLSlXkU^E. fO^vl^ 






Salues. 


AiKsdi. 


Dowck 




Betfack. 


FoaOle. 


ww^Fral» 


Bagen. 


ngaroL 




Belbeie. 


G^jan. 


Roquel^ii. 


Bourjic. 




Cazaret. 


Lacave. 


^1 ArraUle-d«-.'ialli««, 


Cassaifiie. 


Mane. 


St-Lytiw. 


Castagnèdf. 


Marsouka. 


Souw;MtKSaHk>», 


CauinonL 


Mercenac. 


Tauri|riNic-C'.a$tt)l. 


CoDtrtxy. 


MoDdar. 


TaurlguaC'Yieui. 


Courel. 


M<NigaiUardHksSaUies. Touille. 




Chatellenie de St-Juuen. 


Gensac-St-Julien. 


LaBtte. 


Sl-Ciry, 


Gouzeos. 


Le Plan. 


St-Julien. 


Goutc-VcrniMe. 


Monberaut. 


Tersac. 


Lafituire. 


St-Christaud. 




Terres qui ne sont pas comprises dans les chûtellenie». 


Aies. 


Laroquau. 


Sabaillan. 


Aventignan. 


Lebeieril. 


St-Girons. 


Auriebat. 


Lescore. 


St Loup. 


Boussenac. 


Massât. 


8trSoulan. 


Gampistroas. 


, Monbrun. 


Sedillac. 


Clarac. 


MooUmat. 


Soulan. 


Encausse. 


Pelleflgue. 


Tournai!. 


Esparraux et Régule. Payssous. 


Villeneuve-de-Saiii«^ 


Gaujac. 


Régades. 


un. 


Gimet et Yeirede. 


Rieucaxe. 


ViUeneuve^o-RlvIèra. 


Héches. 


Rlylère-Ncst. 


Uston. 


On comptait 


aussi dans ce comté 


quelques fiefs de dignité. 


lo 


Le Marquisat de 


MOIYTESPAN. 


Aneian. 


Camors. 


Gouaux-de-rArbouf(, 


Aran-Vielle. 


Gazaux-Debat. 


Istan. 


Armentule. 


Gazatti-Uessuf. 


Loudenviellif. 


Arris. 


Friehet. 


Louderrfdle. 


Avejan. 


Geoof. 


Mont, 


Bareillef. 


(ieruo. 


ViMchurt^nM. 


Bordére». 


Gouaux-d'AuM». 


ykWe, 



456 HISTOIRE 

Ces terres étaient situées dans la jugerie de Rivière; 
mais dans le Cktmminges il y avait : 



Àussom. 


Cucuron. 


Montespan. 


Bordères. 


LecQSsan. 


Villeneuve-LecuMai. 


Cazarille. 


Mazères. 





S» Le Comté d'Erie. 
Aldus. Erie. 

3*^ La Vicomte de Couserans. 



EschU. 


Oust. 


Souach. 


Escourtouech. 


Rogale. 


Vie. 


Lacoust. 


Sentenac. 





4" La Baronnie d'Empaux. 

Ëmpaux. Lambez. Lepeyrigué- 

5^ La Baronmis de Benque. 

Benque. ^ Gelât. 

6» La Baronnie i>e Montastruc. 

A^bas. Montastruc. Rouède. 

7» La Vicomte de Monfaucon. 

Monfaucon. • Sous. 

Baronnie d'A«pet. 

Celte baronnie se composait des terres suivantes : 

Ahis. Escaiba. Montastruc. 

Alas^GertetBalagué. Estaden. . Pointis -Isnar. 
Arbas. Garnies. Portet. 

Aspet. Labarthe-Isnar. Rouede. 

Castelviâgue. Mauvezin. Salech. 

Cbendessus. Mongauch. 

Vicomte de Konles* 

Cette vicomte était composée des terres suivantes : 

Arroue. Aussurut. Alcabety. 

Arrast. Arhan. Alberey. 

Ainharp. ,Alcay. Alos. 





UK LÀ CÀSaM;flK 


457 


« de Uaut. 


Licharrv. 


Otterain. 


;e de Bas. 


Larraui. 


Ordiarp et Peyrledt . 


B. 


Lohitiun. 


Olhaiby. 


^in. 


Laruns. 


Pagolle. ' 


Ile. 


Larrory. 


Kesloue. 


jte. 


Larrebive. 


Riviereyte. 


ite de bat. 


Libarent. 


Roquiague. 


ite de Haut. 


Lacarry. 


St-Engraceou Urdiia' 


1. 


Lie. 


Sauquis. 


fue. 


Lichant. 


Suharre. 


Eain. 


LaguiDge. 


Sunharrete . 


rry. 


Mauleon. 


Sunbar. 




Moncajole. 


Sibas. 


tMF. 


Mondibieu. 


Sorholus. 




MoDtory. 


Tardets. 




Mendy. 


Trois-Villes. 


lein. 


Menditte. 


•Urdurcin. 




Musculdy*. 


Vlodo». 




Oyherq. 




01. 


OSMf. 





roi possédait la justice haute, moyenne et baMe, et 
artie de la directe dans toutes ces terres, excepté celle» 
omposaient le comté des Trois-Ville». C'étaient : 

« de Haut. Lichani. 8uohar. 

Licq, Suoharrete. 

ey. Hôntory. Tardetf. 

Restoue. TrofS'Vnief. 
Dcbe. Sibas. 

.e reste de la Crascofne appartenait au duché de 
nne, et se partageait en sénéchaussées. On y comptait 
néchaussées de Bayonne, de Dax, de St-Serer et de 

is. 



me. 

t. 

m. 


Bajonne. 

BiarriU. 

Blam», 




e- 
1. 


Biriakm. 




p- 


Camiw. 


ImsuUm, 



I 



458 


HISTOIRE 




Laressore. 


St-Pierre Doirobe. 


Siboure. 


Loursoa. 


St-Jean-de-Lux. 


Sourraide. 


Macaye. 


St-Jean-le-Vieux. 


Ville-Franque. 


Mendionde. ' 


St-Esprit. 


Uruge et Handayo. 


Sl-Pè et Serres. 


Sarre. 


Ustarits et JTalsoD. 




Sénéchaussée de Dax. 


Àrzet. 


Hinx et St- André. 


Sammes. 


Angoumer. 


Josse. 


Saugnac. 


Arancon. 


Labatut. 


SauvagnacetLatorse. 


Bediosse. 


Lahontan. 


Seyresse. 


BelluD et Adherans. 


Lanfie. 


Sordea. 


Benesse. 


Leren. 


Sort en la Prévôté. 


Bethade. 


LesOstaux royaux 


de St-Cricq du Gave. 


Biaudos. 


Seudor. 


St-Etienne d'Horte. 


Cambran. 


Magescq. 


St-Lon et Siert. 


Camme. 


Hées. 


St-Pandelon. 


Candresse. 


*Misson. 


St-Paul. 


Gauneille. 


Oeyregave. 


St-tée de Leren. 


CapbretoD et Labenne. Oeyre. 


Taloresses. 


Dax. 


Ordise. 


Tersis, ci-devant érigé 


Eslibaux el Orousl. 


Orist. 


en faveur de la f*- 


Favars ou Habas. 


Onhevielle. 


. mille de M. Daval 


Groas. 


Ossages. 


et ses héritier» mâles- 


Courbera. 


Peyenorthe. 


Tethieu. 


Haute-Rive-du-Gave. 


Peyrehourade. 


Tilh. 


Hastinguer. 


Pouillon. 


Vie ou Isosse. 


Herm. 


Poysurdax. 




Heugas. 


Rivière près Dax. 




Sénéchaussée de St-Sever. 


AraoD. 


Banos. 


Castagnos. 


Arboucave. 


Bastenes. 


Castandet. 


Argelos. 


Batz. 


Castera. 


Arricau. 


Benquet. 


Gastelnau. 


Arrouilles. 


Belbeder. 


Castetné. 


ArUssenx. 


Beyries. 


Castet-iSarrazin. 


Arthos. 


Bounegarde, 


Casteide. 


Arzac. 


Bonnut et Arsagne. 


Gauna et Aurice. 


Aubagnan. 


Brassempouy. 


Gaupenne. 


Audignon. 


Buannes. 


Gondures. 


Ayre et le Mas. 


Campet. 


Greon. 


Bachus. 


Casalis et Lancmas. 


Dadou. 





DE LA CASGOCME 


45y 


uleng. 


Lucpeiroui. 


Poyalut et St- Aubin. 


cq. 


Les Ostauxroy de 


Puyo. 


it. 


Larbey. 


PimboetBancorié. 




Malausane. 


Roquefort de Tursan. 


, 


Mant. 


Semadet. 


es. 


Maurin. 


Senariet et Pealazin. 


IX. 


Mauroisin. 


^utdeNerailles. 


c. 


Miramoni. 


8obia. 


» et Bombardes 


. Maiimay. 


Segaret. 


le. 


Honcabe et Lousan- 


Sarragaston. 


s. 


guinet. 


Sarlous. 


mau et Labat- 


Monget, 


8anon-LatreUle et 


f. 


Hontagut. 


Zagnet. 


irriTe en Cba- 


Monuut. 


Serbrosseet(kdto. 


c. 


Monfort et Tursan. 


Ste^lombe. 


rriea. * 


Mongafllard. 


St-Cricq et Harqu«- 


. 


Monsegar. 


vielle. 


t. 


Morgans. 


8te-Croix. 


ie. 


Mugron. 


St^ecin. 


r- 


Mommuy. 


St-Go-Villote. 


be. 


Moncade et Lousan- 


St'Maurice. 


se et BaigU. 


guinet. 


St-Serer. 


isans. 


Naclet et Bfarpas. 


8t-Louboua et Tbo- 


tfte-Leluy. 


Nerbîs. 


rens. 


rière près St- 


Patin. 


St-Estanieu. 


er. 


Peyre. 


Toulousetle. 


D. 


Pinbo. 


Urgonce. 


stetnau. 


Ponaré. 


Vielle en Cbalosse. 


eracq. 


Poudenx. 




gnes. 


PoyenCbalosse. 




SélféCHAUSSÉE DE TaBTAS. 


ouse. 


On. 


St-Pierre-de-Lier. 


D. 


Soas. 


8t-Satumin. 


le en Marenne. 


Saubion. 


StrEsprit près Bayonne. 


idun. 


Seignosse. 


St-Etienne. 


on. 


Sors en Marenne. 
St-Geouri-d'Auribat. 


Tartas. 


)eilonguc. 


St-Geouri en Bfa- 
renne. 




rs. 


St-Jean-de Lier. 





460 HISTOIRE 

NOTE 3*, page 9 du second Yolume. 

Monlgomméry qui détruisit le monastère de Bassoues, épar- 
gna, dit-on^ Téglise ; ce que nous avons peine à croire, car 
la nef qui existe encore et les deux portails appartiennent 
incontestablement à la Renaissance. Ce qui augmente en- 
core nos doutes , c'est que cette église descendit vers cette 
époque au rang de simple chapelle, et le service paroissial 
qui s'y était fait jusqu'alors fut transporté dans la chapelle 
votive de la Vierge, située dans l'enceinte de la ville. Le 
manuscrit de M. d'Aignan raconte l'anecdote suivante, qae 
nous ne rapportons que parce que le souvenir ne s'en est 
pas entièrement effacé dans le pays. Sous IW>uis XIY, Henri 
de Lamothe-Houdancourt , archevêque d'Auch , eut la cu- 
riosité de voir les reliques de St<Frix. 11 entra dans l'église 
du saint martyr, accompagné seulement de M. de Canpène, 
curé des Litges, et de M. Treille, curé de Gieurac. On 
obligea le peuple qui avait suivi en foule le prélat à rester 
hors des murs. On ne saurait dire la surprise et Tétonne- 
ment de la multitude lorsqu'une demie-heure après on vit 
reparaître l'archevêque et les deux curés tout tremblants et 
la pâleur de la mort peinte sur le visage. Quand ils eurent 
touché le seuil, l'archevêque se tourna vers ses deux com- 
pagnons : je vous défends, leur dit-il, sous peine d'excom- 
munication majeure de dire ni pendant votre vie, ni à votre 
mort ce qui est arrivé et ce que nous avons vu ; et s'adres- 
sant à tous les assistants, il continua : Dieu a puni une trop 
grande curiosité ; je n'avais point une conscience assez 
pure pour entreprendre une chose aussi sainte. Ayez tou- 
jours une grande dévotion à St-Frix ; et lui-même fit de ce 
saint un des patrons delà chapelle de son château de Mazères. 
On gardait dans les archives de l'archevêché le procès- 
verbal de la visite de Monseigneur de Trappes faite en 1623. 
Il nous apprend que la tête de St-Frix fut transportée du- 
rant les guerres de religion à Peyrusse-Grande comme dans 
un lieu de sûreté, et qu'elle y resta. Elle y est encore de 
nos jours. 



DE LÀ CÀSCO«»E. 



46< 



NOTE 4*, page 11 da second volume. 

JOGEMBIITS DE DlBU. 



On appelait ainsi diverses épreuves judiciaires auxquel- 
les on abandonnait la décision de certaines causes où Ton 
croyait que se manifestait le jugement d'on Dieu scrutateur 
des coeurs et vengeur des crimes. Ces épreuves étaient le 
duel, la croix, Teau froide, l'eau chaude, le fer chaud , le 
serment et l'eucharistie. 

Le Duel. 

Dans répreuve du duel, 1" l'accusateur portait sa plainte 
devant le juge et jetait son gant pour le défi d'un combat. 

^o L'accusé lui donnait publiquement le démenti, et s'il 
ramassait le gant, le défi était sensé accepté; alors le juge 
marquait le lieu, le jour et l'heure du combat. 

^^ Les deux champions paraissaient en grand cortège , 
faisant le signe de la croix et précédés de plusieurs banniè- 
res, où étaient peintes les images de Notre-Seigneur , de la 
Vierge et des Saints. 

40 Aussitôt qu'ils étaient arrivés à leurs pavillons dressés 
dans les lices, l'agresseur venait se mettre à genoux devant 
le roi et commençait par faire le signe de la croix. Alors 
le maréchal ou*quelqu'autre nommé par le roijui disait: 
sire chevalier ou écuyer , voyez- vous ici la vraie remem- 
brance de Notre-Seigneur vrai Dieu Jésus-Christ qui voulut 
mourir et livrer son très-précieux corps à mort pour nous 
sauver ? Or, lui requériez merci et lui priez qu'à ce jour 
TOUS veuille aider, si bon droit avez, car il est souverain 
juge. Souvenez-vous des serments que ferez , ou autrement 
votre âmC; votre bonheur et vous êtes en péril. 



462 HISTOIRE 

Ensuite le maréchal le prenant par les deux mains qu'il 
mettait sur la croix , lui faisait faire le serment suivant : 
Je jure sur cette remembrance de la passion de Notre-San- 
Teur Dieu Jésus-Christ et sur la foi du vrai chrétien, et du 
saint baptême que je tietis de Dieu, que je cuide fermement 
avoir pour bonne , juste et sainte cette querelle , et bon 
droit d*avoir en ce gage appelé le tel comme faux, mauvais, 

traître, ou ou foi mentie (selon le cas que c'était.) 

Lequel a très fausse et mauvaise cause a de soi en défendre 
et combattre contre lui, et je lui montrerai aujourd'hui par 
mon corps contre le sien à l'aide de Dieu, de Notre-Dame 
et de Monseigneur St-Georges le bon chevalier. On faisait 
prêter le même serment à celui qui avait été appelé en 
duel, et le maréchal donnait le signal du combat en jetant 
son gant après avoir crié laissez-les aller. Celui qui était 
tué ou mis hors des lices était censé le coupable, et les otages* 
qu'il avait donnés condamnés à l'amende. L'on croit qne 
c'est de là que vient le proverbe, les battus payent l'amende. 

L'épreuve de la Croix. 

L'nsage d'employer la croix pour discerner les coupables 
fut autorisé par l'exemple de quelques saints , par les or- 
donnances de nos rois et par les décrets même de quelques 
Conciles, (Vembevie tenu l'an 751 . ) Les savants se sont par- 
tagés sur la manière dont se faisait l'épreuve de la croix. 
Les uns ont cru que c'était un serment prêté sur la croix; 
les autres ont pensé qu'on jetait une croix dans le feu. Si 
elle ne brûlait pas , celui qui l'avait jetée était déclaré 
innocent. Mais les termes qu'on trouve dans les anciens 
auteurs qui en ont parlé, exire ad crucem , stare ad crv- 
cem, font juger que cette épreuve consistait d'ordinaire à se 
tenir debout devant une croix dans quelque posture gê- 
nante, en sorte que celui qui se laissait tomber le premier, 
était jugé coupable. 

Louis-le-Débonnaire défendit qu'on employât l'épreuve 
delà croix. 



2K LA CttaiOROX. 4KK 

Vtpnmm et Ttmm fmàêt. 

Pair apli^mr la mAnâère ^om m y |«riic»diiîl^ il n%^* 
«rail ip a truÂiure vue aiicienii^ instmrXioa lutînc ^pt 
aansaTons là âc&su^ £Ur esi conçiie <!ii cc$ vieillies : l^rcwt. 
CTBK que vous voudra mettre à reiimiTc âe r««m> <<) coin^ 
dÛ9CB4es à révise on le foètrt cdclyrera la VKïsse «n )c«r 
Ytèxmot^ elles ofi&in à Tantel quand iU ^e }«éMsnK<«^MRl 
p0«r reoei^oir la camumiaioB ; dites-leiir : si v<niji axrt. iait 
ce deat •• tous accase ^ si tocs 5 aT«K CMiscMiti ^ ^ vmfs 
nvcE qai Ta lait, je t0os ooajore aa aooi de Diea U l>m > 
le Fils et le Saiat>Esprit, par la foi qae voas aVM it'ÇKK' > 
par le saiat Évaagile qai Toas a été aaa<Micé et par W 
saintes rdiqaes qai reposent daas celte é^li^ ^ ne 9ô>^t^. pat 
si tônéraires qoe d^approcker de Taatel poar rc<cex>6ir U 
ooauaaaioB. S'ils gardent le silence, le pr^re les çMift- 
Btnaiera en disant : qne ce corpi^ et ce sang de Jé^ns- 
Christ Toos soient aajoDrd'hni une épreuve, Apr^ la messie 
il bénira deTeao, et sVtant rendu an lieu où se doit faire 
répreove, il en fera boire à ceux qui doivent y ^ti^ i«i« » 
«n disant : que cette eau tous soit aujoui^^hui une épreuve^ 
Ensuite il fera les exorcismes sur Teau où ils doivent ^tre 
jetés. Après quoi il les dépouillera de leurs liabils > leur 
fera baiser rÉvangile et les jettera dans IVan les unsapri^s 
les autres. Le prêtre qui fait la cérémonie et ceux qui «ont 
misa cette épreuve doivent être à jeun. Nous «ppitinon» 
encore qu*on liait les pieds et les mains \ ceux qu*on jetait 
ainsi dans la cuve pleine d'eau. Ceux qui surnageaient 
sans s*enfoncer étaient réputés coupables. Ceux qui allaient 
au fond de la cuve étaient déclarés innocents. C/était, ce 
me semble, le moyen de trouver peu de crimincU, ou c^éiait 
tenter Dieu. 

Jugement de Veau chaude. 

Voici comme on procédait. On conduisoit à Téglise Icn 
personnes accusées; elles y assistaient À la mestc et y com> 
muniaient. Apres quoi Ton faisait des cxorriiinirii et on réri- 



464 HISTOIRE 

tait des prières semblables à celles qui étaient en usage 
pour réj>reuve de Teau froide. On mettait ensuite la chau- 
dière sur le feu et Ton faisait réciter le Pater à celui qui 
devait subir l'épreuve. Quand Teau bouillait > on Tôtait 
du feu, et celui qui présidait à ce jugement, suspendait 
dans la chaudière une pierre à une certaine hauteur, phs 
ou moins grande, selon la qualité du crime. Alors Taccosé 
plongeait le bras ou la main nue dans l'eau bouillante, et 
en retirait la pierre. On enveloppait le bras et l'on appo- 
sait le sceau à T enveloppe qn'on n'6tait que le troisième 
jour. Si le bras se trouvait sans brùlui^ la personne était 
sensée justifiée , sinon elle passait pour coupable. On dres- 
sait un acte public de ce qui s'était passé, et c'est ainsi qne 
se terminaient les procès , soit civils , soit criminels. On 
pouvait se racheter de cette épreuve ; c'est ce que la loi 
saliqne appelle racheter sa main. On dit encore : j'en mettrais 
la main au feu , pour signifier qn'on est prêt d'affirmer 
quelque chose dont on se tient certain. 

L'épreuve du fer chaud. 

Il y avait deux manières d'essayer cette épreuve : h* On 
faisait porter à l'accusé un fer rougi au feu. Le fer qui ser- 
vait à cette épreuve était béni «t conservé dans les église* 
qui avaient ce droit. L'accusé jeûnait auparavant, on réci- 
tait sur lui des prières, puis on allumait dans l'église un 
feu oii l'on faisait rougir le fer. On fesait boire de l'eau 
bénite à celui qui devait faire l'épreuve , on lui en lavait 
les mains afin d'ôter par là les médicaments dont il aurait 
pu s'être frotté pour arrêter l'i^^tivité du feu. Quand le fer 
était rouge, on le tirait du feu, et l'accusé, après avoir baise 
l'Evangile et la croix, était obligé de le porter la longueur 
de neuf pieds; après quoi on enveloppait sa main et on la 
cachetait jusqu'au troisième jour. 29 L'autre manière était 
de faire marcher l'accu se sur des socs de charrues rougis 
au feu et qu'on multipliait suivant la qualité du crime dont 
il s'agissait. Communément, ils étaient au nombre de douze: 



DE LA GASCOGNE. 465 

il fallait poser le pied sar cbacan de ces socs. Lorsqu'on 
n'en était point blessé, on passait poor innocent. 

L'épreuve du Serment. 

Le serment prêté sur les choses saintes on réputées telles 
a été en nsage dans tontes les religions. C'était ches les 
Français surtout depuis leur conTersion, un moyen facile 
aux accusés de se purger des crimes qu'on leur imputait. 

Voici les principales cérémonies qu'on observait dans 
ces serments juridiques : 

1^ Ceux qui juraient devaient être à jeun, et c'était com- 
munément dans quelque église ou quelque oratoire qu'on 
recevait leur serment. 

^ On les faisait jurer sur les reliques, sur l'évangile on 
sur la croix, lis étaient à genoux et ils élevaient la main 
pour toucber l'autel, la croix ou l'évangile qui était sur 
l'autel. C'est de là peut-être que nous est restée la coutume 
de lever la main en faisant serment. 

Le Concile de Meaux , l'an 845, défendit aux évêques et 
aux prêtres de jurer sur les choses saintes. Ainsi les évêques 
et les prêtres n'étaient pas obligés de lever la main pour 
toucher les reliques. La coutume est demeurée qu'ils ne lè- 
vent pas la main en prêtant serment, mais la tiennent sur 
leur poitrine. 

3» Quand le crime dont on voulait se purger était grief, 
on faisait jurer avec l'accusé plusieurs personnes qui met- 
taient avec lui la main sur les évangiles ou sur les reliques. 
On appelait cela iertia manu, duodecima manu, selon le 
nombre des personnes qui juraient. 

Les personnes que l'accusé faisait jurer devaient être de 
sa condition. Ainsi un noble faisait jurer des nobles, un 
prêtre faisait jurer des prêtres,. une femme faisait jurer des 
femmes. 

Quand on ne recevait pas la preuve du serment on en 
venait à celle du duel. 

//. . 30. 



466 HISTOIRE 

L'épreuve de l'Eucharistie, 

Cétait particulièrement Tépreuve que Ton faisait subir 
aux évêques et aux prêtres accusés de quelque crime. On 
les obligeait à célébrer la messe ou à recevoir Teucbaristie 
en preuve de leur innocence. Le Concile de Tribur, dans 
le IX® siècle, fit ce Canon. Le laïque, s'il est nécessaire, se 
purge par serment et le prêtre par le sacrifice. Je trouye 
encore un exemple terrible de cette épreuve dans la per- 
sonne de Lothaire que le pape Adrien communia après Fa- 
voir fait jurer qu'il n'avait eo aucun commerce avec Yal- 
drade , depuis que son prédécesseur l'avait excommunié. 
Telles sont les principales épreuves que nos pères appelaient 
jugements de Dieu; elles ne sont plus connues que par nos 
anciennes histoires. 

Extrait en grande partie du manutcrit de M. d'Àignan. 



N. B, Nous dcTons la note suivante, ainsi que la note 8*, à M. l'abbé 
Canéto, supérieur du petit séminaire d'Auch. Les amis de Fartcbré- 
tien attendent , avec une juste impatience, le fruit des études de 
M. Ganéto, sur quelques églises plus remarquables de notre diocèse. 
Nous avons Tassurance qu'il va mettre sous presse, sans retard, un 
premier travail, qui a pour objet spécial l'histoire archéologique 
de notre belle métropole. 



DE LA GASCOGNE. 4f>7 



NOTE 5, page 36. 

Ce monument de la piété et da zèle éclairé de St-Aus- 
tinde, subsiste encore à Nogaro. C'est la basilique à trois 
nefs, où se font , depuis près de 800 ans, les ofïices de la 
paroisse. La dédicace en fut célébrée sous le vocable spécial 
de St-Nicolas, mort en 342, évéque de Myre, capitale de 
la Lycie. Généreux confesseur de la foi , sous l'empereur 
Dioclétien , Nicolas avait été, quelques années plus tard, 
Tan des 378 prélats qui proclamèrent contre Arius, au 
1^ Concile deNicée, le Verbe consnbstantiel au Pète, 

Dès le commencement du v« siècle , un grand nombre 
de mi racles opérés sur son tombeau, avaient déjà rendu son 
culte aussi célèbre dans les régions orientales, que celui de 
St-Martin de Tours Tétait en Occident. Dans le cours du 
viii«, il s'étendit dans tonte l'Europe. Aussi voyons-nous, 
même avant 1087, époque de la translation de ses reliques 
à Barl, dans le royaume de Naples , qu'un grand nombre 
d'édifices religieux s'étaient élevés, en son bonneur, dans 
la plupart de nos provinces. 

Et lorsque Austinde voulut aussi mettre sa nouvelle Bas- 
tide sous le patronage de l'illustre Tbaumaturge de Myre , 
Paris venait à peine d'acbever le sien : c'est l'église de 
St-Nicolas-des-Cbamps {*) dont le roi Robert avait jeté les 
fondements en 1030, et dans laquelle St-Louis, au retour 
de la Terre-Sainte, déposa la couronne d'épines, jusqu'à 
l'acbèvement de la Sainte Cbapelle. 

Malgré les nombreux outrages qu'elle a dd subir de la 
main du temps et du marteau des démolisseurs; malgré 

(*) De cet ancien édiflce, il ne reste que le» fondcmfinU, sur leMiuels 
«*éléve la grande chapelle, à gauche du portail principal de régliie 
actuelle dont la majeure partie est de 1 Jf76. v 



468 HISTOIRE 

surtout quelques augmentations, restaurations, embellisse- 
ments et mutilations, dont il ne faut accuser que le mauvais 
goût des époques diverses où Ton a cru devoir les entre- 
prendre , la basilique de Nogaro conserve encore les carac- 
tères essentiels des édifices religieux construits dans la 
seconde partie du xi« siècle. 

Il ne peut pas entrer dans notice plan d'en donner ici aa 
lecteur une monographie circonstanciée. Ce serait comme 
un engagement pris de traiter avec le même intérêt tant 
d'autres églises, même rurales, dont l'origine se rapporte à 
peu près à la même époque artistique; et qui proclament 
encore de nos jours, non seulement autour de nous , mais 
aussi dans toute la circonscription méridionale dont traite 
cette histoire, la foi si vive de nos pères, et les générenx 
sacrifices qu'elle pouvait leur imposer. 

Au reste, un travail de cette importance demanderait 
d'autres secours et d'autres soins. Nous avons l'assurance 
que les deux autorités supérieures, religieuse et adminis- 
trative, se préoccupent de son exécution , au moins pour le 
département du Gers. Viennent donc ces heureux jours, 
dignes d'être hâtés par des vœux unanimes ! Et qu'un si 
bel exemple trouve partout de nombreux imitateurs ! Car 
encore peu de temps, et plusieurs de ces monuments d'assez 
haute importance, au point de vue de notre art chrétien 
méridional, seraient perdus même pour son histoire, si une 
vigilance éclairée ne s'empressait de les couvrir de son 
égide, ou de les sauver, au moins, d'un éternel onbli, en 
reproduisant le souvenir de leur utile et noble existence. 

En attendant ce prochain résultat d'un généreux con- 
cours des études archéologiques et de l'Administration, on 
voudra bien nous pardonner de rappeler ici les principaux 
caractères architectoniques des églises que notre sol doit 
à ce xi« siècle, trop longtemps appelé barbare, et dans 
lequel pourtant, selon M. Guizot, l'être social qui porte le 
nom de France, déjà formé du triple élément romain, chré- 
tien et germain, prend ce développement propre et extérieur. 



DE LA GASCOOME. 469 

qur mérite, pour la première ibis, le nom de civilisation 
française (*}. 

Nous insisterons d'autant plus volontiers sur cette analyse 
rapide, que la majeure partie des édifices religieux, en 
France, ne remontent pas au delà de cette époque, dû moins 
entre la Loire et la Méditerranée ; car les dévastations des - 
siècles précédents n'avaient guère légué que des cendres et 
4e8 raines à celui qui nous occupe. Aussi les populations, 
découragées par les mallieurs sans nombre qui avaient 
accompagné la dernière invasion des hordes barbares, ne 
s'étaient préoccupées, jusqu'à Tan 1003, que des terreurs de 
la fia du monde; laissant dépérir ou se dégrader entière- 
ment tout ce que la flamme et le marteau des démolisseur^ 
n'avaient encore pu atteindre. 

Mais dès que l'Occident fut bien convaincu qu'il pouvait 
enfin saluer en toute confiance, avec le xi<> siècle, l'aurore 
inespérée d'un monde nouveau, Tart, comme la société, 
sortit de sa longue léthargie , et les logeurs du bon Lieu se 
remirent à l'œuvre. 

Or, un nouveau style sembla naître de l'élan général qui 
entraînait et les peuples, et les rois, et les châteaux, et les 
xoonaslères, à ri valiseï; de dévouement et de munificence. Et 
l'influence plus complète de la manière orientale, s'unissant 
aux dispositions générales consacrées en Occident , donna 
lieu. à l'architecture mixte, appelée romane par quelques 
savants, et romano-hytantine par tous ceux qui tiennent 
à mieux retracer, dans sa dénomination, le double élément 
dont elle se compose. 

Forme génébale. — A partir de l'an mille, on conserve 
aux églises de quelque importance la forme adoptée dans 
les derniers siècles de la période latine ; c'est-à-Jirc, celle 
de l'antique basilique romaine, dont le transsept limitait 
les bas côtés, et compléta d'ordinaire, surtout depuis le 
vu^ siècle, par son double prolongement, le signe symbo- 

(' ) Cours d'histoire moderne professée en 1829, tom. III, p. 204-205. 



470 HISTOIRE 

lique de notre Rédemptioa. Le chevet ou abside, générale- 
ment tourné à l'Orient vrai, est semi-circulaire. Quelque- 
fois, néanmoins, il se termine carrément, ou bien par trois 
ou cinq pans coupés. Sa voûte, toujours hémisphérique ou 
en cul-de-four, est plus basse que celle de la maîtresse-nef. 
Son enceinte forme le sanctuaire de la chapelle principale. 
Deux autres chapelles absidales, construites sur le même 
plan, mais de moindres dimensions, correspondent souvent 
aux deux extrémités des nefs latérales. — Simple ou multi- 
ple, le chevet est invariablement la partie la plus soignée 
de l'édifice , même à Textérieur. 

I. Appareil. — Le petit appareil romain, qui ne portait 
que dix centimètres de parement, fut, en général, remplacé 
par le moyen, dont la hauteur est double. Les contrées riches 
en matériaux employèrent même le grand appareil, sur- 
tout dans le midi de la France. Toutefois, la surfatce, soit 
intérieure soit extérieure des murs, ne montra pas toujours 
seulement des assises quadrangulaires. Quelques parties plus 
importantes de l'édifice furent décorées d'un parement à 
dessins très-variés et rehaussé de diverses figures géométri- 
ques. 

II. Ornements. — Au reste, les détails d'ornementation 
en usage au xi^ siècle, n'étaient pas une invention nouvelle. 
Les sculpteurs en avaient emprunté le dessin aux édifices 
romains et au luxe des mosaïques, qui, d'abord réservées 
pour les pavés des constructions civiles et religieuses, étaient 
devenues, depuis le règne deTempereurJClaude, selon toute 
apparence, la décoration ordinaire des voûtes et des murs. 
Or , ces divers motifs sont : des losanges de suite ou bien 
enchaînés, des grecques, des méandres ou frètes crénelées 
de triangles, de trapèzes ou de rectangles; des zigzags, des 
chevrons, des nattes régulières et autres entrelacs contournés 
en mille façons diverses. Le tore, moulure en demi-rond, 
en forme de boudin, est l'élément presque invariable de ces 
nombreux caprices du ciseau romano-bizantin. Il est quel- 
quefois tordu en façon de cable. Il prend le nom spécial de 



DE LÀ GASCOGKiE. 474 

tortadêy &i un galon perlé serpente entre les torillons qui 
s^entrelacent. Tranché en parties égales et également espa- 
cées, le tore engendre les billcttes, qui pourtant ne changent 
pas de nom lorsqu'elles affectent des. formes prismatiques. 
Il n'est pas rare de rencontrer aussi, surtout aux corniches, 
aux tailloirs et aux arcades, des bandeaux rehaussés de 
polygones unis en forme de damier; ou bien, ils sont semés 
d'alvéoles symétriquement fouillées, de têtes de clous, de 
pointes de diamant, de besans, d'oves, de perles, d'étoiles, 
de fleurons, de violettes, etc. etc. Les arabesques, copiées 
originairement depuis le siècle d'Auguste, des toiles impri- 
mées de rinde et de TEgypte , y abondent encore , comme 
simples ébauches de la nature organique, mais non à titre 
d'imitation exacte et soignée f ). Aussi, tout essai de classi- 
fication serait-il ordinairement inutile , à travers tant de 
capricieuses productions. Et même quelque larges, vigou- 
reux et parfaitement découpés que se présentent les feuilla- 
ges, la flore murale n'offre pas moins de difficultés dans 
la plupart des entrelacs, des rinceaux, des enroulements, 
des palmettes, des raies de cœur, etc., etc., dont les contours 
sont presque toujours enrichis de perles ou de fleurons, à la 
manière byzantine. 

III. Contreforts. — Les contreforts, jusque là simples 
bandes-lomhardes, ou éperons à peine sensibles, augmentent 
de saillie, multiplient leurs retraites et se couronnent de 
larmiers et de pignons , à mesure que l'on avance vers le 
xii« siècle. Toutefois, dans certains monuments, surtout 
méridionaux, les contreforts sont encore de vrais pilastres, 
ou bien des colonnes plus ou moins engagées, dont la base 
est sur le sol et le chapiteau sous la corniche des toitures. 

IV. Corbeaux. — A la hauteur de ces mêmes chapiteaux, 
et dans l'espace qui les sépare, la corniche est également 
soutenue, au moins à l'extérieur du chevet, par des corbeaux 

(*) Nam pÎDguntur tectoriis monstra, potius quàm ci rébus Gnîtis 
imagines cerlaî. ntruv.y liv. VII , chap. 5. 



472 HÏSTOIRE 

on modillons^ ornés des moulpres da umps, de têtes plaies 
ou saillantes, de masques et autres figures presque toujours 
grimaçantes et à positions plus ou moins bizarres. 

V. Piliers. — Des piliers lourds et massif partagent 
en trois on cinq ne£s la largeur des églises. Rarement ils 
rappellent encore, dans leur forme cylindrique» la doaUe 
rangée de colonnes régulières qui soutenaient la maîtresse- 
nef des basiliques payennes. Ce sont plus généralement des 
polyèdres k base carrée, reposant sur le sol, on portant 
tout an plus sur un socle peu élevé. Afin de dissimuler leor 
massive lourdeur, on les cantonne quelquefois de pilastres 
eomplets et plus souvent de colonnes engagées sur les quatre 
faces, ou bien sur trois, ou sur deux seulement. La base de 
ces colonnes, tantôt lisse et tantôt enrichie de moulures, est 
une dégénérescence de la base attique. Elle se compose de 
filets, de tores et de scoties, dont le dessin est plus on moins 
pur. Le fût, dont la forme et romementation sont bien 
souvent tout aussi variées que celles des bases, ne conserve 
aucun souvenir des proportions classiques. 

VI. Chapiteaux. — Les chapiteaux ne semblent pas moins 
abandonnés au caprice de l'artiste , surtout pour ki déco- 
ration du tailloir et de la corbeille. Celle-ci, dans sa pins 
simple expression, présente un cône tronqué et renversé; 
ou bien une pyramide à quatre pans, tronquée aussi et ren- 
versée sur sa petite base , dont les arêtes sont abattues et 
arrondies inleiieurement, afin qu'elle soit mieux ajustée avec 
le sommet de la colonne. La corbeille cylindroïde est peu 
commune, si ce n'est vers le centre et le midi de la France, 
où on la rencontre dans certains chapiteaux, assez richement 
feuillages pour rappeler l'antique. Leur feuillage, toutefois^ 
offre bien rarement le beau galbe et le mouvement de 
Tacanthe corinthienne. Ce sont plutôt de simples folioles 
imbriquées par double ou triple étage; ou bien de larges 
disques , à forme et allure végétales, qu'on est convenu 
d'appeler feuilles d'eau. Elles sont épaisses et pointues , 
tâutôt lisses et tantôt perlées à Torientale, à bord uni ou 



DE LA GASCOGME. 473 

iéeanpé; inclioéet de baat en bas, ou épanouies de bas en 
tant ; droites enfin, on bien recoarbées sons le tailloir ou 
oas de petites Tolntes à crochet. Ailleors ce sont des nattes 
»u entrelacs, des tiges plus ou moins contoornëes et enla- 
éeSy garnies de feuilles et de fruits sur un faible relief, ou 
tien fortement diétachécs de la corbeille. Enfin, celle-ci oi&e, 
Parfois, des scènes historiques ou légendaires, des allégories 
*eligieàses , des symboles , des êtres fantastiques, et même 
ks obscénités dont il n*est pas toujours bien facile d'eipli- 
quer l'à-propos, comme motifk de décoration dans le saint 
temple. 

VIT. Arcades. — Le demi-cercle on plein-<Hntre, est la 
bnne presque invariablement usitée dans les arcades. Quel- 
ucfois, pourtant, le cintre est outre-paai en fer à cheval, 
M bien iurhaussé sur ses côtés prolongés parallèlement au 
casons du centre de la courbe; ou enfin surbaiêsi en anse 
^ panier. Les arcades géminées ornent assez souvent le 
^^ret central et les façades. Elles se composent de deux 
^tits cintres appuyés sur le chapiteau d'une colonne com- 
^ne, et surmontés d'un espèce d'arceau de décharge qui 
^couronne. Deux frontons, élevés en forme de mitre, tien- 
^nt quelquefois la place des arcades géminées. Il n'est pas 
^ IV de les rencontrer sans baie ouverte à la libre circulation 
^ Tair ou de la lumière, comme simples motife de déoo-< 
^tion sur la face des murailles; ce sont alors des arcades 
^-muîéeê ou af}eugle$, dout les courbes sont même quelque-* 
^is enlacées n ne-à-une , de manière à dessiner des arcs 
fiintus, sous les deux segments d'intersection. 

Les arcades ouvertes forment le couronnement des portes 
t des fenêtres. Elles mettent aussi la nef centrale en com- 
nanication avec les ailes ou bas-côtés. 

VIII. Portes. — I/entréc principale des églises orientées 
st à l'ouest, toutes les fois que la disposition du terrain 
l'oblige pas à l'établir an sud ou même au nord. Au com- 
nencement du xi« siècle, les portes conservent une grande 
implicite. L'archivolte, encore tout unie, ou bien ornée de; 



474 HISTOIRK 

quelques moulures, repose sur les pieds-droits, ou sur de 
simples pilastres. Les colonnes, s'il y en a, sont massives et 
trapues, et seulement au nombre d'une ou de deux de chaque 
côté. Vers 1050 , les archivoltes se multiplient et se char- 
gent d'ornements. On est donc obligé de proportionner Je 
nombre des colonnes de support à celui des voussures; et, 
par suite, d'agrandir l'angle d'inclinaison des parois qai 
forment l'ouverture. Dans le cas où celle-ci est assez large, 
un trumeau la partage en deux baies, que surmonte ua 
linteau horizontal posé sur des consoles. Et si le tympan 
est orné de bas-reliefs, le sujet obligé est, en général, la lé- 
gende du Patron; ou Jésus-Christ assis sur son trône, bé- 
nissant de la main droite, et tenant de la gauche un livre 
ou la sphère terrestre. A ses côtés , des anges debout ou à 
genoux portent des encensoirs. Ailleurs, les symboles des 
quatre évangélistes, désignée dans la vision d'Ézéchiel, f) 
font cortège au Sauveur du monde. 

IX. Fenêtres. — L'arcade des fenêtres plus simple qiK 
celle des portes principales , est pourtant archivoïtée ; et 
les voussures reposent assez généralement sur des colon- 
nettes, du moins au chevet et aux façades, si l'impor- 
tance de l'édifice n'en réclame pas à toutes les ouvertures. 
— Celles qui sont arrondies en œil-de-bœuf prennent un 
plus grand diamètre et des bordures plus ornées que dans 
les périodes précédentes ; comme pour iudiquer une sorte 
de passage à ces roses splendides, qui dès la fin du x(i« siècle 
s'épanouirent avec tant de grâce, soit à l'abside, soit aux 
façades des églises. 

Tout ce que nous venons de dire des arcades* s'applique 
également à celles que supportent les piliers de la maîtresse- 
nef. Nous ferons observer seulement que ces grandes arcades 
sont presque toujours renforcées d'un arc doubleau qui 
prend naissance, en arrière plan, sur un tailloir commun; 
ou bien sur le chapiteau des colonnes cantonnées, s'il en 
existe dans cette direction. Quelquefois la courbe de ces 
arcades est légèrement brisée à la clef, et semble tendre à 

C) C. I. V. 10. 



DE LA caikxk;5E. 4>5 

l'arc pointo. Mail ce cai, d'ailleurt fort rare, ne t'obierye 
([oère qoe ycrt la fin an xi« tiède, et par une exception en- 
core étrangère k tout tystème. 

X. VouTEt. — Les grandes Toutes offraient aftez de 
dsfficaltéf, poar qne lenr constmction ait sonvent été difSé- 
née josqa'anx époques sniyantes. Quand on osait les entre- 
prendre , afin de diminuer les obstacles on les dirisait en 
trayéet égales, par des arcs doubleaux jetés perpendicu- 
lairement à l'axe, du sommet de* colonnes cantonnées en 
lace delà grande nef. Ces arcs sont bâtis en pierres d'appa- 
reil, dont les formes rectangulaires se dessinent en relief à 
rintrados; c'est ce qu'on appelle route en berceau on cylin- 
drique. 

Dana le but de neutraliser la forte poussée de ces larges 
Toutes , celles des bas-côtés furent souvent construites en 
arc rampant, dont le sommet contrebute la grande nef; 
tandis que la retombée se déreloppe en quart de cercle^ et 
Tient se confondre Tcrticalement avec le massif des murs 
qui limitent l'enceinte. 

Bientôt chaque travée fut elle-même diviftée en quatre 
pallies égales par des lignes diagonales de pénétration, de 
manière à reporter tonte la pression sur les piliers et dans 
la direction des contreforts. C'est ce qu'on appelle voûtée 
ê'etréteê, qui n'étaient pas inconnues aux Romains. Dès-lors 
iHp put renoncer aux Tofttes en quart de cercle , dont la 
^Êffme est d'ailleurs assez disgracieuse. On les conserra, tout 
an plus, pour terminer les triforium (*)-, Ê les bas-côtés 
eurent plus généralement des To6tes d'arêtes, même dans 
le cas ou relie du centre devait être en lierce^n. Au reste, 
quoique les arcbitecte» aient tiré un grand parti de ce 
eroiaement des arcs, dans la construction des voûtes, ils ont 
quelquefois négligé de s'en servir dans le %t* et même dans 
Je xif* siècle, pnis<|ue beaucimp d'églises rùmAne$ et de la 
Traneition, ne présentent que des arcades parallèles. 

(•) AalcHes ïniérktsrc* cmwirulles sur les fMS-eMés. 



476 HISTOIRE 

XI. Cloches et Clocubrs.— Les Grecs et les Romains se 
servirent, dans la vie privée, de sonnettes et d'espèces de 
grelots; mais on a dit qu'ils ne firent jamais usage de grosso 
cloches. Il est pourtant certain que Touverture des thermes, 
des marchés, etc. etc. , était annoncée au public» par k 
son d'une cloche » comme l'attestent différents pa^get 
d'écrivains antérieurs à l'èro chrétienne. 

Quoiqu'il en soit, le christianisme devenu libre ne tarda 
pas à faire usage des cloches ; et en France elles servaient, 
au moins dès le commencement du vii« siècle, à fixer les 
heures des cérémonies religieuses. Il fallait pourtant qoe 
les cloches de forte dimension fussent encore peu comma- 
nes, puisqu'en 610, celles de la basilique de Sens jelèreit 
l'alarme dans l'armée de Clotaire II, par le bruit inattenda 
de leurs volées solennelles. Mais dans le xi^ siècle, l'usage 
en était général en Occident. 

On les disposait dans des constructions en forme de tour, 
connues sous le nom de clochers. La place de ceux-ci, en- 
core assez peu déterminée, était quelquefois isolée deTédi- 
fice religieux ; mais le plus souvent ils s'élevaient tantôt au 
dessus du transsept, et tantôt sur les façades même die U 
basilique. Souvent les petites églises restèrent dépourvues 
détours; et leurs cloches furent, comme de nos jours, sus. 
pendues en plein air à de modestes constructions, ou sous 
les cintres de simples clochers-arcades. 

En général , les clochers qui sont complets, ont deux 
parties bien Asti notes : 1^ une tour quelquefois octogone, 
et le plus souvent quadrangulaire , à un ou deux étages 
d'arcades, soit à plein cintre, soit à cintre surbaisse, ou- 
vertes et àjour, ou bien entièrement aveugles, S» une flèche 
en forme de pyramide. Toutefois, certaines tours romanes 
restèrent terminées en plate-forme, munie d'un parapet cré- ' 
nelé. Elles pouvaient, en cas de besoin, servir à la défense. 

Dans les premières années du xi® siècle la tour s*éiève 
invariablement au moins à la hauteur du comble de l'cglis^^ 
Mais la pyramide, d'abord à quatre pans, comme le polyèl »r 



DB LA GA8G0G1IE. 477 

naftsif qui la supporte, est assez écrasée. Bientôt la tour 
'exliausse de plusieurs étages; et son couronnement s'élève 
lOMÎ en flècbe élancée, à une hauteur qui fait comprendre 
k quel point Tarcliitccture romano-bysantine savait réunir 
(a hardiesse à la solidité, dans les plus majestueux édifices. 
St-Etienne de Gaen, bAtie vers 1064 par les ordres de Guil- 
lamne-le-Conquérant, en est encore une preuve manifeste. 
A la base des deux flèches qui ornent la façade trinitaire 
de cette basilique , l'architecte a doublé le nombre des 
côtés de la tour; contre les pans, sont adossés bu it cloche- 
tons qui dissimulent admirablement le passage du carré à 
Toctogone. 

Les clochers, construits dans l'origine, uniquement pour 
recevoir des cloches, se multiplièrent sans nécessité, mémo 
aa XI* siècle. Les grandes basiliques en eurent ordinaire- 
ment trois, cinq, et même sept, lorsque, pour la symétrie et 
le coup d'œil , on en construisit deux sur chaque façade. 
Moins élevé que les autres, celui qui couronnait le milieu 
dn transsept reposait sur un grand dôme k jour, richement 
décoré et ouvert à l'intérieur de l'édifice. 



NOTE G, page 38. 

Les combats judiciaires n'étant autre chose que les duels, 
on n'a qu'à rappeler ce que nous avons dit au commence- 
ment de la note 4. 



478 HISTOIRE 

NOTE 7, page 48. 

Inscription gravés sua une pibrrb db l'Ëglisb db Moissac. 

Idibus OctoDîs domus ista dicaia novembris 
Gaudet pontifices hos convenisse célèbres : 
Auxius Ostindum , Lactora dédit Raymundum , 
Convena Wilbelmum , direxit Aginna Wîlhelmum ; 
Jussit et Heracliam non déesse Beorra benignum , 
Elloreus Stephanum concessit, et Adura Petrum ; 
Te, Duranne, suum nostrumque Tolosa patronum , 
Respuitur Tolco Simonis dans jara Gadurco; 
Myriades lustris opponens ter daodenis 
Yirgineum partum dabit orbi tune venerandum. 
Hanc tibi^Christe, Deus, rex instituit Clodovoeus, 
Auiit munificus post bac domum Ludovicus. 



NOTES', page 58. 

£ chartulario Bigorritano, quod est in tabulario Palensi: 
mundi ruinis crebrescentibus, plurimis quoque bominam, 
potiùs transitoriis commerciis, quam perpetuis, inbaerenti- 
bus, coëgit me valdè bumanitas meae fragilitatis , ut non 
pertractaret ultimum inevitabilis mei obitua^ diem, yerùm 
etiam praesentem , quoad vixero , mei meorumqne ulilita- 
tem. Hac ergo sententia nec irrationabilitcr suffultus, non 
meis meritis, sed misericordiâ Gbristi praeyeniente, Bigor- 
rensis comitatus, ab ipso auctoreDeo, qui cuncta disponit 
régna mundi, cornes praielectus , boc per utile negotium. 
tractavi ; ut me, et omnem praemissum comitatnm , omni— 
polenti Dec committerem, et aimas Marise Virginis lutclae. 



DE LA QAECOGVE. 479 

ioni, me, atque omnia mea commendarem. Domi- 
) Incaraationis m. lxii anno, Petro episcopo Anni- 
xlesix praesidente. Ego Bemardus BigorrensU 
regias, adveni prxdictam ecclesiam , gratia ora- 
nploratums safîragia pro salate animae mex, et 

Ergo conTOcatis canonicis commisi me eoram 
)as assidois , ac devavi tuf, et omnem comitatum 
isi ecclesiae, sub honore sancUe et internera ta; Vir- 
irix consecrata , qaatenùs regina cœli et mondi 
solamen miseroram, ac peccatorum venia , prote- 
ndal, et maniât me famuium suum , nec non et 
ihi snbdita : ea scilicet lege ac perpetao tenore ; 
diù mihi vitam concesserit omnipotens Deas li. 
iro salate ac tuitione mea offeram Anniciensi eccle- 
[oe vel deferam , Tel deferri faciam in capitulo 
meis canonicis. Nec solam ego sed et omnis poste- 
1 banc senret tenorem , et quasi debitum censum 
tos Lx. Solidos offerat in perpetuam mei comme- 
nem. Ut autem boc donativum , pietatis ac reli- 
ratia peractumj stabile permaneat atqae firmam. 
lardas Bigorrensis comes, et uxor mea clementia 
Uy banc scriptnram pro testimonio donationis fieri 
aSj ac propriis manibas stabilem atque inviolabi- 
decrevimus. Quod si qois, vel nos , vel posteritas 
rel aliquis post obitum nostrom prxsidens bonori 
bi Deus concessit, banc donationem temerare, yel 
nolitas fuerit : omni sabjaceat anatbemati, ac per- 
aledictioni , donec ex prxsumptione cepta Deo et 
ariae Yirgini satisfaciat, et canonicorum congrega- 

Bernardo de Baseliaco. S. Guilbermo de Aster, 
ido Guilbermo. 



480 HmioïKE 



NOTES», page 67. 

La monnaie deMorlas est tellement ancienne, qu'il est 
impossible de préciser Fépoqne de son origine. Tootefois, 
nous ne voudrions pas affij^er, avec qnelqnes annalistes, 
qu'elle fut établie dès le temps des Romains. 

Déjà, vers le milieu du xi» siècle, les accroissements sne- 
cessifs de la puissance féodale dans nos provinces , avaient 
profondément altéré le système monétaire , en usage sons 
les rois des deux premières races. 

Dans rétude de l'époque Mérovingienne, Tbistoire com- 
tate l'emploi, à peu près exclusif, de l'or, sans bien établir 
les motifs de cette préférence, si contraire à l'ancienne 
pratique des Gaulois. 

A partir de Gbarlemagne , un autre métal et des types 
différents se présentent. Les monnaies d'or et d'argent da 
grand empereur perpétuent le souvenir de ses victoires en 
Italie , et portent l'empreinte de cette forte unité qui fat 
le caractère dominant de son vaste empire. 

Bientôt la décadence rapide de la race Carlovingienne 
favorisa, sur divers points, l'usurpation de la souveraineté; 
les monnaies devinrent locales, et les puissants feudataires 
les signèrent, en vertu de concessions parfois gracieuses , il 
est vrai, mais le plus souvent très-involontaires. 

Néanmoins, lorsque nos rois accordaient librement, à 
quelque seigneur particulier, ce témoignage autbentiqne de 
participation à l'autorité souveraine , c'était toujours à 
l'exclusion des pièces d'or, dont le prince se réservait le pri- 
vilège. Aussi , comme de temps immémorial , les vicomtes 
de Béarn mirent en circulation , dans leurs Etats, de h 
monnaie d'or (*) et d'argent , leur puissance devait être , 

(*) Voir plus bas, et les notes 9 ' et 9 *, où il est fait mention de la 
médaille d'or Morlane, qui se payait à titre d'amende ou de redevance. 



UE L4- OISCOCNE. 481 

sans doute, regardée comme souveraine, et reconnue origi- 
nairement indépendante. Ce qui nous explique la légende 
empruntée de Tapôtre St-'PauI, et adoptée dans certains de 
leurs types : gratid Dei sum id quod sum» 

Voici, au reste, ce que dit, à propos de la monnaie du 
Béarh, Thistorien Pierre deMarca, mort archevéque-nommé 
deï>aris, le 29 juin 1662. 

« Les monoycs sont un autre membre du domaine. 11 y en 
» a deux, Tune est à Morlas et Fautre à Pau. 

» Celle de Morlas est fort ancienne. 11 y a titre de 550 
» ans (*) , qui monstre que la monoye d'or et d'argent y 
» estait battue, sous le nom du seigneur du Béarn, et qu'elle 
i> avait cours par toute la Gascoignc. Comme certifient 
1) aussi Tévcsque (Hugues II) et le chapitre de Ba2as , à 
n Edouard, prince de Galles , Tan 1260 (**). La monoye 
n que l'on y fabriquait anciennement estait de sols Môr- 
j» lans, et délivres Morlanes, qui en valent trois des Tour- 
» noises. On se sert de sols Morlans en la taxe des dcspens, 
» comme 'l'on faict des Parisis. Les baqucttcs, qui est la. 
» petite monoye de cuivre , dont les seize valent un solj 
» furent itrtroduictes du temps de Gaston, prince dé Na* 
V varre, l'an 1465. 

» La monoye de Pan fut cstablic par le roi de Navarre, 
91 Henri II, l'an 1524. On bat maintenant , en Tune et en 
» l'autre de ces monoyes, des quarts d'escu, qui ont le fin 
» de la taille de ceux de France; suivant le concordat passe 

(*) Fortanerius, 10«évéque dcDayonne, stipulait en iitiO(Galïia 
ehr. I, — 1312 D), que si la monnaie Poitevine, alors de même va- 
leur que la Morlane, venait à diminuer de prix, la dtmc de St -Martin 
ne pourrait être rachetée en sous Poitevins, qu*à la condition do repré- 
senter une valeur égale à celle des sous Morlans : tôt daret Pictavi- 
noi^ qui Morlanis œquivalerent. 

(**) Lisez 1289. Hugues 11 fut évêquc de fiazas, depuis 1277 jus- 
qu'à 1294. Et d'ailleurs le titre original, scellé des trois sceaux de 
révèque, du chapitre et de la communauté de Bazas, est daté du 
jeudi de Toctavede la Chandeleur m. ce. lxxxix. 

// 31 



482 HISTOIRJB 

» entre le roy de Nayarrc et le roy François I«' ; lequel par 
» ce moyen, leur donna cours en son roïaume, à la cWge 
» que les essais généraux seraient faicts par un essayeur de 
Il la monoye de Bayonne. Ce qui se pratique encore an- 
» jourd'hui. » (*) 

Ainsi, sans compter la médaille d'or, dont il est moins 
souvent question dans Thistoire, la baguette^ le sol, la livre 
et le quart d'escu étaient de cours dans le xvi® siècle. 

Avant le milieu du xv^, grand nombre d'actes publics et 
d'inscriptions obitua ires parlent des sous Morlans et de la 
livre Morlane, comme étant généralement en usage dans 
toute la Novempopulanie. 

Au reste, presque toutes les monnaies du Béarn que l'on 
retrouve, en fouillant le sol, portent le nom de Centulle, à 
la légende. Nous ne connaissons, de cette espèce, que.deai 
modules différents. Sur 44 de ces pièces, toutes en argent, 
que nous avons actuellement au médaillier du séminaire, 
37 ont 18 millimètres de diamètre , et 7 en ont 15 seule- 
ment. Ce qui revient, pour ces dernières, à la grandeur 
moyenne de nos 25 centimes. Mais les unes et les antres 
ont à peine le tiers de l'épaisseur de notre quart de franc. 

Les deux modules portent^ au droit, une croix grecque 
pattée, inscrite dans un <;ercle perlé, et cantonnée de deux 
besans isolés dans le champ , au-dessus de la traverse 
horizontale. Un second cercle perlé circonscrit la légende 
CENTULLO COME. Au revers, la lettre M domine, dans 
le champ, la lettre P suivie d'une petite croix grecque pattée; 
et une zone, également comprise entre deux cercles perlés, 

(*) ANTIQUITÉS DU BÉARN, p. 31. Cet opuscule est extrait des 
manuscrits inédits de P. de Marca, en 7 vol. in-fol. que possédera 
Paris, la bibliothèque Richelieu. M. le Minisire de rinstruction pu- 
blique a autorisé la publication des antiquités du Béarn, qu'an 
jeune savant , non moins recommandable par ses vertus chrétiennes 
que par son savoir, M. G. B. de Lagrèze, a fait imprimer à Pau, en 
1846, à la suite d'une excellente notice bibliographique, sur le célèbre 
historien du Béarn. 



DE LA CASC30C&E. ASi 

a p<NU ït^tmde ces deax mots^qoe précède aae aotre petite 
croix gttafut pattée : Oxoe Foicas, c^est-à-diie pririléçe 
seîçaearial de la Foarqaie. « Et me persoaderais Ibrt iaci- 
» leBKDt, dit P. de Marca, à ce propos (*% qoe la Baison 
» aacieDDe des seiçnears de Béarn estait appelée Furcia, la 
» proooDçaDt comme si elle estait escrite en cette sorte : 
» Fmrqnia ; • et plus bas « ¥urea$y qoi est oo nom cor- 

» rompo, et tiré de la maison Ticomtale de la Fomrfuie 

» Le nom de la Hoorqaie se conserve Lien encore anjoor- 

» dlini dans la rille de Morlas en un lien éminent que 

» l'on nomme la vieille Hoorqaie, oà estait assise Tan- 
9 cienne maison vicomtale. » 

Bentamum^ ancienne capitale du Béarn, ayant été dé- 
tmite par les Normands vers le milieu du ix« siècle , les 
sooverainsse fixèrent à Morlas, lieu ordinaire de leur rési- 
denee^ jusqu'à l'an 1240. A cette époque, Gaston de Mon- 
cade transporta son domicile au château d'Orthès. Mais on 
continua de battre monnaie au palais de la Fourquie, an- 
cienne résidence des vicomtes ; ce qui nous explique la 
devise féodale Onor Forças ; ainsi que le nom de Moneta 
Furcenm, que portent les sous Morlans, dans quelques an- 
ciennes chartes. 

En adoptant la croix grecque, au droit et au revers de sa 
monnaie^ de préférence à la croix romaine, Centulle ne fit 
que se conformer à la pratique générale du blason. Cette 
forme avait-elle été prise de TOrient, à l'époque des Croi- 
sades ? ou plutôt, Tégalité des croisillons ne serait-elle pas 
imposée par la forme même de l'écusson ? Quoiqu'il en soit, 
les changements que les espèces Morlanes eurent à subir 
dans les siècles suivants, n'occasionnèrent aucune modifi- 
cation à ce sujet. Elles restèrent invariablement timbrées 
de la croix grecque ; ainsi que la très-grande partie des 
monnaies locales ou royales de l'Europe. 

Les fors de Béarn, dans la rubrique des amendes^ et de 
iout ce qui regarde la pénalité fiscale , font souvent men- 

(") llisl. de Béarn, L. iv — 310-yiii. 



484 HISTOIRB 

tion de deniers^ comme fraction da sou Morlan : « Quicasso 
» pesseyara à la caus, o lo escorchara ont no ha padoent, 
AT socs; et per cada arrama enlro à cinq arramas, m di-' 
» ners, et la ferre ont feyt aura. La medixa ley es de £ia 
» que de castanh que de casso. » O * 

Nous ignorons si le système monétaire de la Fourqqie 
s'étendait jusqu'à réaliser ces sortes de pièces , que Té- 
mission des baquettes, dès 1465, ne nous permet guère 
de supposer préexistantes en Béarn. Au moins, celles-ci 
sont-elles la seule monnaie noire que nous connaissions. 
Et de plus, s'il était vrai qu'on eût frappé des deniers, dans 
le Béarn, ayant 1465, on ne pourrait les attribuer « à la 
Maistrise de la coupure des coings de Pau, » qni ne iat 
établie par Henri d'Albret que 59 ans plus tard. Le plus 
simple serait, peut^tre, de supposer que ces petites amendes 
s'acquittaient en monnaie de compte, purement imaginaire 
«1 la Fourquie, estimée en deniers Parisis ou Tournois ; car 
une ordonnance de St-Louis, datée de la mi^caréme 1963, 
portait : « Et puet et doit couvre la monnoie le Roi par tout 
» son roïaumc, sans contredit de nulli , qui ait propre 

» monnoie, ou point Et ne seront refusés Parisis ou 

» Tournois, tant soient-ils pelez; mais qu'ils aient cognois- 
» sancc devers Croix ou Pile, que ils soient Parisis ou Tour- 
» nois. » — Ce que confirma Philippe-le-Bel, en renouve- 
lant « l'ordonnance que li bons rois Loys, cui Diex fact 
» merci, fist sur le faict des monnoics ; » et décrétant aussi 
que sa monnaie devait avoir cours, et être reçue, même sur 
les terres des barons, selon le prix de leurs propres mon- 
naies, de valeur à valeur; etvolumus insuper quôd nostrœ 
monctœ currant et capiantur in terris ipsorum èaronum, 
pro preiio monetarum suarum , valore ad valorem (**). 

La plus ancienne baquette actuellement à notre dispo- 
sition , est du temps de Henri II , dont elle porte le nom. 
Son poids et son diamètre égalent à peine ceux des Centnllc 
à petit module, que nous avons décrit^ plus haut. Au droiK 

{*) For génc'ral; art. 204. 
{"*) Du Caij^j*, monetA refjia. 



IIK LA GASaK.>K. 48 J 

le champ t$t éctrtelé d'une croix grecque, cantonnée au 
pffemieret au quatrième d'une H; au second et au troisième 
A'moe petite vache panante, des armes de Béarn , qui a 
danoétans doute le nom à ces petites monnaies de cuivre. 
La légende porte : liEN. II. D. G R. NAV. D. B., Henri- 
euêêecundui Dei gratid rex Navarrœ^ dominuê Benearni, 

HCNAI DCUXtkME, PAR LA GRACE DE DlEU, ROI DE NaVARRB , 

•Ki6ifEiTR DE Béarn. Au revers une croix grecque p^ttée orne 

« le champ, au centre d*un quadrilobe qu'entoure la devise 

G, D. SUM. I. QD SUM ; gratid Dei êum id quod ium ; 

CB8T PAR LA GRACE DE DiEU QUB JE SUIS CE QUE JE SUIS. 

Ces deux légendes sont absolument les mêmes sur un 
qoart d'écu signé de ce prince, en 1581. On s'explique 
pourquoi Jes armes de Nayarre y sont écartclécs de Béarn 
et de France, sur le revers. I^e monogramme composé des 
deux lettres H et M , spperposées , rappelle, sur quelques 
autres pièces antérieures, son mariage célébré en 1520, 
avec Marguerite de Valois, sœur de Franvois I"**, et ye\i\e 
de.Charles d'Alençon, comte d'Armagnac. 

Les baquettes d'Antoine de Bourbon, successeur d'Henri 
d*Albret , sont , à peu de choses près , du môme type. La 
croix grecque est cantonnée, au droit, des sigles A et 1, 
placées au premier et au quatrième. Les vaches sont en- 
core au second et au troisième. La légende explique les 
lettres A. 1, comme il suit : A. ET. lOA. D. G. H. H. NA. 
D. D. B ; Antoniui et Joanna, Dei gratia regee Navarra, 
domini Benearni; Antoine et Jeanne, par la or ace de 

Dieu, ROI ET reine DE NaVARRE , SEIGNEURS DV BéARN. Au 

revers , le quadrilobe est plus orné , la croix grecque est 
de Malte , c'est-à-dire entaillée d'un angle obtus à l'extré- 
mité de chaque patte ; et un cercle perlé entoure la devise 
ci-dessus, avec la variante du pluriel : G. D. SUMLIS QD 

SUMUS ; C'EST PAR LA GRACE DE DiEU QUB NOUS SOMMES CE 
QUE NOUS SOMMES. 

Au reste , l'adoption de la devise était déjà de longue 
date. Car c'est par ces mêmes paroles de St-Paul que Gaston 
Pliœbus, au xiv« siècle, protestait devant le roi Charles VI, 



486 ' HISTOIRE 

de son indépendance. Elles entouraient sur le revers de ses 
Morlans , « une espée haute, couronnée à la poincte , et 
» tenue à la poignée par une main, entre les deux vaches 
» clarinées : signifiant ouvertement ne pouvoir estre con- 
» trainct à prester au roy de France Thommage de sa terre 
» de Béarn ; et sonstenant qu'elle ne relevait qne çle Dieu 
» et de son espée. » Et au droit, se voyait l'empreinte « de 
» la teste de Gaston , seigneur de Béarn, avec celte ins- 
» cription à Tentour : GASTO. VIG. ET DOM . BEARN. 
» HON. FURCÏ^ MORL. » Gaston, vicomte et seigneur 
DE Béarn, honneur de la Fourquie Morlane (*). 

En spécifiant la Hourquie de MorlaSy dans sa légende, 
Gaston suppose bien qu'il peut y avoit d'autres Fourquies. 
Et eu efTet, ce nom était assez commun, au moy«n âge. 11 
ne désignait souvent, d'après Du Gange, au mot Fureta, 
autre chose qu'un fief, c'est-à-dire )in bénéfice que le sei- 
gneur cède à quelqu'un, à titre et redevance de vasselage. 
« Feiido es bienfecho, que da el senhor à algund om'e, por- 
» qne se torue su vassallo.... E tomo este nome de fe, que 
. » devesiempre el vassallo guardar al senhor (**). » Du Gange 
va même plus loin et soutient que le nom de la Hourquie 
Morlane ne r^nd pas un sens plus étendu. — De telle sorte 
que Gaston aurait dû « estre contrai net à prester au roy de 
» France l'hommage de sa terre de Béarn. » Pourtant ce 
prince n'entend relever que de Dieu et de son épée. Et le 
droit de monnaie d'or est la preuve incontestable de son 
indépendance. La Hourquie n'était donc pas un fief vul- 
gaire ; et l'honneur de ce titre, Onor Forças, était du pre- 
mier degré, pour la maison vicoratale de Morlas, dans la 
hiérarchie des puissants feudataires *. il rappelait tous les 
droits souverains des plus hauts Justiciers^ conformément à 
l'arrêt du 16 mai 1320 : Furcia seu Furca, quod est jus 
erigendi furcas justiciarias , vel palihulum , intrà feudi 
fines, et in eo reos suspendendi; quod majoribus Jusiiciariis 
maxime competit. 

(*) Hist de Béarn, L. iv— 310-viii. 
C*} Leg. Alf. —Part. 4. Tit. 26. leg. I. 



DE LÀ GÀSCOGINE. 487 



NOTE 9', page 69. 

« Si quelque habitant yeut vendre ses terres ou sa maison 
» à quelqu'un de la cité, il le pourra librement, sans le 
» consentement tant des seigneurs particuliers que du sci- 
» gneur majeur; et s'il veut changer de seigneurie^ le 
» vicomte sera tenu de le faire conduire sain et hors des 
» limites de la seigneurie. Si un homme , de quelque lieu' 
» qu*il soit , vient s'établir dans la ville et y réside pen- 
* dant un an et un jour, le vicomte le défendra contre 
» tout seigneur qui voudrait le réclamer. Aucun des habi- 
» tants ne sera tenu de suivre le seigneur majeur à l'armée 
n ou à la chevauchée, hors le cas d'invasion ; et même dans 
» ce cas, le seigneur doit fournir des bêtes de somme pour 
» porter les armes. Tous les habitants feront droit entre 
» les mains du vicomte et de son béguer. Les amendes se- 
» ront fixées, conformément au for du Béarn : aucun d'eux, 
» lors même qu'il plaiderait avec le vicomte, ne sera tenu 
» de plaider hors du district de la ville. Si le vicomte veut 
» faire arrêter un habitant accusé d'un délit, si quelque 
» habitant le cautionne, l'accusé sera libre. La peine de 
» l'adultère sera, pour les deux coupables, de courir nus dans 
» les rues de la ville. Le voleur manifeste sera livré au 
» seigneur. Si un voisin est tué par un voisin, le meurtrier 
» payera soixante-six sols d'amende et fera droit au plai- 
» gnant entre les mains du vicomte. Nul étranger n'atta- 
n quera à force ouverte un habitant de l'enceinte de la 
» ville ; et si quelqu'jun ose violer cette défense, il payera 
» au seigneur neuf cents sols et une médaille d'or, n £t 
pour assurer l'observation de cet article, Centule exigea le 
serment de cent Ossalois et d'un même nombre d'Aspais. 
« Si quelque habitant tue et débite une vache , il payera 
» au béguer du vicomte un denier; et pour un porc, une 



488 HISTOIRE 

' » médaille. Le vicomte se réserve le droit de vendre les 
» vins et cidres de son cru, pendant le mois de mai, au plus 
» haut prix courant. Le vicomte s'engage à ne jamais me- 
» ner à sa suite dans la ville le débiteur d'un habitant, ou 
» tout autre qui pourrait avoir ofTensé quelqu'un des ci 
» loyens. » 



NOTE 9% page 128. 

Sous l'oppression du système féodal , les habitants des 
TJUes étaient privés des droits naturels à l'homme. Us, ne 
pouvaient disposer de leurs biens, ni par un testament, ni 
par aucun autre acte; leurs enfants n'avaient aucun droit 
à leur héritage, et le seigneur était Théritier légitime de 
tous les habitants de ss^ terre. Gaston permit aux habitant 
de Morlas de disposer de leurs biens entre vifs ou par tes- 
tament ; il limita lui-même ses droits en ces termes : « le 
» seigneur se succédera qu'à défaut d'héritier et de testa- 
» ment. » Les habitants ne pouvaient quitter à leur grêla 
terre d'un seigneur ; ils étaient pour ainsi dire attachés au 
sol. La nouvelle charte abolit cette marque de servitude. 
« Si quelqu'un veut quitter la ville et qu'il n'y ait point 
» une plainte contre lui devant le seigneur, il aura le droit 
» de vendre libiement ses po.ssessions , et le seigneur lui 
» donnera un sauf-conduit pour sortir de, sa terre. » Sou- 
vent le seigneur exigeait que ses censitaires lui fournissent 
de l'argent à litre de prêt, ou devinssent ses cautions en- 
vers ses créanciers. Quelquefois les seigneurs et leurs gens 
logeaient de forcp chez les habitants et vivaient à discré- 
tion. Gaston délivre les habitants de Morlas d,e ces exactions. 
« Personne ne peut être contraint à prêter, malgré lui ,. au 
seigneur : Personne ne sera tenu ni àe le cautioancr, ni de 
jurer pour lui; personne ne doit loger dans aucune maison de 



DE L4 GASCOGNE. 489 

cette yille saoi le coii&eiitcmçot des propriétaii^. » L'admi- 
nistratioq de la juslice offrait un vaste champ à la tyrannie 
des seigneurs. Au moindre délit le censitaire devait une 
amende arbitraire; rinjnre la plus légère » lors même que 
Vofienaé ne se plaignait point, était mise aux rangs des dé- 
lite publics, et Tamende était prononcée et exigée. La ville 
deMorlas obtint un tribanal domestique ; là se terminaient 
ks contestations des parties Hers. Les délits furent réserrés 
an jugement du seigneur et de sa cou? ; mais les amendes 
furent fixées sur un tarif invariable. Si quelqu'un est en 
procès avec quelqu'un de cette ville, que les jurais soient 
les juges, aucun homme de la ville ne sera tenu d'ester en 
droit hors des portes de la ville. Si quelqu'un de cette 
ville blesse, frappe on offense quelqu'un, et que l'offensé 
ne porte point de plainte au seigneur, le seigneor n'aura 
pas droit d'exiger une amende. Le service auquel les serfs 
étaient obligés n'avait de règles que la volonté du seigneur; 
il disposait d'eux comme de ses chevaux de bataille. Lors- 
que les serfs remontèrent à l'état d'kommes^ les chartes 
réglèrent le service de guerre qu'ils seraient tenus de rendre. 
Ancnn habitant de Morlas ne sera tenu d'aller en Espagne 
par mandement du seigneur; il ne peut y être contraint, 
s'il ne veut y aller de bon gré. Le service militaire exigé 
des babitants sera de neuf jours, et ne sera demandé que 
trois fois par an. 

Enfin , les droits illimités que te seigneur levait sur les 
babitants furent réduits à des droits fixes, levés sur la con- 
sommation des denrées. Le tarif nous en est resté, et nous 
le placerons ici pour donner une idée du système des finan- 
ces adopté par Gaston. Ce sont aussi les coutumes de Morlas. 
1» Celui quitue un bœuf ou une vache pour les vendre , 
paiera un sou Morlas ; 2» Pour débiter un porc ou une truie, 
il est d& au seigneur le pied de la bete, ou une médaille à 
son choix ; 3^^ Quiconque fait venir de dehors «<ne charge 
de vin ou de cidre, payera pour le dcoit d'entrée une mé- 
daille Morlanne; \^ Pour une charge de froment, de mil. 



490 HISTOIRE 

seigle, aToine, orge, feye, noix, qui yient (la dehors, il sera 
pris une pagnère, c'est-à-dire une mesure fixée : ainsi ce 
droit se payait en nature; 5o Pour un mouton, brebis, 
cbévre ou bouc , une médaille ; &> Quiconque acbète de 
l'étranger un troupeau de cochons et les sale dans la yille, 
doit le pied de chacun ; 7^ Le seigneur aura le droit de 
Tendre exclusivement pendant le mois de mai son yin et le 
cidre de ses vergers ; 8° Tous les habitants seront tenus 
d'aller moudre au moulin du seigneur sous peine de per- 
dre leur grain . 



NOTE 10, page 173. 

La nueg ven, pois le jorn renais 
Et nos pot meillora mon dol 
Car es de mon cor le trandol 
Tal que no pot tornar gais. 

Et tant molt es el sien duelh 
Que lo valen e rie capduelh 
Le pareis amara priso 
Ou n'a que clam et languiso. 

En prat verdenc berbas et flors 
An nascut, e li auzels gentils 
En grand alégrier subtils 
Miels qu'om del mon son cantadors. 

Tug cad'an al senhoreatge 
Volontiers fan lor vasselatgc 
Mas solas non es plus tornat 
En cor malament cnganat. 



DE LÀ CASGOGNE. 



Traduction. 



49i 



La nuityient, puis le jour renait, 
Et ne peut s'adoucir mon deuil , 
Car elle est telle de mon cœur la douleur 
Qu'il ne peut redevenir gai ; 

Et si grand est son chagrin 
Que le puissant et riche château 
Lui paraît amère prison 
Ou il n'y a que plaintes et qu'ennui. 

Dans le pré verdoyant herhes et fleurs 
Sont nées, et les oiseaux charmants 
A donner grande allégresse empressés 
Mieux qu*homme du monde savent chanter. 

Chaque année au seigneurage 
Volontiers font hommage. 
Mais soulagement n'est pas revenu 
Dans mon cœur méchamment trompé. 



NOTE 11, page 235. 

Voir la bulle de Célestin HT, au yi« volume , parmi les 
pièces justificatives. 



492 HISTOIRE 



NOTE 12, page 251. 

« Célestiii, pape, au vcaér. Père B. et aux discrets fils, 
» les cbaaoines de Bayonne.... voulant acquiescer avec 
» plaisir à vos justes prières, afin que vous puissiez fle- 
» meurer dans une ferm% et stable possession de tous les 
» biens qui appartiennent à présent ou qui pourront dans 
» la suite appartenir à votre église , nous avons résolu de 
» les exprimer ici par leurs propres noms, qui sont : le lieu 
» même où <5ette église est située avec ses apparteftances et 
» dépendances ; les églises de Mayer, de St- Vincent d*Usta- 
» ritz, d'Urguit, de Pagazu, d'Orsais et de Bonloc ; Tbôpi- 
» tal et oratoire d'Apat, l'bopital et oratoire d'Irisuriavec 
» les appartenances et dépendances tant desdites églises 
» que desdits hôpitaux; la vallée appelée de Labour, la 
» vallée appelée d'Orsais ^ la vallée appelée de Cize , la 
» vallée appelée de Baygorri, la vallée de Bastan, la vallée 
» appelée de Lésaca , la vallée appelée d'Otazzu jusqu'à 
» St-Sébastien; et nous vous confirmons aussi, par ces pré- 
» sentes lettres, tout ce que votre église a acquis par des 
» voies raisonnables, et dont elle est à présent dans une 
» possession paisible par la donation des princes, tant au 
» dedans qu'au dehors de la ville, soit en censives sur des 
» maisons, sûr des jardins et sur le four, soit en péages et 
» en revenu de la boucherie, en vignes, vergers, moulins 
» et dîmes qui vous sont dues des novales de votre évêché, 
» en droits de pêche , tant à la mer que dans les eaux 
» douces, et dans les terres tant cultivées que celles qui 
» ne le sont pas. » 



DE LÀ GASCOGNE. 493 



NOTE 13, page 278. 

Mas Tarscyesque d'Augs li es tost respondutz 
Per Dieu bel senher reis si dreitz es conogutz 
Lo coms ni sa mainada non er mortz ni perdutz 
Quel non es pas eretges ni fais ni descrezutz 
Ans à la crotz seguida els seus dregs mantengutz 
Sitôt ses vas la gleiza malament captengutz 
Car el non es eretges ni de la fe tengutz 
Gleiza deu be recebre los pecadors vencutz 
Que lesperitz nos perdo ni sia confondutz 
En Faulcautz a Tolosa es près e retengutz 
E si lo coms se damna nFaulcautz seras pendotz 
Bel senher narsevesqnes vos ne seretz crezutz 
Dit Wilmes de Rocas quel coms no el destrutz 
Ans er nFaulcautz pel comte Ihivratz ecezemutz 



riN DU SECOND VOLUME. 



ERRATA. 



Page 10 ligne 18. De« petit» enfant», lisez de petits 

enfants, 

18 1^- Se maintenir, lisez U maintenir. 

21 ÏO. Le titre, lisez le tiers. 

^ 20. Au jour de la désolation, lisez aux 

jours de 

^0 22. Des barons , lisez de barons. 

106 Note— ligne dernière. — Que d'abjurer, lisez qu'abjurer. 

348 ligne 18. Serait possible, lisez paisible. 

^-^ 1^- Desvesham, lisez d'Esveham. 



DES MATIÈRES DU SECOND VOLUME. 



lilvre V* 



CHAPITRE I«r. 

Page. 
OdoD d'Astarac, archevêque d'Auch. — Bassoues. — Légende de 
St-Frix. — Pessan. — Ste-Dode. — Archevêques d'Auch. — 
Astanove, comte de Fezensac. — Ducs de Gascogne. — Ber- 
nard Tumapaler, comte d'Armagnac. — Centule III, vicomte 
de Béarn. — Comtes de Bigorre. — St-Austinde. archevêque 
d*Auch. — Rétablissement des évêchés d'Aire, de Bazas, de 
Dax, de Lescar, d'Oleron et de Bayonne. — Reconstruction de 
l'église Ste-Marie d'Auch tf 

CHAPITRE II. 

Fondation de St-Mont et de Nogaro. — Défaite de Bernard Tu- 
mapaler. — Ëloignement de St-Austinde. — Son retour , sa 
mort. — Guillaume de Montant, son successeur. — Rétablisse- 
ment de la cathédrale de Lectoure. — Prieuré de St-Geny et 
de Montaut. 31 

CHAPITRE III. 

Grégoire VII. — Déposition de plusieurs prélats. — Comtes de 
risle- Jourdain. ^^ Bernard, comte de Bigorre, fait hommage 
de son comté à Notre-Dame du Puy. — Fondation du prieuré 
de Madiran. — Raymond, fils de Bernard, comte de Bigorre, 
meurt jeune et est remplacé par Béatrix sa soeur. — Centule, 
vicomte de Béarn, se sépare de Gisla , sa femme, et épouse la 
comtesse de Bigorre. — Guerre de Centule. — Sa mort. — 
Mort de Bernard Tumapaler, comte d'Armagnac. — Gé- 
raud II son fils. — Aymeric II, comte de Fezensac. — Ray- 
mond Aymeric, chef de la famille de Montesquiou. — Comtes 
de Pardiac 51 



496 TAILK 

Page. 

CHAPITRE IV. 

Mort d'Aymcric, comte de Fezensac. — Concile de Clermont. 
— Mort de Tarcbevèque d'Aucb, Guillaume de Montaut. — 
St-Berlrand de Comminges. — Mort de Béatrix , comtesse de 
Bigorre. — Première croisade. — Les sires d'Albret. — ^JPrise 
de Jérusalem. — Premier affranchissement en Béarn. — Asta- 
nove, comte de Fezensac, part peur la croisade. — Raymond, 
son frère utérin, élu archevêque d'Auch. — Vicomtes de Ga- 
varret. — Monastère de Bassoues. — Astanove meurt. — 
Azalinc, sa fille, épouse Bernard Ifl, comte d'Armagnac 81 



lilTre \K. 



CHAPITRÉ I". 

Bernard de Ste-Christie , évèque de Rayonne, passe à Tarche- 
vêché d'Auch. — Vicomtes de Labour. --■ Gaston, vicomte de 
Béarn, — Ses fondations, — Ses exploits en Espagne. — Mort 
de St-Bertrand, évéque de Comminges. — Mort de Ber- 
nard m, comte de Comminges. — Bernard IV, son fils, 
possède tout le comté. — Ccntule, comte de Bigorre. — Nou- 
veaux exploits de Gaston de Béarn, — Sa mort. — Franchi- 
ses du Béarn et de la Gascogne, antérieures aux franchises da 
reste de la France 108 

CHAPITRE IL 

Évoques de Tarbes, — de Lescar, — de Dax, — d'Oleron, — de 
Bazas, — de Bayonne, — d'Aire, — de Lecloure. — Fondation 
du monastère de Bouillas. — Guillaume d'Andozillc passe du 
siège de Lectourc à l'archevêché d'Auch 13: 

CHAPITRE III. 

Guiscarde, sœur de Cenlulc, vicomte de Béarn, succède à son 
frère. — Centule, comte de Bigorre, ne laisse qu'une fille 
mariée au vicomte de Marsan. — Mort de Bernard III, comte 
d'Armagnac. — Adal mur, comtesse de Fezensac, la veuve, 
meurt sans postérité. — Géraud, comte d'Armagnàc, s'empare 
du Fezensac. — Maison de Monlesquiou. — Fondation des 
flbb.iyes de Berdonss et de Gimont. — Comtes d'Astarac. — 



MES MATIÈRES. 497 

P«gr. 

Fondation de la Caae-Dfeu. — Comtes de Pardiac. — Comtes 
de Comroiages. — Comtes de Foii. — Zèle de TarcbeTèquc 
dAuch. — Incendie de la ville de Simorre 158 

CHAPITRE IV. 

Fondation de Mont-de-Marsan. — Château de Vic-Bigorre. — 
Pierre, Ticomte de Béarn. — Évèques d*01eron, — de Dai. — 
Pierre, vicomte de Béarn, meurt. — Gaston, son Gis. — Mort 
de Pierre, comte de Bigorre. — Centule, son flis. — Êvéques 
de Bayonne. — L'archevêque d'Auch admet Bernard , comte 
d'Armagnac, au paréage de la ville. — Evéques de Bazas. — 
(iéraud de Labarthe, archevêque d'Auch. — Violences du 
comte d*Armagnac et de son HU 18.*< 



lilire Vil. 



CHAPITRE l'r. 

Marie, vicomtesse de Béarn. — Révolte des Béarnais. — Ils \ih- 
cent successivement à leur tête quelques seigneurs, et appellenl 
enfm Gaston , fils de Marie. — Révolte des seigneurs d'Aqui - 
taine contre Richard. — Siège de Dax, — de Bayonne. — Pri- 
vilèges octroyés à ces deui villes. — Soumission du vicomte 
de Lomagne. — Fondation du couvent du Brouil. — Évéques 
d'Aire. — Troisième croisade sous Richard. — Comtes d'As- 
larac. — Gaston, vicomte dp Béarn, épouse Pétronille, com- 
tesse de Bigorre. — Comtes de Comminges. — Évèques de 
Couserans. — Fondation du Sallegrand. — Géraud , comte 
d'Armagnac. — Bernard de Sérillac, archevêque d'Auch 212 

CHAPITRE II. 

Le comte de Comminges répudie sa femme et épouse Marie de 
Montpellier, — il fait la guerre au comte de Foii, veut répu- 
dier Marie, la force à se retirer près de son père, et est obligé de 
la reprendre. — Comtes de Tlsle-Jourdain. — Guerre des Tou- 
lousains a vec le vicomte de Lomagne. — Évèques de Lectoure. 
— Marie fait casser son mariage avec le comte de Comminges. 
— Gaston , vicomte de Béarn. — Évèques de Bayonne. — 
Mairie de Bayonne. — Êvéques de Dax , — d'Aire. — 
// 32 



4ÎW TABLE 

Page. 

Bernard de Moniaul, archevêque d'Auch. —Progrès de Thé 
rt^sie des Albigeois. — Bernard de Montaul est dépose 237 

CHAPITRE III. 

Ëvéques de St-Bertrand. — Garsias de Lort, l'un d'eux, trans- 
féré à Auch. — Les comtes de Fôix et de Comminges, et le 
vicomte de Béarn se soumettent à l'Église. — Guillaume suc- 
cède à Gaston dans la vicomte de Béarn. — Sa férocité. — 
Pétronille, comtesse de Bigorre , épouse Guy de Montfort. — 
Géraud , comte d'Armagnac , rend horomage à Simon. — 
Guerre des Albigeois. — Mort de Simon de Montfort. — Siège 
de Marmande. — Mort de Guy de Montfort , comte de Bi- 
gorre. — Mort de Géraud, comte d'Armagnac. — Ses succes- 
seurs. — Mort des comtes de Foix et de Comminges. — Légis- 
lation du Béarn 262 

CHAPITRE IV. 

Testament de Guillaume , vicomte de Béarn. — Mariages suc- 
cessifs de Pétronille, comtesse de Bigorre. — Mort de l'arche- 
vêque d'Auch. — Soumission ' et mort du comte de l'Isle- 
Jourdain. — Soumission du comte de Toulouse , — du comte 
de Foix, — du comte d'Astarac. — [Mort dc^Guillaumc, vicomte 
de Béarn. — Sévérité de Boson de Mattas, comte de Bigorre. 
— Évoques d'Aire, — de Lescar. — Établissement de l'In- 
quisition. — Grimoal, évéque de Comminges. — Mort des 
comtes de Foix , — de Comminges, — de l'Isle-Jourdain, — 
(hi comte d'Astarac, — de l'arche vèquc d'Auch 290 



liivre \tWt. 



CHAPITRE 1-r. 

Gaston, vicomte de Béarn. — r Ligue des seigneurs du Midi 
contre Sl-Louis. — Leur soumission. — Mort du comte d'Ar- 
magnac. — Phisieurs prétendants se disputent son héritage. 
— Le vicomte de Lomagne fait sa paix avec les habitants 
d'Auch. — (iaston bûtit le chAteau d'Orthès. — H prend les 
armes contre l'Anglelerre. — Testament de Pétronille. — Le 



DES MATIÈRES. 409 

Page. 

vicomte de Loniagnc s^aUache à l'Angleterre, — il fait prison- 
nier le comte d'Armagnac. — Mort de Pétronllle. — Esquivât 
el Gasion se disputent le Bigorre. — Gaston se réconcilie avec 
l'Angleterre. — Le sire d'Albret 315 

CHAPITRE II. 

Esquivât abandonne ses prétentions sur l'Armagnac. — Géraud 
rend hommage à l'Angleterre. — Esquivât imite le comte 
d'Armagnac, — il fait cession de son comté à Simon de Lei- 
cester, — il entre en composition avec Gaston de Béarn. — 
Mort du comte de Foix. — Mort de l'archevêque d'Aucb. — 
Fondation du couvent des Cordcliers de Nogaro et d'Aucb. — 
Mort du vicomte de Lomagne. — Mort du comte d'Astarac. 

— Comtes de Pardiac, — de l'Isle-Jourdain. — Guerre d'Es- 
quivat avec Simon de Leicester. — Guerre de Géraud d'Ar- 
magnac avec Alphonse, comte de Toulouse, — avec les habi- 
tants de (^ondom 343 

CHAPITRE III. 

Dissensions dans l'Église. — Puissance de Gaston, vicomte de 
Béarn. — Mariage de Constance sa fille aînée. — Évèques 
d'Arre, — de Tarbes, — de Lectoure, — de Dax. — Troubles 
à Dax. — Évéques de Bayonne, — de Couserans, — de Com- 
niinges , de Bazas. — Croisade de St-Louis. — Mort de ce 
prince. — Meurtre d'Henri de Lancastre, mari de Constance 
de Béarn. — Philippe, sœur de Vésian, vicomte de Lomagne, 
établie héritière de Jeanne, comtesse de Toulouse, est évincée 
par la France. — Lu lie des comtes d'Armagnac et de Foii 
contre Philippe-lc-llardi. — Leur soumission 371 

CHAPITRE IV. 

^lort de Constance, vicomtesse de Béarn. — Couvent de Bayries. 

— Captivité de Gaston de Béarn. — Procédure contre lui. — 
Amanieu, archevêque d'Aucb. — Guerre en Navarre. — 
Guerre du comte d'Armagnac avec le sénéchal de Toulouse , 

— du comte de Foix avec ses voisins. — Restitution de l'Age- 
nais. — Démêlés des habitants de Condom avec leur abbé. — 
(Coutumes de la Sauvetat. — Paréagc de Condom. — Troubles 
à Bayonne, — à Bazas. — Duel (le Charles, roi de Sicile, 
avec le roi d'Aragon. — Guerre contre ce prince. — Mort 



SOO TABLE DES SIATlfcnES. 

Page. 

d'Eflquivat, comte de Bigorre. — Sa succession est disputée. 
— Évèques de Lectoure , — d'Aire. — Géraud , comte d'Ar- 
magnac 490 



Nolel« 431 

Note 2 437 

Note 3 460 

Note 4 461 

Note 5 467 

Note 6 477 

Note 7 478 

Note 8 « 478 

Note 8* 480 

Note 9« 487 

Note 9» 488 

Note 10 490 

Note 11 491 

Note 12 492 

Note 13 493 



FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES, 



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